Épinal - Strasbourg (1er septembre 2006)

 

Match amical.

Tout vient à point qui sait attendre

Si la volée de bois vert administrée à Dijon mardi dernier (7-0) a laissé Daniel Maric dans l'expectative (et certaines de ses nouvelles recrues, jugées trop faibles, sur la paille), Pierre-Yves Eisenring a lui pu constater toutes les capacités et le potentiel de ses troupes. Dans cet Épinal de tous les paradoxes, où les sans-grade se révèlent et où les cadres, à l'image de Stanislav Petrik brillant mardi soir, se réveillent, il en est un qui fait aujourd'hui l'unanimité. Engagé au départ comme pigiste, le défenseur Jan Bohácek a séduit son monde par son métier et semble désormais indiscutable à l'orée du début de saison.

Bâti sans strass ni paillettes, le contingent spinalien semble cohérent et ne manque pas de caractère à l'image du fonceur Tomás Jelínek (mis au repos ce week-end suite à une petite blessure au bras) ou du nouvel arrivant, le Tchèque Milan Buda. Dernier exemple en date de cette fameuse "filière Reindl", ce colosse venu de division 1 tchèque a déjà poussé Ján Sebo vers la sortie et tapé dans l'œil du staff par sa carrure et sa présence. Mis à l'essai depuis le début de semaine (et buteur face aux Ducs), Buda n'a donc pas tardé à gagner des points, au contraire donc d'un Ján Sebo décevant jusqu'alors. Pas intégré, le vétéran slovaque s'est toutefois vu offrir une nouvelle chance du côté de Tours où il devrait faire quelques dégâts au sein de l'armada dressée par Bob Millette ! Sebo ne devrait toutefois pas être le seul à se voir reclassé et ce week-end alsacien permettra d'y voir sans doute plus clair...

Pour ce second derby de l'est de la semaine, les Dauphins retrouvent donc une de leurs vieilles connaissances. Les habitués des soirées de division 1 n'ont certes pas oublié l'intensité des affrontements face à Strasbourg mais il y a bien longtemps que les deux protagonistes ne se sont plus croisés. Désormais, les récents champions de France de D1 sont enfin dans la cour des grands après des années passées à courir après la gloire. Après l'ère des succès, l'Étoile noire entre dans un nouvel univers, celui de la Ligue Magnus. Renforcés en conséquence, les Alsaciens tâtent ce soir pour la première fois le niveau élite. Sans leur artilleur Tommi Flinck, touché aux ligaments du genou et out pour la saison régulière mais avec cette flamme et cette détermination insufflée depuis toujours par leur coach canadien Daniel Bourdages.

Une étoile dans la brume...

Dans la douceur de cette belle soirée estivale, le brouillard s'est logiquement invité au bal. Un mal dont les deux formations font abstraction, entamant avec entrain la partie. Laissant la maîtrise du jeu à leurs hôtes, les Strasbourgeois mettent quelques minutes à se mettre en place mais signent tout de même les premières banderilles par Mika Suoraniemi (3'00") et Jaroslav Jacko (4'25"). Appliquant un pressing haut, Strasbourg gêne de plus en plus le déploiement de Spinaliens volontaires mais parfois dépassés en cette entame par la vivacité et les contres alsaciens. En effet, sur une incursion vosgienne en zone offensive, l'Étoile noire récupère dans sa zone puis écarte rapidement vers le défenseur Pavol Resetka. Bien décalé sur le flanc droit, le Slovaque allume Stanislav Petrik d'un slap pleine lucarne (0-1 à 06'08").

Surpris, les Spinaliens peinent à recouvrer leurs esprits et payent cash cette déconcentration. Sitôt l'engagement remporté au centre, Strasbourg relance sur le côté droit et Stéphane Hohnadel trouve le bon relais de Jaroslav Jacko qui, seul au second poteau, n'a plus qu'à pousser le puck dans la cage pour conforter l'avance des siens (0-2 à 06'18").

Piqués au vif, les Dauphins réagissent prestement mais se heurtent à un Juraj Nemcák efficace devant son filet. Rien n'y fait et le portier slovaque fait successivement obstacle à un breakaway de Jan Simko (pourtant bien lancé dans le dos de la défense par l'inégalable Jan Plch) et un essai en pivot du nouveau venu Milan Buda (10'16"). Débridé et sans temps morts, le match s'offre un peu de répit sur une première pénalité. Bien défendue, la sanction ne pose pas de problèmes particuliers aux Strasbourgeois, bien en place dans leur zone. Incapables de s'installer, les Spinaliens eux voient à regret s'enfuir cette première situation favorable mais obtiennent rapidement une nouvelle chance. Si l'accrochage envers Guillaume Papelier n'est pas sanctionné par le duo arbitral, le faire-trébucher subi par Michal Petrák l'est (15e).

