Bâle - Lugano (4 novembre 2006)

 

Match comptant pour la dix-septième journée de Ligue nationale A.

Incassables ces Bâlois !

Décidément, les lendemains déchantent à Bâle. Après une victoire de prestige contre Davos à la mi-octobre (3-2), Bâle s'est lentement enfoncé jusqu'à trôner à la dernière place du classement. Pire encore, lors d'une énième défaite mardi dernier face à Kloten (2-4), une nouvelle affaire est venue émailler le morne quotidien de l'équipe. Après le médiatique épisode Kent Ruhnke, c'est en interne que le scandale a éclaté avec les mises à l'écart provisoires de Shawn Heins et Éric Landry. Invoquant des motifs disciplinaires, l'EHC Bâle s'est donc résolu à les sanctionner et le départ de Landry est ainsi officieusement d'actualité car nombreux sont ceux (Berne notamment) à vouloir mettre la main sur le centre québécois, qui n'a logiquement pas participé à la défaite d'hier à Zoug (2-5)...

C'est dans ce climat difficile que se sera préparée la venue du champion en titre luganais. Certes, les Bianconeri voyagent très mal cette année (sept défaites dont quatre de rang) et apparaissent moins consistants cette saison. Il est vrai que Lugano paye actuellement un lourd tribut aux blessures (les internationaux Sandy Jeannin et Raffaelle Sannitz ayant rejoint les blessés de plus longue date Flavien Conne et Steve Hirschi) et ne peut plus miser sur ses stars passées, rappelées en NHL. Avec les seuls Dick Tärnström et Jukka Hentunen comme étrangers d'envergure mondiale, le contingent tessinois paraît bien moins riche que son devancier malgré sa traditionnelle ossature suisse romande. Le vétéran suédois Petri Liimatainen, embauché pour succéder au génial Petteri Nummelin (Minnesota Wild), a d'ailleurs quitté l'équipe cette semaine, son statut d'étranger surnuméraire ne lui ayant valu qu'une maigre titularisation cet automne. Certes, d'autres se révèlent dans cette conjoncture, à l'image du porteur d'eau Andy Näser, devenu buteur le temps du début de saison, mais Lugano reste de ce fait légèrement en deçà des formations de pointe de LNA. Ainsi, sa série d'invincibilité à domicile s'est vu stoppée pour la première fois hier face au co-favori bernois (2-3).

Les joueurs du Tessin ont beau être diminués, une équipe en crise se dresse devant eux ce soir. Les récentes nominations de Daniel Manzato (gardien de l'année) et d'Olivier Keller (parti cet été à Genève mais logiquement élu pour sa part défenseur de l'année) comme joueurs par excellence de la saison passée n'égaient guère le moral des rares partisans rhénans. Qui ont sans nul doute beaucoup de mal à chasser Keller de leurs esprits...

Le chemin de la rédemption

En cette semaine anniversaire de la catastrophe écologique de "Tchernobâle" (un incendie dans l'usine chimique Sandoz avait engendré dans la nuit du 31 octobre 1986 une pollution majeure dans tout le bassin rhénan), l'assistance rabougrie semble s'être mise au diapason des deux forces en présences, réduites à peau de chagrin. Déjà pas aidés en ces temps de vaches maigres, les Bâlois subissent d'entrée et se font une première fois pénaliser, par Gaétan Voisard (0'55"). Assurément la pire manière de commencer pour une formation hantée par le doute et qui frise à de nombreuses reprises la correctionnelle durant deux minutes de siège soutenu, où l'Américain Landon Wilson aura eu deux bonnes occasions de faire frémir les filets (2e). L'entame est donc corsée pour Daniel Manzato, obligé d'également s'employer sur une tentative à bout portant de Valentin Wirz (3e). Le néo-international retarde avec brio l'échéance jusqu'à la libération de Gaétan Voisard. Sa sortie des geôles coïncide avec le déploiement d'une contre-attaque, emmenée par Régis Fuchs par delà la ligne bleue offensive et conclue par Voisard le mousquetaire, profitant du décalage du lutin pour arquebuser la lucarne droite de Simon Züger (1-0 à 03'04").

Mis sur les rails de la confiance, les locaux tentent logiquement d'exploiter les premières faiblesses luganaises, comprenez ces indisciplines qui n'ont pas fini de faire parler d'elles. Celles-ci ne portent pour l'heure pas préjudice à des Bianconeri encore sous le coup du premier but local et gênés aux entournures par le bon repli rhénan. Ainsi, les véloces Jukka Hentunen et Rickard Wallin tentent tant bien que mal de sonner la charge mais leur entrain déployé aux avant-postes ne trouve pas le succès escompté. Le constat est aussi le même côté alémanique où le jeu de puissance menace avant de se faire une belle frayeur en laissant Kévin Romy récupérer le disque dans sa zone et s'échapper pour un deux contre un. Hélas pour ses couleurs, l'ex-Genevois le négocie au plus mal en préférant ignorer son partenaire pour tenter sa chance en solo sur Manzato (11'04").

