Morzine-Avoriaz - Grenoble (23 mars 2007)
Finale de la Ligue Magnus 2006/07, match 1.
Leçon de finale
Les play-offs ont respecté la hiérarchie avec une déférence rare, et les deux meilleures équipes de la saison régulière se retrouvent donc en finale. Mais tout le monde n'aurait pas parié là-dessus, et elles ont dû prouver leur valeur en demi-finale face aux deux meilleures attaques du championnat, deux adversaires qui pouvaient faire peur. Grenoble a laissé plus de forces face à Briançon, mais y a sans doute gagné une confiance supérieure : avoir une défense de fer est primordial en play-offs.
On est en finale et l'heure n'est plus aux cadeaux. Comme Anglet l'avait fait avec Vladimir Hiadlovsky à la première manche des barrages de maintien, Gérald Guennelon demande avant le match à l'arbitre d'aller vérifier la conformité de l'équipement de Stevie Lyle avec les nouveaux règlements en vigueur cette saison. Comme le Slovaque, le Britannique doit donc enfiler une nouvelle culotte à la va-vite avant d'entrer sur la glace. Pas la meilleure manière de se préparer psychologiquement.
Lyle a cependant le temps de retrouver sa sérénité car le jeu se déroule d'abord de l'autre côté de la glace. C'est Eddy Ferhi qui a beaucoup de travail, notamment sur une reprise au second poteau de Jonathan Zwikel. Les premières pénalités permettent d'asseoir la domination du HC Morzine-Avoriaz. Une fois qu'il a pu s'installer face à une équipe agressive au passage de la bleue, il peut mettre en place son jeu de puissance disposé en carré qui fait très bien circuler le palet, comptant sur Evan Cheverie devant la cage pour essayer de prendre le rebond. Mais Ferhi est d'une extrême vigilance sur ces situations. On joue depuis douze minutes et Grenoble n'a réussi qu'un seul tir cadré, lorsque Pousset est pénalisé pour obstruction. La première supériorité numérique n'avait rien donné pour les Brûleurs de Loups. Il est vrai que leur jeu est moins fluide dans ces situations, par contre ils sont plus présents dans le slot. C'est ainsi que Martin Masa, qui avait déjà inscrit le premier but de la demi-finale, retrouve son efficacité pour dévier un lancer de la bleue de Viktor Wallin (0-1, 12'32"). Pipa et Pousset prennent deux nouvelles pénalités dans la minute suivante, et lorsqu'il sort de prison, Leos Pipa remet ça pour une charge contre la bande non sifflée qui provoque moult récriminations grenobloises. Mais même à cinq contre cinq, Grenoble se réinstalle en zone offensive, avec toujours plus d'activité que Morzine autour de la cage. Sacha Treille conclut de près et exulte (0-2, 15'50"). Malgré un dernier beau slalom de Dan Welch, les BDL ont pris deux buts d'avance et rendent la tâche des Morzinois extrêmement compliquée.
Comment remonter ce retard déjà conséquent face à cette équipe au système défensif rodé ? Pas en prenant des pénalités en tout cas. Il vaut cher, ce surnombre que M. Hauchart vient signifier à Stéphane Gros, qui laisse transparaître sa colère avec les lèvres pincées. La clé du powerplay grenoblois, c'est bien évidemment Ludek Broz, déjà impliqué sur les deux premiers buts. Sur la supériorité précédente, le Tchèque était resté au sol après un engagement face à Cheverie, obligeant l'arbitre à arrêter le jeu même sans siffler de faute. Dans l'intensité des play-offs, y a-t-il un risque qu'il s'éteigne et se recroqueville face à des joueurs plus physiques ? Vaine inquiétude. Ludek Broz prend le palet à Niko Halttunen avant d'entrer en zone offensive sur la gauche et de servir légèrement en retrait Baptiste Amar pour un slap ravageur du cercle droit (0-3, 28'27"). Les Pingouins ont à leur tour deux avantages numériques, mais Ferhi est toujours solide. Et un peu plus tard, à quatre contre quatre, Jeff Bonnard s'avance au bon moment, tape la glace de sa crosse pour appeler la passe de Hecquefeuille à la lutte dans la bande droite et la reprend au second poteau (0-4, 36'16").
Dès le début du troisième tiers-temps, Grenoble est en infériorité à cause d'une obstruction de Broz, et dans une petite explication près de la cage, Evan Cheverie donne un coup à Sacha Treille qui s'effondre sur place sous les huées des spectateurs morzinois, lassés de voir les visiteurs tomber de façon théâtrale sans vrais dommages. Le Canadien prend 2'+2' et bientôt la supériorité s'inverse. En plus, Welch part en prison pour obstruction, et à cinq contre trois, Jimmy Lindström enfonce un slap dans la lucarne et un pieu supplémentaire dans le cœur des Pingouins (0-5, 45'01"). Les supporters grenoblois, heureux et sereins, varient enfin leur répertoire et n'hésitent pas à entonner des chants évoquant le mot "champions", qui paraissait une incantation déplacée ces dernières saisons. La quatrième ligne ajoute à leur liesse en ajoutant sa contribution, une reprise de l'enclave de Christophe Tartari sur passe d'Antonoff (0-6, 48'49").
