Rouen - Grenoble (22 septembre 2006)

 

Match comptant pour la troisième journée de ligue Magnus 2006-2007.

La première retransmission télévisée de la saison du championnat de France tombe bien. Ce Rouen-Grenoble n'est plus seulement l'affrontement précoce entre deux des grands favoris, il doit être aussi la soirée du pardon pour le champion en titre qui doit reconquérir son public et faire oublier son début de championnat complètement raté.

Les piliers défensifs de chacune des équipes ont connu un sort contraire. Chez les Grenoblois, Baptiste Amar a dû déclarer forfait, blessé à la main. Cela permet de voir dans l'alignement la dernière recrue Antonin Manavian : après son expérience en junior majeur, le jeune joueur formé à Courbevoie - et passé par Rouen - arrive en Isère hors masse salariale, pour poursuivre ses études à la faveur d'un contrat en alternance avec un poste administratif au sein du club.

Chez les Rouennais, Sami-Ville Salomaa, absent la semaine dernière et incertain, est finalement sur la glace. Sa mise en action est difficile, car c'est lui qui prend la première prison pour interrompre une contre-attaque. Pendant deux minutes Les Grenoblois tournent gentiment le long des bandes... Roger Jönsson est ensuite victime des nouvelles règles pour avoir sorti le palet de l'aire de jeu. Jeff Bonnard arrête Marc-André Thinel à la bleue mais maintient sa crosse trop longtemps en opposition et est sanctionné pour obstruction. Rouen se retrouve donc à cinq contre trois... et concède une échappée de Martin Paquet. Non seulement le Canadien perd son face-à-face avec Landry Macrez - encore préféré à Sopko sur la lancée de sa bonne semaine - mais il commet un faire trébucher pour empêcher une possible remontée de palet surnuméraire et rejoint donc ses deux coéquipiers en prison, avec une méconduite en prime pour ses protestations. Cette longue supériorité normande n'est finalement pas plus efficace. Mais au petit jeu des comparaisons, le jeu de puissance est - comme toujours - en faveur de Rouen, dont on perçoit la force de frappe à la bleue. Grenoble paraît par contre incapable de s'approcher de la zone de vérité.

Ludek Broz ne semble pas avoir retrouvé une condition physique éblouissante après son année sans jouer. Il essaie de créer mais n'est pas de le rythme. Alors qu'il a perdu le palet, il se fait déborder par Marc-André Thinel qui réalise la passe parfaite sous la crosse de Manavian pour offrir les filets grand ouverts à son frère jumeau Sébastien (1-0, 16'05"). On se doutait que Ferhi aurait des difficultés à prolonger son invincibilité avec ce déplacement sur l'île Lacroix, mais il ne sait pas encore que ses malheurs ne s'arrêteront pas là. Julien Desrosiers récupère le palet en mettant en échec Martin Paquet à la ligne bleue et lance ainsi une action à laquelle il participe ultérieurement par un tir de l'enclave. Présent d'instinct pour le rebond à bout portant, Sébastien Thinel s'y reprend à deux fois, la seconde en rabattant le palet dans les airs (2-0, 18'54"). Ferhi réclame une crosse haute et le ralenti lui donne entièrement raison.

Au retour des vestiaires, le jeu de puissance semble transfiguré. Besch retient Antonoff qui vient de le mettre en échec, et tout de suite les Grenoblois sont beaucoup plus agressifs sur le palet et sur la cage. Cet esprit conquérant est récompensé dans les dernières secondes de la pénalité : un tir en angle fermé de Kévin Hecquefeuille passe entre les jambières de Macrez (2-1, 23'17"). Grenoble manifeste la même volonté à cinq cintre cinq et prend son adversaire à la gorge. Alexandre Lefebvre est sanctionné pour coup de coude, et une séquence de passes aboutit aussitôt à un tir de près de Hecquefuille. Les Brûleurs de Loups sont alors comme aimantés par la cage de Macrez. C'est leur période faste... et elle aura duré en tout et pour tout neuf minutes.

Elle s'arrête quand Leveillé part en fond de zone et est retenu contre la bande par Teddy Trabichet. Les Thinel sont aux manettes sur l'avantage numérique, mais Paquet se couche devant Desrosiers. De retour à parité de joueurs, Damien Raux croit au but sur un décalage au cur du slot : en fait sa tentative a frappé le poteau avant de revenir vers Ferhi tout heureux de sentir le contact du caoutchouc dans sa mitaine. Le répit n'est pas long pour le gardien grenoblois qui voit débouler Sébastien Thinel en solitaire, alors que Manavian est en retard sur le repli. Le Canadien conduit le palet devant Ferhi et lui glisse du revers dans l'ouverture qui se fait jour entre ses bottes pendant son déplacement (3-1, 34'46"). Les esprits s'échauffent un peu en fin de tiers, en particulier entre Lefebvre et Manavian qui paraissent avoir beaucoup de choses à se dire.

Les pénalités ont handicapé Grenoble ce soir, et le coup de coude superflu de Trabichet est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. La fratrie Thinel se charge de la régularisation des amendes : Marc-André trouve démarqué près du poteau Sébastien qui a le temps d'ajuster Ferhi (4-1, 42'34"). Ce serait déjà fini si Christophe Tartari ne déviait pas dans la foulée un centre devant la cage de Benoît Bachelet, le capitaine qui ne terminera pas le match en raison d'une blessure à l'épaule (4-2, 43'00"). Le match devient complètement fou, et plus encore. Kimmo Salminen, déjà auteur d'un geste remarqué au deuxième tiers-temps (tir en angle fermé avec la crosse entre les jambes), réussit une superbe passe levée pour Dominic Leveillé (5-2, 43'39").

