Briançon - Grenoble (17 mars 2007)

 

Demi-finale de la Ligue Magnus - Match n°4.

Après leur victoire hier en prolongation, les Diables Rouges ont toutes les cartes en main pour se qualifier dès ce soir pour la finale de la Ligue Magnus. Une défaite obligerait en effet l'équipe briançonnaise à retourner à Grenoble pour un cinquième match incertain, chose dont Luciano Basile ne veut pas entendre parler. Reste donc à Briançon à faire la passe de trois et à gagner son ticket pour la finale devant son public. Du côté grenoblois, la victoire est impérative pour rester en vie dans cette série et éviter une troisième élimination consécutive au stade des demi-finales des play-offs !

Surprise au coup d'envoi avec un alignement complètement modifié côté grenoblois et la présence de Jimmy Lindström sur le banc. Visiblement la tactique du "ça passe ou ça casse" a été adoptée par le staff isérois qui semble vouloir bousculer les habitudes et redonner du lustre à une attaque bien pâle au cours des deux derniers matchs. Un pari osé qui n'empêche pas Ludek Broz de trouver ses marques avec ses nouveaux coéquipiers de ligne, Benoît Bachelet et Patrik Valcak, et ce dès le coup d'envoi. Antonin Manavian, titularisé ce soir en sixième défenseur, écope de la première pénalité de la rencontre, mais Briançon ne parvient pas à exploiter le jeu de puissance malgré une bonne occasion d'Edo Terglav, et Benoît Bachelet réplique en infériorité numérique pour solliciter Bronsard. Valcak et Tekel rejoignent la prison après une explication un peu trop véhémente et les Diables Rouges profitent des espaces pour mettre la pression sur les cages d'Eddy Ferhi mais le duo Terglav-Filip ne parvient pas à percer la muraille. Le palet va rapidement d'une cage à l'autre et le premier but semble avoir une importance capitale dans cette rencontre... Sleigher manque de peu de profiter de la fébrilité de la défense iséroise tandis qu'Antonoff bute sur Bronsard.

M. Mendlowictz entre alors en scène et distribue trois pénalités en l'espace de quarante secondes. Grenoble se trouve à quatre contre trois mais ne parvient pas à faire la différence. Valcak, motivé par sa présence en première ligne, se montre à nouveau dangereux mais c'est surtout sur une action du tandem Jönsson-Hecquefeuille que le frisson passe dans les tribunes de René Froger puisqu'Edo Terglav et Milan Tekel doivent suppléer leur gardien devant Bonnard à l'affût. À cinq minutes de la fin du tiers, le score est toujours vierge mais les Grenoblois se mettent en fâcheuse posture lorsque Papa et Woods sont envoyés tous deux en prison alors que Bonnard s'y trouve déjà. Se profile alors un 3 contre 5 interminable qui sera fatal aux hommes de Gérald Guennelon. Malgré une bonne résistance, Ferhi et sa défense finissent par craquer sur une action d'école initiée par Vas et conclue par Sleigher d'un slap de la bleue (1-0, 17'07"). Malgré un arrêt de grande classe de Ferhi devant Edo Terglav qui avait la cage grande ouverte, les malheurs grenoblois se poursuivent lorsqu'un slap de loin de Petr Kratky trouve la lucarne de Ferhi avec la complicité de Filip (2-0, 17'48"). Un but contesté par les joueurs grenoblois qui estiment que le palet n'est pas rentré, et il semblerait que la vidéo leur donne finalement raison.

Toujours est-il que c'est bien Briançon qui mène de deux buts à l'entame de la deuxième période et semble se diriger tout droit vers la finale. Grâce à la prison de Dufour en fin de premier tiers, les Grenoblois débutent en avantage numérique et mettent une grosse pression sur la cage de Bronsard, par Hecquefeuille notamment. Une pénalité de Sacha Treille met à nouveau les Grenoblois en difficulté mais le jeu de puissance briançonnais est systématiquement contré par une défense grenobloise acharnée. Visiblement les hommes de Gérald Guennelon n'ont toujours pas abdiqué et parviennent à éviter un troisième but qui leur serait fatal. La pénalité de Rohat ne leur sera guère profitable puisqu'ils se font sanctionner à deux reprises par la suite. Avec Valcak et Simon Bachelet en prison, les Grenoblois se retrouvent à nouveau en situation difficile à trois contre quatre et même à trois contre cinq pendant quelques brefs instants. Cette fois ils s'en sortent sans dommage malgré une tentative de Filip bloquée par Ferhi. Mais la dynamique semble grenobloise avec le fougueux Sacha Treille qui prend d'assaut les cages de Christian Bronsard et sonne la révolte. Une pénalité de Milovanovic donne enfin l'occasion attendue par les Brûleurs de Loups. Servi par Masa, Ludek Broz trouve la lucarne de Bronsard après seulement dix-neuf secondes d'infériorité, le match est relancé (2-1, 32'38"). Les rôles sont inversés entre les deux Tchèques mais l'efficacité est toujours la même.

