Épinal - Angers (9 septembre 2006)
Match comptant pour la première journée de ligue Magnus 2006-2007.
Les Ducs chantent sous la pluie
C'est forts d'une préparation encourageante que les Dauphins se lancent à l'assaut de cette nouvelle saison de Ligue Magnus. Pour l'ouverture des hostilités dans leur temple de Poissompré, les Spinaliens vont avoir affaire à de drôles d'oiseaux. Ou plutôt leur bête noire attitrée depuis une poignée de saisons...
Toujours battus par les Ducs depuis leur retour en élite, les Spinaliens ont droit à un remake de la première journée de la saison passée, mais cette fois-ci ils jouent à domicile et semblent mieux préparés. Si le recrutement estival, suspicieux à première vue, a surpris ces dernières semaines, ce premier choc de la saison va permettre une première évaluation en situation de combat. L'occasion de vérifier si le collectif naissant des Vosgiens, forgé par le Suisse Pierre-Yves Eisenring depuis près de trois semaines, tiendra la mesure face à des Angevins ambitieux et talentueux. Angers, c'est sur le papier un savant mélange d'expérience et de jeunesse mais surtout, on l'a dit, une formation redoutable qui ne réussit pas aux Dauphins.
Épinal a donc l'opportunité d'exorciser quelques-uns de ses vieux démons et, par conséquent, se mettre d'emblée sur les bons rails. Mais attention aux accrochages et indisciplines en tous genre, davantage surveillés par des arbitres vigilants et désormais instruits des préceptes de cette fameuse tolérance zéro...
Tolérance zéro : des débuts remarqués !
Laquelle est ainsi appliquée d'entrée par le corps arbitral, qui n'hésite plus à siffler le moindre accrochage et retard de jeu. C'est ainsi que se fait prendre le Tchèque Tomás Jelínek lors d'un face-off (0'48") puis l'Estonien Lauri Lahesalu pour un forfait similaire (01'14"). Globalement, ces coups de sifflets intempestifs et cet arbitrage tatillon seront le fil rouge d'une partie hachée et tourmentée.
Beaucoup d'arrêts de jeu donc, mais Angers y met sa meilleure volonté en développant un jeu offensif fluide et sollicitant en premier le gardien adverse après un long round d'observation. Portés vers l'avant, les Ducs se montrent les plus pressants et gênent bien une organisation spinalienne en difficulté pour construire et relancer son jeu. Dominés territorialement, les Vosgiens n'ont d'autres choix que de riposter en contres mais butent sur une défense solide. C'est ainsi qu'une montée spinalienne se voit contrée et que la rondelle se retrouve sur le côté gauche de l'attaque dans une palette angevine. Déjouant ses vis-à-vis du troisième bloc, Radek Hovora trouve dans le dos de la défense Martin Lacroix, lequel crée le décalage et passe en retrait à Jean-François Jodoin qui, plongeant dans l'axe, n'a plus qu'à faire trembler le filet (0-1 à 06'59").
Signant leur première vraie incursion par Ján Simko (07'29"), les Spinaliens tentent bien de réagir mais manquent de solutions pour bousculer une formation angevine bien en place. Pire encore, les indisciplines locales amènent régulièrement le renard dans le poulailler, mais sans trouver l'ouverture. Ainsi, à force de faire circuler le disque dans la zone, Angers s'expose aux contres. C'est ce qui arrive à Lauri Lahesalu, qui se fait dérober le puck en temporisant trop en entrée de zone. Jaillissant tel un diable de sa boîte, Luc Mazerolle signe l'interception, s'envole vers le but mais ne peut convertir son breakaway devant un Koivula impeccable (10'50").
