Metallurg Magnitogorsk - Ak Bars Kazan (10 avril 2007)

 

Finale de Superliga, match 3.

Et le grand cirque de la finale de la Superliga a quitté le Tatarstan pour s'installer dans l'Oural. Les deux premières rencontres à Kazan n'ont pu départager les deux adversaires, le Metallurg s'est imposé 5-2 dans la première manche et Ak bars a égalisé à une manche partout le lendemain en gagnant 5-1. Autre point commun entre les finalistes, tous deux évoluent dans une nouvelle, superbe et immense patinoire : Kazan dans la Tatneft Arena et Magnitogorsk dans la Metallurg Arena. Plus de 8000 spectateurs à chaque fois. Comme quoi prévoir grand, cela peut servir pour une finale. Non, non, je ne pense à rien de précis en disant cela... Pff...

Avant que ne débute le match, la polémique des gardiens rebondit dans les tribunes. À la fin de la deuxième manche à Kazan, les gardiens des deux équipes en sont venus aux mains. Dans le genre sévère comme explication ! Travis Scott, le Canadien, et Mika Noronen, le Finlandais, ont fait tomber les gants pour s'expliquer. Il a fallu que les deux juges de lignes se démènent pour les séparer. Du côté des Tatars, on accuse Scott d'avoir eu des paroles désobligeantes à l'encontre de son homologue. Les partisans de la panthère blanche ont donc déployés une banderole où il est écrit "Travis, le silence est d'or". Le tout dans la langue de Shakespeare afin d'être parfaitement compris par le natif de l'Ontario !

Quoi qu'il en soit, les deux gardiens sont bel et bien présents dans leurs cages respectives, il n'y a pas eu de suspension.

Mais cela n'empêche pas la tension d'être perceptible. D'entrée de jeu, dès la première minute, l'un des nombreux Dynamistes du Tatarstan, Alexandre Stépanov, est sanctionné d'une pénalité mineure. Cela permet aux locaux d'entrer parfaitement dans le jeu et de mettre le siège devant la forteresse tatare. Mais pour l'instant, les visiteurs tiennent le coup. Sauf qu'ils prennent encore une prison, peu de temps après avoir tué la première. C'est encore un Moscovite qui est sanctionné, mais celui là vient des Krylia Soviétov, c'est Mikhaïl Iounkov.

Les Ouraliens poursuivent donc leur marche en avant et s'ils ne réussissent pas à transpercer la défense adverse, ils se mettent en condition pour y parvenir plus tard. C'est ce qui fini par arriver par l'intermédiaire d'un autre ancien des KS, le défenseur Evgueni Varlamov d'un puissant tir de loin (1-0, 09'59"). On les locaux sent partis pour faire un match aussi plein que lors de la première manche de cette finale.

Cependant, il faut toujours se méfier des coups de griffes de la panthère endolorie. Trente secondes après l'ouverture du score, c'est au tour du défenseur de Magnitka, Vladimir Malenkikh d'être sanctionné. Le Metallurg bien regroupé autour d'un Scott impressionnant, résiste les deux minutes, mais se retrouve immédiatement à nouveau en infériorité à la 13e (Nourtdinov). Heureusement pour les locaux, cette infériorité est annulée juste après par une sanction identique à l'encontre du Tatar Alexeï Terechtchenko, avant que l'Ouralien Vitali Atiouchov ne rejoigne tout ce beau monde sur le banc des prisons. On ne joue donc pas beaucoup à cinq contre cinq, mais Ak bars ne profite pas des espaces et la défense ouralienne impressionne. Et le premier tiers se termine sur ce score de 1-0 en faveur d'une équipe de Magnitogorsk qui a parfaitement géré cette période.

Les pénalités vont cependant jouer leur rôle en début de deuxième période. Pas les quatre premières, mais la cinquième. Et c'est une fois de plus un tir lointain du défenseur Evgueni Varlamov qui trompe un Mika Noronen, visiblement fébrile (2-0, 35'16"). Et ce n'est pas terminé, trois minutes plus tard, une superbe entrée en zone de Nikolaï Koulémine fait à nouveau mouche. Le numéro 14 du Metallurg met dans le vent la défense tatare par un brusque freinage et un changement de trajectoire avant d'envoyer un missile en milieu de zone. Le palet rebondit sur Noronen, puis ricoche sur le poteau et rentre pour le 3-0 (3-0, 38'40"). Pas veinard, ou pas à l'aise, Mika Noronen est en tout cas sorti par son entraîneur, Zinetoula Bilaletdinov, qui fait entrer celui qui était déjà son gardien n2 au Dynamo, Alexandre Eremenko.

