Tours - Montpellier (9 septembre 2006)

 

Match comptant pour la première journée de division 1, poule sud.

Cette première journée commençait par un morceau de choix puisque nombre d'observateurs du hockey français voyaient déjà dans ces deux équipes les candidats potentiels au titre, rien de moins. Et compte tenu du score final, on pourrait penser effectivement qu'elles vont se livrer une sévère lutte au moins dans la poule sud dans un premier temps. Or, pour ceux qui ont assisté au match, force est de constater que la machine tourangelle a tourné à plein régime et qu'il a fallu un Martin Bradette des grands soirs pour éviter aux Vipers de repartir avec une lourde musette.

Les Diables Noirs ont soigné la mise en scène pour l'ouverture, avec l'accueil des nouvelles recrues par les anciens joueurs, tous porteurs du nouveau maillot laissant place au logo de l'équipe sur fond de flammes oranges, avec les logos des partenaires plus discrets. Le maillot a fière allure et on se prépare à de nombreuses commandes en soldant l'ancien à moitié prix à la boutique ! Le coup d'envoi est donné par le maire Jean Germain, qui reçoit un maillot floqué du numéro 37 des mains même de l'entraîneur... avant de s'éclipser une dizaine de minutes plus tard.

L'arbitrage est dirigé par Marie-Tjana Picavet et la jeune femme fera preuve d'une belle autorité tout au long de la partie. Peu de contestations et un arbitrage très propre, d'un niveau rarement vu rue de l'Elysée ces dernières années...

Tours domine et l'essai de contournement de cage de Kevin Child permet aux locaux d'obtenir une pénalité pour accrocher contre Martin Patak. Les Diables font circuler le palet mais de façon stérile, et se font prendre en contre. Une mise en échec de Marcel Simak sur la ligne bleue défensive est sanctionnée par deux minutes. L'égalité numérique ne dure pas longtemps, les nouvelles consignes arbitrales punissant Kim Wikström sur une sortie de zone. À quatre contre trois, mise en jeu en zone offensive. Stepan passe à Perna qui se décale, il voit Stastny seul, et c'est le premier but. Tout ça en une touche de palet, ça tourne vite, c'est précis, c'est imparable (1-0, 03'36").

Le plus dur est fait ? Pas si sûr. Car les Diables noirs vont se heurter ensuite à une véritable muraille, Martin Bradette donc. Il a été excellent tout au long de la soirée. Mais reprenons le fil du match.

Après cette mise en bouche, les Montpelliérains démontrent qu'ils ne se laisseront pas manger tout cru. Lionel Bilbao oblige Pierre-Olivier Girouard à un grand arrêt de la mitaine sur un très bon service du solide Wikström (5'10). La défense de Millette est un petit peu brouillonne.

Rapidement la ligne de feu Stastny-Subrani-Perna, omniprésente, va entrer en lice. La vivacité de Kamil Stastny et de son alter ego Dominic Perna donne le tournis à toute l'équipe adverse. Les remontées de palet se font à une vitesse grand V, les joueurs se trouvent comme s'ils avaient des yeux dans le dos. Mieux, que ce soit l'un ou l'autre, ces joueurs sont toujours à la recherche du partenaire pour le faire briller.

Tours manque un peu ses relances face au bon échec-avant adverse mais Montpellier peine à développer son jeu de passes, trop souvent coupé par les anticipations des Diables. Les occasions pleuvent malgré tout sur le but de Bradette. La technique tourangelle plus précise commence à faire mal aux Vipers qui reculent et concèdent des pénalités. Duchosal écope de deux minutes mais, après un tir de la bleue de Sabol, une erreur de Millette annule l'avantage numérique. Le changement de ligne est trop tardif pour la deuxième fois du match : l'avertissement verbal se transforme en deux minutes de pénalité. C'est ensuite Drzik qui pèche par indiscipline avec un coup de coude. Le jeu de puissance des hommes de Peter Carlsson ne parvient pas à se développer, laissant au contraire les Diables partir en contre. Perna réussit une passe lumineuse entre les jambes d'un défenseur pour décaler Cikan, celui-ci repique vers le gardien pour essayer de le contourner. La cage se dessocle sur l'arrêt de Bradette (13'35").

