Épinal - Villard-de-Lans (30 septembre 2006)
Match comptant pour la quatrième journée de la Ligue Magnus.
Des frayeurs inutiles pour les Dauphins
Jadis affiche enflammée des chaudes soirées de division 1, cette opposition entre Isérois et Vosgiens s'apparente cette année à une rencontre de bas de tableau de Ligue Magnus. Restés à quai avec trois revers depuis l'entame, les Ours de Villard-de-Lans peinent étrangement à sortir de leur hibernation. Fébriles en défense malgré l'abattage du géant américain James Jernberg et trop tributaires du rendement de Maurice Rozenthal en attaque, les hommes de Stéphane Barin ne montrent assurément pas un de leurs visages habituels. La Coupe de la ligue, négligée par certains (par exemple... Épinal), leur permet néanmoins de retrouver de bonnes sensations comme en témoigne leur qualification acquise devant Chamonix. Le léger mieux entr'aperçu pour l'occasion pourrait fort bien se traduire par un regain en championnat, même si l'attaquant américain Rich Metro, blessé, fait encore défaut à ses couleurs.
Car s'il est un adversaire qui réussit traditionnellement aux Ours, c'est bien Épinal. Bien dans leurs patins depuis l'ouverture de la saison, les Dauphins n'ont pourtant pas encore réussi à traduire cette impression en bénéfices nets. Il est vrai qu'avec un seul petit point dans l'escarcelle, la troupe de Pierre-Yves Eisenring navigue dans les eaux troubles du classement. Pas de panique cependant car si les premières semaines de compétition n'ont pas gâté les Lorrains avec quelques belles cylindrées au menu, le programme automnal paraît lui beaucoup plus abordable. Premier volet de ces péripéties, presque déjà un tournant, avec la réception de Villardiens certes poussifs, mais néanmoins capables d'un sursaut. Il serait fâcheux de vendre la peau de l'ours sans l'avoir tué...
Ce dernier paraît tout de même parait bien moribond dès le premier engagement et une succession d'erreurs en zone défensive semble précipiter, déjà, sa mise à mort. Pressés par le forecheck spinalien, les défenseurs isérois perdent une première rondelle et voient Guillaume Chassard filer derrière la cage pour servir Luc Mazerolle, bien placé aux abords du filet pour l'ouverture du score en angle fermé (1-0 à 01'42"). Assommés, les Villardiens rament durant ces premières minutes et laissent manœuvrer à leur guise des locaux sûrs de leur fait. Figure de proue de l'offensive, Ján Plch fait ainsi feu de tout bois dans une défense fébrile. Son partenaire du centre Michal Petrák se montrant incapable de convertir un rebond en or sur un contre de son initiative (03'45"), le stratège décide de faire le travail lui-même en débordant sur le flanc droit. Insaisissable, Plch enrhume avec son brio habituel la défense puis crochète avant d'armer un missile glace-lucarne que rien, ni même le haut du montant gauche de Pascal Favarin, ne peut arrêter (2-0 à 04'22").
Bienvenue au "Mendlo-show"
Voilà Épinal lancé sur les chapeaux de roues, et le contraste devient de plus en plus saisissant entre les deux formations. Clairement un ton au-dessus, les hommes de Pierre-Yves Eisenring tiennent Villard à leur merci, s'imposant dans tous les duels et surpassant les visiteurs à chaque accélération. Dans ces conditions, Villard-de-Lans subit et se raccroche aux premières indisciplines locales. Réduits à quatre durant de longues minutes, les Vosgiens courbent l'échine et travaillent pour repousser de timides assauts isérois. Toutefois et en dépit de quelques contres bien placés, les Spinaliens finissent par se faire prendre, à l'usure. En bénéficiant d'un double avantage numérique généreux, les Villardiens parviennent donc à leur fin sur un jeu en "tic-tac-toe" entre Miroslav Dvorák dans l'axe, Stéphane Barin dans le coin gauche et Luc Tardif Jr pour la conclusion au second poteau (2-1 à 14'12"). Quelque peu revigoré, Villard s'enhardit davantage jusqu'à égaliser sur une reprise perforante dans le slot de Maurice Rozenthal, après une bonne temporisation ligne de fond de Romain Carry (2-2 à 16'16").
