Krylia Sovietov Moscou - Ak Bars Kazan (9 septembre 2006)

 

Match comptant pour la deuxième journée de Superliga russe.

Et voilà le retour des Krylia Sovietov dans l'élite du hockey russe. Trois ans après leur descente en Vyschaïa Liga, les doubles champions d'URSS et une fois champion d'Europe dans les années 70 retrouvent donc le plus haut niveau. Un retour plus que difficile. L'intersaison a été agitée pour les Moscovites. Longtemps, les vice-champions de Vyschaïa Liga ont été menacés... d'y rester ! Leur accession était suspendue à des problèmes de finances et d'infrastructures (par rapport à leur vieux palais des sports).

Finalement, les choses se sont arrangées administrativement... à défaut de l'être sportivement. Les Krylia Sovietov ont en effet perdu beaucoup de joueurs à l'intersaison et des éléments clés. Le talentueux gardien Sergueï Mylnikov s'est envolé chez l'autre promu, le champion de Vyschaïa Liga, le Traktor Chelyabisnk. En défense, Rinat Mamachev est parti au Dynamo et l'expérimenté Anton Oulianov (29 ans) est désormais à Khabarovsk (le pauvre...). Quand à l'attaque, elle a vu partir trois éléments décisifs : l'international kazakhstanais Dimitri Chamoline (par nostalgie, certains supporters des KSM continuent à porter son maillot de Lausanne...) et l'emblématique Viktor Gordiouk, sont désormais au Khimik Voskresensk (qui retrouve l'ambition en Vyschaïa Liga, après s'être fait voler son équipe par le gouverneur de la région de Moscou) et le très prometteur Igor Makarov (19 ans) a succombé aux charmes de Gazprom qui a racheté le SKA Saint-Pétersbourg, où il a déjà marqué un but !

Et comme les caisses du club sonnent bien vides, les nouveaux joueurs ne sont pas à la hauteur des C.V. de ceux qui partent. Les Krylia Svoviétov sont allé faire leur marché presque uniquement en Vyschaïa Liga. Dans les cages, arrivée en provenance du Vitiaz Podolsk de Iouri Guérassimov, formé au Dynamo. En défense, Adroug Djouguelia (un nom abkhaze) était l'an passé à Dimitrov ; Sergueï Pérétiaguine était à Nijnekamsk et à Nijni-Novgorod, mais il n'est pas sur la glace cet après-midi. En attaque, Arseni Bondarev, en provenance de Khabarovsk, a joué un peu dans l'équipe réserve du Lokomotiv Iaroslavl, Ilia Dochkine (absent aujourd'hui) fait partie de ces joueurs de l'équipe 2 du Lada Togliatti, propulsé l'hiver dernier en Superliga suite aux problèmes financiers du club, Sergueï Kojevnikov jouait à Lipetsk et Samara la saison passée, et Alexandre Ossipenko vient de Kirovo-Tchepetsk même s'il a été formé au CSKA. Voilà, c'est tout, et il faudra faire avec. Paradoxe aux KSM, l'équipe est, sur le papier, moins forte en Superliga que l'an passé en Vyschaïa Liga !

Alors, autant dire que le match de cet après-midi s'annonce des plus périlleux face au champion en titre. Krylia Sovietov Moscou - Ak Bars Kazan, c'est également le match entre le plus tatar des clubs moscovites (le président, le manager et des joueurs des KSM sont d'origine tatare) et le plus moscovite des clubs tatars (Ak bars possède dans son effectif treize joueurs formés à Moscou plus son entraîneur, Zinetoula Bilialetdinov). Sur ces 13 Moscovites du Tatarstan, quatre ont été formés aux Krylia Sovietov. Deux ne jouent pas cet après-midi, le défenseur Viatcheslav Bouravtchikov et l'attaquant Mikhaïl Iounkov, mais deux sont bien présents, le défenseur Evgueni Riassenski et surtout le capitaine international Alexeï Morozov. Le retour à la maison du divin Alexeï est d'ailleurs l'évènement numéro un de cet après-midi. Le programme du match y consacre de longues lignes, et lors de l'annonce des équipes, le nom de Morozov est ovationné par les supporters moscovites. Un accueil à des années-lumière de celui d'Ilia Kovaltchouk, avec cette même équipe de Kazan, lors de son retour sur la glace du Spartak...