Millette relance la "dream line" de Perna, le nouveau capitaine qui bénéficie d'un temps de jeu énorme. Stastny part encore en contre, fixe le gardien et donne pour Perna au deuxième poteau... La cage se dessocle encore, et l'arbitre indique à juste titre deux minutes pour retard de jeu (14'41"). Bradette se rattrape en multipliant les prouesses dans les minutes qui suivent. S'il laisse quelques rebonds sur les tirs de loin, il est bien placé le long de son poteau pour couper les angles face à un jeu de puissance certes installé mais fébrile et peu actif au lancer.

Tours rentre au vestiaire avec ce court avantage de 1-0, en dépit d'une nette domination au tir. La technique et le collectif sont déjà là, mais il manque un peu de vitesse et de précision dans les tirs, même si la performance de Bradette est remarquable. Sans son meilleur marqueur en pré-saison Riendeau et avec un Duménil qui a vu sa préparation retardée par une blessure, Montpellier défend plutôt bien et cherche la contre-attaque avec une bonne qualité générale.

Montpellier revient en premier sur la glace et le montre dans les intentions avec une première tentative de déviation hors cadre de Cikan, encore bien transparent. À quatre contre quatre, les Vipers manquent de peu de profiter de la lenteur de Simak pour inquiéter Girouard, mais le défenseur s'en sort, avant de voir Martindale puni pour un accrochage derrière la cage. Tours devient très dangereux et il faut un Bradette solide pour gêner un 2 contre 1 mené par Perna, puis un revers cadré de Stastny à bout portant. Le jeu de puissance ne donne finalement rien, malgré un dernier tir de Simak.

Quelques minutes plus tard, Bilbao se heurte à Girouard, qui relâche le palet du gant. La montée rageuse de Stepan sur le contre est stoppée irrégulièrement par Patak, offrant l'occasion de belles combinaisons tourangelles : une déviation puis un jeu en triangle Perna-Subrani-Stastny autour du but, une combinaison réutilisée à trois reprises pour autant d'arrêts difficiles de Bradette. Gamelin tente aussi sa chance sur un slalom tout en technique, mais comme Stastny un peu plus tôt, il rate son dernier geste. Toutes ces occasions manquées ou stoppées par Bradette commencent à inquiéter le public.

Le jeu est à sens unique, mais Montpellier manque l'égalisation sur son unique occasion, Michalovic partant en échappée pour glisser le palet entre les jambes de Girouard, sauvé par son poteau. Le métal sonne encore quelques instants plus tard avec une transversale de Perna. Sur l'action, Wikström encaisse une pénalité. Bradette poursuit alors son festival, avec un arrêt de la mitaine à vous dégoûter un Perna. Le jeu en triangle sur les avantages numériques est bien rodé, mais Bradette met en échec par deux fois Stastny puis Perna. Incroyable. Millette tente tout, il lance quatre attaquants, il laisse le premier bloc constamment sur la glace. Vandecandelaere hérite d'une mauvaise passe adverse pour partir en break, mais n'est pas attaquant qui veut. Son tir du revers est loin d'inquiéter Bradette après ce qu'il a réussi à arrêter (33'18).

Dépassés, les Vipers font preuve d'indiscipline. Lorsque Wikström est puni pour une charge violente le long de la bande, Martindale conteste avec trop de véhémence et écope d'une méconduite. L'un des meilleurs atouts offensifs est donc exclu dix minutes... Le public tourangeau se fait entendre comme rarement, ravi du jeu collectif produit par son équipe. Stastny rate sa énième tentative sur une action bien menée par Subrani et Perna depuis l'arrière de la cage de Bradette (34'32). Le verrou ne saute toujours pas ! À l'usure, les Diables trouvent enfin la faille. Bradette va peut-être commettre sa première petite erreur du match. Sur un palet gratté le long de la bande par Stastny, Perna transmet à Subrani, qui d'un lancer ras de glace parvient à glisser le palet entre les jambières du gardien. Le puck ne peut être que freiné mais il va bien mourir derrière la ligne (2-0, 37'47"). Ouf !