Ce flot ininterrompu de coups de sifflets donne ainsi la part belle aux équipes spéciales. Notamment celles des Ducs qui occupent dans un premier temps Stanislav Petrik, qui empêche Hovora de trouver la lucarne (13'53"), avant de défendre chèrement leur plumage en profitant de mauvais jugements spinaliens comme ce palet perdu en zone offensive qui envoie Jonathan Bellemare en échappée (15'17"). Menaçants dans la zone, les hommes de François Dusseau mettent à mal la défense et provoquent les fautes (il est vrai souvent discutables) mais manquent cruellement de réalisme devant un Stanislav Petrik visiblement dans un grand soir et bien aidé par son cadre devant Martin Lacroix (18e).
Les contres font la différence
Après vingt premières minutes fort laborieuses, le public de Poissompré espère voir autre chose. Ses favoris sont en effet timides et perturbés par un arbitrage appliquant à la lettre les nouvelles consignes. Ainsi, les nombreuses infractions signalées au cours de cette première période ont considérablement nui à la qualité du jeu, et un cinglage précédemment signalé à l'encontre de Plch (19'26") autorise les Ducs à entamer l'acte médian à cinq contre quatre. Un avantage qui ne profite toutefois pas à des Angevins vivaces mais toujours inefficaces dans la zone de vérité. Pire, ils perdent stupidement le palet sur une passe à la ligne bleue offensive vers Jean-François Jodoin qui passe au travers de son slap et le laisse libre pour Ján Plch. En bon stratège, le Slovaque voit immédiatement l'appel de Luc Mazerolle sur le côté gauche et lance en break le Québécois qui, cette fois-ci, déporte bien Koivula sur sa gauche pour lui glisser le puck sous le bras (1-1 à 21'36").
Relancés par cette égalisation inattendue, les Lorrains tentent d'emballer le jeu et manquent de peu de doubler la mise sur une nouvelle erreur individuelle. Si celle de Jodoin a coûté l'égalisation, celle de Koivula n'aura aucune incidence comptable, hormis une belle frayeur pour le portier finlandais qui rate sa relance à la crosse et vise en plein sur un Petrák par la suite bien mal inspiré de louper la cage quasi-désertée (24'13")... Passées ces minutes de jeu décousu, le naturel revient au galop et les zèbres reprennent du service, sacquant Épinal à deux reprises (25'03" et 26'12") puis ramenant l'ennemi aux portes du fort. Par chance, celui-ci est bien gardé par Stanislav Petrik, malin sur cette déviation à bout portant de Martin Lacroix (25'31") et solide sur la passe opposée de Bellemare à destination de Balúch au second poteau (27'43"). Entre temps, Angers se sera fait une belle peur sur une échappée de l'intenable Ján Plch qui, après avoir enrhumé Simon Lacroix et Michael Irani, s'est empalé sur Ville Koivula.
Il ne manque pas grand-chose aux hommes de Pierre-Yves Eisenring pour punir des Angevins improductifs dans le dernier geste et peut-être trop portés sur l'offensive. Cela ne pardonne pas à quatre contre quatre, et Jan Bohácek, récupérant le palet dans son camp, écarte proprement vers Petrák qui s'élance sur le flanc gauche et sert dans l'axe la fusée Simko qui s'en va battre Koivula de près (2-1 à 31'59"). Encore un contre...
Pris de cours, les Ducs d'Angers contiennent leurs hôtes et réagissent, trouvant toujours un Petrik vigilant sur leur chemin comme sur cette montée de Bellemare et le service parfait au second poteau en direction du feu follet Michael Tessier (34e). Montrant une complémentarité remarquable, Angers se montre sans cesse sur le front de l'attaque et se voit accorder une nouvelle pénalité sur un accrocher de Luc Mazerolle (33'22"). Sur une séquence énorme de Martin Lacroix, l'ASGA maintient sa pression mais ne trouve pas la faille dans une défensive vosgienne rassurée par sa brigade tchécoslovaque. Le siège soutenu n'aboutit une fois de plus sur rien et l'action la plus dangereuse vient même d'un contre rapide de Milan Buda (35'33")... Dans ces conditions, la tendance s'inverse mais l'ICE, par manque d'initiative, ne profite pas non plus d'une bonne supériorité numérique. Mais tout n'est pas perdu puisqu'une obstruction de Simon Lacroix à la toute dernière seconde offrira une nouvelle chance aux locaux.
