Suisse - Ukraine (8 mai 2006)

 

Championnats du monde 2006, premier tour, groupe B

La Suisse se replie et défend son système

Après son premier succès difficilement acquis face à l'Italie, la Nati continuait son entrée progressive dans le tournoi en affrontant l'Ukraine, une équipe encore largement à sa portée. Avec comme objectif une deuxième victoire synonyme de qualification. Les Ukrainiens, battus avec les honneurs face à la Suède, espèrent bien cette fois ramener deux points afin d'éviter un match couperet face à l'Italie.

L'Ukraine écope d'une pénalité après seulement trente secondes de jeu, donnant ainsi l'opportunité à la Suisse de rentrer immédiatement dans la partie. Mais le jeu de puissance helvète est particulièrement long à s'installer et à part quelques slaps de la bleue pas toujours cadrés, les Suisses se montrent guère menaçants. Curieusement, ce sont mêmes les Ukrainiens qui se procurent les meilleures occasions en début de rencontre : un slap de Bobrovnikov sur lequel David Aebischer sortait une très belle mitaine et surtout une incursion d'Oleksandr Materukhin que le gardien de Montréal parvenait à contrer in extremis de la crosse. La Nati réagissait lors de sa deuxième supériorité numérique de la rencontre, bien mieux gérée que la première. Après un premier slap dangereux de Martin Plüss, Goran Bezina profitait du trafic devant la cage d'Igor Karpenko pour tromper le gardien ukrainien d'un slap puissant (1-0, 09'57"). Ce but a pour effet de relancer la Suisse qui se montre très active dans la zone ukrainienne pendant quelques minutes. Une domination stérile toutefois, d'autant plus que les Ukrainiens se montrent toujours aussi menaçants en contre-attaque comme sur une échappée de Yuri Diachenko qui déshabillait Mathias Seger mais perdait son duel face à Aebischer. L'Ukraine a même l'occasion de finir fort le tiers sur un power-play mais une erreur de relance de Yuri Gunko compromettait les efforts entrepris pendant près de vingt minutes. La passe hasardeuse du défenseur ukrainien était interceptée par Andres Ambühl qui filait au but et remportait son face à face avec Igor Karpenko (2-0, 18'06"). La Suisse, sans vraiment dominer les débats, avait fait preuve d'une belle efficacité pour compter deux buts d'avance à la pause.

L'Ukraine ne semble pas vouloir renoncer en début de deuxième période et Konstantin Kasyanchuk sonne d'entrée à la porte. Les Suisses souffrent et accumulent les pénalités (trois infériorités numériques en l'espace de dix minutes !). Aebischer est mis sous pression et doit s'imposer avec autorité sur un slap de la bleue d'Andrei Sryubko ou encore sur un tir de Vadim Shakhraïchuk qu'il parvient à dévier de l'épaule. Kasyanchuk se fait une place dans le slot et est tout prêt de tromper le gardien suisse. Les affaires helvètes ne s'arrangent pas lorsque Valentin Wirz est obligé de quitter la glace après avoir été heurté par Shakhraïchuk. Pourtant au plus fort de la domination ukrainienne, Goran Bezina est bien prêt de s'offrir un doublé. Son tir est repoussé par Karpenko, Martin Plüss se saisit du rebond mais... tire sur le poteau. Pas de chance pour la Suisse car quelques minutes plus tard, Andrei Mikhnov parvient enfin à réduire le score sur un slap à mi-distance qu'Aebischer ne fait que détourner dans ses propres filets (2-1, 33'54"). La réduction du score est logique et méritée pour l'Ukraine qui aura dominé l'ensemble du tiers et aurait pu prétendre à mieux avec une meilleur efficacité en jeu de puissance. Mais la Suisse, très habile dans le jeu défensif en infériorité numérique, aurait pu signer un hold-up sur une action de Rüthemann dans la dernière minute du tiers.

Avec seulement un but d'avance, la Suisse n'était pas dans une position très confortable pour aborder la dernière période. Heureusement pour elle, les joueurs d'Oleksandr Seukand, pas vraiment connus pour être des modèles de discipline, vont être fidèles à leur réputation. Zavalnyuk et Shakhraïchuk perdaient leurs nerfs en début de tiers et écopaient de dix minutes de méconduite chacun. L'Ukraine se dispersait et n'avait pas retrouvé son euphorie offensive du second tiers. Le jeu devenait plus haché et surtout les Suisses se montraient enfin moins indisciplinés, ne concédant qu'une seule infériorité dans l'ensemble du tiers ce qui leur facilitait grandement la tâche. Ivo Rüthemann aurait pu mettre son équipe hors de portée mais il échouait à deux reprises au rebond devant un excellent Karpenko. Les joueurs de Ralph Krüeger maîtrisaient la zone neutre et les Ukrainiens avaient la plus grande peine à approcher les cages d'Aebischer. Malgré le faible écart au score, ce dernier passait un dernier tiers relativement tranquille, n'étant inquiété que par Andrei Mikhnov sur un tir en hauteur. Dans les derniers instants, l'Ukraine, contrairement à l'Italie en pareille situation, renonçait à sortir son gardien afin de préserver un goal-average le plus favorable possible vis à vis des Transalpins qui jouent ce soir contre la Suède.

