Amiens - Épinal (16 septembre 2006)
Match comptant pour la deuxième journée de la Ligue Magnus.
"Amiens, 13e, -6 points" peut-on lire sur le classement général de la feuille de match distribuée dans les travées du Coliseum... La situation prête à sourire, mais les faits sont là, les Gothiques d'Amiens s'apprêtent à recevoir ce soir les Dauphins d'Épinal avec pour objectif de revenir à - 4 points au classement général de la Ligue Magnus. Pour ce faire, ils devront surclasser ce soir une dangereuse équipe spinalienne qui va tenter de confirmer un début de saison prometteur malgré une défaite en prolongation face au leader angevin lors de la première journée. Côté amiénois, on redoute que la situation (sanction pour dépassement de la masse salariale mercredi et démission du président Laboureau ce matin) ait mis à mal le moral des hommes de Denis Perez, et tout le monde au Coliseum attend de voir si l'équipe va pouvoir réagir dès ce soir, et se lancer ainsi dans une véritable course aux points...
Le match débute par une domination amiénoise puisque, nouveau règlement oblige, l'arbitre de la rencontre Monsieur Hauchart, n'attend pas plus de vingt-huit secondes pour utiliser son sifflet et envoyer Michal Petrak sur le banc des pénalités. Deux autres pénalités sont sifflées contre les Spinaliens qui, inférieurs en nombre, sont dominés sans pour autant être mis réellement en danger par le jeu de puissance bien timide des Gothiques. Ces derniers ouvrent cependant le score dans cette situation quand Loïc Sadoun envoie un tir balayé au ras de la glace depuis la ligne bleue que Laurent Gras dévie dans la lucarne de Petrik (5'21", 1-0). Satisfaction dans le camp amiénois, mais qui sera de courte durée puisque quatre minutes plus tard, Luc Mazerolle égalise en reprenant un rebond laissé généreusement par Raymond sur un excellent travail préparatoire de Tomas Jelinek (9'58", 1-1). Les dix dernières minutes de cette première période n'offrent pas un grand spectacle, et seule une transversale trouvée par François Rozenthal après une belle percée sur le flanc droit a le mérite de faire réagir le public du Coliseum.
La deuxième période débute sur un rythme supérieur et les Amiénois s'illustrent d'entrée de jeu par un 2 contre 1 dangereux, mené par Pazak et Mortas, que Petrik arrête avec difficulté. Une poignée de secondes plus tard, François Rozenthal sert Jonathan Gauthier à la ligne bleue qui propulse une fusée dans la lucarne gauche de Petrik (21'11", 2-1). Encouragés par ce bon début de tiers-temps, les Amiénois repartent de l'avant et sont à deux doigts d'aggraver le score lorsque Brice Chauvel "s'arrache" pour récupérer un palet en zone spinalienne et transmet à Simon Petit qui voit son tir impeccablement arrêté par Stanislas Petrik. Mais les Dauphins ne comptent pas se laisser dominer de la sorte et sortent peu à peu la tête de l'eau. Haussant leur niveau de jeu, les Vosgiens poussent les Amiénois à la faute et bénéficient de plusieurs situations de supériorité numérique. À cinq contre trois, le trio Petrak-Simko-Plch est à la manœuvre, mais la défense amiénoise tient le choc, à l'image d'un Éric Raymond intraitable. Les attaques se succèdent sur le but picard, Simko n'est pas loin d'égaliser mais voit son tir échouer sur la barre transversale, Luc Mazerolle ne parvient pas à tromper la vigilance de Raymond à bout portant, Jelinek n'a pas plus de succès que ses coéquipiers face au portier amiénois, bref, beaucoup d'occasions de revenir dans le match sont ratées par les Spinaliens. Les Amiénois s'appliquent plutôt à défendre, attendant patiemment que l'orage passe, et un nouveau rush de François Rozenthal qui se conclut par une nouvelle transversale fait simplement figure d'anecdote... Avertissement sans frais pour les Spinaliens qui pensent pouvoir recoller au score quand Jan Simko s'échappe en break, suite à un très beau jeu en triangle initié par Plch et Petrak, mais qui ne parvient pas une nouvelle fois à tromper un Éric Raymond "chaud-bouillant". Les Spinaliens sont tout de même récompensés de leurs efforts lors d'un nouveau 5 contre 3 lorsque Listiak, posté sur le haut du cercle d'engagement gauche amiénois, fixe toute la défense et envoie un tir puissant sur le petit côté du but amiénois que Raymond, pris hors position, ne peut arrêter (33'45", 2-2). Sur le 5 contre 4 restant à jouer, Épinal repart de l'avant, s'installe dans le camp amiénois, et Tomas Jelinek dévie dans le but un tir de la ligne bleue initié par Peter Slovak (34'36", 2-3). Le doute est palpable dans les rangs amiénois et les Gothiques, qui semblent avoir pris un sérieux coup au moral, finissent difficilement le tiers et regagnent le vestiaire avec un désavantage d'un but...
