Grenoble - Rouen (9 décembre 2006)
Match comptant pour la quinzième journée de la Ligue Magnus.
Il y avait de la revanche dans l'air pour ce grand classique entre les Brûleurs de Loups et les Dragons. Revanche par rapport au match aller remporté 7-3 par Rouen et que Grenoble n'a toujours pas digéré. Revanche attendue également suite au match mal négocié par les Grenoblois le week-end dernier face au Mont-Blanc, qui leur a fait perdre leur place de leader. Ce choc (qui se joue sans les internationaux juniors retenus en sélection) s'annonce donc prometteur d'autant que le visage des Dragons a bien changé depuis le match aller avec les "revenants" Doucet, Fortier, Ponto et Quessandier.
Si les Dragons espéraient un quelconque flottement des Grenoblois dans la continuité de la rencontre face au Mont-Blanc, ils en sont pour leurs frais. Le début de rencontre est entièrement grenoblois avec les hommes de Gérald Guennelon qui se jettent comme des morts de faim sur le palet. La première ligne grenobloise campe dans la zone rouennaise. Après une première tentative de Lindström, cette grosse pression finit par se concrétiser suite à une passe de Ludek Broz derrière la cage qui trouve Kévin Hecquefeuille étrangement seul au milieu de la défense des Dragons. Le jeune ailier international place le palet dans la lucarne de Sopko et ouvre le score après à peine trois minutes de jeu (1-0, 03'08"). Un début de rencontre idéal pour les Isérois, à peine contrariés par un palet traînant devant la cage de Ferhi et mal exploité par Marc-André Thinel. Tartari teste ensuite la mitaine de Sopko qui répond présent tandis que Doucet sollicite Ferhi pour la première fois de la rencontre. Broz écope de la première pénalité du match mais les Dragons ne se montrent guère dangereux en supériorité numérique et le box-play grenoblois s'en sort sans trop de difficultés.
Le jeu semble s'équilibrer lorsqu'Éric Doucet rejoint à son tour la prison. Et là, ô surprise, Grenoble donne une leçon de power-play à Rouen avec un jeu très mobile qui se conclut logiquement par une passe millimétrée de Broz pour... Hecquefeuille placé quasiment au même endroit devant les buts et toujours aussi isolé. Il signe son doublé d'un tir du poignet à ras de glace qui laisse Sopko de marbre (2-0, 10'08"). Les réactions rouennaises sont sporadiques, comme cette tentative de loin de Quessandier qui trouve Ferhi sur sa trajectoire. Lindström alerte à nouveau Sopko après une bonne entrée de zone de Valcak un brin trop altruiste sur le coup. Mais la plus belle occasion du tiers des Dragons survient sur un 2 contre 0 Thinel - Fortier sur lequel Ferhi s'interpose de la botte avec la complicité de Baptiste Amar revenu en catastrophe. Une deuxième infériorité numérique grenobloise ne profite pas à des Rouennais un brin timorés qui semblent encore se chercher en cette fin de premier tiers-temps, à l'image de cette dernière échappée concédée à Benoît Bachelet rattrapé in extremis par Salomaa.
Les Dragons ne mettent pas longtemps pour se trouver dans la période intermédiaire. La déviation de Masa sur un tir de Hecquefeuille, très en vue ce soir, n'est qu'un feu de paille. Les Brûleurs semblent avoir laissé leur concentration au vestiaire et Sami-Ville Salomaa bénéficie d'un centre de Salminen pour s'avancer et ajuster Ferhi au grand dam d'une défense grenobloise absente (2-1, 21'20"). Ce but réveille les hommes de Gérald Guennelon qui semblent retrouver leur agressivité. Martin Masa, sur un 2 contre 1 avec Broz, puis l'intenable Kévin Hecquefeuille, d'un tir à mi-distance, font trembler Sopko. Jimmy Lindström teste à son tour le portier slovaque avec son tir puissant. Rouen tente de procéder par contres rapides mais l'initiative est grenobloise à l'image d'un 2 contre 1 emmené par Papa et Tartari. Dans le même temps de jeu, Ponto et Salomaa se font sanctionner tour à tour. Double supériorité numérique pour Grenoble et sept secondes suffisent à Martin Masa pour reprendre un rebond contre la bande suite à un tir de Brad Woods et expédier le palet dans les buts vides (3-1, 24'05").