Tout est à refaire pour les Dauphins et ce début de match, presque à sens unique, a pris une tout autre tournure avec un arbitrage qui aura vraiment changé les données du problème. Ce dernier paraît plus compliqué mais Épinal trouve tout de même un début de solution sur une accélération de Guillaume Chassard. Parti dans un tour de cage comme il les aime tant, le capitaine spinalien, de retour d'une méconduite de dix minutes, prend de vitesse Pascal Favarin pour glisser subtilement le puck entre ses bottes (3-2 à 17'59").
Le score reflète plus convenablement la physionomie d'une partie initialement très mal engagée pour les Ours, désormais bien revenus dans le match par la grâce de supériorités numériques salvatrices. Il en va de même à la reprise, et si James Jernberg se signale d'entrée par une de ses infiltrations offensives coutumières, l'Américain se voit aussitôt appelé sur le banc des pénalités. Les Ours frisent la correctionnelle mais Pascal Favarin s'impose sur un bon jeu en triangle (21'24") avant de se voir seconder par une arrière-garde plus présente. Ainsi, les équipes spéciales sont constamment sur la brèche, se succédant indéfiniment, et pour de très longues minutes encore. Tantôt en attaque, tantôt en défense. Et dans ce concert de coups de sifflets, Épinal, après une longue séquence de domination, va cette fois-ci faire entendre sa voix sur un jeu posé où l'infatigable Guillaume Chassard, d'une reprise limpide, bonifie la passe transversale en retrait de son collègue Milan Buda (4-2 à 30'03").
Peu favorisé par l'arbitrage, Épinal fait par la suite front dans l'adversité et survit sans trop de soucis au siège visiteur. Et même mieux que ça grâce à son formidable pouvoir d'accélération, illustré par un Ján Simko toujours aussi spectaculaire malgré son inefficacité récurrente en breakaway (32'41"). Qu'importe, l'ICE garde la tête haute et Stanislav Petrik le gant ferme face au pilonnage du redoutable Miroslav Dvorák.
Les occasions font les larrons
Villard-de-Lans semble donc tirer profit du manque de rythme observé depuis quelques instants. Une sensation confirmée par une prise d'initiatives accrue dans le jeu et la zone de vérité. À présent plus incisifs, les Ours griffent plus volontiers à l'instar de cette infiltration de Damien Fleury (43'11"), mais manquent de diversité en offrant trop peu de soutien à Maurice Rozenthal. Tout l'inverse de son alter-ego Jan Plch, créateur invétéré admirablement subordonné par ses coéquipiers, à commencer par la "Slovakian Rocket" Ján Simko. Ainsi, Épinal reste occasionnellement dangereux en contres mais subit une nette baisse de régime. Celle-ci, couplée à une indiscipline coutumière, amène Villard-de-Lans à pointer le bout du museau près du but. Les Ours en tirent logiquement les marrons du feu sur un slap de la bleue signé James Jernberg et dévié dans l'enclave par Christopher Lepers (4-3 à 47'52"). La frustration gagne les rangs lorrains et l'averse de pénalités redouble. Un scénario idéal pour un gaillard de la trempe de Maurice Rozenthal, dont la reprise balayée en milieu de zone trouve la lucarne gauche de Petrik avec une précision toute chirurgicale (4-4 à 51'28").
Villard a complètement retourné la situation en exploitant à merveille ses nombreuses opportunités en supériorité numérique. Aussi fréquentés qu'un troquet à l'heure du tiercé, les bancs d'infamie affichent complets pour ces dernières minutes devant le zèle affiché par M. Mendlowictz. Tout se joue désormais à cinq contre quatre, voire à cinq contre trois lorsque Rozenthal et Jernberg se voient invités au cachot. Voici le tournant du match, la dernière chance pour les Vosgiens de réaliser leur objectif de la soirée. Michal Petrák, d'un lancer frappé légèrement détourné dans le slot, met l'ICE sur la bonne voie (5-4 à 56'31"). Avant que Luc Mazerolle ne la mette définitivement à l'abri en complétant la bonne passe de Ján Plch pour trouver la faille dans un angle fermé, entre la botte de Favarin et son poteau gauche (6-4 à 57'39"). L'affaire est dans le sac et les ultimes soubresauts isérois ne changeront rien à l'affaire. L'horizon s'éclaircit du côté spinalien alors que le temps sur Villard reste désespérément maussade...
Match haché mais succès escompté
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce succès, le premier de la saison, fut diablement ardu à décrocher. En exploitant les largesses et la petite forme villardienne, les Spinaliens ont rapidement pris les devants avant de subir une foudre arbitrale qui aura transformé ce match en une succession quasi-ininterrompue de supériorité numériques, et ce de part et d'autres. C'est donc bien peu dire que les coups de sifflet auront fortement influencé le cours de la partie... C'est ainsi que Villard, peu en verve jusqu'alors, a retrouvé du poil de la bête pour égaliser et rivaliser avec des Dauphins pourtant souverains à égalité numérique.
