Épinal - Rouen (20 janvier 2007)
Match comptant pour la vingt-deuxième journée de la Ligue Magnus 2006/07.
L'addition s'il vous plaît !
Les Dauphins ont montré depuis l'ouverture des hostilités certaines aptitudes à faire front avec les gros bras de notre championnat. C'est presque une constante cette saison, bien que les Lorrains aient toujours cédé sur la durée, pénalisés par une profondeur de banc réduite à sa plus simple expression. Ce fut le cas la semaine passé à Grenoble où la paire Broz-Masa les a logiquement fait tomber dans la gueule du loup (2-7).
La venue de l'ogre rouennais est une nouvelle occasion pour Pierre-Yves Eisenring et ses légionnaires de prouver leur valeur. De quoi aussi les turlupiner davantage; l'ogre normand affichant depuis quelques semaines un rendement accrû. Avec une stabilité retrouvée et une poignée de retours inespérés, le renouveau rouennais est enclenché.
Une accélération, un but
Face à un défi digne des douze travaux d'Hercule, les Vosgiens savent que leurs maigres chances résident en une entame pied au plancher. Défourailler le premier, une tactique ayant fait ses preuves (pas plus tard que la semaine passée à Pôle Sud) mais qui restera toutefois lettre morte face à des Rouennais autrement plus affûtés. Il leur suffit d'un contre, leur tout premier, pour trouver l'ouverture par Éric Fortier, décalé imparablement au second poteau par l'inspirateur Julien Desrosiers (0-1 à 01'12"). Le ton du match est donné : il sera à sens unique.
Entretenant l'illusion par quelques montées rageuses, les locaux ne veulent pas se laisser abattre mais doivent se rendre à l'évidence devant cet adversaire patient, appliqué et bien décidé à ne pas abattre toutes ses cartes d'entrée. Visiblement capables de faire la différence en un coup de patin, les Rouennais usent avec parcimonie de leur supériorité intrinsèque et en gardent sous le pied. Si Rouen paraît se satisfaire de ce maigre butin, un tel attentisme ne fait qu'enhardir les Spinaliens. Et d'un mouvement en pivot, Jan Plch, vif comme l'éclair, crée un décalage favorable à Michal Petrak. Le trou est ainsi fait et Jan Simko n'a plus qu'à parapher ce schéma classique au second poteau (1-1 à 09'27").
Voilà une bonne piqûre de rappel pour les Dragons, et ceux-ci prennent un malin plaisir à doucher les ardeurs locales sur un nouveau contre rondement mené. Démarqué dans l'enclave, le diablotin Éric Doucet n'a plus qu'à jouer du poignet pour déjouer Stanislav Petrik côté plaque (1-2 à 09'59"). Malgré toute leur bonne volonté, les Spinaliens ne sont que de simples faire-valoir pour l'armada normande et celle-ci triple rapidement la mise par la fratrie Thinel en supériorité numérique. Le centre tendu de Marc-André pour Sébastien devant la cage ne pouvait décemment pas connaître un autre sort (1-3 à 11'47"). Un monde semble séparer ces deux formations...
Les Rouennais sont donc bien partis pour faire du petit bois et seul le match des pointeurs tient pour l'instant ses promesses. Avec un point à son compteur, Jan Plch tient son rival Julien Desrosiers et reste à bonne distance de Marc-André Thinel (déjà deux passes). Autrement, c'est la dèche, et même Peter Slovak, d'habitude si sûr, se fait méchamment enrhumer sur une montée de Marc-André Thinel (13'55"). Accélérant à leur guise, les Dragons restent imperturbables et leur penalty-killing se distingue par deux fois en écartant rapidement le danger via un dernier rideau étanche. Rouen est donc loin de puiser dans ses réserves pour tenir à distance l'ICE et se contente de gérer, non sans s'offrir quelques montées percutantes à l'image de cette percée de Kimmo Salminen aussitôt suivie d'un loupé incroyable de Sébastien Thinel. Poursuivant l'action du Finlandais derrière la cage, le Canadien rate un filet tout cuit dans une cage pourtant ouverte (20e) !
Monologue rouennais
Par le passé, Rouen n'a jamais eu à forcer son talent pour s'imposer à Poissompré. Cette soirée ne fait pas exception et les Normands, sûrs de leur force, reviennent sans pression à l'entame du tiers médian complètement à l'avantage de Spinaliens conquérants mais maladroits à trois reprises devant Ramon Sopko (22e). Les Dragons s'en tirent à moindre frais et retrouvent dans la foulée leur sérieux, avortant facilement deux infériorités numériques. Le quatrième du championnat annonce la couleur et poursuit dans on registre favori, les contres, tout en durcissant les défis physiques. Un style très canadien dont ils ne payent d'ailleurs pas les contrecoups disciplinaires.