Chargés de faire le jeu, les Tessinois ne font pas spécialement preuve d'une inspiration débordante et c'est ainsi Bâle, profitant de sa couverture défensive, qui s'offre les occasions les plus franches. Sur une de ces récupérations, Adrien Plavsic lance ainsi en profondeur Niklas Anger qui, en breakaway, échoue une première fois sur Simon Züger avant de reprendre son rebond haut la main (14'15"). Ce but inscrit du poing par le Suédois se voit logiquement refusé, mais apporte malgré tout un plus aux locaux : une troisième situation de supériorité numérique consécutive. Mais celle-ci, guère mieux exploitée que les précédentes, ne fera que préparer le terrain à la réaction de Lugano. Profitant à son tour du faux-rythme ambiant et d'une contre-attaque mal jouée par le duo Ruhnke - Della Rossa, le champion en titre riposte par un contre à trois contre un où Landon Wilson, lancé dans l'axe par Ryan Gardner, voit son essai être bloqué dans l'enclave. Venu de l'arrière soutenir la montée de ses coéquipiers, Julien Vauclair s'empare ensuite de cette rondelle devenue vacante pour tirer en force au but (1-1 à 17'38"). Secoués, les locaux tentent bien de réagir, sur cette reprise appuyée d'un autre ancien de la casa bianconera, Lukas Gerber, mais Simon Züger veille fermement au grain (18'56").

Touchés...

Forts d'une bonne dynamique, les Luganais entament pied au plancher l'acte médian et marquent presque immédiatement sur un lancer très excentré de Ryan Gardner côté gauche et dévié dans le slot par un Andy Näser étrangement seul sous le nez de Daniel Manzato (1-2 à 20'13"). Les hommes d'Ivano Zanatta, mis à leur tour en confiance, prennent logiquement le jeu à leur compte et développent avec une certaine aisance leurs combinaisons devant des Bâlois généreux mais désordonnés. Pris à contre-courant et durement sanctionnés d'un 2'+2' (crosse haute de Régis Fuchs), les locaux font ainsi plusieurs fautes et laissent la situation s'envenimer aux abords de la cage d'un Daniel Manzato secoué par un scud de Jukka Hentunen touchant sa cible en plein casque (23'35").

Ballotté par le quintet majeur du HCL (Gardner et Tärnström à la bleue, Wallin au centre et le duo Hentunen-Wilson sur les ailes), le pire penaltky-killing de LNA est bien près de lâcher prise devant le barrage d'artillerie de Dick Tärnström et compagnie (25e). On se dit alors que l'obstruction de Chris Bright (24'23") creusera un peu plus sa tombe mais étonnamment, le triangle défensif local fait front avec un entrain lui permettant, avec l'appui d'un Manzato solide, d'éteindre l'incendie et de bouter ainsi les gros bras luganais hors de son fort. Sorti renforcé de cet enfer, Bâle poursuit sur sa lancée et rééquilibre les débats, retrouvant tout son aplomb sous l'impulsion de Thomas Nüssli. Une première fois dans ce match, le top-scoreur se montre décisif en rattrapant une relance ratée de Chris Bright dans sa zone pour lancer ce dernier en profondeur. En duel devant Züger, le Canado-Japonais ne se fait pas prier pour créer l'égalité d'un revers croisé à ras de glace et faire regretter à Lugano son impuissance lors des powerplays précédents (2-2 à 32'02")...

Enfin, pas pour très longtemps puisque le naturel prend vite le relais chez des Bâlois en manque de rotations défensives et de ce fait moins rigoureux qu'à l'accoutumée. Un de ces passage à vide conduit Kévin Romy à travailler dans le coin, remonter et finalement tirer dans un angle complètement excentré pour contraindre Daniel Manzato à concéder un mauvais retour, immédiatement sanctionné par un Sébastien Reuille bien placé dans le slot (2-3 à 33'24").

Les Suisses italiens mènent pour la première fois au score, matant la timide rébellion rhénane et faisant à présent étalage de tous leurs moyens. Ils passent clairement à la vitesse supérieure et s'affirment au fil des minutes, sans toutefois parvenir à concrétiser de sacrés occasions en supériorité numérique où Jukka Hentunen, par trois fois, se heurtera à un solide Daniel Manzato (39e).

Coulés ?