Là aussi, Épinal peine à prendre ses repères mais se montre autrement plus dangereux comme sur cette déviation dans le slot non cadrée par Petrák ou cette reprise à bout portant de Bohácek (16e). Plus ordonnés, les Alsaciens s'en sortent toutefois sans dommages et refont parler d'eux aux abords de la cage de Petrik. Plus tranchante et couvrant bien la surface de jeu, l'Étoile noire annihile toute velléité spinalienne en cette première période. C'est donc sans surprise que Strasbourg regagne les vestiaires avec un break d'avance. Non sans que Juraj Nemcák n'ait une nouvelle fois sauvé les meubles sur un face-à-face remporté avec brio devant Luc Mazerolle (19'40").

Les chevaux sont lâchés

Mis dos au mur, les hommes de Pierre-Yves Eisenring attaquent fort l'acte médian, prenant le jeu à leur compte et s'amenant rapidement aux avant-postes. Servi sur le flanc gauche, Guillaume Chassard sert un véritable à caviar à Anthony Maurice qui, posté dans l'enclave, ne laisse pas filer pareille aubaine (1-2 à 21'51"). Remis dans le bon sens, les Vosgiens tentent d'en remettre une couche mais se voient toujours contrés par des Strasbourgeois volontaires. Cela débride encore plus la partie, forçant les deux cerbères à s'employer, et même à rivaliser de prouesses. Le rythme accru de cette deuxième période ne crée pas seulement des occasions mais cause aussi les premiers heurts. Si Milan Buda, souvent insaisissable tout au long de la soirée, force son vis-à-vis à commettre la faute pour lui dérober la rondelle (24'41"), Wes Jarvis et Luc Mazerolle en viennent eux aux mains. Provoqué par le colosse canadien dans le slot, Mazerolle ne s'en laisse pas compter et tombe à son tour les gants, ce qui a pour tort de l'envoyer lui aussi sur le banc d'infamie.

Toujours en supériorité numérique, les Spinaliens poussent en zone offensive mais ne trouvent toujours pas la clé devant un Nemcák impeccable, devant cette reprise de Plch (27e) ou ce petit slap de Buda (28'45"). Réactif, Strasbourg se montre toujours saignant en contre et il faut un glove-save de Stanislav Petrik pour enrayer la montée latérale de Peter Himler (29'22"). Le jeu s'emballe et le palet circule rapidement d'une cage à l'autre, empruntant les multiples brèches causées dans les défensives. Sur l'un de ces mouvements, Peter Listiak s'applique en sortie de zone et relance loin devant vers Petrák qui réoriente vers Simko sur le côté gauche. Exploitant comme il sait si bien le faire cette ouverture, le dévoreur d'espaces slovaque s'offre une de ces chevauchées qui le caractérisent tant. Même Juraj Nemcák, pourtant si brillant ce soir, ne peut empêcher Simko de glisser la rondelle entre ses bottes (2-2 à 32'01").

La réplique strasbourgeoise, orchestrée par un duo Suoraniemi-Norman intenable (33'30"), ne laisse aucun répit à Petrik mais une bévue des visiteurs en sortie de zone permet à Guillaume Papelier de servir en profondeur Anthony Maurice, sans que le numéro quarante-neuf ne parvienne à cadrer (34'56"). Épinal reprend progressivement le contrôle des opérations et poursuit sa domination en territoire adverse. Bien lancé par Michal Petrák, Ján Simko ne cadre pas et Lionel Simon - aligné en attaque pour dépanner suite au forfait de Jelínek - vendange un bon deux-contre-un (38e). S'engouffrant dans les espaces, les Spinaliens poursuivent leur pressing mais voient encore et toujours la réussite les fuir, en grande partie par la faute d'un Juraj Nemcák visiblement dans un grand soir. La tâche ne sera pas simple pour sa doublure Gilles Beck, appelée à le suppléer pour le dernier tiers...

Les Dauphins récompensés

Si les courants d'air et les ouvertures ont rythmé la deuxième période, force est de constater que l'étau s'est passablement resserré à la reprise. C'est l'Étoile noire qui se montre d'abord dans le camp vosgien, causant mille frayeurs à un Petrik s'en sortant in extremis sur un slap de Brau-Arnauty (41'54"). Même dénouement sur cette torpille dégoupillée par Mika Suoraniemi dans l'axe mais qui flirte avec son montant droit.

Malgré la pression alsacienne, les Spinaliens se montrent pourtant efficaces et bien présents dans leurs replis. Ainsi, les contres leur sont souvent favorables mais Ján Plch, repositionné en fin de match sur le deuxième bloc en compagnie de Milan Buda et Luc Mazerolle (Lionel Simon basculant sur la première ligne), ne peut prendre la mesure de Beck malgré une belle infiltration (46'38"). Chaque erreur étant mise à profit, les deux adversaires se rendent coup pour coup et le suspense demeure entier à l'approche des dix dernières minutes de jeu.

L'éclair jaillira soudainement, d'une relance dans l'axe encore une fois très précise de Peter Listiak déviée subtilement par Ján Simko en zone neutre, ce qui permet à Michal Petrák et à son patinage dégingandé de fausser compagnie à sa garde rapprochée. Lancé en profondeur, Petrák parvient bien à prendre le contre-pied de Beck mais doit s'y reprendre à deux fois pour que son puck franchisse bien la ligne d'en-but (3-2 à 51'35").