C'est une équipe amiénoise avec un tout autre visage qui entame l'ultime période. Les Gothiques attaquent tambour battant, visiblement décidés à ne pas laisser échapper deux précieux points devant leur public. La ligne Rozenthal-Pazak-Mortas, bien en jambes ce soir, met la pression sur la défense d'Épinal et l'accule autour de son but. Et c'est sur un travail de "sapeur" derrière le but que Rozenthal sert Miroslav Pazak dont la tentative est repoussée par Petrik. Mais Loïc Sadoun, qui passait par là, reprend victorieusement dans un filet quasi-désert (41'41", 3-3). Égalisation, le Coliseum respire, d'autant qu'à peine une minute plus tard, Brice Chauvel rentre en zone offensive sur la droite, prend un tir que Petrik laisse filer tout doucement entre ses jambes, et que Julian Marcos, qui avait bien suivi l'action, accompagne dans le but vide (42'40", 4-3). Les Vosgiens cèdent alors complètement à la panique et se désorganisent totalement. Il n'en faut pas plus aux hommes de Denis Perez pour profiter de la situation et aggraver le score par l'entremise de Rob Millar qui trompe à son tour Stanislas Petrik d'un lancer entre les jambes (43'49", 5-3). Les Amiénois, omniprésents à ce moment de la partie, ajoutent même un sixième but sur un magnifique jeu en triangle dans la zone spinalienne initié par Julian Marcos et Jonathan Gauthier et conclu par Elie Marcos (46'25", 6-3).
Voyant ses joueurs perdus, Pierre-Yves Eisenring demande un temps mort qui a pour effet de remettre dans le match Stanislas Petrik, auteur d'un piètre début de troisième tiers-temps. Le HCAS ne s'arrête pas là pour autant et continue à développer un jeu agréable, plus simple que lors des deux premières périodes. Il bénéficie de quelques supériorités numériques pour alerter de nouveau le gardien slovaque qui s'est petit à petit remis dans le match. Les minutes passent et l'intensité diminue, Épinal refait peu à peu surface et Amiens lève le pied. On croit le match plié quand, à quatre minutes de la fin, Jan Simko profite des largesses de la défense amiénoise pour s'infiltrer côté gauche et servir son compère Jan Plch au deuxième poteau qui trompe habilement Raymond avec un dribble effectué dans un mouchoir de poche (56'00", 6-4). Une minute plus tard, Simon Petit est envoyé sur le banc des pénalités pour crosse haute, et Borislav Ilic envoie un tir de la ligne bleue qui traverse toute la défense et passe entre les jambes d'Éric Raymond (57'35", 6-5). À ce moment, il reste deux minutes et demie à jouer et le match est relancé. Épinal pousse, tente d'envoyer ce match en prolongation, mais la défense picarde se resserre et la sortie de Stanislas Petrik à vingt-cinq secondes de la fin ne donne rien d'autre que trois tirs non cadrés des Amiénois depuis la zone neutre.
6-5, score final d'un match moyen pour les deux équipes qui ont chacune eu un gros moment de flottement. Les Spinaliens apparaissent comme une équipe plutôt équilibrée, avec une belle force de frappe à l'avant par l'intermédiaire de joueurs habiles tels que Simko, Plch, Petrak, Mazerolle et Jelinek (élu homme du match côté spinalien). Il est juste dommage pour les vosgiens que leurs artificiers attitrés Simko et Plch aient loupé les occasions qui auraient permis aux Dauphins de prendre plus largement les devants en seconde période. En défense, on notera la performance du premier duo d'arrières composé de Peter Listiak et Jan Bohacek qui a été solide et qui a apporté un vrai plus à l'attaque. Dans les buts, Stanislas Petrik a été inconstant. Il a enchaîné de beaux arrêts à certains moments mais a paru faible sur certains buts, notamment en début de troisième période. En tout état de cause, Épinal est une équipe homogène qui sera bien difficile à battre cette saison.
Côté amiénois, de gros doutes planaient avant la rencontre sur l'état de forme moral des joueurs, et on ne peut pas dire que le match ait complètement levé ces incertitudes. Les Gothiques, soucieux de bien faire devant leur public, ont débuté le match de façon timide, certes, mais efficace puisqu'ils ont rapidement ouvert la marque. Autre point positif, leur réaction à l'entame de la troisième période où l'on a vu une équipe d'Amiens jouer un jeu simple mais diablement efficace. L'indiscipline a été le gros point négatif dans cette rencontre, indiscipline vis-à-vis des consignes sûrement données par Denis Perez au vu de certaines largesses laissées par la défense amiénoise, et indiscipline vis-à-vis des pénalités qui ont permis aux Spinaliens de revenir dans le match par deux fois. À noter la bonne forme de la ligne Pazak-Mortas-Rozenthal, encore bien dangereuse ce soir, ainsi qu'une bonne prestation de Julian Marcos qui a récupéré un bon nombre de palets dans la zone vosgienne. Jonathan Gauthier, auteur de quatre points, confirme son indéniable contribution à l'offensive amiénoise. Il a d'ailleurs été élu homme du match côté Gothiques. Éric Raymond, quant à lui, laisse une impression mitigée sur ce match. Auteur d'arrêts énormes, il a maintenu les Amiénois dans le match lors de la deuxième période, mais il commet encore des erreurs qui ont coûté cher, notamment dans son positionnement et dans le contrôle de ses rebonds. Les Amiénois ont toutefois assuré l'essentiel en engrangeant de précieux points à domicile. Le fond y est, pour la forme on attendra, et ce n'est pas ce qui était le plus important ce soir...
