Épinal - Caen (27 décembre 2006)

 

Match comptant pour la dix-septième journée de la Ligue Magnus 2006-2007.

Pour quelques points de plus

En s'inclinant à Villard-de-Lans vendredi (2-3), les Spinaliens sont brutalement revenus aux réalités du championnat. Confrontés à des Ours affamés, les hommes de Pierre-Yves Eisenring ont à nouveau payé leur manque de fraîcheur après leur éreintant exploit morzinois. Pour mieux illustrer ces contraintes, la défense vosgienne tournera à nouveau en petit comité ; le rassurant Peter Listiak ayant rejoint son équipier Peter Slovak à l'infirmerie.

Le gagne-pain caennais, sa défense, ne se présente pas non plus sous ses meilleurs atours avec trois forfaits annoncés dont celui du roc Tibor Schneider. Cela n'arrange évidemment pas Rodolphe Garnier, déjà soucieux de voir ses troupes gaspiller leur marge de manœuvre sur le ventre mou du championnat. Tout en regrettant les contre-performances des semaines passées et cette fameuse efficacité offensive dont sont dépourvus ses Drakkars (antépénultième attaque de Ligue Magnus)... Les Lorrains commencent à sentir la pression de leurs poursuivants immédiats et sont sommés de déjouer le verrou de Ladislav Kudrna. La victoire sera à ce prix et tout autre scénario nuirait immanquablement aux intérêts spinaliens. Mais Épinal mise toujours sur le formidable potentiel de Jan Plch et il n'est pas certain que les mailles du filet caennais soient assez serrées pour altérer le rendement du bon génie de Poissompré...

C'est ce qu'il ressort de ces tous premiers instants de jeu où les locaux, soucieux de prendre à froid leurs adversaires, débarquent en force dans la zone d'opération normande. Cette invasion engendre les premières infractions de la partie mais, deux supériorités numériques plus tard, les Vosgiens se retrouvent confrontés à un bloc caennais compact. Bien organisés sur toute la largeur du glaçon, agressifs sur les pressings, les Normands réduisent les espaces et gênent considérablement l'élaboration du jeu spinalien. Ils semblent même installer petit à petit leur empreinte sur le match en privant les Spinaliens de solutions. Et même mieux que ça, les piégeant en powerplay sur un slap ras de glace de Peter Nemcicky, dévié dans l'enclave par Pierre-Antoine Devin (0-1 à 06'25"). Les Lorrains, vexés, réagissent au quart de tour, mais Jan Simko, pourtant lancé en profondeur par Jan Plch, touche du bois sur son breakaway (06'39").

Plch, image d'Épinal

Si l'absence côté caennais de trois titulaires défensifs ne se fait guère remarquer, ne serait-ce que par l'implication totale de l'équipe, il n'en va pas tout à fait de même chez les locaux. Fébrile, voire empruntée par moments, l'arrière-garde des Dauphins n'est pas toujours souveraine devant la vitesse des jeunes Normands. Certes, Stanislav Petrik est là pour cacher la misère mais ses coéquipiers n'en mènent pas large devant ces Drakkars accrocheurs. La trappe de Rodolphe Garnier fait merveille et ses troupes travaillent dur dans tous les sens, se procurant ainsi les meilleures occasions. C'est dire toute la peine des Spinaliens pour s'extirper de ce "rideau de fer", ne le franchissant qu'avec parcimonie pour ensuite se casser les dents sur un Ladislav Kudrna affûté de la mitaine.

Ce n'est pas peu dire que les nuages s'amoncellent dangereusement sur le casque des joueurs de la Cité des Images. Empêtrés dans le faux rythme ambiant, ils ne doivent leur salut qu'à un tir de pénalité apparaissant sur le coup bien suspect. Le robuste Daniel Socha se verra ainsi sanctionné d'un cinglage peu évident à l'encontre de Jan Plch. Le meilleur compteur de Ligue Magnus jouera ainsi le rôle du soleil chassant la pluie en y allant de son petit revers pour déjouer Kudrna sur son côté gauche (1-1 à 16'57").