Le canard, mascotte des KSM, est toujours vivant, les pom-pom en place, c'est parti... Avec une première surprise dans l'effectif moscovite, la présence dans les cages de Iouri Guérassimov, et non de Dimitri Iatchanov, pourtant formé à Ak bars et qui aurait dû être motivé par ce match...

Surtout que d'entrée, cela fuse dans tous les sens ! 17 secondes ("la mesure du temps" chantait The Cure dans la chanson du même nom...) et déjà un tir qui met en danger Guérassimov... Le gardien des Ailes Soviétiques qui doit même effectuer trois arrêts consécutifs dans la minute suivante... Eh bé !

Il faut attendre la fin de la troisième minute pour voir le premier tir moscovite... et Guérassimov est de nouveau à l'ouvrage, bottes, mitaines, crosse, tout sert à dégager ! Durant les six premières minutes, les Moscovites ne sortent pas de leur zone défensive. Cela n'empêche pas leurs fidèles supporters de les porter à bout de voix...

À 6'08, l'arbitre envoie un joueur de chaque côté en prison : l'attaquant tatar Alexeï Badioukov, formé au Dynamo et passé par les Krylia Sovietov, et le défenseur moscovite Andreï Dylevski. Mais à quatre contre quatre, c'est la même musique et la partition est tatare ! Guérassimov est de partout. Cela ne s'arrange pas à la treizième, lorsque le défenseur moscovite Pavel Kanarski est à son tour envoyé en prison. Les Rouges et Bleus résistent... et finissent par craquer à dix-neuf secondes de la fin de l'infériorité numérique. Un tir de Badioukov en plein axe, fait mouche (0-1). Et l'on ne peut même pas dire que ce n'est pas mérité...

Pourtant, alors que l'on s'attend au pire, les Moscovite reviennent au score moins de trois minutes plus tard. Un but de près, un tir de raccroc, un shoot du désespoir, dans un angle bien fermé, qui ô surprise, trompe le gardien finlandais estampillé LNH Mika Noronen (1-1). Merci qui ? Merci Alexandre Ossipenko, jeune attaquant de 22 ans, formé au CSKA et passé par Nijnekamsk et Kirovo-Tchépetsk.

Bon, la réplique des champions de Russie est cinglante. Un superbe tir de Badioukov (décidément, il veut rappeler à tout le monde qu'il a joué sur cette glace où quoi ?), un tir en position couchée du géant ukrainien (deux mètres, 96 kilos) Andryï Mikhnov et surtout, dans les toutes dernières secondes du tiers, deux très chaudes actions de l'enfant du pays, Alexeï 1er, qui place sa flèche tatare trop haut, puis qui voit son tir échouer suite à une cage "légèrement" bougée par Mindjimbov, euh pardon, Guérassimov... Premier coup de sirène, et franchement, malgré la "joie" du 1-1, on reste des plus inquiets...

Car, Morozov a décidé de faire parler la poudre (franchement, est-ce que cela se fait, quand on est bien élevé, de faire parler la poudre de retour chez soi ?). Un premier tir cadré après vingt-six secondes et une lucarne parfaite à la troisième minute. Complètement décalé par Alexandre Golovine, Iouri Guérassimov ne peut boucher son angle et Alexeï Morozov ne se prive pas (1-2, 22'07"). Une belle réaction à trois (vous vous rappelez le hockey soviétique ?) des Moscovites, conclue par un tir du jeune (19 ans) Alexandre Chibaev bloqué par Mika Noronen, et trente secondes plus tard cela fait 1-3... Une passe de derrière la cage d'Alexeï Terechtchenko pour son ancien coéquipier du Dynamo, Alexandre Stépanov, et voilà les Moscovites distancé à deux longueurs. Surtout que cela fait "bing" sur le poteau de Guérassimov, peu de temps après.