Et cette fois-ci, le plus dur est fait ? Et non, toujours pas, d'autant plus que l'indiscipline tourangelle, vieux démon récurrent, pointe le bout de son museau. Saint-Amant puis Stepan laissent leur équipe évoluer à trois contre cinq pour la fin de ce tiers. L'occasion est trop belle pour les Vipers. Lâché par sa défense, le grand gardien québécois Girouard cède un second rebond et Lionel Bilbao ne se fait pas prier deux fois pour réduire le score et ramener l'espoir dans le camp adverse (2-1, 39'25"). Dans les derniers instants, Tours tente une nouvelle contre-attaque, mais Drzik plonge sur la ligne bleue offensive et prend deux minutes pour conduite antisportive. Dur pour les Diables noirs qui ne voient pas leurs efforts récompensés au tableau d'affichage.

Le MAHC est revenu dans le match. Après tout, pourquoi ne pas croire en ses chances, quand on voit le score et que l'on peut s'appuyer sur un gardien de grande classe. D'autant plus que la défense tourangelle connaît des passages à vide parfois déroutants comme les relances de Sabol... Urbasek et Ring, s'ils n'avaient pas été maladroits dans leur dernier geste, auraient pu remettre les leurs dans le droit chemin (42'). Chaude alerte pour Girouard.

L'échec-avant des Diables repart de plus belle, poussant Kozar, dépassé, à un nouvel accrochage dans le coin. Millete ne peut qu'envoyer sa première ligne de nouveau à l'assaut : après un bon jeu en triangle, Perna se heurte à Bradette, un scénario désormais classique (45'29"). Puis, un Diable sauve le palet à la ligne bleue offensive du gant, mettant hors du coup plusieurs joueurs de Montpellier déjà prêts à contrer. Il sert Perna à côté du but pour une passe transversale caviar pour Subrani... mais le but est refusé pour une présence dans la zone du gardien, à juste titre semble-t-il (46'16"). Le public n'a pas le temps de protester que les Vipers mordent en contre. Un tir de la bleue laisse un gros rebond dans l'axe. Les Diables sont pris sur les côtés et Michalovic envoie Wikstrom dans la neutre pour une échappée, conclue facilement mi-hauteur face à un Girouard pourtant sorti à sa rencontre (2-2, 46'45"). Stupeurs et tremblements dans la patinoire.

L'ASGT est piquée au vif. Elle repart au combat, c'est l'une de ses grandes vertus. Bradette réussit un arrêt miraculeux sur un débordement de Perna et dans la foulée le banc montpelliérain prend deux minutes pour un changement de ligne trop tardif. Divisek tente sa chance sans succès, juste avant que ce diable de Wikstrom profite d'un contre pour défier une nouvelle fois Girouard, seul à seul. Mais cette fois-ci, le grand gardien tourangeau a le dernier mot (48'57). La défense montpelliéraine héroïque souffre physiquement. À mi-période, Gleize intercepte en zone offensive et est accroché sur son débordement : nouvelle pénalité contre Michalovich (50'08). Bradette sort alors l'arrêt du match, sauvant le tir de la bleue de Stepan puis le rebond couché sur la glace. Et il fait encore mieux quelques secondes plus tard, sauvant miraculeusement de la crosse face à Perna, parfaitement décalé mais qui ne lève pas assez son palet...

Après les premières frictions du match, Bob Millette décide de prendre un temps mort pour recadrer ses troupes (51'12"). Il envoie sur la glace Stastny, Perna, Cikan, Vandecandelaere et Sabol. Deux voltigeurs et l'artillerie lourde. Montpellier ne sait plus trop où donner de la tête et sans doute aussi que la fatigue se fait sentir. Patak est pris par la patrouille (faire trébucher à 52'07). Saint-Amant gagne une mise au jeu et remet pour Gamelin du patin : Simak se décale, reçoit le palet, s'avance un peu et lance. Oh, pas non plus le lancer de l'année, mais devant le trafic, le palet file dans le but, au grand soulagement de tout le monde (3-2, 52'11"). Ne comptez pas sur le grand Marcel pour faire le tour de la patinoire pour un tour d'honneur. Juste le boulot. Impassible, le bonhomme, alors que tous ses coéquipiers trépignent autour de lui pour le féliciter.

