Bâle - Langnau (15 mars 2007)

 

Play-out de LNA, deuxième tour, match 2.

Des hommes d'influence

Il n'en restera qu'un. Un seul entre Bâle et Langnau qui pourra, d'ici la fin de cette série, savourer son maintien direct en LNA. Et, par conséquent, esquiver la piégeuse confrontation face au champion de LNB, probablement ce Bienne n'aspirant qu'à la montée... Blanchis à Langnau mardi soir (0-2), les Bâlois, diminués par les forfaits, ont réactivé leur improductivité offensive malgré l'appoint de Hnat Domenichelli. Comme prévu, la gâchette canadienne d'Ambrì-Piotta, providentielle l'an passé dans le sauvetage de Zurich, est donc revenue sur des terres qu'elle connaît bien pour avoir participé à la montée en LNA voilà bientôt deux ans. Nouvellement impliqué dans cette "mission survie", le futur ex-Genevois Yorick Treille étrennera ce soir son costume d'étranger surnuméraire. S'il cherche avant tout à peaufiner sa préparation en vue du futur Mondial de division I, le Français est appelé à suivre tout cela des tribunes, au contraire du défenseur tchèque Martin Sevc (25 ans). Fraîchement arrivé de Kladno (et donc absent mardi), ce néo-international griffera une première fois la glace rhénane en lieu et place du vétéran suédois Petri Liimatainen.

Loin de la cohorte de mercenaires dont dispose présentement le coach rhénan Mike McParland, Langnau n'a fait qu'une seule folie depuis son balayage face à Fribourg-Gottéron. En acquérant l'agitateur Josh Holden, à qui il faisait les yeux doux depuis quelques semaines, le club emmentalois a complété sa garnison offensive sans mettre trop à mal l'équilibre de l'équipe (Antti Virtanen et Jason Doig étant déjà présents depuis deux grosses semaines).

La fraîcheur physique a joué un rôle important dans la première manche. Aussi Langnau démontre à nouveau ses ressources et brise rapidement la glace sur un tir "feuille morte" de Jeff Toms dans le petit filet gauche, qui feint tout le monde, y compris Daniel Manzato (0-1 à 00'55"). Le cerbère rhénan vivra des premières minutes éprouvantes, où une certaine fébrilité de sa part, mais surtout de ses coéquipiers, offriront un quasi-monopole à des SCL Tigers nettement plus incisifs. Une débauche d'efforts pas inutile pour les Tigres, appuyant là où ça fait mal, c'est à dire dans une défense "courants d'air", pour multiplier les solutions offensives. Heureusement, Daniel Manzato retrouve vite son aplomb et colmate les brèches, à l'image de cette ouverture du remuant Claudio Neff vers Fabian Debrunner (03'32").

En bons prédateurs qu'ils sont censés être, les Tigres emmentalois mordent à pleines dents dans ces premières minutes et ne cessent de tourmenter des locaux dépassés par les événements. Ce sont donc de véritables vagues jaunes qui déferlent sur la cage de Manzato, sans que les Toms, Miettinen et autres Holden ne fructifient cette domination de tous les instants. Cette supériorité physique et tactique s'affirme même de minutes en minutes, malgré un powerplay rhénan certes prometteur, mais encore en quête de repères. Ce n'est en revanche pas le cas de son homologue bernois et deux rafales excentrées de Jeff Toms (09'41") et Marko Tuomainen (09'50") rappellent que le tigre n'est pas encore prêt à lâcher sa proie.

Bâle laisse passer l'orage

Mais voilà, l'EHC Bâle s'est trouvé en Hnat Domenichelli un "mercenaire" de tout premier ordre. En compagnie du centre Tomás Divísek, de l'ailier Mike Maneluk et de la paire arrière Mark Astley - Martin Sevc, le Canadien forme un bloc détonant en jeu de puissance et celui-ci ne tarde pas à faire parler la poudre. Un mauvais contrôle d'Astley fait pourtant sortir la rondelle de la zone mais Sevc, en couverture, relance sans tarder vers Divísek posté à la ligne bleue. En position d'attente, le Tchèque sent bien le coup et ouvre dans l'intervalle pour un Domenichelli lancé et jouant du poignet pour fusiller, entre les bottes, Mathias Schoder (1-1 à 12'47").