Soudain fébriles, les Briançonnais sentent le vent tourner car cette fois la chance est avec les visiteurs. Si lors du second but les Briançonnais s'en étaient tirés avec une certaine réussite, les Grenoblois ne seront pas malheureux sur un tir de Roger Jönsson dévié dans ses propres filets par Petr Kratky (2-2, 33'30"). Avec deux buts consécutifs, les Brûleurs de Loups ont répondu au doublé briançonnais du premier tiers en se relançant totalement dans la partie. Et ils ne semblent pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Car cette fois les pénalités tombent du côté de Briançon. Avec Szelig et Sleigher en prison, c'est une double supériorité numérique pour Grenoble. Les canonniers Amar et Wallin se chargent de mettre la pression sur Bronsard mais rien n'y fait. Briançon se montre même dangereux jusqu'au bout avec un contre de Dufour que le Canadien terminera dans la cage... Chacun a eu sa période, restent vingt minutes aux deux équipes pour se départager.

Le troisième tiers débute au rythme des pénalités offrant tour à tour à chaque équipe l'opportunité de marquer le but décisif en jeu de puissance. Les Briançonnais sont moins convaincants dans cet exercice, laissant même leurs adversaires placer quelques contres dangereux. Mais Grenoble manque également le coche avec notamment plusieurs tentatives d'Amar et Wallin de la bleue. L'issue du match semble suspendue à un fil au fur et à mesure que les minutes passent. La tension se fait sentir sur la glace et Briançon semble à même de faire la différence sur une nouvelle prison (sa troisième du match) de Patrik Valcak, auteur d'une charge irrégulière sur Szelig. Mais après un festival de Rémi Royer qui n'ira finalement pas au bout, Christophe Tartari récupère le palet dans sa zone, place un contre éclair et centre pour Nicolas Antonoff dont la reprise au second poteau fait mouche (2-3, 51'10"). Cette fois la partie a définitivement choisi son vainqueur. Malgré deux nouvelles prisons pour Paquet et Amar, les attaquants briançonnais manquent de conviction alors que la fatigue commence à se faire sentir. Grenoble, avec ses quatre lignes judicieusement utilisées, finit mieux le match et Ferhi s'occupe des ultimes tentatives de Tekel ou Vas. Avec une pénalité pour Amar à deux minutes de la fin, Basile tente le tout pour le tout et fait sortir Bronsard pour évoluer à six contre quatre. Mais comme un symbole de l'efficacité du box play grenoblois ce soir, c'est Christophe Tartari qui intercepte le palet en zone défensive et s'en va marquer dans le but vide (2-4, 59'03"). Grenoble n'est pas mort et il y aura bien une cinquième manche en Isère !

Les Diables rouges sont passés tout près de la qualification pour la finale ce soir. Avec une avance de deux buts, le plus dur semblait fait. Mais les hommes de Luciano Basile n'ont pas tenu la distance et ont surtout connu une très mauvaise deuxième période qui a relancé leurs adversaires. Le manque d'efficacité en supériorité (malgré vingt minutes de temps de jeu en avantage numérique !) a également pesé lourd au décompte final avec un maigre bilan d'un but marqué et deux encaissés. Briançon a grillé un joker, il faudra désormais aller chercher la qualification à Grenoble. Pas simple après être passé si près.

Du côté grenoblois, on revient de très loin dans un match qui était vraiment mal parti. Mais à force d'abnégation et de ténacité, les Brûleurs de Loups ont refait leur retard pour prendre l'avantage à seulement neuf minutes de la fin et s'offrir le droit de disputer une cinquième rencontre. Les choix de Gérald Guennelon ont payé même si Grenoble n'a marqué qu'un seul but à cinq contre cinq. Car paradoxalement, ce sont deux joueurs évoluant sur la troisième et quatrième ligne qui ont débloqué la situation pour Grenoble : Christophe Tartari et Nicolas Antonoff ! Des héros inhabituels qui montrent à quel point la profondeur de l'effectif grenoblois peut faire la différence dans cette série. À confirmer mardi.

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match (d'après France Bleu Isère) :

Luciano Basile (entraîneur de Briançon) : "Avec une avance de 2-0 quand il reste 45 minutes de jeu, rien n'est fait. Je pense que le deuxième tiers a été le meilleur de Grenoble dans ces séries et le moins bon de Briançon. Quand il y a un enjeu aussi important qu'un cinquième match de demi-finale, l'avantage de la glace devient secondaire. Briançon est l'équipe qui a gagné le plus de matches à l'extérieur cette année dans le temps réglementaire, parce qu'on est une équipe capable de faire le dos rond. Ça nous va très bien de ne pas mener le jeu, de ne pas avoir le palet. C'est sûr qu'on joue à 15 joueurs contre 20, mais ça, on le savait. On n'a pas les moyens d'avoir des Treille, Valcak, Papa, Tartari sur la troisième ou la quatrième ligne. Notre quatrième trio, ce sont des jeunes qui ne jouent pas sauf quand on mène de sept buts à domicile. [...] Je pense qu'il [Guennelon] est chanceux d'entraîner une grande équipe et d'appartenir à ce grand club. Mais il n'a pas de classe. Et ce n'est certainement pas grâce à lui que Grenoble en est là."