La différence faite durant une deuxième à son avantage, la panthère noire luganaise affûte ses griffes et se jette à pleine dents dans l'arène pour les vingt dernières minutes. Tels des morts de faim, les Bianconeri se ruent à l'attaque et poursuivent leur harcèlement en règle du portier bâlois. Et il ne leur faut guère longtemps pour allumer la lampe, d'un slap perforant de la ligne bleue signé du défenseur Krister Cantoni (2-4 à 40'54").

Non, ressuscités !

Le coup de grâce semble tout proche chez des Alémaniques montrant certains signes d'impuissance, voire de résignation. Dépassée par la rapidité d'Hentunen et consorts, la défense "artisanale" de l'EHC Basel n'offre assurément pas un soutien extraordinaire à un Daniel Manzato plus que jamais livré à lui-même. Pourtant et alors que Bâle semble au bout du rouleau, une pénalité anodine de Rickard Wallin (45'12") est l'élément déclencheur d'un improbable renouveau. Le déclic vient du top-scoreur Thomas Nüssli, qui réalise là un exploit personnel en partant de sa zone défensive pour passer en revue une arrière-garde dispersée et conclure son raid d'un tir croisé dans la lucarne droite de Simon Züger (3-4 à 45'31"). Cette réaction assez inattendue réveille la flamme et un public frontalier jusqu'alors comateux, se prenant d'un coup à rêver d'une remontée désespérée de ses favoris.

Ces derniers, dans le sillage de cette chevauchée de Nüssli, retrouvent alors leurs esprits et remettent ouvertement le leadership du HCL en cause. Les Rhénans s'engouffrent dans toutes les brèches, bien aidés il est vrai par une recrudescence soudaine de l'incivilité tessinoise. Les septuples champions de Suisse vont en payer le prix. Obtenant un sursis sur les pénalités de Landon Wilson (47'13") et Jason Strudwick (49'02"), les visiteurs n'échappent en revanche pas à la sanction sur la suivante, une charge à la crosse de Julien Vauclair (50'33"). Sous la pression locale, Dick Tärnström en casse même son bâton et doit continuer à défendre sans son outil (pas le temps pour le finaliste de la dernière Coupe Stanley de retourner se réapprovisionner à son banc). À presque deux hommes de plus, la tâche se facilite davantage pour ce diablotin de Régis Fuchs, à l'affût dans le slot pour convertir victorieusement la passe tendue de Jussi Tarvainen (4-4 à 51'10"). Au tour de Lugano d'être touché...

Tel un tsunami, l'EHC Bâle va ainsi littéralement renverser la vapeur, porté en outre par un sentiment d'invulnérabilité confirmé par Daniel Manzato, impeccable devant Ryan Gardner à bout portant (52e). Transcendées, les troupes de Kent Ruhnke déferlent donc aux avant-postes et reprennent l'avantage sur une nouvelle supériorité numérique où le puck, circulant tant bien que mal dans la zone, finit par échoir à Stefan Voegele qui, d'une reprise balayée légèrement déviée dans le slot, pétrifie un Simon Züger abattu (5-4 à 55'24"). Wunderbar !

Jouant toutes ses cartes pour tenter se stopper cette terrible hémorragie, Ivano Zanatta demande un temps mort (56'50") sans que son opération soit suivie des faits voulus. Face à un adversaire replié et couvrant au mieux la surface de jeu, ses troupes n'ont d'autres choix que de foncer tête baissée dans l'embuscade. Les palets finissent tous par être récupérés par Bâle et un contre amorcé par un Régis Fuchs motivé comme jamais à l'idée d'en remontrer à ses anciens frères d'armes. Se frayant un chemin au travers des lignes adverses, Fuchs a alors la vista de remiser sur sa gauche à l'échassier Niklas Anger, lequel remercie le feu-follet franco-suisse en transperçant la garde d'un Züger déconfit (6-4 à 57'40").

Les Bianconeri, encore plus usés que leurs hôtes d'un soir, ont abdiqué depuis longtemps et sortent leur gardien pour la forme (58'26") afin de tenter un ultime exploit. Mais celui-ci est pour ce soir l'apanage de Bâlois résistants, qui obtiennent par cette victoire de prestige une vraie bouffée d'air pur. Envers et contre tout...

Le phénix rhénan

Porté disparu avant la rencontre, miné par l'affaire Landry et amputé d'une sérieuse partie de son arrière-garde après que son état-major a suspendu Shawn Heins pour des raisons similaires à Landry (sans oublier la blessure de Markus Wüthrich hier soir à Zoug), l'oiseau de feu bâlois a su renaître de ses cendres pour renverser une nouvelle situation fortement compromise.