Les locaux sont ensuite obligés de subir le jeu sur deux infériorités numériques concédées par Masa et Hecquefeuille. Le power-play rouennais s'installe mais Ferhi veille au grain et ne laisse rien passer. Cyril Papa parvient même à s'échapper tout seul, feinte Sopko mais dépose le palet à côté de la cage alors que le but semblait tout fait. Une grosse occasion que le jeune Grenoblois va vite regretter puisque Doucet réduit le score dans le foulée contre le cours du jeu sur un tir anodin visiblement dévié par un défenseur grenoblois. Ferhi apprécie mal la trajectoire du tir et laisse passer le palet entre ses jambes (3-2, 29'38"). Grenoble réagit à nouveau et Valcak fait apprécier sa technique individuelle avec un joli numéro conclu par un tir de Lindström ras de glace. On retrouve Lindström quelques instants plus tard à la réception d'une passe en profondeur de Martin Paquet suite à une bonne fixation en entrée de zone. Le Suédois dévie la trajectoire suffisamment pour placer le palet hors de portée de Sopko (4-2, 31'50"). Sur le coup d'envoi, Masa est contré à la ligne bleue, Hecquefeuille hérite du palet et décale Broz qui profite des largesses de la défense rouennaise pour transpercer Sopko d'un tir en pleine lucarne (5-2, 32'02"). À cet instant les Grenoblois semblent avoir tué le match d'autant plus que Desrosiers part dans la foulée deux minutes en prison.
Les Brûleurs de Loups manquent de peu d'enfoncer le clou en power-play alors que la défense rouennaise semble désorientée. Les Dragons jouent alors le jeu de la provocation pour tenter de revenir dans la partie. Et ça marche. Alors qu'une pénalité est appelée contre Sébastien Thinel, Desrosiers s'en prend à Broz dans le dos de l'arbitre. Une échauffourée commence avec Benoît Quessandier qui tombe même les gants en invitant Brad Woods à se mesurer à lui. Le défenseur grenoblois décline l'invitation, Quessandier prend (seulement) dix minutes de méconduite et Hecquefeuille se trouve sanctionné pour deux minutes, remettant les deux équipes à quatre contre quatre ! Décision incompréhensible de M. Bergamelli qui est tombé dans le panneau alors que les Grenoblois avaient su résister aux provocations rouennaises. Une décision lourde de conséquences puisqu'une minute plus tard, Éric Fortier parvient à réduire le score en reprenant un dégagement malheureux d'Amar après un premier essai de Desrosiers, lequel aurait dû se trouver en prison à ce moment-là (!) (5-3, 37'56"). Rouen se remet à y croire même si les deux dernières minutes sont grenobloises. Les Dragons continuent de durcir le jeu à l'image d'une charge dans le dos de Lefebvre sur Broz, légèrement sanctionnée.
La dernière période commence sur un faux rythme. La supériorité numérique initiale ne donne rien malgré quelques tentatives de Valcak et Bonnard. Les Brûleurs de Loups semblent décidés à défendre leur acquis et campent sur leur position en zone neutre. Les Dragons s'enhardissent petit à petit pour revenir au score. Doucet lance la première mèche de loin puis c'est au tour de Desrosiers et Fortier de créer le danger dans la zone grenobloise. Une prison de Valcak ne fait qu'accroître la période de domination des Rouennais, cette fois-ci bien installés en zone offensive. Les missiles de la bleue de Sedlak et Salomaa trouvent Ferhi sur leur trajectoire mais le danger se fait plus présent. Pourtant Grenoble semble tenir le choc et les minutes passent au bénéfice des Brûleurs de Loups. Une crosse haute de Geffroy sur Amar donne même l'occasion aux Brûleurs de Loups d'évoluer en supériorité numérique, mais Woods est sanctionné pour avoir fait trébucher Desrosiers parti tout seul défier Ferhi. À quatre contre quatre, Lindström profite des espaces et a l'occasion de tuer le match en échappée face à Sopko mais le gardien rouennais remporte le duel. Le vent de la rencontre vient de tourner.
