Grenoble - Rouen (2 janvier 2007)

 

Finale de la Coupe de la Ligue.

Après avoir accueilli deux finales de Coupe de France, Méribel a cette fois cédé cet honneur au grand Bercy, et s'est rabattu sur la "petite" Coupe de la ligue. Cette nouvelle compétition créée avant tout pour augmenter progressivement le nombre de matches n'a pas le prestige de sa consťur, mais les adversaires sont assurément motivés. Les Grenoblois n'ont rien gagné ces dernières années et n'ont pas envie de se voir coller une étiquette d'éternels losers. Ils ont d'ailleurs refusé le vestiaire des "locaux", occupé par Briançon ces deux dernières années, au cas où les lieux porteraient malheur. Il leur faudra cependant plus que de la superstition pour venir à bout d'une équipe rouennaise qui les a déjà battus deux fois en championnat.

Le match est lent à démarrer, mais le round d'observation en pose déjà les bases : d'un côté, Grenoble et sa bonne hargne, y compris en infériorité ; de l'autre, Rouen et sa maîtrise individuelle du palet. Il faut attendre la dixième minute pour que ce talent supérieur aboutisse à une belle occasion : Julien Desrosiers se lance en contre-attaque à toute allure et finit de désarçonner la défense par une superbe ouverture pour Kimmo Salminen, mais Eddy Ferhi fait l'arrêt. Le gardien grenoblois connaît des sueurs froides à la minute suivante face au tourbillon offensif normand, et il finit par en perdre sa crosse. Tartari concède une pénalité sur l'action mais les Brûleurs de Loups tiennent bon même si la mainmise est peu à peu rouennaise. Et la première prison des Dragons - une obstruction de Fortier - est immédiatement sanctionnée. Roger Jönsson décale Jimmy Lindström pour un slap de l'enclave sur lequel Ramon Sopko ne peut strictement rien à cause d'un bon écran de Woods (1-0, 15'33"). Après une longue séquence rouennaise en zone offensive, encore une fois stérile, Patrik Valcak va forcer seul et devance sur le palet Carlsson qu'il pousse à la faute en accentuant quelque peu son plongeon arrière. Le jeu de puissance grenoblois confirme ses progrès, et Ramon Sopko réalise deux parades spectaculaires juste avant la sirène, de la jambière face à Kévin Hecquefeuille dans l'enclave, et surtout de la mitaine sur le rebond excentré de Ludek Broz.

La vitesse rouennaise n'est pas facile à contenir à la reprise. Jeff Bonnard contre in extremis Marc-André Thinel, mais sur l'incursion suivante, Amar accroche Besch. Mise en difficulté en ce début de deuxième tiers, la défense grenobloise reprend position durant cette infériorité. La discipline est en baisse, mais entre deux obstructions de Broz et de Jönsson, il suffit d'une occasion pour que les Brûleurs de Loups poignardent les Dragons. La répartition des rôles est désormais bien connue : Ludek Broz derrière la cage s'occupe de trouver le bon moment pour exécuter la passe parfaite, et Martin Masa se charge de mettre le palet au fond, en le plaçant dans le haut du filet (2-0, 27'25").

On croit venir la première supériorité grenobloise de la deuxième période quand Vesa Ponto commet une faute stupide pour avoir chargé avec la crosse dans le dos d'un joueur qui se relevait. Mais dans les secondes qui suivent, Marc-André Thinel obtient deux pénalités en compensation ! La première est bien simulée pour faire sortir Benoît Bachelet, mais la seconde est réelle car Jönsson avait perdu le palet dans sa zone avant de commettre un cinglage de frustration. À trois contre quatre, Sacha Treille reprend possession d'un palet crucial et le score est préservé.

Le jeu reprend à quatre contre quatre et Rouen tire profit de cette situation. Daniel Carlsson prouve qu'il ne faut pas encore l'enterrer avec une entrée de zone puis un passage derrière la cage pour retrouver dans l'enclave Éric Doucet dont le tir est touché mais pas arrêté par la mitaine de Ferhi (2-1, 40'52"). Cinq minutes plus tard, Teddy Trabichet accroche Lemoine incisif sur un engagement en zone grenobloise, mais même si les Dragons ont retrouvé un second souffle, leur jeu de puissance est toujours stérile.

