Morzine-Avoriaz - Grenoble (24 mars 2007)

 

Finale de la Ligue Magnus 2006/07, match 2.

Les repris de justesse

Pas démonté par sa mésaventure d'hier, Morzine part de la même façon : fort. Après un échange de pénalités, les Pingouins doivent jouer une petite minute en infériorité mais continuent d'attaquer avec un puissant tir au ras du poteau de Welch. Ce sont pourtant les Brûleurs de Loups qui ouvrent le score sur une action qui part de façon anodine. Ludek Broz la mène totalement seul face à une défense déjà repliée, et pourtant il se décale sur la gauche et décoche un puissant lancer dans le haut du filet de Stevie Lyle, pris à froid (0-1, 03'51"). Le gardien britannique a l'occasion de se rattraper car ses coéquipiers ont pris un coup sur la tête et subissent maintenant le jeu. Il doit s'interposer sur une reprise dans l'enclave de Kévin Hecquefeuille, lors d'un nouvelle infériorité, ou sur un débordement de Sacha Treille. Le rare répit vient de Paquet qui accroche Halttunen à la bleue : le jeu de puissance morzinois manifeste plus d'activité qu'hier et finit avec deux joueurs à la cage, sans forcer la décision. Mais on est à peine revenu au complet qu'une succession de coups de sifflet - quatre en quatre minutes ! - met l'équipe locale, souvent débordée et poussé à la faute, dans une situation très difficile. Santeri Immonen coupe bien les passes, Lyle fait face aux lourds lancers de Jimmy Lindström, et le HCMA retrouve sa solidarité à la faveur de ces punitions. Les Morzinois repassent à l'assaut, avec une dernière reprise de Pipa sur passe de derrière la cage d'Ohlsson, sans pouvoir tromper Ferhi.

Dès la reprise, Wallin est pénalisé pour une obstruction sur Welch derrière sa cage, et Morzine-Avoriaz prend donc tout de suite la maîtrise du jeu. Un rythme cassé par des fautes cette fois indiscutables. Zwikel commet une faute évidente, les Pingouins ont toutes les peines du monde à contrôler le palet pour arrêter le jeu, et quand enfin ils y parviennent, Niko Halttunen, qui a le don de prendre des pénalités idiotes par énervement, vient donner un grand cross-check dans le dos d'un Grenoblois. Il sort pour 2'+2' et met ses coéquipiers dans la panade. Bien sûr, jouer à trois contre cinq continue de galvaniser les Morzinois, agressifs quand il le faut. Stevie Lyle se hisse à la hauteur de Ferhi et laisse aussi peu de rebonds que son vis-à-vis. Mais au moment où Zwikel revient sur la glace, le palet va trop vite sur un jeu en triangle parti de Baptiste Amar à la pointe avec Martin Masa en relais ligne de fond pour Ludek Broz qui a la cage grande ouverte de l'autre côté tellement Lyle s'est engagé (0-2, 29'21").

Lorsque le HCMA joue enfin à cinq contre cinq, il est si peu habitué qu'il croit pouvoir s'installer en zone offensive. Il est puni par Paquet et Masa en deux contre un (0-3, 32'38"). Une crosse haute de Hecquefeuille est sanctionnée dans la foulée, et Welch sert en retrait Pierre-Claude Drouin qui réduit le score d'un slap masqué (1-3, 33'41"). Morzine-Avoriaz met maintenant la pression et pousse maintenant les Grenoblois à la faute. Masa est débordé et retient un adversaire, puis Benoît Bachelet cingle Jon Zwikel. Mais sur un contre grenoblois, Bergin réagit à un cross-check dans le dos non sifflé de Treille. Morzine est déjà en infériorité, Drouin commet une obstruction en zone offensive sur Wallin, et à cinq contre trois, Benoît Bachelet envoie un palet traînant en lucarne (1-4, 38'45"). Il est victime au passage d'un geste de frustration de Mille qui vient s'ajouter à la liste des prisonniers. Le tiers-temps s'achève dans la confusion. Zwikel doit même retenir son entraîneur Stéphane Gros, prêt à dire ses quatre vérités à M. Mendlowictz quand celui-ci sort de la glace.

Morzine-Avoriaz retrouve sa discipline au troisième tiers-temps et obtient la première supériorité après une obstruction de Bonnard qui pousse Pierre-Yves Albert sur la cage. Arto Miettinen entre en zone et décoche un slap inattendu dans le haut du filet de Ferhi (2-4, 42'45"). Après avoir montré une petite faiblesse sur ce tir en hauteur, le gardien français redevient un mur, une muraille mobile en l'occurrence qui se déplace parfaitement quand Zwikel sert Halttunen à 2 contre 1. Mais les joueurs français du HCMA, à la contribution parfois sous-estimée, ont décidé de ramener leur équipe dans le match. Cyril Trabichet gratte un palet face à Simon Bachelet le long de la bande, Mathieu Mille prend un lancer et Thomas Gueguen cueille le rebond du revers (3-4, 44'48"). La folie s'est emparée des Pingouins et Immonen tire même sur la transversale.