Gérald Guennelon (entraîneur de Grenoble) : "Il fallait absolument qu'on trouve des solutions, qu'on crée un électrochoc. Briançon jouait acculé sur sa cage, procédait en contres. On n'arrivait pas à rentrer à la cage. Il a fallu tout changer dans les lignes, et les joueurs l'ont accepté. [...] J'ai vu que ce que j'ai vu, j'ai entendu ce que j'ai entendu, c'est gravé dans ma mémoire. Le souvenir reviendra quand ce sera nécessaire. C'est tendu... Une seule chose m'intéresse, l'équité sportive. La compétition doit se faire dans des conditions normales."

Eddy Ferhi (gardien de Grenoble) : "À 2-0, alors que le but a priori n'était même pas dedans, on s'est dit qu'on avait fait quelque chose de mal, que le bon dieu était contre nous. et que si ça nous coûtait la saison c'était vraiment rageant. Au début du deuxième, on a eu un but un peu favorable, puis un autre. C'est le sport. Si on n'avait pas eu ces coups du sort, ces rebonds, ces palets déviés, la situation n'aurait pas été la même. Quand Christophe [Tartari] a marqué le dernier but, j'avais les larmes aux yeux. C'est vraiment beaucoup de pression qui sortait. Mais ce n'est pas fini, il va falloir recanaliser tout ça et se laisser porter par l'émotion, mais de façon positive. Même si on a cet avantage psychologique quelque part, ce n'est pas là-dessus qu'il faudra jouer, il va falloir qu'on fournisse un gros effort, car ils vont vouloir renverser la tendance. Je pense qu'il y avait un petit problème d'âme dans l'équipe, je vous le dis honnêtement : on avait tendance à perdre en prolongation, ce qui prouvait qu'il manquait quelque chose. Mais ce soir, cette équipe s'est créé une âme, en se prouvant à elle-même qu'elle pouvait gagner en étant menée 0-2."

Benoît Bachelet (capitaine de Grenoble) : "Sans forcément faire les caliméros, j'ai le sentiment aussi que la roue tourne un peu du bon côté. Sur les deux derniers matches, je ne sais pas combien de temps on a passé à trois ou à quatre, mais je ne suis pas certain que ce soit vraiment mérité. On a réussi à garder la tête froide, et même à tenir à la fin quand on était à quatre contre cinq ou contre six. Physiquement, on était bien et on a senti les Briançonnais un peu en-dedans. J'espère qu'on pourra continuer sur cette lancée avec un gros cœur, un gros physique, pour faire en sorte que ce cinquième match soit encore un gros moment de bonheur. Je n'ai pas de doute que la patinoire sera pleine. Si en plus il pouvait y avoir une grosse bronca et que nos supporters pouvaient montrer aux Briançonnais qu'ils arrivent en enfer, ce serait bonus pour nous."

 

Briançon - Grenoble 2-4 (2-0, 0-2, 0-2)

Samedi 17 mars 2007 à 20h30 à la patinoire René-Froger. 2228 spectateurs.

Arbitrage de Marc Mendlowictz assisté de Nicolas Barbez et Cyril Carlin.

Pénalités : Briançon 20' (8', 8', 4'), Grenoble 28' (12', 8', 8').

Évolution du score :

1-0 à 17'07" : Sleigher assisté de Vas (double sup. num.)

2-0 à 17'48" : Filip assisté de Kratky et Perez (sup. num.)

2-1 à 32'38" : Broz assisté de Masa (sup. num.)

2-2 à 33'30" : Jönsson assisté de B.Bachelet

2-3 à 51'10" : Antonoff assisté de Tartari (inf. num.)

2-4 à 59'03" : Tartari assisté de S.Bachelet (inf. num., cage vide)

 

Briançon

Gardien : Christian Bronsard (sorti de 58'40" à 59'03").

Défenseurs : Rémi Royer - Jakob Milovanovic ; Viktor Szelig - Milan Tekel ; Gary Levêque - Petr Kratky.

Attaquants : Jean-François Dufour (A) - Marton Vas - Pierre-Luc Sleigher ; Mickaël Perez - Martin Filip - Edo Terglav (C) ; Sébastien Rohat - Benjamin Arnaud - Frédéric Borgnet.

Remplaçants : Damien Angella (G), Sébastien Dermigny, Dimitri Faure-Brac, Alexandre Rouillard. Absents : Éric Blais, Cédric Boldron (blessés).

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Brad Woods ; Viktor Wallin - Simon Bachelet ; Jean-François Bonnard (A) - Antonin Manavian.

Attaquants : Patrik Valcak - Ludek Broz - Benoît Bachelet (C) ; Martin Masa - Roger Jönsson - Kévin Hecquefeuille ; Sacha Treille - Martin Paquet - Nicolas Antonoff ; Cyril Papa - Christophe Tartari.

Remplaçants : Frédéric Dorthe (G), Martin Millerioux, Teddy Trabichet, Jimmy Lindström.

 

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