Épinal - Morzine-Avoriaz (26 septembre 2006)
Huitième de finale de la Coupe de la ligue 2006/07, match retour.
Un petit goût d'inachevé
Match aller transformé en partie retour par la force des choses - et surtout celle des intempéries - cette affiche du premier tour de la Coupe de la Ligue entre deux vieilles connaissances, Épinal et Morzine-Avoriaz, augurait des débats acharnés. Saveurs des playoffs et parfum de revanche au palet, ce duel promettait beaucoup entre des Pingouins renforcés et ambitieux et des Dauphins slavophiles toujours sages.
Initialement prévu une semaine plus tôt, cette rencontre avait dû être reportée en urgence, la vieillotte enceinte de Poissompré s'étant vue brusquement investie par une boue malvenue... Mais comme le hasard fait souvent bien les choses, les deux adversaires ont pu s'arranger, étalant la rencontre de troisième journée de championnat et le match retour sur un week-end en Haute-Savoie. Objectif annoncé de Pierre-Yves Eisenring, le championnat a logiquement été privilégié avec un match engagé le vendredi (1-3), suivi d'un bouillon le lendemain pour le compte de la Coupe (1-9). Un authentique sabordage de la part de Spinaliens visiblement peu concernés par l'évènement et alignant pour l'occasion nombre de réservistes...
Les Lorrains, devenus faire-valoir sur cette série au suspens mort-né, n'auront pas de trop du retour de suspension de Radoslav Regenda pour faire barrage à l'arsenal rouge et éviter la noyade pour quitter la Coupe de la Ligue d'une façon honorable.
Soirée portes ouvertes ?
La physionomie des ces premières minutes, presque jouées sur le ton d'un match amical devant une assistance clairsemée, laisse fortement présager qu'une telle performance semble dans les cordes des Dauphins. Les deux adversaires se jaugent et laissent défiler les minutes avant de pointer le bout du museau aux avant-postes. Et c'est Épinal qui s'y colle en premier sur une belle percée de Milan Buda sur la droite, qui s'amène ensuite jusque devant le but pour déjouer Olivier Courally côté plaque (1-0 à 04'14"). Pour la première occasion du match, l'ICE ouvre le score et ne tarde pas à exploiter la petite forme de la doublure morzinoise. Celle-ci paraît en effet bien faible sur un tir en angle très fermé de Guillaume Chassard qui, venant de sa droite, lui passe entre les bottes (2-0 à 06'00").
Morzine-Avoriaz est peut-être parti la fleur au fusil mais ce scénario bouleverse légèrement la donne initiale. Alors qu'Épinal soutient jusqu'alors la comparaison, se montrant appliqué dans les tâches défensives, Morzine profite des premières indisciplines locales pour affirmer sa présence en zone offensive. Et il n'en faut guère plus à Evan Cheverie. Le Canadien sème la pagaille dans la défense et sert sur un plateau Leos Pipa, bien placé au second poteau pour la conclusion du revers (2-1 à 07'02"). Malgré de bonne disposition affichées dans le domaine du penalty-killing (une constante ce soir), la vitesse d'exécution alpine a une première fois fait la différence.
Des barbelés sur le glaçon
Nullement abattus, les Vosgiens tiennent bien la barre, manquant même un bon break par Petrak (à coté, 9e) et gardant à distance des Pingouins légèrement manchots sur les bords. Un peu trop approximatifs pour mettre véritablement en danger une ICE volontaire en dépit de l'énergie déployée par Zwikel, Welch ou encore son frère d'arme Cheverie. La vaillance affichée par les hommes de Pierre-Yves Eisenring en défense, et notamment en désavantage numérique leur ouvre bien des portes, à commencer par celles des filets adverses. En effet, le penalty-killing étouffe des Morzinois sans solutions et réduits à courir après le puck, comme sur cette récupération en zone défensive et l'amorce du contre par Michal Petrak. Remarquable d'implication dans les deux sens du jeu, Petrak, d'une astucieuse remise dans le dos, crée l'intervalle bénéfique à ce diable de Jan Plch qui déborde ses vis-à-vis pour mieux confondre Courally d'un petit tir croisé (3-1 à 18'21"). Assurément le but symbole de l'énergie spinalienne, mais la riposte haut-savoyarde va sonner sans plus tarder. Grâce à la vivacité de Dan Welch qui s'infiltre pour mitrailler Stanislav Petrik, qui repousse en direction d'un Jonathan Zwikel qui, lancé, reprend dans une cage ouverte (3-2 à 18'54").
