Russie - Canada (5 janvier 2007)

 

Finale des championnats du monde des moins de 20 ans.

Pour la troisième fois de suite, la Russie et le Canada s'affrontent en finale du Mondial junior.

La partie débute avec une opposition physique intense et une phase d'observation. C'est Price qui réalise le premier arrêt du match après deux minutes après une bonne séquence russe. Les rouges prennent le jeu à leur compte et le Canada en blanc utilise sa tactique habituelle, défense et sérieux. Après une attaque de Darren Helm et un premier tir, Igor Makarov part en contre. Échappé, il est repris par Ryan Parent, arrivé comme une fusée, et son tir est moins dangereux pour Price. Un avertissement pour le tenant du titre qui répond par une présence de Downie et Toews, actifs le long des bandes sans parvenir à lancer sur Varlamov. Le gardien reste en revanche vigilant sur un centre de Pyatt qui cherchait un équipier à la reprise dans l'enclave. La Russie mise sur sa vitesse avec un décollage de Vasyunov côté gauche et un bon tir sur Price.

C'est une partie équilibrée et physique, à l'image d'une grosse mise en échec de Neal en plein milieu de la glace sur Musatov. Il faut attendre un slalom de Toews pour la première pénalité du match, donnée à Churilov. Le jeu de puissance met un peu de temps à s'installer mais Letang, brillant au patinage, puis Pyatt trouvent Varlamov sur leur route. Sam Gagner manque le rebond de peu avec une cage ouverte... Puis c'est Franson qui s'essaie de la bleue, puis Toews servi par Downie. Varlamov finit par geler le palet sur un tir de Cogliano. Russell cherche ensuite la déviation de Cogliano, avant la fin de l'avantage numérique... une situation qui a clairement fait tourner la partie jusqu'alors dominée par la Russie. Celle-ci ne peut plus que répliquer de loin et peine à déstabiliser la défense adverse, qui bénéficie d'un bon repli de ses attaquants. Helm et Cliché sont beaucoup plus dangereux grâce à l'échec-avant intense qu'ils exécutent. La pression est sur le but des rouges, qui peinent à conserver le palet en zone offensive. L'ouverture du score survient donc logiquement pour le Canada. Une mise au jeu dans la neutre gagnée par les Russes, une perte de palet en zone défensive face à O'Marra qui centre sur Pyatt, mais la rondelle revient sur Andrew Cogliano au deuxième poteau pour une cage ouverte (1-0, 15'35"). Le Canada est en feu et continue à appuyer sur l'accélérateur. Les duels sont intenses, et Toews sort vainqueur d'une action derrière le but et essaie de piéger Varlamov sur un contournement. Anisimov prend immédiatement deux minutes pour l'avoir accroché. Letang lance encore au but, et la rondelle traîne devant la cage... Bryan Little surgit et trompe Varlamov masqué par Gagner (2-0, 17'29"). Les troupes de Craig Hartsburg continuent leur travail le long des balustrades pour des centres devant le but : Helm subit une crosse haute de Valentenko et c'est une nouvelle pénalité. Le jeu s'installe immédiatement. Franson tire, c'est un arrêt... le rebond revient sur Downie, il passe à Toews qui allume la lucarne droite (3-0, 18'02"). La Russie coule, poussant Evgei Popikhin à demander un temps mort... Son jeu offensif a disparu, bloqué par le placement des Canadiens. Même un avantage numérique tardif ne change rien.