Quant à Nikolaï Koulémine, pas encore 21 ans, natif de Magnitogorsk, il éclabousse une fois de plus le championnat russe de son immense talent. Sa feinte de patinage est tout simplement splendide. Mais comment fait le Metallurg pour former un génie de classe mondiale tous les ans, après un certain Evgueni Malkine ? Les deux joueurs sont d'ailleurs nés à quelques jours de distance (Madame Soleil, y'avait-il la planète du puck dans l'orbite de la constellation de la crosse, dans le ciel de Magnitogorsk en juillet 1986 ?)

Avec un Noronen aux fraises, dépité, le regard vide, un Scott qui jubile sous son casque et qui multiplie les arrêts de classe (forcément, il lui suffit de jeter un il sur son rival qui dépérit sur son banc pour être aux anges...), un Koulémine sur une autre planète, il est évident que la troisième manche de cette finale a choisie son camp.

Que reste-t-il pour que tout soit définitivement clair ? Que le fantastique duo tchèque de Magnitogorsk s'y mette de son coup de patte ! Et c'est chose faite, dès le tout début de l'ultime période. Koulémine, encore lui, lance sur son aile droite Jan Marek totalement démarqué et lancé à toute vitesse. Le Tchèque n'hésite pas et tire en coin et de loin... et ça fait mouche (4-0, 40'16"). Eremenko ou Noronen, les Tatars accumulent les buts de loin. Mais ce n'est pas que la faute des gardiens. Où est la défense de Kazan, lourde et empotée ?

Un quatrième but encaissé au bout de seize secondes seulement dans le troisième tiers, cela a de quoi couper les jambes. Surtout que la panthère blanche n'a pas vraiment les moyens de se reprendre. Elle compte uniquement sur sa première ligne SMS... et cela peut suffire, tellement Morozov-Zinoviev-Zaripov sont une ligne "haut du panier" dans cette Superliga. Alexeï Morozov, en supériorité numérique, secoue donc le cocotier (dans l'Oural ? un cocotier ?), à la 44e, mais il échoue de près devant un super Scott. La solution intervient cependant quelques secondes plus tard. Zinoviev, de derrière la cage envoie une passe parfaite dans l'axe pour le Canadien Raymond Giroux. L'indispensable défenseur ontarien (vaguement passé par la LNH), certainement l'un des meilleurs renforts étrangers en Russie, ne se fait pas prier et transperce son compatriote pour le but de l'espoir (4-1, 43'17").

Enfin, de l'espoir, c'est bien pour que vous lisiez ceci jusqu'à la fin. Car sur la glace, le Metallurg ne paraît pas vraiment des plus affecté par ce but. Les Ouraliens attendent tout simplement que cela se termine. Ils bloquent les Tatars à la bleue et placent des contres dangereux comme ce "2 contre 1" à la 47e dont la conclusion frôle le poteau d'Eremenko. Et quand Kazan parvient à entrer dans la zone adverse, Travis Scott fait le reste avec talent, comme à la 49e devant Terechtchenko. Dans ces conditions, il "suffit" à Magnitka de tuer le temps. Ce que les Ouraliens parviennent à faire avec un talent des plus "vorobien" (Tiens, au fait qu'est-ce qu'il devient Peteris Vorobijevs ? Toujours stressé ?)

Le Metallurg est même à un chouia du coup de grâce à 57'58 lorsque M. Boulanov préfère siffler un "deux minutes" sur Andreï Pervychine plutôt qu'un penalty pour une faute évidente sur Rouslan Nourtdinov, abattu en plein vol, alors qu'il se présentait seul face à Eremenko.

Quoi qu'il en soit, avec trois buts d'avance et une supériorité numérique à deux minutes de la fin, le Metallurg est "peinard" et peut tranquillement attendre la sirène finale.

Je ne sais pas vous, mais moi, je le sens bien le nouveau titre de Magnitka. Et pas uniquement parce que c'est l'année des Rouges et Bleus qui ont beaucoup souffert et qui attendent un titre depuis longtemps !