Le scénario paraît identique en deuxième période où Morzine-Avoriaz tente toujours, mais en vain, de faire le jeu devant des Spinaliens farouchement présents en défense et toujours dangereux en contres. Les Pingouins, pris au bec, ne trouvent plus de solutions face à un bloc lorrain où chacun joue proprement son rôle. Mieux encore, l'ICE humilie littéralement le jeu de puissance du HCMA en jouant à la passe à dix ou laissant Jan Plch faire tourner tous ses opposants en bourrique! À défaut donc de marteler la cage d'un Olivier Courally relativement tranquille, Épinal pourrit donc la vie de ses visiteurs et commence presque à attiser certaines petites frustrations... Les cachots se remplissent, d'abord du côté alpin avec un 2'+10' récolté par Welch, puis du côté lorrain. Mais, une fois encore, l'équipe fait corps pour stériliser l'offensive morzinoise, bien pâle devant une défense plus souveraine que jamais. Les défenses prennent donc clairement le pas sur ces dernières minutes, même si une relance ratée dans les grandes largeurs par le revenant Radoslav Regenda manque d'offrir un caviar au duo Marc Billieras - Thomas Gueguen (40e).
Visiblement usés par cette intense débauche d'énergie, les locaux subissent dès l'entame du dernier acte. Plus statiques et moins précis, ceux-ci laissent les clés du jeu à Morzine-Avoriaz. Les hommes de Stéphane Gros mettent aussi plus de cour à l'ouvrage et désarçonnent plus facilement les Vosgiens de par leur vitesse d'exécution, sans pour autant parvenir à tromper un Stanislav Petrik inspiré.
Crève-cœur !
L'ICE n'en a clairement plus autant sous la pédale mais la distribution de pénalités va quelque peu rééquilibrer la balance. Ou plutôt retarder une échéance paraissant inéluctable tant la pression morzinoise pèse sur la défense. Et celle-ci, si brillante ce soir, n'a plus tout à fait la même superbe et commet l'erreur d'oublier Jonathan Zwikel sur le flanc gauche. Oubli fatal puisque l'ex-Amiénois, servi en entrée de zone, s'avance puis se charge d'ajuster Petrik d'un tir sec entre les jambières (3-3 à 53'06").
Mais voilà, Épinal, à défaut d'avoir trois poumons, possède bien un sacré cœur. Et ce diable de Jan Plch en est, avec son coéquipier Michal Petrak, l'un des exemple les plus flagrants. S'extirpant d'un marquage tenace pour s'enfuir sur la droite, le maestro slovaque se voit harponné à l'approche de la zone de vérité (53'59"). Le châtiment étant couramment réservé à pareil forfait étant le tir de pénalité, Jan Plch se voit tout naturellement investi pour appliquer la sentence. Hélas, le Slovaque, pourtant bien parti dans son mouvement, rate de peu son revers qui glisse bien dans le petit filet de Courally, mais à l'extérieur... Un coup dur qui n'empêche pas les Spinaliens de poursuivre en attaque. Qu'importe, le mot de la fin reviendra fatalement à ce diable d'Evan Cheverie, toujours dans les bons coups et opportunément placé à la gauche de Stanislav Petrik pour rentabiliser la passe transversale de Leos Pipa depuis l'entrée de zone. L'ancien sniper des Coventry Blaze, sitôt servi, se charge d'éliminer Petrik pour glisser tranquillement le disque au fond du but (3-4 à 59'29"). Un dernier exemple de ce que peut apporter le jeu rapide des Morzinois qui auront, en fin de compte, été tirés de ce mauvais pas tout relatif par la qualité de leurs individualités.