Désormais Tours a repris l'avantage, toujours aussi maigre, toujours aussi difficile. Or Wikström sent bien les coups en contre. Ceci dit, la délivrance approche. Les Diables noirs descendent d'un cran ; la pression est un peu moins forte. Montpellier ne flaire pas le piège. Sur une relance hasardeuse de Martin Urbasek dont les coéquipiers sont partis en zone neutre, Franco Subrani surgit, saute en l'air pour récupérer le palet du gant, et se présente seul, plein axe, face à Bradette. Et ce coup-ci, il ne se rate pas et loge le palet en pleine lucarne (4-2, 54'49").

Dès lors la fin de match est une formalité. Tours mange le temps dans les dernières secondes en imposant sa puissance physique et une excellente protection du palet. Les Diables Noirs peuvent poser sur la photo officielle avec le sourire en fin de match, pour une première victoire archi-méritée cette saison. L'homme du match restera cependant Martin Bradette, loin de l'image hésitante qu'il avait affichée à Angers il y a quelques années. Sans lui, l'addition aurait été lourde. L'ASGT semble avoir trouvé un bon rythme, des automatismes surtout. Et elle garde intacte cette volonté de ne rien lâcher, une caractéristique désormais bien établie.

Compte-rendu signé E. O'Grady et Nicolas Leborgne

 

Commentaires d'après-match (dans la Nouvelle République)

Robert Millette (entraîneur de Tours) : "Cela faisait longtemps que nous n'avions pas vu un jeu aussi intense, cela fait du bien de retrouver ce genre de pression. Maintenant que nous avons passé le cap de jouer notre premier match devant nos partisans, on s'est libérés de notre anxiété, le championnat peut vraiment démarrer."

Lionel Bilbao (attaquant de Montpellier) : "Nous encaissons le troisième but sur une dernière erreur de notre part, due à la fatigue, à la pression que nous subissions depuis le coup d'envoi. Nous avons concédé trop de pénalités pour espérer gagner ce soir. Tours a terminé beaucoup plus fort."

 

Tours - Montpellier 4-2 (1-0, 1-1, 2-1)

Samedi 9 septembre 2006 à 20h00 à la patinoire de la rue de l'Élysée. 1200 spectateurs.

Arbitrage de Mlle Picavet assistée de MM. Adrias et Furet.

Pénalités : Tours 16' (6', 10', 0'), Montpellier 38' (10', 10'+10', 8').

Tirs : Tours 53 (15, 20, 18), Montpellier 14 (7, 3, 4).

Évolution du score :

1-0 à 03'36" : Stastny assisté de Perna et Stepan (sup. num.)

2-0 à 37'47" : Subrani assisté de Stastny

2-1 à 39'25" : Bilbao assisté de Michalovic et Patak (double sup. num.)

2-2 à 46'45" : Wikström assisté de Michalovic (inf. num.)

3-2 à 52'11" : Simak assisté de Gamelin et Saint-Amant (sup. num.)

4-2 à 54'49" : Subrani

 

Tours

Gardien : Pierre-Olivier Girouard.

Défenseurs : Vladimir Sabol - Radek Stepan (C) ; Jozef Drzik - Marcel Simak ; Olivier Vandecandelaere.

Attaquants : Kamil Stastny - Franco Subrani - Dominic Perna ; Jean-François Gamelin (A) - Daniel Saint-Amant - Roman Novotny ; Kevin Child - François Gleize - Ondrej Cikan.

Remplaçants : Arnaud Goetz (G), Bastien Quinsac. Absents : Michal Divisek (suspendu), Jan Sebo (non qualifié).

Montpellier

Gardien : Martin Bradette.

Défenseurs : Peter Kozak - Martin Patak ; Martin Urbasek - Henrik Ring ; Thomas Duménil - Jérôme Catil.

Attaquants : Alexis Billard - Kim Wikström - Dennis Martindale ; Yann Fornaguera (A) - Lionel Bilbao (C) - Marek Michalovic ; Jeffrey Mettler - Anthony Duchosal - Germain Raimbourg.

Remplaçants : Fabrice Agnel (G), Romain Cerneau. Absents : Yanick Riendeau (suspendu), Thomas Appert (blessé).

 

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