Sur une récupération dans sa zone, Julien Desrosiers ramène concrètement le danger aux avant-postes mais Éric Fortier, bien décalé par l'international tricolore, voit sa reprise s'écraser sur la transversale (24'12"). Ce n'est que partie remise car un forecheck de l'homme de l'ombre du deuxième trio pousse Peter Strapaty à la faute derrière sa cage, au profit d'un Sébastien Thinel ne gâchant pas l'aubaine pour marquer du revers sous le ventre de Petrik (1-4 à 27'15"). Dans la continuité, Tristan Lemoine dépoussière la lucarne gauche avec un revers d'une précision chirurgicale, juste au-dessus de l'épaule d'un Stanislav Petrik moyennement inspiré (1-5 à 28'47").
Maîtres du puck, les Rouennais servent le bouillon à leurs hôtes mais un télescopage en zone neutre entre Éric Fortier et Marc-André Thinel permet à Jan Simko, résistant au harponnage d'un défenseur, de déjouer Ramon Sopko à mi-hauteur pour rendre la pilule moins amère (2-5 à 39'35"). Une broutille pour le RHE 76, passant outre la méconduite de dix minutes d'Éric Doucet (30'12") pour scorer rapidement en powerplay. Radoslav Regenda ne sera resté assis qu'une trentaine de secondes au cachot ; les frères Thinel préparant le terrain à Daniel Sedlak, idéalement placé dans l'axe pour valider leur rebond (2-6 à 30'45"). Les Dragons, toujours très fluides, récitent leurs gammes et gardent les Lorrains à leur merci en menaçant de planter un contre assassin quand bon leur semble...
L'entrée en jeu d'un prototype de quatrième ligne spinalienne (une première cette saison !) sera pour sa part fêtée d'une septième réalisation. Le buteur franco-canadien Julien Desrosiers s'infiltrant comme dans du beurre pour servir l'offrande à Kimmo Salminen. La fine lame finlandaise n'est pas du genre à faire des sentiments et trouve le petit filet droit d'un Stanislav Petrik implorant alors la fin de son calvaire (2-7 à 37'17"). Mais devant le refus catégorique de son banc, le Slovaque, visiblement secoué, reprend tant bien que mal sa place devant le filet pour les dernières secondes du tiers médian...
Hors d'atteinte
Malgré sa réticence, Pierre-Yves Eisenring consent enfin à soulager son titulaire à l'aube d'un dernier acte totalement dénué d'intérêt. Serrant les rangs à l'arrière, Rouen tue sans coup férir sa première pénalité de la période et fait de nouveau parler la poudre, en deux temps trois mouvements. Après avoir servi le caviar à quatre reprises, Marc-André Thinel goûte aux joies du buteur en transperçant le gruyère pour tromper, sans opposition, un Franck Constantin envoyé au casse-pipe (2-8 à 44'16"). Le back-up n'avait pas le gant suffisamment ferme pour absoudre l'essai à bout portant de l'ancien routinier de la Ligue américaine. Mais il se ressaisit par la suite en limitant les dégâts face aux raids de Marc-André Thinel (48e) & co.
Laissant déjà filer le chrono, les Dragons déroulent totalement en caressant tranquillement la rondelle. Affichant une certaine maîtrise en ce domaine, ils relâchent toutefois leur vigilance au point de laisser filer Simko sur une faute d'inattention de Salomaa (46'07") et d'en oublier Plch. Bien contenu tout au long de la soirée, l'habituel maestro du jeu vosgien s'échappe en breakaway pour se voir rattrapé en catastrophe. Là-dessus, le tir de pénalité s'impose, mais Landry Macrez, ayant succédé à Sopko depuis peu, lit parfaitement le revers fétiche du vétéran slovaque (50'03") avant de remporter son duel avec Guillaume Chassard (50'29"). La troisième occasion franche en désavantage numérique est toutefois la bonne pour Peter Listiak, punissant ces trous d'airs en balayant le petit filet droit (3-8 à 51'03"). Mais voilà, si les coéquipiers d'Éric Doucet ont match plié depuis belle lurette, ils mettent un point d'honneur à avoir le dernier mot et le viking Daniel Carlsson, d'un slap croisé à ras de glace, en remet une couche (3-9 à 51'35").
L'implication défensive s'estompe lors des dernières minutes de jeu, de même que l'envie rouennaise. Repus par cette orgie de points, les hommes d'Alain Vogin baissent le pied et enchaînent les pensums. Les pertes restent évidemment relatives et après quelques beaux ratés devant Landry Macrez, un centre-tir de Jan Plch finit par trouver la petite déviation de Michal Petrak (4-9 à 56'05"). Mais là encore, Rouen ne laisse pas ses hôtes en profiter et remet les choses au point sur une montée du deuxième trio conclue de près par Kimmo Salminen (4-10 à 56'55"). Trop vites, trop beaux, trop forts, les Normands étaient intouchables ce soir...