Il n'en faut pas plus pour redonner du peps aux locaux, même si les trous d'airs défensifs restent monnaie courante. Toutefois, la menace représentée par les SCL Tigers s'estompe progressivement et l'EHC Bâle reprend petit à petit le dessus. Aussi bien physiquement que tactiquement. En retrouvant ses repères en zone neutre et comptant sur un travail incessants des avants, le club rhénan étouffe lentement son adversaire. Sans toutefois pouvoir porter le coup de grâce malgré l'impact de sa ligne de parade, sublimée par la vivacité de Domenichelli et la combativité de Divísek. Une remise du robuste Tchèque vers Patric Della Rossa, pourtant seul devant la cage, manque ainsi de faire basculer le score (18'03"). Mais, plutôt que Bâle, c'est Langnau, par le biais de sa toute nouvelle acquisition, Josh Holden, qui va tirer les marrons du feu. L'ancien Fribourgeois, en déshabillant Ralf Bundi en un-contre-un, envoie le défenseur rhénan au cachot (19'12") avant que Jason Doig ne parachève le jeu de puissance d'une reprise perforante à la bleue (1-2 à 19'25"). À un moment stratégique, où le renouveau bâlois devenait sans cesse plus flagrant, Langnau, par l'intermédiaire de son autre pigiste canadien, vire en tête après le premier round...

Loin d'être abattus, les locaux repartent de plus belle vers la cage de Schoder à l'aube de l'acte médian. Une pression stérile car il faut attendre trois bonnes minutes pour que le cerbère bernois n'ait vraiment à intervenir, sur une reprise à bout portant du troisième larron Mike Maneluk (23'41"). Le premier bloc, encore lui... C'est pourtant le deuxième qui feia la différence. Absent mardi soir, le centre Andreas Camenzind est en revanche bien présent pour conclure le jeu de puissance et expédier le rebond de Mark Astley dans le haut du filet (2-2 à 23'53"). En demi-teinte en début de saison, l'ex-Zurichois s'affirme ces dernières semaines comme un maillon essentiel du collectif.

Voilà qui libère totalement des Rhénans perpétuant, à plus grande échelle cette fois-ci, leur domination. Un travail de sape des attaquants, toujours prompts à presser et à jouer dans les deux sens pour soulager, et parfois même sauver la mise, à leurs collègues de l'arrière. Car le bilan reste très mitigé en défensive, où la menace des Josh Holden et autres Jeff Toms reste toujours présente, bien que nettement atténuée par rapport au début de match. Pourtant, lorsqu'ils obtiennent un avantage numérique, les Emmentalois se heurtent à un bloc compact et ne saisissent pas leur chance. Au contraire de Rhénans patients, à l'instar de Mike Maneluk. L'ancien Luganais attend ainsi le long de la bande que le puck ne soit ressorti par l'infatigable Chris Bright et lève opportunément la tête pour voir Mark Astley sortir de prison. La suite est cousue de fil blanc et Astley, libre comme l'air, s'en va glisser le caoutchouc entre les bottes de Schoder (3-2 à 30'04").

Mark Astley est décidément dans tous les coups ce soir. Les bons comme les mauvais. Ainsi, un puck non contrôlé par ses soins à la bleue offensive se voit récupéré par Niki Sirén. Le Finlando-Suisse s'amène aux devants de la cage, fixe le gardien... mais trouve le montant gauche (31'27"). Cette fébrilité défensive est ainsi la seule fausse note dans la partition bâloise mais Daniel Manzato garde la porte fermée malgré ces courants d'airs plus ou moins passagers. Autant dire que les frontaliers, malgré l'excellente tenue de leurs attaquants et de leur première ligne "trois étoiles", sont parfois sur le fil du rasoir, notamment sur une ultime supériorité numérique bernoise en toute fin de tiers...