Quelques instants plus tard, alors que Rouen bénéficie d'une poignée de secondes d'avantage numérique, Sedlak vient créer le surnombre devant la cage de Ferhi et convertir une passe de derrière le filet de Marc-André Thinel au nez et à la barbe de Viktor Wallin et Simon Bachelet (5-4, 41'09"). Fragilisés par cette réduction du score, les Grenoblois vont s'effondrer moins d'une minute plus tard sur un palet perdu en zone d' attaque. Marc-André Thinel porte rapidement le palet en zone offensive et sert Éric Fortier qui se joue de Benoît Bachelet et de la défense iséroise pour égaliser (5-5, 51'52"). Tout est à refaire pour Grenoble qui prend un sacré coup de massue. Rouen crée régulièrement le surnombre devant les cages de Ferhi qui doit sauver ce qui peut encore l'être. Deux minutes infligées à Marc André Thinel viennent desserrer l'étreinte. Les Brûleurs de Loups se remettent enfin dans le bon sens et Martin Masa teste Sopko. Les dernières minutes sentent le KO. À deux contre un, Paquet sert Papa en bonne position qui voit son tir s'écraser sur la barre transversale. Puis c'est au tour de Broz de mettre le feu dans la zone rouennaise mais son action se termine par un tir de Woods au-dessus. Rouen rate à son tour le palet du match sur un 2 contre 1 Salminen-Thinel. Ferhi s'impose devant Doucet dans les dernières secondes mais Grenoble concède une pénalité pour surnombre, synonyme d'infériorité numérique en début de prolongation.
À quatre contre trois, Rouen semble bien parti pour l'emporter. Doucet se procure une mini-échappée mais bute sur Ferhi et le retour à-propos d'Amar. Le jeu de puissance est installé mais Grenoble résiste et parvient à tuer la pénalité. À quatre contre quatre, les Dragons semblent plus frais physiquement et continuent de presser. Desrosiers se trouve à deux reprises en position idéale face à la cage mais bute sur Ferhi. Thinel manque de peu la cage tandis qu'en face on ne dénombre qu'un tir d'Amar ou une tentative isolée de Benoît Bachelet. Pourtant la meilleure occasion sera grenobloise : Christophe Tartari intercepte la rondelle à la ligne bleue et part en échappée. Il a le sort du match dans sa crosse mais manque le cadre en tirant au dessus. La chance grenobloise est passée, Rouen ne laissera pas passer la sienne... Ponto lance Éric Fortier qui décale rapidement Desrosiers devant les cages lequel marque au nez et à la barbe des défenseurs grenoblois (5-6, 66'54").
Mis en difficulté par une défense très approximative, les Dragons se sont appuyés sur leurs armes offensives québécoises (Thinel, Fortier, Desrosiers, Doucet) pour renverser une situation qui semblait bien compromise. Rouen a réalisé un beau come-back en inscrivant quatre buts d'affilée pour remporter un succès sur le fil. On ne donnait pourtant pas cher de la peau des Dragons qui semblaient perdus en fin de deuxième période, accusant un retard de trois buts. Mais l'attaque a fait preuve de réalisme, dominant largement les débats lors de la troisième période et la prolongation. Un succès qui devrait faire du bien au moral et annoncer le retour des Rouennais vers les sommets.