Répressions
Ou plutôt un coup d'épée dans l'eau tant le powerplay bleu peine à prendre ses marques, même en double supériorité numérique face à une défense agressive. Pire encore, une charge incorrecte sifflée contre Peter Listiak (43'43") ramène le danger dans la zone défensive. Tournant autour de sa proie tel un prédateur affamé, Angers fait bien circuler et finit enfin à trouver l'ouverture sur un jeu en triangle initié par Simon Lacroix, relayé à gauche du gardien par Jonathan Bellemare puis conclu dans le slot par Guillaume Rodrigue. Le Canadien, esseulé dans l'enclave, signe ce schéma d'école d'un tir en hauteur, imparable (2-2 à 44'33").
Remis en confiance, les Ducs prennent plus clairement l'ascendant sur le jeu et manquent de reprendre l'avantage sur une interception de Jonathan Bellemare qui sert le café à la défense puis trouve Balúch démarqué au second poteau. Là-dessus Stanislav Petrik sauve la patrie (47'45") et se sublime face à des Angevins régulièrement en situation d'avantage numérique au cours d'une fin de match plus heurtée que jamais. Les pénalités s'enchaînent, des deux côtés, mais ni le jeu de puissance angevin, pourtant bien rôdé, ni celui d'Épinal ne fait la différence. Ce n'est pas faute d'essayer mais Ville Koivula s'impose sur le revers de Petrák (57'05") et fait l'arrêt devant Listiak à bout portant (57'13"). Mis sous pression, Koivula craque et offre aux Dauphins une situation inespérée en double supériorité numérique. Mais rien n'empêchera la tenue d'une prolongation; les Dauphins manquant trop d'efficacité et d'automatismes face à une arrière-garde intransigeante. Une séance additionnelle qui commencera à nouveau en supériorité numérique en raison d'un tout dernier break de Luc Mazerolle avorté in extremis par Jonathan Bellemare (60'00")...
Le diable sort de sa boîte...
Ce scénario est classique pour Épinal, fidèle parmi les fidèles des morts subites lors de la saison passée. Avec plus ou moins de succès même si cette fois-ci on espère plus de réussite. Cela en prend le chemin lorsque Ján Plch, intenable, fausse compagnie à ses chiens de garde et se fait proprement sacquer contre la bande par Jean-François Jodoin (61'18"). Renvoyé aux vestiaires, le Franco-Canadien offre cinq minutes de supériorité numérique aux locaux et laisse ses partenaires dans l'embarras.
Tout semble ainsi réuni en faveur des Bleus mais le slap puissant de Peter Strapatý ricoche sur le montant droit de Ville Koivula (61'42") avant qu'un déploiement à trois en contre-attaque ne voit Guillaume Chassard buter sur le gardien venu de l'Allsvenskan suédoise (62'45"). Coup du sort, le capitaine spinalien se voit sur cette même action puni d'un cinglage -certes peu évident - et rétablit l'égalité numérique sur la glace. Voilà le tournant du match car une transmission mal assurée à la ligne bleue profite à ce diablotin de Jonathan Bellemare qui dévale le flanc droit avant de repiquer vers le centre pour crucifier Stanislav Petrik en un contre un (2-3 à 62'59"). Le match s'est joué sur un coup de dés et Épinal peut enrager de n'avoir su exploiter ses jeux de puissance...