Villard dans le viseur
Si l'objectif de renverser la tendance était fortement illusoire au vu du bonus emmagasiné le week-end passé par le HCMA, celui de retrouver un soupçon de confiance peut être considéré comme acquis. Les Dauphins ont su jouer les yeux dans les yeux avec un adversaire venu certes sans pression, mais non sans prétention. Il suffit pour cela de se rapporter au contingent des Pingouins, riche en éléments de talents comme le vif Arto Miettinen, l'expérimenté Jonathan Zwikel et bien sûr duo nord-américain Evan Cheverie (le meilleur ce soir) - Dan Welch, certes moins dominant sans Pierre-Claude Drouin mais toujours aussi remuant. Pour le reste, Morzine-Avoriaz a bien tenu son match malgré deux premiers buts offerts par un Olivier Courally pas encore dans le rythme, mais s'est heurté plus qu'à son tour à une arrière-garde souvent intraitable.
C'est bien là le fil rouge d'une partie dépourvue d'intérêt aux premiers abords mais finalement fort instructive. Les blessés ramenés de Haute-Savoie n'ont pas spécialement manqué à leurs coéquipiers, qui ont su compenser par une présence de tous les instants. Le symbole le plus parlant est évidemment Michal Petrak, qui se révèle petit à petit comme un attaquant polyvalent, bien que limité dans certains aspects offensifs. Un véritable stakhanoviste qui complète à merveille le stratège Jan Plch, qui lui non plus ne donne pas sa part au chien dans les basses besognes. Dans un registre proche, l'hyperactif Tomás Jelínek a une nouvelle fois séduit par son activité alors que l'escouade défensive s'est donnée sans compter. Dirigée par un grand Peter Slovák et un Jan Bohácek fidèle à lui-même, la défense a enregistré avec plaisir le bon retour de Radoslav Regenda. Par contre, Épinal a une nouvelle fois craqué sur la fin. Il s'agit là d'un scénario récurrent, à retravailler au plus vite pour la suite.
Voilà une bonne base de travail pour Pierre-Yves Eisenring avant d'évoquer le prochain rendez-vous à domicile face à des Ours de Villard-de-Lans patraques mais remis dans le bon sens après leur qualification aux dépends de Chamonix. La manière était bien présente du côté vosgien et c'est ce qu'il faudra retenir en priorité de ce match finalement pas si inutile que ça...
Compte-rendu signé Jérémie Dubief
Épinal - Morzine-Avoriaz 3-4 (3-2,0-0,0-2)
Mardi 26 septembre 2006 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 300 spectateurs.
Arbitrage de M. Bourreau assisté de MM. Gremion et Fabre.
Pénalités : Épinal 26' (8', 10', 8'), Morzine-Avoriaz 28' (6', 6'+10', 6').
Tirs : Épinal 13 (6, 2, 5), Morzine-Avoriaz 30 (10, 8, 12).
Évolution du score :
1-0 à 04'14" : Buda
2-0 à 06'00" : Chassard assisté de Slovák et Ilic (sup. num.)
2-1 à 07'02" : Pipa assisté de Cheverie et Pousset (sup. num.)
3-1 à 18'21" : Plch assisté de Petrak (inf. num.)
3-2 à 18'54" : Zwikel assisté de Welch (sup. num.)
3-3 à 53'06": Zwikel assisté d'Albert et Elian
3-4 à 59'29" : Cheverie assisté de Welch et Immonen (sup. num.)
Épinal
Gardien : Stanislav Petrik [sorti de sa cage à 59'37"].
Défenseurs : Jan Bohácek - Radoslav Regenda ; Peter Slovak - Peter Strapatý ; Borislav Ilic.
Attaquants : Anthony Maurice (A) - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Luc Mazerolle - Milan Buda - Guillaume Chassard (C) ; Sébastien Geoffroy - Lionel Simon - Tomás Jelínek.
Remplaçants : Franck Constantin (G). Absents : Peter Listiak (côtes), Ján Simko (dos), Guillaume Papelier (épaule).
Morzine-Avoriaz
Gardien : Olivier Courally.
Défenseurs : Christian Elian - Tony Bergin (C) ; Nicolas Pousset - Santeri Immonen ; Matthieu Mille - Johan Ohlsson.
Attaquants : Marc Billieras (A) - Arto Miettinen - Leos Pipa ; Cyril Trabichet - Evan Cheverie - Dan Welch ; Pierre-Yves Albert - Jonathan Zwikel (A) - Thomas Gueguen.
Remplaçants : Stevie Lyle (G), Éric Dupieux. Absents : Niko Halttunen (pied immobilisé), Pierre-Claude Drouin, Loïc Gaydon.