Du côté grenoblois, on a donc laissé échapper un succès qui tendait les bras à dix minutes seulement de la fin du temps réglementaire. Une avance de trois buts en fin de deuxième tiers partie en fumée, en partie à cause de coupables relâchements défensifs lors de la troisième période. La défense grenobloise n'a pas su maintenir l'avance au score et a pris l'eau pour la deuxième fois de la saison face à Rouen. Sur 29 buts encaissés cette saison, Grenoble en a pris 13 contre Rouen, soit près de la moitié ! Pourtant les Grenoblois ont réalisé deux tiers-temps quasi parfaits, dominant froidement le premier tiers avant de rendre coup pour coup et rivaliser offensivement avec les Dragons lors de la deuxième période, grâce encore une fois à une première ligne Masa-Broz-Hecquefeuille des grands soirs. Mais l'attitude trop prudente affichée en début de troisième période leur a été fatale. Un match dure soixante minutes et on ne peut pas se contenter de défendre face à Rouen ! Voilà la leçon qu'ils devront retenir pour le 2 janvier, date de la finale de la Coupe de la Ligue.... En attendant, Rouen reste plus que jamais la bête noire des Grenoblois et a encore marqué des points psychologiques importants ce soir...
Désignés meilleurs joueurs du match : Kévin Hecquefeuille (Grenoble) et Marc-André Thinel (Rouen).
Compte-rendu signé Christophe Laparra
Grenoble - Rouen 5-6 après prolongation (2-0, 3-3, 0-2, 0-1)
Samedi 9 décembre à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Nicolas Barbez et Cyril Carlin.
Pénalités : Grenoble 18' (4', 6', 8', 0'), Rouen 28' (2', 10'+10', 6', 0').
Évolution du score :
1-0 à 03'08" : Hecquefeuille assisté de Broz et Masa
2-0 à 10'08" : Hecquefeuille assisté de Broz et Masa (sup. num.)
2-1 à 21'20" : Salomaa assisté de Salminen et Desrosiers
3-1 à 24'05" : Masa assisté de Woods et Hecquefeuille (sup. num.)
3-2 à 29'38" : Doucet assisté de Quessandier et M.-A. Thinel
4-2 à 31'50" : Lindström assisté de Paquet et Bonnard
5-2 à 32'02" : Broz assisté de Hecquefeuille et Masa
5-3 à 37'56" : Fortier assisté de Desrosiers et Ponto
5-4 à 51'09" : Sedlak assisté de M.-A. Thinel et Doucet (sup. num.)
5-5 à 51'52" : Fortier assisté de M.-A. Thinel et Besch
5-6 à 66'54" : Desrosiers assisté de Fortier et Ponto
Grenoble
Gardien : Eddy Ferhi.
Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Brad Woods ; Viktor Wallin - Jean-François Bonnard (A) ; Simon Bachelet - Martin Millerioux.
Attaquants : Martin Masa - Ludek Broz - Kévin Hecquefeuille ; Jimmy Lindström - Martin Paquet - Patrik Valcak ; Cyril Papa - Christophe Tartari - Benoît Bachelet (C).
Remplaçants : Frédéric Dorthe (G), Quentin Garcia, Joan Montesinos. Absents : Teddy Trabichet, Sacha Treille et Antonin Manavian (équipe de France junior), Roger Jönsson (genou), Nicolas Antonoff (épaule).
Rouen
Gardien : Ramon Sopko.
Défenseurs : Daniel Carlsson (C) - Nicolas Besch (A) ; Vesa Ponto - Sami-Ville Salomaa ; Daniel Sedlak - Benoît Quessandier.
Attaquants : Éric Fortier - Eric Doucet - Marc-André Thinel (A) ; Kimmo Salminen - Julien Desrosiers - Sébastien Thinel ; Alexandre Lefebvre - Thibault Geffroy - Tristan Lemoine.
Remplaçants : Landry Macrez (G), Damien Raux, Fabien Veydarier, Yvan Fontana. Absent : Édouard Dufournet (équipe de France junior).