Des regrets, malgré tout
Pour la première fois depuis bien longtemps, l'ICE a pris un point à sa bête noire angevine l'issue d'une partie à suspens, indécise et placée sous le signe des pénalités. Pas de doutes, la tolérance zéro a fait son œuvre et Épinal s'est retrouvé au cachot plus souvent qu'à son tour, la faute à un arbitrage particulièrement intransigeant avec les hockeyeurs de la Cité des Images. Ceux-ci, parfois pris de court par le collectif et la vitesse d'exécution angevine, ont d'abord courbé l'échine avant d'exploiter les espaces pour jouer les contres et prendre de l'assurance.
Essentiellement dangereux dans cette phase de jeu, les Lorrains ont gaspillé trop de munitions en powerplay et montré de grands signes de faiblesses au niveau de leur troisième bloc, parfois hors sujet. En revanche, Jan Bohácek et Peter Slovák furent héroïques en défense, jouant juste et servant de rampes de lancement aux contre-attaques alors que Stanislav Petrik fut simplement "petrikéen". Infatigable, Ján Plch a animé comme jamais le front de l'attaque alors que ses coéquipiers ont montré une grande force de caractère pour ne pas lâcher prise.
Très complémentaires et volontiers offensifs, les Angevins ont pêché par manque de réalisme mais aussi de fraîcheur en raison d'une rotation limitée (sans doutes leur point faible le plus criant). Qu'importe, Angers a montré un visage séduisant et ramené dans son nid les deux points de la gagne.
Une fois encore, l'électron libre Jonathan Bellemare a fait la différence, se montrant un danger permanent aux côtés de son compère Guillaume Rodrigue et d'un deuxième bloc percutant à l'image du vétéran Martin Lacroix et du longiligne Michael Tessier. Sur la troisième ligne, le jeune Julien Albert a confirmé sa montée en puissance tandis que le gardien Ville Koivula a fait le métier devant son filet, jouant de son expérience à l'instar des Simon Lacroix et autres Jean-François Jodoin qui n'ont pas leur pareil pour faire flancher les nerfs de leurs adversaires.
Compte-rendu signé Jérémie Dubief
Épinal - Angers 2-3 après prolongation (0-1, 2-0, 0-1, 0-1)
Samedi 9 septembre 2006 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 607 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Jérémy Rauline et Sébastien Moine.
Pénalités : Épinal 40' (12', 8', 8'+10', 2'), Angers 45' (4', 6', 10', 5'+20').
Tirs : Épinal 25 (5, 8, 9, 3), Angers 34 (12, 12, 9, 1).
Évolution du score :
0-1 à 06'59" : Jodoin assisté de M. Lacroix et Hovora
1-1 à 21'37" : Mazerolle assisté de Plch
2-1 à 31'59" : Simko assisté de Bohácek
2-2 à 44'33" : Rodrigue assisté de Bellemare et Irani (sup. num.)
2-3 à 62'59" : Bellemare assisté de Rodrigue et Bärgman
Épinal
Gardien : Stanislav Petrik.
Défenseurs : Jan Bohácek - Peter Listiak ; Peter Slovák - Peter Strapatý ; Lionel Simon - Borislav Ilic.
Attaquants : Ján Simko - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Luc Mazerolle - Milan Buda - Tomás Jelínek ; Guillaume Chassard (C) - Anthony Maurice (A) - Guillaume Papelier.
Remplaçants : Franck Constantin (G), Djamel Zitouni, Kevin Benchabane, Sébastien Geoffroy. Absent : Radoslav Regenda (suspendu).
Angers
Gardien : Ville Koivula.
Défenseurs : Simon Lacroix - Michael Irani ; Lauri Lahesalu - Jean-François Jodoin (A) ; Patrik Bärgman.
Attaquants : Tomás Balúch - Jonathan Bellemare - Guillaume Rodrigue (A) ; Radek Hovora - Martin Lacroix (C) - Michael Tessier ; Guillaume Drozdz - Mickaël Bardet - Julien Albert.
Remplaçant : Florian Hardy (G). Absent : Juho Jokinen (adducteurs).