Compte-rendu signé Yannick Lefèvre
Commentaires d'après-match (recueillis par Mathieu Hernaz)
Laurent Gras (attaquant d'Amiens) : "Ce fut une victoire dans la douleur car, comme contre Angers, nous n'avons pas fait un match plein, il va falloir remédier à cela. Le contexte extérieur au match ne joue pas plus que cela, c'est derrière nous. Les problèmes politiques de la fédération ne nous concernent pas, on a accepté les choses. Nous ne sommes plus qu'à -4..."
Denis Perez (entraîneur d'Amiens) : "On a gagné et je ne vais pas regarder la manière. C'est le côté positif, il va falloir avancer. Le match est loin d'être parfait, il y a de très bonnes périodes et de très mauvaises séquences. Il faut se dire qu'on en train de revenir. La saison est lancée. On est déjà dans le prochain match."
Pierre-Yves Eisenring (entraîneur d'Épinal) : "Je suis déçu car on menait et je pensais qu'on pourrait faire quelque chose. On a eu un passage à vide, les joueurs étaient crispés et ont connu des problèmes de condition physique. Je n'ai pas l'effectif d'Amiens, et si on a des joueurs pénalisés, comme Buda pendant dix minutes, cela se ressent. Je suis satisfait, même si on aurait préféré ramener un point. On a joué Angers et Amiens, deux équipes qui tiennent le haut du pavé du hockey français, sans démériter, c'est de bon augure. Sur ces deux matchs, j'ai vu un niveau de LNB. Il manque un peu d'effectif, un quatrième bloc pourrait donner du rythme dans la partie mais c'est beaucoup de frais. Je pense qu'il existe un potentiel en France. L'avenir passe par les centres de formation, Amiens l'a compris. Il convient de professionnaliser le hockey mineur, ce qui se fait trop peu à Épinal. En Suisse des joueurs de douze ou treize ans sont déjà sous contrat pour les prochaines années."
Amiens - Épinal 6-5 (1-1, 1-2, 4-2)
Samedi 16 septembre 2006 à 20h00 au Coliseum. 2200 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Matthieu Loos et Damien Bliek.
Pénalités : Amiens 18' (6', 10', 2'), Épinal 32' (8', 8', 6'+10').
Tirs cadrés : Amiens 43 (11, 10, 22), Épinal 25 (8, 10, 7).
Évolution du score :
1-0 à 05'21" : Gras assisté de Sadoun et Gauthier (sup. num.)
1-1 à 09'58" : Mazerolle assisté de Jelinek
2-1 à 21'11" : Gauthier assisté de Rozenthal
2-2 à 33'45" : Listiak assisté de Bohacek et Plch (double sup. num.)
2-3 à 34'36" : Jelinek assisté de Slovak (sup. num.)
3-3 à 41'41" : Sadoun assisté de Pazak et Glaude
4-3 à 42'40" : J. Marcos assisté de Chauvel
5-3 à 43'49" : Millar assisté de Gauthier
6-3 à 46'25" : E. Marcos assisté de Gauthier et J. Marcos
6-4 à 56'00" : Plch assisté de Simko et Ilic
6-5 à 57'35" : Ilic assisté de Plch et Simko (sup. num.)
Amiens
Gardien : Éric Raymond.
Défenseurs : Benjamin Dieude-Fauvel - Vincent Bachet ; Jonathan Gauthier - Jean-Philippe Glaude ; Thomas Roussel - Frantisek Pulscak ; Mathieu Jestin.
Attaquants : Miroslav Pazak - Anthony Mortas - François Rozenthal ; Loïc Sadoun - Laurent Gras - Rob Millar ; Brice Chauvel - Elie Marcos - Julian Marcos ; Jean-Édouard Petigny - Lionel Wiotte - Simon Petit.
Remplaçants : Henri-Corentin Buysse (G), Cyril Boubé.
Épinal
Gardien : Stanislav Petrik.
Défenseurs : Jan Bohacek - Peter Listiak ; Peter Slovak - Peter Strapaty ; Borislav Ilic - Lionel Simon ; Djamel Zitouni.
Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch ; Luc Mazerolle - Milan Buda - Tomas Jelinek ; Guillaume Papelier - Anthony Maurice - Guillaume Chassard.
Remplaçants : Franck Constantin (G), Sébastien Geoffroy.