Après une obstruction de Veydarier, c'est Sébastien Thinel qui lève le coude (la hâte de trinquer à son incroyable quadruplé ?) sur Bonnard. C'est à Landry Macrez de sortir le grand jeu à trois contre cinq, et il le fait sur une spectaculaire mitaine face à un lancer de Wallin. À quatre contre cinq, il voit par contre un palet filer doucement entre ses bottes... et mourir juste devant la ligne avant qu'il ne se couche sur le dos.

Trabichet se rattrape de ses deux pénalités en provoquant cette fois celle de Leveillé qui fait trébucher l'insaisissable défenseur. Tout cela pour un bien maigre profit. Même en infériorité, Marc-André Thinel s'échappe, et malgré Paquet qui le déséquilibre, il parvient à glisser le palet entre les jambières de Ferhi alors qu'il a déjà un genou sur la glace (6-2, 52'00"). Un moment de flottement rouennais permet à Viktor Wallin de marquer à mi-hauteur (6-3, 53'09"). Gérald Guennelon demande alors à ses joueurs de mettre le feu, mais c'est la ligne canadienne de Rouen qui suit ce conseil, comme depuis plus de cinquante minutes. La générosité n'est pas exclusivement réservée au cadre familial, puisque l'offrande en retrait de Sébastien Thinel est destinée à Julien Desrosiers (7-3, 53'31").

La réaction grenobloise est complètement désordonnée, et certaines pertes de palet sont particulièrement accablantes. Seuls les jeunes Kévin Hecquefeuille et Sacha Treille parviennent toujours à surnager. C'est leur vivacité qui provoque les dernières fautes de Sedlak et de Carlsson. Des pénalités sans conséquence car l'éclaircie du jeu de puissance grenoblois a été furtive. Une fois la défense des Brûleurs de Loups transpercée pour la première fois de la saison officielle, elle a fini par prendre complètement l'eau. Comme les Rouennais à Chamonix à l'intention de Salomaa, les Grenoblois peuvent ce soir s'exclamer "Amar, reviens". La détermination collective exprimée au début du deuxième tiers n'a pas résisté longtemps. Il faut dire que les Isérois ont très chèrement payé d'avoir été forcés d'ouvrir le jeu.

C'est qu'en face il y a une ligne qui n'a rien à envier à la Fortier-Mallette-Thinel de l'an dernier. La permutation de Leveillé et Desrosiers, déjà testée cette semaine en coupe de la ligue, a été plus que concluante. Même si Dominic Leveillé avait été recruté a priori comme partenaire des jumeaux, un rôle dans lequel il a jusqu'ici déçu les partisans rouennais, la complicité sur la glace de Desrosiers et des deux frères Thinel est flagrante. Le nouveau trio canadien a enflammé presque chacune de ses présences. Il est certain que le RHE n'a pas la densité de son prédécesseur, et cela peut inquiéter par rapport à certaines échéances comme la Coupe Continentale, mais il peut encore compter sur une ligne très forte.

Désignés joueurs du match : Sébastien Thinel pour Rouen et Kévin Hecquefeuille pour Grenoble.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Rouen - Grenoble 7-3 (2-0, 1-1, 4-2)

Vendredi 22 septembre 2006 à 20h30 au centre sportif du Docteur Duchêne. 2332 spectateurs.

Arbitrage de Didier Bocquet assisté de Jérémy Rauline et Benjamin Gremion.

Pénalités : Rouen 24' (4', 8', 12'), Grenoble 26' (6'+10', 8', 2').

Tirs : Rouen 30 (13, 9, 8), Grenoble 31 (7, 11, 13).

Engagements : Rouen 43 (15, 15, 13), Grenoble 17 (6, 5, 6).

Évolution du score :

1-0 à 16'05" : S. Thinel assisté de M.-A. Thinel

2-0 à 18'54" : S. Thinel assisté de M.-A. Thinel et Desrosiers

2-1 à 23'17" : Hecquefeuille (sup. num.)

3-1 à 34'46" : S. Thinel

4-1 à 42'34" : S. Thinel assisté de M.-A. Thinel et Sedlak (sup. num.)

4-2 à 43'00" : Tartari assisté de B. Bachelet

5-2 à 43'39" : Leveillé assisté de Salminen

6-2 à 52'00" : M.-A. Thinel assisté de Bouchard et Besch (inf. num.)

6-3 à 53'09" : Wallin (sup. num.)

7-3 à 53'31" : Desrosiers assisté de S. Thinel et Geffroy

 

Rouen

Gardien : Landry Macrez.

Défenseurs : Sami-Ville Salomaa - Frédéric Bouchard ; Daniel Sedlak - Nicolas Besch (A) ; Daniel Carlsson (C) - Fabien Veydarier ; Simon Doreille.

Attaquants : Kimmo Salminen - Dominic Léveillé - Édouard Dufournet ; Sébastien Thinel - Julien Desrosiers - Marc-André Thinel (A) ; Alexandre Lefebvre - Damien Raux - Tristan Lemoine  Thibault Geffroy.

Remplaçants : Ramon Sopko (G), Yvan Fontana.

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Viktor Wallin - Brad Woods ; Antonin Manavian - Jean-François Bonnard (A) ; Simon Bachelet - Teddy Trabichet.

Attaquants : Martin Masa - Ludek Broz - Kévin Hecquefeuille (A) ; Cyril Papa - Roger Jönsson - Jimmy Lindström ; Christophe Tartari - Martin Paquet - Benoît Bachelet (C) ; Sacha Treille - Nicolas Antonoff - Joan Montesinos.

Remplaçants : Frédéric Dorthe (G), Martin Millerioux. Absent : Baptiste Amar (main).

 

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