Chahuté par un Lugano montant en puissance au fil du match, Bâle a su profiter de la fatigue et de la frustration de ses visiteurs en fin de partie pour signer un final ébouriffant. Semblant accuser le coup après le quatrième but bianconero, l'EHC a su se remettre en selle dans le sillage de Thomas Nüssli, auteur d'un véritable coup de génie sur sa traversée fantastique. Nüssli, colosse aux mains agiles, semble tirer son épingle du jeu dans son nouveau rôle de leader offensif, tout en restant un formidable travailleur. Il en va presque de même pour son extrême, le playmaker Régis Fuchs, petit par la taille mais immense de générosité. Ce défi luganais tenait évidemment au cur du vétéran jurassien, qui a passé de longues années du côté de la Resega et souhait démontrer qu'il lui en restait sous le patin. Gaétan Voisard et Ralf Bundi auront pour leur part démultiplié leurs efforts pour maintenir leur brigade défensive au dessus de la ligne de flottaison.

Ces quatre buts sans riposte inscrits en fin de match (et en powerplay) suffisent à soulager l'équipe, qui met un point final à une série négative (quatre revers de rang) et transmet par la même la lanterne rouge à Ambrì-Piotta, battu pour la neuvième fois d'affilée cette saison. La victoire fait donc du bien au moral mais n'occulte en rien les zones d'ombre continuant à planer au-dessus des tuniques noires de Kent Ruhnke. Notamment le spectre d'un Éric Landry dont chacun se demande s'il continuera encore à exercer dans la cité du médicament...

L'incroyable retournement de situation a laissé Lugano à ses doutes. Toujours bredouilles en déplacement depuis leur victoire à Ambrì en septembre dernier, les Tessinois poursuivent leur pénitence et peuvent regretter d'avoir lâché du lest de cette manière et par la même laissé filer un succès qui leur tendait les bras. Sans doute plus forts intrinsèquement, à l'image de leur leader Jukka Hentunen et de ses lieutenants Landon Wilson, Rickard Wallin et autres Kévin Romy, les Bianconeri ont payé une certaine nervosité et un cruel manque de fraîcheur, légitime à ce niveau en tournant à trois lignes. Mais ce n'est pas une excuse car Bâle jouait pour sa part avec seulement trois renforts étrangers... Sans ses éléments perturbateurs, mais avec un cur gros comme ça.

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Bâle - Lugano 6-4 (1-1, 1-2, 4-1)

Samedi 4 novembre 2006 à 19h45 à la St.Jakob-Arena. 2139 spectateurs.

Arbitrage de M. Mandioni assisté de MM. Mauron et Rebillard.

Pénalités : Bâle 12', Lugano 20'.

Évolution du score :

1-0 à 03'04" : Voisard assisté de Fuchs

1-1 à 17'38" : J. Vauclair assisté de Wilson et Gardner

1-2 à 20'13" : Näser assisté de Gardner

2-2 à 32'02" : Bright assisté de Nüssli

2-3 à 33'24" : Reuille assisté de Romy et T. Vauclair

2-4 à 40'54" : Cantoni assisté de Romy

3-4 à 45'31" : Nüssli assisté de Bundi (sup. num.)

4-4 à 51'10" : Fuchs assisté de Tarvainen et Nüssli (sup. num.)

5-4 à 55'24" : Voegele assisté de Chatelain et Plavsic (sup. num.)

6-4 à 57'40" : Anger assisté de Fuchs et Plavsic (sup. num.)

 

Bâle

Gardien : Daniel Manzato.

Défenseurs : Adrien Plavsic - Gaétan Voisard ; Franco Collenberg - Chris Bright ; Lukas Gerber - Ralf Bundi (A) ; Ralph Stalder.

Attaquants : Régis Fuchs - Andreas Camenzind - Jussi Tarvainen ; Thomas Nüssli - Alex Chatelain (C) - Stefan Voegele ; Corey Ruhnke - Niklas Anger - Patric Della Rossa (A) ; Stefan Schnyder - Sandro Tschuor - Julian Walker.

Remplaçant : Daniel Rüfenacht (G). Absents : Éric Landry et Shawn Heins (suspensions internes), Markus Wüthrich et Mark Astley (blessés).

Lugano

Gardien : Simon Züger [sorti de sa cage à 58'26"].

Défenseurs : Dick Tärnström - Andreas Hänni ; Jason Strudwick - Julien Vauclair (C) ; Krister Cantoni - Wesley Snell.

Attaquants : Valentin Wirz - Rickard Wallin - Jukka Hentunen (A) ; Landon Wilson - Ryan Gardner (A) - Andy Näser ; Tristan Vauclair - Kévin Romy - Sébastien Reuille.

Remplaçants : Michael Flückiger (G), Luca Balerna, Mirko Murovic. Absents : Flavien Conne (adducteurs), Steve Hirschi (blessé), Raffaelle Sannitz (blessé), Sandy Jeannin (cuisse), Alessandro Chiesa (blessé).

 

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