Alors quoi ? Que fait-t-on ? On laisse le Kremlin être brûlé par les Tatars sans rien faire ? Niet évidemment ! La révolte moscovite est symbolisée par une nouvelle superbe action collective et bien léchée apprise à l'école de hockey du club. Encore une action en trio, une fois de plus terminée par un beau tir d'Alexandre Chibaev. Il faut préciser que pratiquement toutes les équipes de jeunes du club sont allées en demi-finales de leurs championnats l'an passé ! Souvent battues par le Spartak, comme quoi, la formation ne rime pas forcément par réussite au niveau des équipes professionnelles...

S'ensuivent des minutes de folle domination des locaux, Evgueni Pasternatski et Sergueï Kojevnikov (27e), une nouvelle action en trio (28e), un arrêt sur la ligne de Stépanov alors que son gardien était battu (29e) sur un nouveau tir de Chibaev, et même, la minute suivante, le tournant du match. Une action confuse devant la cage de Kazan se termine par un palet derrière la ligne de but de Noronen. Alors, but ou pas ? M. Gorski dit non et ne demande même pas à voir la vidéo, alors que placé d'où je suis, il est évident que le palet est entré. Ne l'a-t-il pas vu ? Estime-t-il qu'il y a eu une faute avant ? Quoi qu'il en soit, cela fait toujours 1-3 et les locaux ne sont pas récompensés de leurs efforts. Des efforts qui se poursuivent avec un beau tir, non cadré, du défenseur moscovite Alexeï Petrov (lui aussi passé par le Tatarstan à Nijnekamsk).

Et évidemment, dans ces cas-là, surtout face à une équipe aussi forte que Kazan, cela ne pardonne pas d'être inefficace... Un contre de la panthère des neiges se termine par une lucarne d'Alexeï Terechtchenko. 1-4 et même 1-5 sur l'action suivante suite à un tir entre les jambières d'Alexandre Golovine (32'56"). Dure réalité...

Et encore, cela aurait pu être pire avec un tir sur le poteau de Morozov (35e) et sans une belle mitaine de Guérassimov (37e). La fin du tiers est à sens unique en faveur de Kazan, les Moscovites ont laissé passer leur chance et encaissent un sévère 0-4 sur ce tiers, alors qu'ils ont montré beaucoup de cur durant quatre minutes de folie. Kazan s'est contenté d'être efficace...

Pour la troisième période, Iouri Novikov, l'entraîneur moscovite, fait entrer Dimitri Iatchanov dans les cages, Iouri Guérassimov ayant fini par craquer... Et le gardien formé à Kazan est tout de suite dans le bain, lorsqu'il arrête un breakaway de l'attaquant formé aux Ailes Soviétiques, Alexeï Morozov, après quarante-deux secondes... Les locaux répliquent avec une belle tentative en coin de Denis Koulik (45e), mais ils doivent ensuite tenir la baraque suite à une pénalité infligée à Alexandre Chibaev. Heureusement, Dimitri Iatchanov est impérial en enchaînant deux arrêts de classe (46e). Et il faut que le gardien moscovite soit en forme, car son équipe se retrouve alors en double infériorité (Bernatski sanctionné à la 46e)...

Et quand Iatchanov est battu, c'est Adroug Djouguelia qui enlève un palet passé derrière son gardien. Ouf, on se retrouve à cinq contre cinq sans encombre. Mais cela n'empêche pas Kazan de poursuivre sa route en direction de la cage moscovite et il faut encore des arrêts décisifs de Iatchanov et une défense héroïque des Rouges et Bleus pour que le score n'enfle pas.