Cette égalisation ne perturbe pas outre mesure l'homogénéité caennaise mais aura le don de replacer Épinal sur les bons rails. Pour mieux contourner les positions normandes, les Dauphins mettent à profit le retour des vestiaires pour prendre de cours leurs valeureux opposants. La muraille Kudrna craque ainsi sous la pogne de Milan Buda, servi dans son jardin après l'amorce de Luc Mazerolle derrière la cage (2-1 à 21'57").

Enhardis par cette réalisation, les locaux, malgré deux frayeurs d'Avenel (23'04") et Bennett (25'28") bien contrecarrées par Petrik, tentent de s'installer plus durablement aux avant-postes. Peine perdue car Caen reprend son travail de sape et reste plus appliqué que jamais. Plus pressant aussi, ce qui ne manque pas d'offrir aux Normands quelques bonnes opportunités en contre-attaques. Leur détermination paye ainsi dans les presque tous les duels et il n'est pas rare de voir un Quentin Pépy ou un Arnaud Hascoët faire du grabuge en zone offensive... Solidaires et constants dans l'effort, les hommes de Rodolphe Garnier peuvent également compter sur un Ladislav Kudrna solide en cas de besoin mais manquent cruellement de ce petit quelque chose faisant toute la différence. Un petit truc nommé réalisme...

Il suffit en effet d'une montée du véloce Jan Simko pour en faire la démonstration. Malgré le sacrifice d'un arrière caennais, se jetant aux devants de Simko, le puck finira malgré tout par arriver dans la palette magique de Plch, opportunément placé sur la gauche de Kudrna (3-1 à 31'06"). L'envie caennaise n'est assurément pas payée en retour et ce but les force à se découvrir davantage. L'étreinte défensive se desserre quelque peu et permet aux deux gardiens de se partager la vedette durant quelques minutes en seconde partie de période.

Peur bleue

Guère inspirés en jeu de puissance, les Drakkars ne se résignent toujours pas et travaillent d'arrache pied pour recoller. Et comme le travail est toujours récompensé, ils en obtiennent les fruits sur deux déviations successives de Pierre-Antoine Devin et Tomas Nemcicky sur un lancer ras de glace de l'ex-Spinalien Frédéric Brodin (3-2 à 38'46"). Voilà qui préserve le suspense et garde intact les secrets espoirs de Rodolphe Garnier.

Pleinement relancés, les Caennais reprennent là où ils en étaient restés. Toujours aussi hermétiques à l'arrière, les visiteurs ne rechignent pas à la tâche, mais tout combattants qu'ils soient, cette abnégation ne compense pas leur inefficacité chronique dans le dernier geste. Elle leur permet en revanche d'asphyxier une formation spinalienne nullement à l'abri de courants d'airs, souvent impulsés par la vivacité des jeunes pousses normandes, toujours partantes pour se faufiler dans les brèches. Et si Pierre Bennett vendange une bonne percée (56e), son collègue Quentin Pépy est bien aise d'exploiter l'apathie de la troisième ligne locale pour s'infiltrer dans le gruyère puis confondre Stanislav Petrik du revers (3-3 à 56'28"). L'espoir tricolore, fraîchement rentré d'un Mondial piémontais à rebondissements, signe là un "coast-to-coast" plein d'audace, synonyme d'exploit pour ses couleurs.

Caen puise durement dans ses réserves pour tenir la distance et il suffit d'un petit moment de flottement pour chambouler tout son édifice. Reprenant de manière excentrée une passe derrière la cage de Milan Buda, Luc Mazerolle sera chanceux de voir son tir latéral filer entre les bottes de Ladislav Kudrna (4-3 à 57'48").

Rodolphe Garnier n'a dès lors plus le choix et doit se résoudre à sortir l'ancien Londonien (58'45"). Un coup d'épée dans l'eau car une récupération de Guillaume Chassard clouera définitivement le cercueil de ses Drakkars (5-3 à 59'12"). Une occasion immanquable en cage vide pour l'infatigable capitaine spinalien, une nouvelle fois irréprochable tout au long de la soirée. Les tripes n'auront pas suffi aux Caennais.