La deuxième période débute sur la fin de supériorité pour la Russie. Mais c'est le Canada qui est le plus dangereux, Staal volant un palet et s'échappant à gauche pour remettre sur Pyatt, avec à la clé un arrêt de Varlamov. En face, Ilya Zubov réalise une performance technique remarquable sans pouvoir lancer dans une bonne position : Price repousse et la défense dégage. La Russie peine à passer la bleue même si Kiryukhin inquiète Price... Le gardien laisse passer le palet entre les jambes mais Russell dégage. Seul Vasyunov parvient à mettre de la vitesse dans le jeu mais il se heurte à Price, pendant que Makarov vient le heurter en cherchant le rebond, créant une échauffourée avec la défense. Anikeyenko et Downie prennent ainsi deux minutes. À quatre contre quatre c'est le Canada qui prend la maîtrise du palet. Cependant, la seule action russe envoie Staal en prison. Une situation qui permet à Jonathan Toews de s'illustrer en infériorité, notamment aux mises au jeu. La Russie ne parvient pas à s'installer et s'expose aux montées adverses, notamment de Letang. Les mises en échec appuyées profitent au Canada, qui, à peine revenu à cinq, enfonce le clou. Une charge de Downie libère Toews sur l'aile et crée un 2 contre 1. Brad Marchand est le premier sur le palet et du bout de la crosse trompe Varlamov collé à son premier poteau (4-0, 26'00"). Cogliano manque de tuer le match lorsqu'il trouve le gardien sur sa route en un contre un avec un défenseur. Le public majoritairement canadien chante et se croirait presque à domicile... C'est pour l'heure une démonstration d'efficacité dans tous les secteurs du jeu.

Le Canada repasse alors en système défensif et la Russie pousse. L'agressivité des tenants du titre les gène considérablement, ce qui laisse Price assez serein. Les contre-attaques canadiennes ne donnent en revanche plus grand-chose. Le public commence à assister à une attaque-défense, confirmée par une pénalité contre Alzner. Cinq secondes suffisent pour la réduction du score ! Une mise au jeu, un tir de Valentenko près de la bande, ligne bleue, et Price masqué s'incline (4-1, 31'27"). Un but qui peut tout changer à la mi-match... Les duels s'intensifient encore un peu plus, avec deux pénalités simultanées pour un quatre contre quatre. Les défenseurs canadiens pilonnent les attaquants adverses physiquement même si la Russie reste la plus dangereuse. Sur un slalom de Buravchikov, il faut ainsi une intervention de justesse de Letang. Cliché pour sa part s'échappe en contre, avant de trouver Varlamov dans un angle fermé. Le gardien bloque aussi un tir de Russell de la bleue, juste devant O'Marra. Puis c'est un tir de Letang sur lequel Toews essaie de surprendre le portier russe. Toews sort dans la foulée pour accrocher sur son repli défensif et la Russie se voit offrir l'occasion de recoller. La supériorité numérique met longtemps à se mettre en place avant que Kiryukhin ne soit écuré par un arrêt de la jambière de Price sur son revers en pivot dans l'enclave. Toews, à peine sorti de prison, démarre sur le côté droit sur un palet dégagé mais ne lève pas assez son palet sur Varlamov. Staal lance à son tour après une mise au jeu, Cogliano se jette sur le rebond et le remet en retrait pour Pyatt collé au poteau pour un nouvel arrêt. Sur le contre, O'Marra est puni pour une crosse haute devant le but de Price, en dépit de ses protestations de plongeon. La Russie pousse et inscrit un deuxième but. Après avoir manqué le gant de Price, le palet circule jusqu'à la ligne bleue, est remis au cercle par Loginov pour un tir ras glace de Guennadi Churilov qui glisse jusqu'au poteau opposé (4-2, 39'24"). Un but très important à quelques secondes de la pause et qui relance totalement le match. Sur la sirène, Marchand est puni par Buravchikov, ce qui crée quelques incidents... sans qu'aucune sanction ne soit donnée.

