Épinal - Amiens (2 décembre 2006)
Match comptant pour la quatorzième journée de la Ligue Magnus 2006-2007.
Aux frontières de l'irréel
Passée la débâcle angloye, Épinal aspire à retrouver la sérénité en retrouvant son écrin fétiche de Poissompré pour amorcer un mois de décembre herculéen où se profile notamment Briançon et Morzine-Avoriaz. En ouverture des festivités, les Vosgiens se voient proposés des Gothiques d'Amiens inconstants, restant sur une nouvelle désillusion sur la glace des néo-promus strasbourgeois (4-5).
Brutalement interrompue à Anglet (3-8) dans des circonstances très spéciales (méformes quasi-rédhibitoires de Stanislav Petrik et de Ján Plch, tous deux diminués par des ennuis de santé), la bonne série spinalienne espère reprendre corps pour la venue de Gothiques branchés sur courant alternatif. Une fois encore, l'ICE confiera ses destinées à son stratège Jan Plch, l'alpha et l'oméga du système prôné par Pierre-Yves Eisenring, complètement rétabli de ses soucis intestinaux l'ayant empêché de jouer avec tous ses moyens la semaine passée en terre basque.
Ô tolérance zéro...
Les Spinaliens impriment rapidement un rythme très rapide, ce qui n'est pas forcément pour plaire à des Amiénois en mal de repères. Les visiteurs subissent rapidement le redoutable jeu de puissance local, mal récompensé sur cette première cage quasi-vide ratée par Milan Buda (02'20"). Laissant passer l'orage, les Gothiques résistent comme ils peuvent et finissent par équilibrer le jeu au profit d'une première salve de pénalités cassant définitivement le rythme spinalien (05'10" et 05'22"). Le powerplay picard, pourtant peu efficace malgré l'apport indéniable de Jonathan Gauthier, fait en effet rapidement la différence sur un jeu en première intention où Brice Chauvel, libre de tout marquage dans l'enclave, reprend victorieusement l'offrande latérale de Miroslav Pazak (0-1 à 06'40"). C'est là le début des ennuis pour des Spinaliens tout à coup moins vifs à l'entame d'une véritable cacophonie mal orchestrée par un trio arbitral résolu à ne rien laisser passer. Dans un premier temps, Amiens se replie tout en servant des contres saignants aux locaux. Mais l'indiscipline vosgienne engendre un siège quasi-continu de la zone de Stanislav Petrik. Ce dernier est chanceux devant François Rozenthal (10'15") mais reste néanmoins solide à son poste.
Distribuées avant autant de verve que les friandises le sont lors de la traditionnelle procession de la Saint-Nicolas (ancestrale tradition des régions de l'est), les pénalités amènent tour à tour Picards et Lorrains à tenter leur chance, sans faire la différence. Car, gênés par une arrière-garde agressive et tenace, les Dauphins souffrent mille maux dans leur gestion des pénalités et ne profitent jamais bien longtemps de leurs avantages numériques, vite annihilés par un trio arbitral tatillon à souhait et assurément pas décidé à leur accorder la moindre faveur. Les Gothiques n'en demandent pas tant, eux qui peinent visiblement à museler un duo Plch-Petrák apparaissant déjà esseulé aux avant-postes.
Pour changer, Épinal débute l'acte médian en infériorité numérique et sent immédiatement poindre un danger illustré par une frappe de mule d'un Jonathan Gauthier impressionnant de maîtrise tout au long de la soirée (20'48"). Sentant le rendement de ses hommes décliner, Pierre-Yves Eisenring tente alors de remplacer comme convenu un Milan Buda trop nerveux par Ján Simko sur le premier bloc, mais rien n'y fait. Derrière Ján Plch et son fidèle lieutenant Michal Petrák, toujours aussi surprenant, c'est le désert...
L'erreur est humaine...
Justement, le salut vient du stratège slovaque, bienheureux de voir Laurent Gras le servir plein axe et de bénéficier d'une bonne fenêtre de tir pour ajuster Éric Raymond en pleine lucarne (1-1 à 23'31"). Cette boulette déstabilise les vice-champions de France, sanctionnés à deux reprises en quelques secondes et à nouveau contraints de subir la furia de locaux revigorés à l'image de cette percée d'un Michal Petrák stoppée illicitement aux abords de sa terre promise (25'20"). Le col-bleu tchèque se signale ensuite par sa maladresse à convertir au second poteau un caviar latéral de Plch, mais Milan Buda, idéalement placé dans le slot, rattrape le coup dans la foulée en convertissant du revers un slap de Bohácek repoussé devant Raymond (2-1 à 26'05"). Les mouches ont subitement changé d'âne, et voilà les Gothiques à la merci de Spinaliens toujours dangereux et percutants lorsque Plch est dans les parages. Mais voilà, à Épinal, Plch n'existe qu'en un seul et unique exemplaire...