Coriaces les Drakkars !

Les Drakkars peuvent amèrement regretter leur inefficacité chronique et la faiblesse de leur compartiment offensif au terme d'un véritable match d'usure. Jouant sur leur traditionnel point fort, cette implication sans faille chère à Rodolphe Garnier, les Normands se sont évertués à patiner sans relâche pour priver leurs hôtes spinaliens de solutions. Tout en occupant la zone neutre. Tactique payante puisque les Dauphins, pourtant intrinsèquement supérieurs, se sont souvent retrouvés à court de solutions, constamment gênés par l'organisation et les pressings incessants. Et souvent débordés par la gnac des jeunes pousses caennaises, fleurons actuels (ou passés) des équipes de France juniors. Malgré tout, Épinal n'a pas abdiqué et s'en sera tiré par la grâce de ses individualités, notamment son deuxième trio. Sans oublier l'incontournable Jan Plch, à nouveau décisif. Mais, plus que tout, l'ICE s'est montrée réaliste...

Caen, remarquablement bien en place tout au long de la soirée et diablement solide sur ses fondations, espérait bien réussir un coup dans la préfecture des Vosges. Au lieu de cela, leur adversaire spinalien, opposant direct en vue des playoffs, se rapproche davantage au classement général. Ce n'est pas encore ce soir que la chance sourira à Rodolphe Garnier...

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Épinal - Caen 5-3 (1-1, 2-1, 2-1)

Mercredi 27 décembre 2006 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1250 spectateurs.

Arbitrage de Didier Bocquet assisté de Mathieu Loos et Benjamin Gremion.

Pénalités : Épinal 16' (6', 4', 6'), Caen 26' (6', 4', 16').

Tirs : Épinal 33 (11, 11, 11), Caen 28 (10, 13, 5).

Évolution du score :

0-1 à 06'25" : Devin assisté de Nemcicky et Socha (sup. num.)

1-1 à 16'57" : Plch (tir de pénalité)

2-1 à 21'37" : Buda assisté de Mazerolle et Chassard

3-1 à 31'06" : Plch assisté de Simko et Regenda

3-2 à 38'46" : Nemcicky assisté de Devin et F. Brodin

3-3 à 56'29" : Pépy

4-3 à 57'48" : Mazerolle assisté de Bohacek et Regenda

5-3 à 59'12" : Chassard assisté de Mazerolle et Regenda (cage vide)

 

Épinal

Gardien : Stanislav Petrik.

Défenseurs : Borislav Ilic [en alternance avec Lionel Simon] - Jan Bohacek ; Peter Strapaty - Radoslav Regenda.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch (A) ; Milan Buda - Luc Mazerolle - Guillaume Chassard (C) ; Tomas Jelinek - Anthony Maurice (A) - Guillaume Papelier.

Remplaçants : Franck Constantin (G), Kévin Benchabane, Antoine Mengin, Anthony Pernot. Absents : Peter Slovak (fracture de la clavicule), Peter Listiak (hématome aux côtes).

Caen

Gardien : Ladislav Kudrna [sorti de sa cage de 58'45" à 59'12"].

Défenseurs : Francis Ballet - Michal Cesnek ; Daniel Socha (A) - Frédéric Brodin (A).

Attaquants : Luc Chauvel (C) - Tomas Nemcicky - Pierre-Antoine Devin ; Mickaël Brodin - Jaroslav Prosvic - Tuomo Määttä ; Cyril Gavalda - Arnaud Hascoët - Quentin Pépy ; Jonathan Avenel - Hugo Deschamps - Pierre Bennett.

Remplaçant : Jérôme Salley (G). Absents : Tibor Schneider (entorse de la cheville), Alexis Gomane (entorse du genou), Jonathan Janil (raisons professionnelles).

 

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