Stéphane Gros demande un temps mort, et on peut parier qu'il ordonne à ses joueurs d'oublier le score et de commencer à préparer le match de demain. Ils doivent au moins transformer une situation de cinq contre trois. La rondelle glisse de palette en palette le long des arêtes du carré morzinois, jusqu'à la décision de lancer prise par Pierre-Claude Drouin à la bleue (1-6, 51'51"). Quand son équipe est sanctionné d'un retard de jeu, cette fois Gros n'hésite pas à ouvrir la bouche pour exprimer plus directement sa colère à un juge de ligne. Il n'est pas au bout de ses peines. Nicolas Pousset, qui avait su garder son sang-froid aux tours précédents même quand les adversaires ciblaient volontairement ses nerfs réputés fragiles, a droit à la totale : pénalité pour crosse haute, petits mots doux dont Bonnard a le secret et railleries de la tribune grenobloise qui ne fait pas toujours dans la demi-mesure ("Pousset mauvais"...). Morzine ne s'en sort pas, une crosse haute d'Ohlsson prolonge encore la double supériorité numérique, et Ludek Broz peut délivrer une passe décisive de plus, pour le dernier but de Martin Paquet (1-7, 58'55").
Le HC Morzine-Avoriaz avait su piéger une équipe de Rouen aimant un peu trop la rondelle, mais elle a reçu le même type de leçon aujourd'hui. Il est moins évident pour lui de faire le jeu, surtout contre une organisation défensive grenobloise férue à ce genre d'exercice. Une telle leçon ne se donne pas deux fois, et il est à parier que les Pingouins se montreront plus prudents pour les matches suivants, en retrouvant une défense qui a rendu les armes ce soir. Il faudra surtout qu'ils prennent moins de pénalités. La finale n'est pas encore finie malgré ce score choquant.
Compte-rendu signé Marc Branchu
Commentaires d'après-match (dans L'Équipe et sur France Bleu Isère)
Jonathan Zwikel (attaquant de Morzine-Avoriaz) : "Que l'on ait perdu 7-1 ou 1-0, c'est la même chose. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'on a perdu ce premier match. On a eu plus de lancers qu'eux, mais on n'a pas réussi à marquer. Après, on sait que Grenoble est une équipe ultra-défensive, et qu'à 3 ou 4 à 0, ils sont cinq à nous attendre derrière. Et je pense que leur gardien leur a gagné le match sur le premier tiers."
Patrick Rolland (entraîneur-adjoint de Grenoble) : "On commence très mal le match, on a quand même de la réussite de sortir de la première période avec 2-0, et ensuite ça s'est enchaîné. Mais ça ne sera pas pareil demain. Les joueurs ont conscience que ce score ne change rien à la valeur de l'équipe de Morzine. Comme on a dit aux joueurs, une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne. On a fini le match à quatre lignes, mais on voulait attendre au moins les cinq premières minutes de la troisième période. Qu'on ne pense pas qu'on était hautain en faisant jouer quatre lignes, c'était vraiment de la gestion du groupe. Les joueurs ont répondu présent, presque tous."
Morzine-Avoriaz - Grenoble 1-7 (0-2, 0-2, 1-3)
Vendredi 23 février 2007 à 20h30 au parc des sports de Morzine. 1278 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté d'Éric Bouguin et Savice Fabre.
Pénalités : Morzine-Avoriaz 30' (10', 6', 14'), Grenoble 20' (6', 8', 6').
Tirs : Morzine-Avoriaz 28 (11, 10, 7), Grenoble 25 (6, 9, 10).
Évolution du score :
0-1 à 12'32" : Masa assisté de Wallin et Broz (sup. num.)
0-2 à 15'50" : Treille assisté de Broz
0-3 à 28'27" : Amar assisté de Broz (sup. num.)
0-4 à 36'16" : Bonnard assisté de Hecquefeuille
0-5 à 45'01" : Lindström assisté de Jönsson et Wallin (double sup. num.)
0-6 à 48'49" : Tartari assisté d'Antonoff et S. Bachelet
1-6 à 51'51" : Drouin assisté d'Immonen et Zwikel (double sup. num.)
1-7 à 58'55" : Paquet assisté de Broz et Valcak (double sup. num.)
Morzine-Avoriaz
Gardien : Stevie Lyle.
Défenseurs : Santeri Immonen - Nicolas Pousset ; Johan Ohlsson - Tony Bergin (C) ; Mathieu Mille - Christian Elian.
Attaquants : Pierre-Claude Drouin - Evan Cheverie - Dan Welch ; Niko Halttunen - Jonathan Zwikel (A) - Leos Pipa ; Thomas Gueguen - Arto Miettinen - Pierre-Yves Albert ; Marc Billieras (A), Cyril Trabichet.
Remplaçants : Olivier Courally (G), Éric Dupieux, Loïc Gaydon.
Grenoble
Gardien : Eddy Ferhi.
Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Brad Woods ; Viktor Wallin - Jean-François Bonnard (A) ; Simon Bachelet - Teddy Trabichet ; Martin Millerioux - Antonin Manavian.
Attaquants : Patrik Valcak - Ludek Broz - Benoît Bachelet (C) ; Martin Masa - Roger Jönsson - Kévin Hecquefeuille ; Sacha Treille - Martin Paquet - Nicolas Antonoff ; Cyril Papa - Christophe Tartari (inf.) ; Jimmy Lindström (sup.).
Remplaçant : Frédéric Dorthe (G).