Le dernier tiers débute dans le camp russe par une récupération de Pyatt derrière le but et une remise pour Cogliano, gêné par Churilov. Les rouges s'installent rapidement en attaque mais restent repoussés sur les côtés face à une défense extrêmement physique. Le Canada joue bien en protection de palet ; Neal par exemple travaille autour du but, remet pour Little qui d'une transversale trouve un coéquipier pour un bon tir. C'est un bon travail de conservation autour du but comme en défense avec une formation agressive qui ne laisse aucun espace à son adversaire. Ce qui agace Ryasensky, coupable dans la neutre d'une grosse charge sur Marchand, sans palet... Il prend logiquement deux minutes pour obstruction. Une situation favorable pour les joueurs à la feuille d'érable, qui en ont concrétisé 2 sur 3. La première incursion envoie Bumagin sur le banc aussi, puisque Cogliano est accroché en entrée de zone avant que Toews ne poursuive d'un slalom. C'est un cinq contre trois et le plan de jeu s'installe, choisissant des tirs de Letang pour trouver d'éventuels rebonds vers Downie à côté du but. Bourdon s'y met aussi avant que le palet ne soit dégagé. Mais c'est la Russie qui est la plus dangereuse, Anton Krysanov parfaitement lancé par Buravchikov se retrouve tout seul devant Price... Le gardien de Tri-City réalise un double arrêt énorme sur cette échappée ! Churilov de son côté travaille dur en défense face à Gagner notamment, aidant son équipe à tuer les deux pénalités. Une situation incroyable, sans occasion pour le Canada à deux de plus mais avec une opportunité extraordinaire pour Krysanov...

Les duels physiques et le sens du sacrifice pour bloquer les tirs, à l'image d'un Bertram secoué par un lancer, favorisent le Canada qui se bat sur tous les palets. La partie s'équilibre dans son système traditionnel avec une formation russe technique qui se heurte à une défense parfaitement placée. Une pénalité contre un défenseur offre quand même une occasion de revenir. Le palet circule bien et Loginov teste Price à deux reprises de la bleue, sans que les rebonds ne soient bonifiés. La pénalité se termine donc sans dommage. La possession de palet est clairement russe dans cette période : les duels cherchés par les Canadiens sont intenses, parfois trop. Little prend ainsi 2'+10' pour une charge haute sur Kucheryenko, offrant encore une chance aux coéquipiers de Cherepanov. Price et Cliché jouent un rôle important pour tenir le score face aux tirs de Zubov puis, au retour à cinq, d'Anisimov sur un débordement à gauche.

La pression russe augmente, avec un jeu basé sur la vitesse et la maîtrise du palet. L'action se déroule ainsi majoritairement dans la zone canadienne sur cette fin de match, les défenseurs accentuant l'impact physique pour se dégager. Il ne reste plus que trois minutes et les rouges ne passent pas en dépit de leurs efforts. Les Canadiens, à l'image de Helm, mangent l'horloge dès que possible. Les derniers instants sont tendus avec une pénalité canadienne de Staal et la sortie de Varlamov pour un six contre quatre. Toews freine l'avancée russe. Toutefois les duels restent en faveur des Canadiens et Price n'est guère inquiété. Un ultime palet dégagé sous les vivas du public canadien très nombreux et les gants et casques pleuvent : le Canada est champion du monde pour la troisième fois de suite, à chaque fois devant la Russie !

Désignés joueurs du match : Pavel Valentenko (Russie) et Jonathan Toews (Canada).

Compte-rendu signé Nicolas Leborgne

 

Commentaires d'après-match

Darren Helm (attaquant du Canada) : "C'était le plus grand match de ma vie. Voir tous les gars, le drapeau monter et les fans devenir fous, c'est incroyable."

Daniel Bertram (attaquant du Canada) : "[au sujet de l'arrêt de Price sur Kiryukhin] J'ai regardé le banc russe à ce moment et ils avaient tous la tête baissée. C'était certainement un gros coup à leur moral."