La lutte des classes
Sans sourciller, les Dragons ont imposé leur griffe avec une aisance déconcertante pour signer une sixième victoire consécutive en championnat. Clairement supérieurs dans tous les domaines du jeu, les Rouennais ont su attaquer quand il le fallait et gérer intelligemment sans jamais trop se découvrir. Excepté vingt dernières minutes "olé-olé", les Dragons se sont reposés sur une défensive solide et rarement prise à défaut, à l'image d'une paire Ponto-Salomaa impressionnante d'efficacité. Relativement sereins derrière, les Rouennais ont eu tout loisir d'attendre le moment propice pour s'engouffrer dans des contre-attaques mordantes et presque toujours payées en retour. Du gâteau pour toutes les gâchettes normandes, de la fratrie Thinel (neuf points compilés, dont quatre pour Marc-André) aux revenants Éric Doucet et Éric Fortier en passant par les remuants Julien Desrosiers et autres Kimmo Salminen. Par l'aisance technique de ses vedettes et l'apport précieux de sa troisième ligne, Rouen a donc frappé à des moments-clés. Sans laisser le moindre espoir à ses hôtes en ripostant à chacun de ses filets. Une stratégie certes économe, mais grandement suffisante tant la souveraineté des champions en titre fut incontestable.
Malgré leur vaillance habituelle, les locaux ont donc rapidement montré leurs limites, criardes face à une telle armada. Désarçonné à chaque montée adverse, Épinal a fait de la figuration, sa brigade d'attaque ayant clairement manqué de réalisme. Muselé comme jamais, Jan Plch n'a pas été à la noce et le récital rouennais a renvoyé les Dauphins à leurs chères études. Le prochain déplacement à Strasbourg sera pour eux autrement plus abordable...
Compte-rendu signé Jérémie Dubief
Épinal - Rouen 4-10 (1-3, 1-4, 2-3)
Samedi 20 janvier 2007 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1515 spectateurs.
Arbitrage de Julien Avavian assisté de Savice Fabre et Éric Bouguin.
Pénalités : Épinal 22' (4', 4'+10', 4'), Rouen 30' (4', 6'+10', 10').
Évolution du score :
0-1 à 01'12" : Fortier assisté de Desrosiers
1-1 à 09'27" : Simko assisté de Petrak et Plch
1-2 à 09'59" : Doucet assisté de M.-A. Thinel et Carlsson
1-3 à 11'47" : S. Thinel assisté de M.-A. Thinel (sup. num.)
1-4 à 27'15" : S .Thinel assisté de Fortier
1-5 à 28'47" : Lemoine assisté de Raux
2-5 à 29'35" : Simko
2-6 à 30'45" : Sedlak assisté de S. Thinel et M.-A. Thinel (sup. num.)
2-7 à 37'17" : Salminen assisté de M.-A. Thinel et Desrosiers
2-8 à 44'16" : M.-A. Thinel assisté de S. Thinel et Doucet
3-8 à 51'06" : Listiak assisté de Mazerolle (inf. num.)
3-9 à 51'35" : Carlsson assisté de Raux et Geffroy (sup. num.)
4-9 à 56'05" : Petrak assisté de Plch (sup. num.)
4-10 à 56'44": Salminen
Épinal
Gardiens : Stanislav Petrik puis Franck Constantin à 40'00".
Défenseurs : Peter Listiak - Peter Slovak ; Jan Bohacek - Radoslav Regenda ; Peter Strapaty - Borislav Ilic.
Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch (A) ; Milan Buda - Luc Mazerolle - Guillaume Chassard (C) ; Lionel Simon - Guillaume Papelier - Tomas Jelinek ; Kevin Benchabane [ou Anthony Pernot] - Anthony Maurice (A) - Sébastien Geoffroy.
Rouen
Gardiens : Ramon Sopko puis Landry Macrez à 44'16".
Défenseurs : Daniel Carlsson (C) - Nicolas Besch ; Sami-Ville Salomaa - Vesa Ponto ; Daniel Sedlak - Benoît Quessandier ; Fabien Veydarier.
Attaquants : Sébastien Thinel - Éric Doucet - Marc-André Thinel (A) ; Kimmo Salminen - Julien Desrosiers - Éric Fortier ; Thibaut Geffroy - Damien Raux - Tristan Lemoine ; Alexandre Lefebvre.
Absent : Yvan Fontana.