Car force est de constater que l'ICE n'a pas été gâtée en passant une bonne partie de son temps en déficit de combattants sur la glace. Difficile dans ces conditions d'être toujours sur la même longueur d'ondes et les Spinaliens ont failli se brûler les ailes en voyant leurs adversaires recoller par deux fois au score. Les locaux se sont néanmoins efforcés de faire fi de ces situations périlleuses en gardant la tête froide. Inspirés par la vista de Ján Plch et le travail incessant d'un Guillaume Chassard transfiguré aux côtés de l'excellent Mazerolle et Buda, les joueurs de la Cité des Images ont malgré tout fourni un match engagé, dans la continuité de ce qu'ils avaient alors jusqu'alors présenté. Prise à défaut à quatre reprises, la défense a par instants connu quelques chutes de tension mais le résultat est finalement là. Deux points amplement mérités, et c'est tout ce qui compte pour un groupe homogène et de caractère, dorénavant bien lancé dans le grand échiquier de la Ligue Magnus.
C'est tout l'inverse à Villard-de-Lans où les mauvaises performances s'enchaînent. Certes, les Ours ont bien limité les dégâts mais peinent toujours à retrouver leur fond de jeu et leur dynamisme. Maurice Rozenthal a paru bien seul aux avant-postes malgré l'appui du vétéran Stéphane Barin, alors que la défense, en dépit de la bonne tenue de Jernberg, a fortement peiné à contenir le potentiel offensif des Dauphins. Ce n'est donc pas ce soir qu'aura eu lieu ce fameux déclic tant espéré du côté du plateau du Vercors. Peut-être samedi prochain, chez des Dijonnais revenus d'entre les morts...
Compte-rendu signé Jérémie Dubief
Épinal - Villard-de-Lans 6-4 (3-2, 1-0, 2-2)
Samedi 30 septembre 2006 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 911 spectateurs.
Arbitrage de Marc Mendlowictz assisté d'Éric Bouguin et Sébastien Moine.
Pénalités : Épinal 48' (10'+10', 6', 12'+10'), Villard-de-Lans 22' (4', 8', 10').
Tirs : Épinal 26 (11, 6, 9), Villard-de-Lans 38 (12, 13, 13).
Évolution du score :
1-0 à 01'42" : Mazerolle assisté de Chassard
2-0 à 04'22" : Plch assisté de Bohácek et Petrák
2-1 à 14'12" : Tardif Jr assisté de Barin et Dvorák (double sup. num.)
2-2 à 16'16" : Rozenthal assisté de Carry
3-2 à 17'59" : Chassard assisté de Buda (sup. num.)
4-2 à 30'03" : Chassard assisté de Buda (sup. num.)
4-3 à 47'59" : Lepers assisté de Jernberg et Carry (sup. num.)
4-4 à 51'28" : Rozenthal assisté Carry (sup. num.)
5-4 à 56'31" : Petrák assisté de Strapatý (double sup. num.)
6-4 à 57'39" : Mazerolle assisté de Plch (sup. num)
Épinal
Gardien : Stanislav Petrik.
Défenseurs : Jan Bohácek - Radoslav Regenda ; Peter Slovák - Peter Listiak ; Peter Strapatý.
Attaquants : Ján Simko - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Luc Mazerolle - Milan Buda - Guillaume Chassard (C) ; Lionel Simon - Anthony Maurice - Tomás Jelínek ; Borislav Ilic.
Remplaçants : Franck Constantin (G), Djamel Zitouni, Sébastien Geoffroy. Absent : Guillaume Papelier (épaule).
Villard-de-Lans
Gardien : Pascal Favarin [sorti de sa cage à 59'08"].
Défenseurs : James Jernberg - Miroslav Dvorák ; Nicolas Favarin (A) - Christopher Lepers (A) ; Jérémie Borie - Stéphane Guillot-Diat.
Attaquants : Damien Chalons - Damien Fleury - Luc Tardif Jr ; Romain Carry - Laurent Deschaume - Maurice Rozenthal ; Franck Billieras - Alexandre Goncalves (C) - Mathieu Leblond ; Stéphane Barin, Cédric Guillot-Diat.
Remplaçant : Nicolas Nogaretto (G). Absent : Rich Metro (cervicales).