Evgeni Popikhin (entraîneur de la Russie) : "Nous avons bien commencé, mais sans réussir à marquer. Si Makarov marque sur son échappée au début, le match aurait été très différent. Leur gardien a été excellent et nous avons eu un trou noir pendant trois minutes. Le moment-clé a été cette échappée de Krysanov en troisième période. Malgré tout je suis fier de mes joueurs. Les Canadiens eux-mêmes ont dit que la Russie a pratiqué son meilleur hockey depuis cinq ans. Il n'y avait pas de division entre des stars et des joueurs moins talentueux, tous ont travaillé pour l'équipe, et ce sont des lignes différentes qui se sont illustrées à chaque match. En novembre, j'ai visité le Canada pour la première fois depuis vingt ans dans la tournée de notre équipe, qui a perdu les six rencontres sans qu'on n'ait envoyé notre meilleure composition. Mais j'ai surtout été impressionné par l'organisation globale du hockey au Canada. Ces jeunes sont les leaders de leurs clubs dans les ligues juniors, ils jouent beaucoup dans toutes les situations. Bien sûr, les nôtres jouent avec des adultes en Superliga, mais généralement en quatrième ligne, voire dans les équipes-réserves. Mieux vaudrait adopter l'expérience canadienne. Ils ne se sont pas gêner pour emprunter beaucoup de choses de notre hockey."

Aleksei Cherepanov (attaquant de la Russie) : "C'était un bon championnat, mais je suis très déçu de mon jeu dans cette finale. Je n'ai pas justifié la confiance placée en moi. Je ne suis jamais offensé par les entraîneurs ; s'ils ont réduit mon temps de jeu au troisième tiers, ils savent ce qu'ils font. Je me rendais compte moi-même que mon jeu n'allait pas. Jusqu'ici ma jeunesse ne m'avait pas posé problème. Peut-être que je n'avais simplement plus de forces.

 

Russie - Canada 2-4 (0-3, 2-1, 0-0)

Vendredi 5 janvier 2007 à 19h30 à la Leksand Ejendals Arena. 5223 spectateurs.

Arbitrage de Danny Kurmann (SUI) assisté de Milan Novak (SVK) et Fredrik Ulriksson (SUE).

Pénalités : Russie 16' (6', 6', 4'), Canada 32' (2', 14', 16').

Tirs : Russie 27 (7, 10, 10), Canada 29 (15, 11, 3).

Évolution du score :

0-1 à 15'35" : Cogliano assisté de O'Marra et Pyatt

0-2 à 17'29" : Little assisté de Letang (sup. num.)

0-3 à 18'02" : Toews assisté de Downie et Franson (sup. num.)

0-4 à 26'00" : Marchand assisté de Toews

1-4 à 31'27" : Valentenko (sup. num.)

2-4 à 39'24" : Churilov assisté de Loginov (sup. num.)

 

Russie

Gardien : Semen Varlamov (sorti de sa cage à 58'12").

Défenseurs : Evgeni Ryasensky - Vyacheslav Buravchikov (C) ; Pavel Valentenko - Aleksandr Loginov ; Vitali Anikenyenko - Andrei Zubarev ; Vyacheslav Voinov - Yuri Aleksandrov.

Attaquants : Aleksandr Bumagin - Anton Krysanov - Aleksei Cherepanov ; Andrei Kiryukhin - Ilya Zubov - Gennadi Churilov ; Igor Makarov - Aleksandr Vasyunov - Artem Anisimov ; Igor Musatov - Aleksandr Kucheryavenko - Anton Glovatsky.

Remplaçant : Nikita Bespalov (G).

Canada

Gardien : Carey Price.

Défenseurs : Ryan Parent - Marc Staal ; Kristopher Letang (C) - Luc Bourdon ; Kris Russell - Cody Franson ; Karl Alzner.

Attaquants : Brad Marchand - Andrew Cogliano - Steve Downie ; Tommy Pyatt - Jonathan Toews - Ryan O'Marra ; Darren Helm - Daniel Bertram - Marc-André Cliché ; James Neal - Bryan Little - Sam Gagner ; Kenndal McArdle.

Remplaçant : Leland Irving (G).

  

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