"Czech connection"

On connaissait l'impact de Tomá Divíek, qui excelle en échecs avants et autres tâches de récupération. On pressentait également les aptitudes offensives de son compatriote Martin Sevc. Eh bien, Sevc, remarquable ce soir, ne va pas tarder à démontrer que sa réputation de tireur d'élite en Extraliga n'est nullement usurpée. Chargé de remonter le disque, Sevc, pas attaqué en zone neutre, poursuit ainsi son effort pour déjouer Schoder d'un tir du poignet vicieux, à mi-hauteur (4-2 à 40'39").

Si Fabian Sutter, dans la foulée, trouve l'arête de Daniel Manzato (40'56"), cela s'apparente plus à une péripétie qu'autre chose pour un ensemble rhénan plus serein que jamais. Bien sûr, celui-ci tire en grande partie sa force de l'impact permanent de sa ligne de parade, à nouveau symbolisé en supériorité numérique sur un lancer excentré de Domenichelli (42'36") puis une reprise dans l'enclave de Plavsic, sur un service de l'ancien buteur "biancoblù" (44e). Avec sa vista, Hnat Domenichelli est sans conteste le "petit plus" qui a tant manqué à l'EHC Basel cette saison...

Face à cette force de frappe, les SCL Tigers courbent l'échine en désavantage numérique et restent soumis au ballottage. Mais voilà domination ou pas, il est dangereux de vendre la peau du tigre sans l'avoir tué. Une leçon qu'apprendra sans aucun doute Martin Sevc, trop juste sur un débordement de Fabian Sutter et qui laisse le champ libre à Marc Leuenberger, qui a bien suivi dans l'enclave (4-3 à 54'43"). Les gros bras étant pourtant muselés depuis de longues, très longues minutes, mais Bâle paye-là une certaine dispersion.

Inutile de préciser que le but de ce patronyme célèbre du hockey suisse va aussitôt relancer la machine. Ce nouvel allant redonne un nouveau souffle aux Tigres, retrouvant leurs sensations du début de match sans toutefois parvenir à égaliser. Josh Holden est certes tout près d'y parvenir mais le rebond du top-scoreur Marko Tuomainen lui échappe (55'54") alors que son revers finira par frapper le poteau droit de Daniel Manzato (56'17"). Langnau a beau jeter ses dernières forces dans la bataille, Bâle se défend bec et ongle pour préserver son maigre pécule et y parvient, non sans mal, après un ultime forcing emmentalois. Tomás Divísek aura même l'occasion de corser l'addition mais un retenir du capitaine Michael Liniger l'empêchera de cadrer son essai dans une cage désertée (59'12").

Domenichelli, Sevc, Divísek : des jokers en or

Les jokers furent les bourreaux de Langnau. Si les Tigres ont touché du bois plus qu'à leur tour, l'apport remarquable des pigistes bâlois fut le facteur-clé de ce match. Entre la dimension physique de Tomás Divísek, précieux en forechecks, l'expérience de Mike Maneluk, le soutien de Martin Sevc et, surtout, le dynamisme de Hnat Domenichelli, Bâle s'est trouvé-là un quatuor majeur bouleversant totalement son visage. Jadis unidimensionnels et coincés à l'avant, les Bâlois ont ajouté une nouvelle corde à leur arc, celle de l'intimidation offensive. Derrière, les Camenzind, Della Rossa et autres Bright furent les seuls à apporter un vrai soutien offensif, les autres joueurs de l'ombre se contentant (fort bien d'ailleurs) de forechecker et de travailler dans les deux sens. Un investissement pas étranger à cette victoire, mais qui ne put totalement masquer certaines carences d'un secteur défensif sinistré malgré l'apport évident de Sevc. Daniel Manzato fut trop souvent livré à lui-même et aux rapides attaquants bernois, pourtant pas assez habiles (ou chanceux, c'est selon) pour punir ces errements. Là encore, la thèse de la fraîcheur physique peut être imputable mais ces atermoiements faillirent coûter très cher en fin de match. L'essentiel est pourtant acquis avec cette remise à niveau dans cette série (1-1).