...mais persévérer est diabolique !
Tributaires du rendement de leur joueur-étoile, les Lorrains se liquéfient en son absence et ne peuvent par conséquent pas installer une domination durable devant des Amiénois toujours enclins à jouer les contres. Fébriles, les Spinaliens retombent alors dans leurs travers disciplinaires et se retrouvent à nouveau en double désavantage numérique. Certes, on connaît les compétences du penalty-killing de l'ICE, mais la présence suspecte (mais toutefois fréquente sous l'ère Eisenring) à ce moment de la paire Peter Strapatý - Borislav Ilic rend le triangle défensif plus statique que jamais et encourage l'initiative adverse. C'est ainsi que le néo-international Benjamin Dieude-Fauvel, abandonné dans le slot, a tout loisir de prendre le retour de Loïc Sadoun pour glisser du revers la rondelle au fond des filets (2-2 à 31'56").
Les Dauphins, plombés par les pénalités, se sont tirés une belle balle dans la nageoire et restent soumis à la pression picarde, pas aidés il est vrai par deux nouvelles infamies simultanément récoltées (35'29" et 35'47"). Un puck perdu en zone neutre sera pourtant intercepté par Ján Simko, mais Milan Buda se voit à nouveau trop court pour la dévier dans une cage ouverte à tous vents (35'41"). Mis devant le fait accompli, la défense bleue résiste et voit son labeur adouci par un accrocher généreux de Miroslav Pazak (36'37"). Stanislav Petrik repoussant entre autres ce revers acrobatique de Loïc Sadoun (37'42"), Épinal peut repartir à l'abordage des lignes amiénoises mais une nouvelle incompréhension est punie par le capitaine Anthony Mortas. Récupérant le disque en zone neutre pour porter le danger et déborder le repli fantôme d'Ilic, l'ex-Rémois n'a plus qu'à servir devant la cage son collègue Brice Chauvel pour une réalisation aussi opportuniste qu'exaspérante (2-3 à 38'15").
Indigestion et insomnies
Dos au mur, les joueurs de la Cité des Images n'ont dès lors plus le choix des armes et s'appliquent à secouer les puces d'un Éric Raymond passant une soirée plus tranquille que prévu. Uniquement portée par sa ligne de parade, seule éclaircie dans ce brouillard, l'attaque spinalienne se repose toujours autant sur Ján Plch, à la base de chaque action d'éclat de l'offensive.
Harcelant un Raymond visiblement agacé par l'impuissance de son arrière-garde à contenir son activité incessante, Ján Plch donne le tempo à ses troupes qui ne profitent toutefois pas de trois supériorités successives. L'ICE creuse ainsi sa propre tombe et retombe dans son indiscipline coutumière. Certains verront plutôt de l'acharnement arbitral, toujours est-il que ces longues séquences passées en déficit de personnel commencent à peser sur le casque des Dauphins. Ce concert indigeste de coups de sifflets en tous genres implique également les hommes de Denis Perez, ce qui n'est franchement pas pour clarifier une situation devenant plus confuse au fil des minutes. C'est dans ce contexte nébuleux que le canonnier Jonathan Gauthier, entré en zone offensive au profit d'une pénalité différée, décoche un scud sous la barre d'un Stanislav Petrik resté de marbre et tue tout suspens restant à ce match tourmenté (2-4 à 52'18").
S'ensuit une poignée de minutes interminables et ennuyeuses au possible, où seule une belle parade de Petrik, devant Pulscák parti en breakaway, sort le public de sa légitime torpeur (55'01") avant que le retour de Plch (préalablement sanctionné de 2'+2' pour une crosse haute) n'apporte un peu de sang neuf à un collectif moribond. Retrouvant brutalement sa fluidité, le jeu de puissance local instaure son barrage d'artillerie mais ne parvient plus à transpercer la cuirasse d'un Éric Raymond rassurant. Car Amiens, profitant de la forme retrouvée de l'ancien portier rouennais, fait front puis profiter d'une ultime approximation vosgienne en zone neutre pour donner plus d'ampleur à son succès. Tout un symbole, c'est le capitaine Anthony Mortas qui expédie la rondelle dans la cage désertée pour enterrer définitivement des Spinaliens fourbus et frustrés (2-5 à 59'40").