Étoiles du match Sport Express : *** Evgeni Varlamov (Magnitogorsk), ** Travis Scott (Magnitogorsk), * Nikolaï Koulemine (Magnitogorsk).

Étoiles du match Sovietski Sport : *** Evgeni Varlamov (Magnitogorsk), ** Nikolaï Koulemine (Magnitogorsk), * Travis Scott (Magnitogorsk).

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Commentaires d'après-match

Evgeni Varlamov (défenseur de Magnitogorsk) : "Il y a une part de chance dans mes buts. Il y avait beaucoup de trafic devant Noronen. Je ne les aurais pas marqués sans mes partenaires : Tertyshny a été actif dans le slot pour masquer le gardien sur le premier but, et Gladskikh a fait pareil sur le second. Il y a une grande part de travail que le spectateur ne voit pas mais qui détermine le résultat final. Nous sommes restés attentifs jusqu'à la sirène pour ne pas répéter la situation vécue en demi-finale contre l'Avangard (score passé de 3-1 à 3-4 dans les dix dernières minutes). Nos défenseurs ont tous de petites blessures. Il ne sert à rien de s'y attarder, il faut se battre jusqu'au bout."

Aleksandr Eremenko (gardien de Kazan) : "Après avoir encaissé trois buts, nous ne pouvions plus faire grand-chose. Un tel retard dans un match de cette intensité ne se remonte généralement pas. Mais je suis content que les joueurs n'aient pas baissé les bras et aient même progressé sur la fin. le troisième tiers-temps a montré de quoi Ak Bars était capable. Je dois reconnaître que c'était difficile de remonter sur la glace. Je n'avais pas joué depuis longtemps, et le score de 0-3 pesait psychologiquement. Mais je suis bien rentré dans le match, même si j'ai pris un but stupide."

 

Metallurg Magnitogorsk - Ak Bars Kazan 4-1 (1-0, 2-0, 1-1)

Mardi 10 avril 2007 à la Metallurg Arena de Magnitogorsk. 8107 spectateurs.

Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (Moscou) assisté d'Aleksandr Kamurkin et Aleksei Anisimov (Moscou).

Pénalités : Magnitogorsk 18', Kazan 18'.

Tirs : Magnitogorsk 23 (10, 6, 7), Kazan 33 (5, 13, 15).

Évolution du score :

1-0 à 09'59" : Varlamov assisté de Kaïgorodov et Gladskikh

2-0 à 35'16" : Varlamov assisté de Tertyshny (sup. num.)

3-0 à 38'40" : Kulemin assisté de Marek et Kudrna

4-0 à 40'16" : Marek assisté de Kulemin et Atyushov

4-1 à 43'17" : Giroux assisté de Morozov et Zinoviev (sup. num.)

 

Metallurg Magnitogorsk

Gardien : Travis Scott.

Défenseurs : Evgeni Varlamov (C) - Vitali Atyushov ; Aleksandr Seluyanov - Vladimir Malenkikh ; Vyacheslav Zavalnyuk - Evgeni Biryukov ; Anton Poleshchuk.

Attaquants : Jan Marek - Jaroslav Kudrna - Nikolai Kulemin ; Aleksei Tertyshny - Aleksei Kaïgorodov - Evgeni Gladskikh ; Ruslan Nurtdinov - Igor Korolev - Denis Platonov ; Ravil Gusmanov - Dmitri Pestunov - Eduard Kudermetov.

Remplaçant : Anton Khudobin (G). Absents : Vladislav Bulin (fracture de la mâchoire), Rinat Ibrahimov (commotion cérébrale), Anton Glovatsky (commotion cérébrale).

Ak Bars Kazan

Gardiens : Mika Noronen puis Aleksandr Eremenko à 38'40".

Défenseurs : Vitali Proshkin - Raymond Giroux ; Andreï Pervyshin - Ilya Nikulin ; Igor Shchadilov - Jan Novak ; Gennadi Razin - Evgeni Ryasenski.

Attaquants : Danis Zaripov - Sergei Zinoviev - Aleksei Morozov (C) ; Vladimir Vorobiev - Aleksei Tereshchenko - Aleksandr Stepanov ; Dmitri Kazionov - Aleksei Badyukov - Mikhaïl Zhukov ; Igor Musatov - Mikhaïl Yunkov - Dmitri Obukhov.

Absent : Enver Lisin (mis à l'écart).

 

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