Prenant enfin les devants au tableau d'affichage, Épinal se base à nouveau sur son assise défensive pour repartir de l'avant. Toutefois, la reprise en déviation de Luc Mazerolle ne fait pas mouche et le scud expédié par Milan Buda heurte le poteau gauche de Gilles Beck (55'51"). L'Étoile noire souffre mais une pénalité lorraine lui permet de rayonner à nouveau en zone offensive. Enfin pas pour longtemps puisque Ján Plch dérobe le palet et s'échappe, se voyant rattrapé illégalement par Pavol Resetka. Ce dernier, transfuge du championnat espagnol, le sèche contre la bande (57'53") et s'en va rejoindre Peter Slovák, préalablement averti par le duo arbitral maison (Raphaël Marciano et Nicolas Martin). Dans cette configuration à quatre-contre-quatre, les espaces se libèrent à nouveau mais personne ne trouve la faille, que ce soit Mika Suoraniemi ou encore Guillaume Chassard (58'14"). La dernière poussée strasbourgeoise n'y changera plus rien et Épinal tient solidement sa victoire, gardant ainsi une confiance certaine avant la manche retour le lendemain à Cronenbourg.

Bon pour le moral !

Aux forceps, Épinal est donc parvenu à s'imposer face à des Strasbourgeois coriaces et bien organisés au terme d'un match rythmé et agréable. Le néo-promu se sera montré bien délicat à manœuvrer, poussant son hôte dans ses derniers retranchements. Les hommes de Daniel Bourdages ont profité d'une poignée de secondes d'égarement pour se créer un avantage de deux buts. Défendant cet acquis, les Alsaciens ont vendu chèrement leur peau en jouant les contres et ne craquant que sur la fin sous les coups de boutoir d'une équipe spinalienne au potentiel des plus intéressant. Le gardien Juraj Nemcák s'est montré à son avantage alors que le duo Todd Norman-Mika Suoraniemi a montré une belle complémentarité. Mais globalement, l'Étoile noire a démontré ce soir que le palier de la Ligue Magnus ne devrait pas lui poser trop de soucis.

Si la patience est une vertu, celle-ci a permis aux hommes de Pierre-Yves Eisenring de remporter la victoire. N'ayant jamais permis au doute de s'installer et travaillant sans relâche dans les deux sens, ceux-ci ont fini par faire la différence. Collectivement avec un groupe qui semble soudé et uni dans l'effort mais aussi individuellement où le rendement de Jan Bohácek et Peter Slovák s'est fait ressentir en défense. Les deux "Monsieur propre" de l'arrière-garde ont sécurisé au mieux la zone, devant un Stanislav Petrik encore une fois très solide. Devant, Milan Buda a impressionné par sa mobilité (impressionnante pour un joueur de ce gabarit) et sa protection de puck, alors que Ján Plch, l'électron libre de l'ICE, s'est lui aussi illustré par sa vista et son sens du jeu. Très présent en récupération, Michal Petrák n'a pas ménagé ses efforts alors que la troisième ligne s'est montrée sous son meilleur visage. Voilà de quoi envisager la revanche du lendemain avec sérénité côté vosgien.

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Épinal - Strasbourg 3-2 (0-2, 2-0, 1-0)

Vendredi 1er septembre 2006 à la patinoire de Poissompré. 150 spectateurs.

Arbitrage de Raphaël Marciano et Nicolas Martin.

Pénalités : Épinal 6' (0', 2', 4'), Strasbourg 8' (4', 4', 0').

Tirs : Épinal 34 (11, 15, 8), Strasbourg 25 (9, 8, 8).

Évolution du score :

0-1 à 06'08" : Resetka

0-2 à 06'18" : Jacko

1-2 à 21'51" : Maurice assisté de Chassard

2-2 à 32'01" : Simko assisté de Listiak

3-2 à 51'35" : Petrák assisté de Simko

 

Épinal

Gardien : Stanislav Petrik.

Défenseurs : Peter Listiak - Jan Bohácek ; Peter Slovák - Peter Strapatý ; Borislav Ilic - Radoslav Regenda (A).

Attaquants: Ján Simko - Michal Petrák - Ján Plch ; Luc Mazerolle - Milan Buda - Lionel Simon ; Guillaume Chassard (C) - Anthony Maurice (A) - Guillaume Papelier.

Remplaçants : Franck Constantin (G), Kevin Benchabane, Sébastien Geoffroy, Djamel Zitouni. Absent : Tomás Jelínek (bras).

Strasbourg

Gardiens : Juraj Nemcák puis Gilles Beck à 40'00".

Défenseurs : Pavol Resetka - Jonathan Jolette ; Roman Gurican - Thibault Dumuis ; Wesley Jarvis - Hugues Cruchandeau

Attaquants : Mika Suoraniemi - Todd Norman - Peter Himler ; Jaroslav Jacko - Stéphane Hohnadel (C) - Daniel Sevcík ; Damien Brau-Arnauty - Mathieu Saint-Marc - Maxime Catelin.

Absents : Tommi Flinck (rupture du ligament antérieur gauche du genou), Mathieu Reverdin, Milan Dirnbach.

 

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