Deuxième victoire consécutive de la Suisse qui fait carton plein en ce début de championnats du monde. Mais on pouvait difficilement espérer moins de la part de la Nati compte tenu de la faiblesse des adversaires. Car comme à Turin, elle s'est montrée peu à l'aise face à des adversaires présumés plus faibles dans une configuration où elle se doit de faire le jeu, se faisant même copieusement dominer au deuxième tiers. Jusqu'à présent l'indiscipline chronique n'a pas porté préjudice en partie grâce à un excellent "box play" et à un gardien, David Aebischer, bien en place. Mais il faut attendre le match face à la Suède pour voir où en est vraiment cette équipe suisse.

De son côté, l'Ukraine a une nouvelle fois réalisé une performance très satisfaisante face à un adversaire de plus gros calibre. Dommage cependant que les Ukrainiens n'aient pas réussi à reproduire pendant soixante minutes l'effort produit au second tiers. Le power-play est également à revoir. Quant à Igor Karpenko, il a montré qu'il n'avait rien à envier à Konstantin Simchuk. Le match face à l'Italie sera probablement crucial pour le maintien mais au vu de ce qu'elle a montré cet après-midi, l'Ukraine en sera le favori logique.

Désignés meilleurs joueurs du match : David Aebischer (Suisse) et Igor Karpenko (Ukraine)

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match :

Ralph Krueger (entraîneur de la Suisse) : "Aebischer a été déterminant en infériorité numérique. Toute l'équipe a évolué à un bon niveau en appliquant un système simple et efficace. J'ai en outre vu des mises en échec de classe mondiale, propres et spectaculaires. C'est cette agressivité que nous devons employer, mais en évitant les pénalités. La solidité du système défensif est notre caractéristique, ce n'est pas un hasard si nous avons joué ainsi dans le dernier tiers-temps : un travail défensif parfait, grâce à une politique que nous suivons depuis des années."

Sandy Jeannin (attaquant de la Suisse) : "Nous avons joué très défensivement, mais c'est ce qu'il faut faire contre les 'Soviétiques'. Ils sont bons techniquement et bien organisés tactiquement, mais à la longue nous avons été supérieurs dans la gestion de la zone neutre. Dans le troisième tiers-temps, nous leur avons concédé peu d'espaces. Le rythme s'élève à chaque match : notre système est en place mais il faudra plus de qualité de jeu dans les phases offensives."

Aleksandr Seukand (entraîneur de l'Ukraine) : "L'équipe de Suisse a bien construit son match tactiquement. Elle a marqué deux buts et elle s'est repliée en défense en attendant les contres. Il y a des problèmes avec nos unités spéciales, mais c'est parce que nous n'avons eu le temps d'affiner nos automatismes et nos combinaisons. Nous allons y travailler. Karpenko a bien joué, je répète que nous avons deux gardiens égaux et qu'ils joueront tous deux. Si nous gagnons la petite finale contre l'Italie, je suis sûr que nous réussirons une surprise. L'équipe en a le potentiel."

 

Suisse - Ukraine 2-1 (2-0, 0-1, 0-0)

Lundi 8 mai 2006 à 16h15 à la Skonto Arena de Riga. 4609 spectateurs.

Arbitrage de Milan Minar (TCH) assisté de Ales Lesnjak (SLO) et Lars Schröter (ALL).

Pénalités : Suisse 30' (4', 12'+10', 4'), Ukraine 36' (6', 6', 4'+10'+10').

Tirs : Suisse 25 (8, 7, 10), Ukraine 26 (9, 14, 3).

Évolution du score :

1-0 à 09'57" : Bezina assisté de Jeannin (sup. num.)

2-0 à 18'06" : Ambuhl (inf. num.)

2-1 à 33'54" : Mikhnov assisté de Materukhin et Sryubko

 

Suisse

Gardien : David Aebischer.

Défenseurs : Mark Streit (C) - Mathias Seger ; Severin Blindenbacher - Goran Bezina ; Timo Helbling - Martin Steinegger ; Julien Vauclair - Beat Forster.

Attaquants : Ivo Rüthemann - Martin Plüss - Patric Della Rossa ; Marc Reichert - Andres Ambühl - Thierry Paterlini ; Thomas Déruns - Sandy Jeannin - Valentin Wirz ; Romano Lemm - Kevin Romy - Raffaele Sannitz.

Remplaçant : Jonas Hiller (G).

Ukraine

Gardien : Igor Karpenko.

Défenseurs : Sergei Klimentiev (C) - Yuri Gunko ; Vyacheslav Zavalnyuk - Artem Ostroushko ; Andrei Sryubko - Denis Isayenko ; Vasyl Polonitsky - Yuri Navarenko.

Attaquants : Vitali Lytvynenko - Vadim Shakhraichuk - Konstantin Kasyanchuk ; Roman Salnikov - Vasyl Bobrovnikov - Yuri Diachenko ; Andrei Mikhnov - Oleg Shafarenko - Oleksandr Materukhin ; Boris Protsenko - Valentin Oletsky - Vitali Semenchenko.

Remplaçant : Konstantin Simchuk (G).

 

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