À neuf minutes de la fin, Salminen est sanctionné pour crosse haute, mais le seul évènement de la supériorité est la blessure à la lèvre de Ludek Broz sur une charge rouennaise crosse levée contre la bande, non sanctionnée. Après cet intermède, le jeu reprend sa physionomie désormais habituelle. Rouen porte la rondelle et les Grenoblois s'arrachent pour récupérer les palets et lancer des banderilles sans vraiment essayer de les conclure. Ils s'efforcent maintenant de faire tourner le chronomètre, mais le font de plus en plus efficacement car les Dragons s'aventurent de moins en moins loin... sauf sur cette contre-attaque à trois minutes de la fin. Julien Desrosiers déborde le long de la bande à droite et offre le palet d'égalisation à Salminen, mais Eddy Ferhi tend bien le bras pour repousser la reprise du Finlandais au second poteau. Le Dragon sent le roussi quand Sébastien Thinel prend une pénalité à deux minutes de la fin, mais elle est aussitôt annulée par une prison de Wallin. À quatre contre quatre, la situation est même encore plus favorable pour qu'Alain Vogin sorte son gardien. Mais grâce à une bonne sortie de zone de Treille, l'engagement revient en zone neutre. Vogin remet Sopko à sa place, mais Marc-André Thinel rentre quand même sur la glace. Or le banc rouennais avait déjà été averti un peu plus tôt : c'est une pénalité de banc mineur alors qu'on entre dans la dernière minute de jeu ! Hormis une rondelle sur laquelle Desrosiers se jette devant la cage, tous les derniers palets sont ensuite impitoyablement contrés par les Grenoblois pleins d'abnégation jusqu'à la fin.

Même si elle couronnait une compétition à la pérennité peutêtre fragile, à l'image de l'allure du hockeyeur métallique dégingandé qui lui sert de trophée, cette finale restera marquante à plus d'un titre. Il suffit de voir le cri et le poing rageurs de Gérald Guennelon après la victoire pour comprendre l'importance qu'il accordait à ce match. Pour la première fois depuis le dépôt de bilan ayant suivi le titre 1998, Grenoble a remporté un titre. Et pour la première fois, le RHE (période Thierry Chaix, donc) a perdu une finale. Tout le monde saura évidemment s'en souvenir en temps utile.

Croyez-le ou non, mais en dépit des habitudes presque congénitales de ces deux clubs, Grenoble a bel et bien battu Rouen grâce à un meilleur jeu de puissance. Rien que ça suffit à dater ce match pour un moment. Bien sûr, l'attaque grenobloise ne vaudrait pas grand-chose sans ses créateurs Broz et Jönsson, et elle est loin du talent individuel rouennais. Mais l'équipe la plus homogène l'a emporté, grâce à la volonté acharnée de déloger ce palet que manient si bien les Canadiens des bords de Seine. La victoire du collectif grenoblois, auteur d'un authentique effort et mis en confiance défensivement par Eddy Ferhi, est donc indéniablement méritée.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match (au micro de Sport+) :

Gérald Guennelon (entraîneur de Grenoble) : "Complexe, complexe... J'entends parler de ça depuis longtemps. Les joueurs ont décidé de se battre, je ne vois pas pourquoi il y aurait un complexe face à Rouen. [...] Je suis très heureux parce que beaucoup de joueurs dans cette équipe sont là depuis des années. Je ne suis pas facile, beaucoup de boulot est effectué par le préparateur physique, mais ils supportent. Pour tous ceux qui font le boulot de l'ombre, ce titre est une récompense. J'ai vu évoluer ce club depuis trois ans que j'y suis, et il est entré dans une nouvelle ère."

Éric Doucet (attaquant de Rouen) : "On est nuls en supériorité numérique, ça fait un couple de matches et c'est énervant. Ce qui peut nous permettre de passer au-dessus des autres équipes avec l'offensive qu'on a, c'est de capitaliser sur nos supériorités numériques, et c'est ce qui nous manque présentement."

 

Grenoble - Rouen 2-1 (1-0, 1-0, 0-1)

Mardi 2 janvier 2007 à 20h30 à Méribel. 2500 spectateurs.

Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté d'Éric Bouguin et Nicolas Barbez.

Pénalités : Grenoble 22' (4', 12', 6'), Rouen 18' (4', 6', 8').

Tirs : Grenoble 27, Rouen 35.

Évolution du score :

1-0 à 15'33" : Lindström assisté de Jönsson et Valcak (sup. num.)

2-0 à 27'25" : Masa assisté de Broz

2-1 à 40'52" : Doucet assisté de Carlsson

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Brad Woods ; Viktor Wallin - Jean-François Bonnard (A) ; Simon Bachelet - Teddy Trabichet.

Attaquants : Martin Masa - Ludek Broz - Kévin Hecquefeuille ; Patrik Valcak - Roger Jönsson - Jimmy Lindström ; Cyril Papa - Martin Paquet - Benoît Bachelet (C) ; Christophe Tartari - Sacha Treille.

Remplaçants : Frédéric Dorthe (G), Martin Millerioux, Antonin Manavian, Joan Montesinos. Absent : Nicolas Antonoff (épaule).

Rouen

Gardien : Ramon Sopko.

Défenseurs : Daniel Carlsson (C) - Nicolas Besch (A) ; Vesa Ponto - Sami-Ville Salomaa ; Daniel Sedlak - Fabien Veydarier.

Attaquants : Éric Fortier - Eric Doucet - Marc-André Thinel (A) ; Kimmo Salminen - Julien Desrosiers - Sébastien Thinel ; Alexandre Lefebvre - Tristan Lemoine - Édouard Dufournet.

Remplaçants : Landry Macrez (G), Damien Raux, Thibault Geffroy, Yvan Fontana. Absent : Benoît Quessandier (blessé).

 

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