Une gifle avant les baffes ?
Grand battu d'un match pourtant à sa portée, Épinal a payé au prix fort ses erreurs. Pourtant sensibilisés aux subtilités de la tolérance zéro, toujours appliquée avec excès par un trio arbitral nullement cohérent dans sa manière de procéder, les hommes de Pierre-Yves Eisenring ont montré ce soir leurs limites. Une inconstance amplifiée par une deuxième ligne inexistante, quelques autres choix douteux, mais aussi et surtout l'importance cruciale qu'a Ján Plch sur la partition collective. Les Vosgiens ont également souffert d'un cruel manque de réalisme, et nul doute que ces buts tous cuits devant la cage auront pesé très lourd dans la balance. Décembre commence mal...
C'est bien là le seul enseignement à tirer d'une rencontre hachée, sans passion, sans rythme, en un mot ennuyeuse. L'esprit du jeu fut ce soir inexistant, étouffé par le travail de sape d'hommes zébrés plus décidés que jamais à faire la loi. Dans ce contexte nullement attrayant, ce fut donc Amiens le plus malin et surtout le plus réaliste en marquant à des moments-clés. Loin des Gothiques erratiques pressentis, les Picards ont montré une certaine application et une agressivité finalement récompensée d'une victoire réconfortante après le camouflet strasbourgeois. Le pari de titulariser Éric Raymond en lieu et place de la révélation Henri-Corentin Buysse fut payant, surtout en fin de match, alors que le robuste Jonathan Gauthier, au four et au moulin, fut l'un des principaux maîtres d'œuvre de ce succès.
Compte-rendu signé Jérémie Dubief
Épinal - Amiens 2-5 (0-1, 2-2, 0-2)
Samedi 2 décembre 2006 à 20h30 à la patinoire de Poissompré. 999 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Mathieu Loos et Damien Bliek.
Pénalités : Épinal 42' (16'+10', 8', 8'), Amiens 34' (14', 8', 12').
Tirs : Épinal 30 (6, 8, 16), Amiens 42 (10, 20, 12).
Évolution du score :
0-1 à 06'40" : Chauvel assisté de Pazak de Pulscák (double sup. num.)
1-1 à 23'31" : Plch
2-1 à 26'05" : Buda assisté de Simko et Plch (double sup. num.)
2-2 à 31'56" : Dieude-Fauvel assisté de Sadoun et Rozenthal (double sup. num.)
2-3 à 38'15" : Chauvel assisté de Mortas (inf. num.)
2-4 à 52'18" : Gauthier assisté de Sadoun
2-5 à 59'40" : Mortas (cage vide)
Épinal
Gardien : Stanislav Petrik [sorti de sa cage à 58'22"].
Défenseurs : Jan Bohácek - Radoslav Regenda ; Peter Listiak - Peter Slovák ; Peter Strapatý - Borislav Ilic.
Attaquants : Milan Buda [puis Simko à 20'00"] - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Luc Mazerolle - Tomás Jelínek - Guillaume Chassard (C) ; Ján Simko [puis Buda à 20'00"] - Anthony Maurice (A) - Guillaume Papelier.
Remplaçants : Franck Constantin (G), Anthony Pernot, Kévin Benchabane, Sébastien Geoffroy. Absent : Lionel Simon (lumbago).
Amiens
Gardien : Éric Raymond.
Défenseurs : Jean-Philippe Glaude - Benjamin Dieude-Fauvel ; Frantisek Pulscák - Jonathan Gauthier; Thomas Roussel - Mathieu Jestin.
Attaquants : Loïc Sadoun - Laurent Gras (A) - François Rozenthal (A) ; Brice Chauvel - Anthony Mortas (C) - Miroslav Pazak ; Julian Marcos - Élie Marcos - Rob Millar ; Simon Petit - Lionel Wiotte - Nicolas Primout.
Remplaçant : Henri-Corentin Buysse (G). Absent : Vincent Bachet.