Surtout que la bonne nouvelle arrive ensuite ! Le junior Alexandre Chibaev, qui a beaucoup essayé cet après-midi, trouve la faille. Il récupère un premier tir renvoyé par le poteau pour tromper Noronen. Kazan a ses pétro-roubles, les Krylia Soviétov leur formation de jeunes, ce n'est pas équilibré, mais cela fait au moins 2-5 au compteur ! Une dernière belle occasion pour Kirill Sidorenko (58e) et l'on reste là. Le public n'est pas trop déçu, il sait qu'il n'y avait pas grand-chose à faire et que ses préférés ce sont battus avec leur cur. Les supporters scandent d'ailleurs "Viva Iatchanov" à sa sortie !

Quant à Alexeï Morozov, il est évidement élu meilleur joueur du match pour Kazan ! Comment ça, chauvins les Moscovites ?

Meilleurs joueurs désignés après le match : Aleksandr Ossipenko pour Moscou et Alekseï Morozov pour Kazan.

Étoiles du match Sport Express : *** Aleksandr Stepanov (Kazan), ** Aleksei Tereshchenko (Kazan), * Renat Khaïretdinov (KSM).

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Krylia Sovietov Moscou - Ak Bars Kazan 2-5 (1-1, 0-4, 1-0)

Samedi 9 septembre 2006 à 17h00 au Palais des sports des Krylia Sovietov. 2000 spectateurs.

Arbitrage de M. Gorski (Saratov) assisté de MM. Romasko (Tver) et Sergueïev (Zhukovsky).

Pénalités : Krylia Sovietov 12', Ak Bars 10'.

Tirs : Krylia Sovietov 20 (9, 4, 7), Ak Bars 31 (9, 13, 9).

Évolution du score :

0-1 à 13'40" : Badyukov assisté de Novak et Kazionov (sup. num.)

1-1 à 16'01" : Osipenko assisté de Khaïretdinov

1-2 à 22'07" : Morozov assisté de Novak et Golovin

1-3 à 23'49" : Stepanov assisté de Vorobiev et Tereshchenko

1-4 à 32'20" : Tereshchenko assisté de Stepanov

1-5 à 32'56" : Golovin assisté de Shadilov et Kazionov

2-5 à 56'12" : Shibaiev assisté de Gubin et Kvartalnov

 

Krylia Sovietov Moscou

Gardiens : Yuri Gerasimov puis Dmitri Yachanov à 40'00".

Défenseurs : Stepan Mokhov - Andrei Dylevski ; Aleksei Petrov - Pavel Kanarski ; Sergei Dorofeiev - Denis Osipov ; Adrug Dzhugelia - Sergei Bernatski.

Attaquants : Denis Kulik - Aleksandr Goroshanski - Aleksei Eremin ; Aleksei Shibaiev - Oleg Gubin - Dmitri Kvartalnov (C) ; Sergei Kozhevnikov - Evgeni Pasternatski - Kirill Sidorenko ; Andreï Pcheliakov - Aleksandr Osipenko - Renat Khaïretdinov.

Ak Bars Kazan

Gardien : Mika Noronen.

Défenseurs : Raymond Giroux - Vitali Proshkin ; Evgeni Ryasenski - Mikhaïl Tyulapkin ; Ilya Nikulin - Andreï Pervyshin ; Jan Novak - Igor Shadilov.

Attaquants : Danis Zapirov - Sergei Zinoviev - Aleksei Morozov (C) ; Andrei Mikhnov - Mikhaïl Zhukov - Igor Musatov ; Vladimir Vorobiev - Aleksandr Stepanov - Aleksei Tereshchenko ; Aleksandr Golovin - Dmitri Kazionov - Aleksei Badyukov.

Remplaçant : Aleksandr Eremenko (G).

 

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