Le vrai test vient d'une obstruction de Pipa. Les Morzinois restent concentrés, et quand Halttunen perd le palet en zone offensive pour une dernière action grenobloise, Stevie Lyle lâche un rebond qui prend la direction de la ligne bleue mais s'avance face à Viktor Wallin pour un arrêt déterminant. Les rouges ont maintenant des ailes. Arto Miettinen, littéralement survolté depuis le début du tiers, dribble son défenseur et n'échoue que sur Ferhi. On rentre dans les dix dernières minutes et Amar retient un adversaire derrière sa cage, mais aucun lancer morzinois ne trouve la cible. Partie remise quand Broz fait obstruction sur Gueguen. Les unités d'infériorité numérique, avec Tartari, Treille puis Benoît Bachelet, réalisent alors un énorme boulot et ne laissent même pas le jeu de puissance local s'installer. Ces deux minutes de beau travail constituent sans doute le tournant de cette fin de match. Même si les Grenoblois n'arrivent plus à se dégager, les Morzinois n'ont plus le même peps. En plus, Gueguen est pénalisé pour cinglage. Lyle capte un lancer de Jönsson d'une belle mitaine, mais Pousset vient mettre un mauvais coup contre la bande. Morzine va-t-il finir en infériorité ? Non, car Hecquefeuille commet une obstruction sur une contre-attaque désespérée. Stéphane Gros peut donc faire sortir son gardien pour jouer à cinq contre quatre, et les Pingouins mettent la pression. Jean-François Bonnard ne sort pas ce palet qui vaut très cher, et Pierre-Claude Drouin dévie un tir d'Immonen dans les filets (4-4, 59'46").

La prolongation à quatre contre quatre donne lieu à une scène curieuse puisque les joueurs en prison ne sont pas autorisés à sortir alors qu'ils n'avaient pas pris de pénalités simultanées. Le HCMA y perd quelques secondes de supériorité et pourrait légitimement trouver à y redire. On a vu des prolongations rejouées pour moins que ça...

Dans ces moment décisifs, chaque équipe doit identifier ses meilleures forces. Morzine-Avoriaz ne tourne plus qu'à cinq arrières (sans Elian), tandis que Baptiste Amar ne semble plus quitter la glace côté grenoblois. Loin d'être plus ouvert, le jeu paraît étrangement plus bloqué, entre deux adversaires soucieux de ne pas commettre d'erreur. À mi-prolongation, Jonathan Zwikel réussir une entrée de zone, Dan Welch remet à la bleue pour le slap à la bleue victorieux de Santeri Immonen (5-4, 65'14").

Alors qu'ils semblaient incapables de sortir d'une spirale négative, de plus en plus acculés et faisant faute sur faute, les Morzinois ont su effacer tout ce qui avait précédé et revenir sur la glace avec le même esprit qu'au tout début de match, avant que le premier but ne les coupe net dans leurs intentions. Dans un bel élan collectif, ils ont pris de nouveau Grenoble à la gorge et ont provoqué un incroyable retournement de situation dont ils se savent capables. En quittant l'habit de victime pour celui d'acteur du jeu, le HCMA a repris un ascendant psychologique sur ses propres démons et n'a plus à avoir peur du déplacement dans l'Isère. La débauche d'énergie n'est pas toujours mauvaise conseillère.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Morzine-Avoriaz - Grenoble 5-4 après prolongation (0-1, 1-3, 3-0, 1-0)

Samedi 24 février 2007 à 20h30 au parc des sports de Morzine. 1278 spectateurs.

Arbitrage de Marc Mendlowictz assisté d'Éric Bouguin et Savice Fabre.

Pénalités : Morzine-Avoriaz 36' (12', 18', 6', 0'), Grenoble 24' (4', 12', 8', 0').

Tirs : Morzine-Avoriaz 31 (8, 11, 11, 1), Grenoble 26 (11, 10, 5, 0).

Évolution du score :

0-1 à 03'51" : Broz assisté d'Amar et Hecquefeuille (sup. num.)

0-2 à 29'21" : Broz assisté de Masa et Amar

0-3 à 32'38" : Masa assisté de Paquet

1-3 à 33'41" : Drouin assisté de Welch (sup. num.)

1-4 à 38'45" : B. Bachelet assisté de Jönsson (double sup. num.)

2-4 à 42'45" : Miettinen assisté de Halttunen (sup. num.)

3-4 à 44'48" : Gueguen assisté de Miettinen

4-4 à 59'46" : Drouin assisté d'Immonen

5-4 à 65'14" : Immonen assisté de Welch

 

Morzine-Avoriaz

Gardien : Stevie Lyle (sorti de sa cage de 59'27" à 59'46").

Défenseurs : Santeri Immonen - Nicolas Pousset ; Johan Ohlsson - Tony Bergin (C) ; Mathieu Mille - Christian Elian.

Attaquants : Pierre-Claude Drouin - Evan Cheverie - Dan Welch ; Niko Halttunen - Jonathan Zwikel (A) - Leos Pipa ; Thomas Gueguen - Arto Miettinen - Pierre-Yves Albert ; Cyril Trabichet.

Remplaçants : Olivier Courally (G), Éric Dupieux, Marc Billieras (A), Loïc Gaydon.

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Brad Woods ; Viktor Wallin - Jean-François Bonnard (A) ; Simon Bachelet - Teddy Trabichet ; Martin Millerioux - Antonin Manavian.

Attaquants : Patrik Valcak - Ludek Broz - Benoît Bachelet (C) ; Martin Masa - Roger Jönsson - Kévin Hecquefeuille ; Sacha Treille - Martin Paquet - Nicolas Antonoff ; Cyril Papa - Christophe Tartari (inf.) ; Jimmy Lindström (sup.).

Remplaçant : Frédéric Dorthe (G).

 

Retour à la Ligue Magnus