Il y avait pourtant la place pour les SCL Tigers. Émoussés après un début tambour battant, les Bernois jouèrent de manière saccadée une grande partie du match, gênés par l'intensité déployée en face. Intenable en début de partie, le maître à jouer Jeff Toms fut le plus constant en compagnie du poison Josh Holden, grand animateur sur le front de l'attaque. Malgré leurs ressources physiques et morales, les Emmentalois ont dû céder devant le travail de sape des locaux et la percussion de leur première ligne. On en revient toujours au même point et si tous jouent dans ce même registre, Yorick Treille a bien peu de chances de reprendre du service en match officiel d'ici le Mondial chinois...

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Bâle - Langnau 4-3 (1-2, 2-0, 1-1)

Jeudi 15 mars à 19h45 à la St.Jakob-Arena. 2168 spectateurs.

Arbitrage de M. Kurmann assisté de MM. Arm et Küng.

Pénalités : Bâle 12', Langnau 14'.

Évolution du score :

0-1 à 00'55" : Toms assisté de Miettinen

1-1 à 12'47" : Domenichelli assisté de Divísek et Sevc (sup. num.)

1-2 à 19'25" : Doig assisté de Toms et Miettinen (sup. num.)

2-2 à 23'53" : Camenzind assisté d'Astley et Bright (sup. num.)

3-2 à 30'04" : Astley assisté de Maneluk et Bright

4-2 à 40'39" : Sevc assisté de Maneluk et Domenichelli

4-3 à 51'43" : Leuenberger assisté de Sutter et Holden (sup. num.)

 

Bâle

Gardien : Daniel Manzato.

Défenseurs : Mark Astley (C) - Martin evc ; Gaétan Voisard - Adrien Plavsic ; Ralf Bundi (A) - Lukas Gerber.

Attaquants : Mike Maneluk - Tomá Divíek - Hnat Domenichelli ; Patric Della Rossa [ou Julian Walker] - Chris Bright - Andreas Camenzind [ou Stefan Voegele] ; Franco Collenberg - Sandro Tschuor - Stefan Tschannen.

Remplaçants : Flavio Streit (G), Daniel Boss, Ralph Stalder, Tassilo Schwarz. Absents : Niklas Anger, Petri Liimatainen et Yorick Treille (étrangers surnuméraires), Markus Wüthrich, Alex Chatelain, Thomas Nüssli, Stefan Schnyder et Régis Fuchs (tous blessés), Steve Larouche (remercié en début de semaine).

Langnau

Gardien : Mathias Schoder [sorti de sa cage de 58'49" à 59'12" et de 59'37" à 60'00"].

Défenseurs : Jason Doig - Simon Lüthi ; Marc Leuenberger (A) - Martin Stettler ; Daniel Aegerter - Christian Moser ; Arne Ramholt.

Attaquants : Jeff Toms - Michael Liniger (C) - Tommi Miettinen ; Marko Tuomainen - Josh Holden - Niki Sirén ; Antonio Rizzello - Fabian Sutter (A) - Matthias Joggi ; Fabian Debrunner - Adrian Gerber - Claudio Neff.

Remplaçants : Reto Schürch (G), Stephan Moser. Absents : Peter Högardh, Scott Langkow et Antti Virtanen (étrangers surnuméraires), Brad Fast (blessé pour la saison), Eric Blum (blessé).

 

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