Spartak Moscou - Salavat Yulaev Ufa (10 janvier 2008)

 

Match comptant pour la quarante-et-unième journée de Superliga russe.

Ce match aurait dû être placé sous le signe de la légèreté et du plaisir. En une période où Moscou est quasi-vide, les Russes étant dans en pleine "sainte trinité" de la beuverie (jour de l'an - Noël Orthodoxe - Ancien jour de l'an, selon l'ancien calendrier), c'est un jeu d'enfant de se déplacer dans la capitale russe et d'aller jusqu'à Sokolniki pour une alléchante affiche de la Superliga.

D'un côté, "l'équipe du peuple" (c'est même marqué sur le maillot du Spartak : Narodnaïa Komanda) qui vient de réussir un super exploit pour un promu mal classé d'aller gagner (1-0) chez le second le SKA de Gazpromgrad, euh pardon de Saint-Pétersbourg. De l'autre, le leader incontesté du championnat, le Salavat Ioulaiev d'Oufa et ses pétro-roubles bachkires qui vient de se faire battre à la maison (0-2) par un autre mal classé : le Vitiaz région de Moscou.

Tout cela pourrait être alléchant. Sauf que...

Sauf que le sport russe est vérolé par la violence des hooligans du foot, ultranationalistes et bagarreurs. Et ces "supporters" du foot profitent chaque année de la trêve de la "Premier league" (ouais, comme en Angleterre !) pour aller se défouler au hockey. D'habitude, cela met de l'ambiance, même si l'on ne peut s'empêcher d'avoir un haut le cur comme cette fois il y a une ou deux saisons où j'avais vu à Sokolniki des cranes rasés quelques rangs plus bas faire le salut nazi lors de l'hymne russe en brandissant bien haut leurs écharpes du Spartak foot...

Sauf que lors de la dernière journée cela a dégénéré avec des bagarres extrêmement violentes à Saint-Pétersbourg entre fans des clubs de foot du Zénith de Saint-Pétersbourg (champions 2007) et ceux du Spartak venu dans la capitale du Nord en découdre, à l'occasion du déplacement du Spartak hockey...

Tout cela vous donne envie d'emmener vos enfants voir un match de hockey ? De devoir subir les fouilles à l'entrée, la police montée aux alentours de Sokolniki ? Pas moi !

Cela sera donc devant la télévision ! Et pas de regrets dès les premières images de la chaîne "Sport", tout une tribune des Sokolniki est envahie par les supporters du Spartak foot... Vivement la reprise du championnat des manchots...

Sur la glace, c'est le Spartak qui attaque patin au plancher. Dès les premières secondes, les locaux font le siège de la cage de Vadim Tarassov. Le défenseur Nikolaï Siomine est même dangereux de la bleue à la 4e. Le jeu est très rapide est va d'une cage à l'autre. On sent que la première erreur sera fatale. Elle sera spartakiste ! Une attaque contrée en zone neutre par l'ancien du Canadien de Montréal, Alexandre Péréjoguine, permet à l'ex-Dynamiste passé par Kazan, Vladimir Vorobiev de se présenter tout seul devant Evgueni Lobanov et d'ouvrir le score.

Les visiteurs mènent 1-0... Pas pour longtemps ! Moins de quarante secondes plus tard, c'est au tour de la défense bachkire de commettre une erreur. Une relance plein axe qu'intercepte l'autre Vorobiev (Pavel, originaire du Kazakhstan) et qui lance Koukhtinov pour l'égalisation.

Mais comme nous sommes en période de fête, les cadeaux ne sont pas finis ! C'est l'excellent défenseur canadien Jamie Rivers (cela fait deux matches que je le vois jouer et je le trouve parfait... sauf là) qui se fait coincer dans la bande et qui voit sa passe derrière la cage de son gardien "volée" par Péréjoguine qui redonne l'avantage aux visiteurs (1-2). Et ce n'est pas terminé : deux minutes plus tard, un contre mené par l'indispensable Rouslan Nourtdinov crée le surnombre. Ce dernier peut alors passer à Nikolaï Zavaroukhine qui fusille Lobanov pour le 1-3. Un but par deux joueurs formés à Oufa.

L'un des Tchèques d'Oufa étant sanctionné (le défenseur Radek Filipp à la 15e), le Spartak s'installe alors dans sa zone offensive et tente de recoller au score. Mais Vadim Tarassov répond présent. Plus grave pour les rouge et blanc, lors de la prison bachkire suivante, à la 19e (le défenseur Andreï Kouteïkine), ce sont les visiteurs qui placent un contre meurtrier par Vladimir Antipov sur une passe du défenseur tchèque Miroslav Blatak, en provenance de Zlin. 1-4 à la pause. L'exploit du Spartak au SKA aura du mal à être reproduit...

Le Spartak ne s'avoue pourtant pas vaincu. Il se lance à l'attaque des cages bachkires. Le problème est qu'il le fait d'une manière un peu désordonnée. Et face à une équipe qui domine la saison régulière de la Superliga... Un premier contre d'Oufa passe juste à côté... Le suivant est le bon. Andreï Sidiakine (lui aussi formé à Oufa...) a un boulevard devant lui, il se présente seul devant Lobanov et loge la rondelle dans la lucarne gauche du gardien moscovite pour le 1-5, alors qu'on ne joue que depuis 1'40 dans ce tiers...

Et la danse bachkire continue. Une minute plus tard, le Spartakiste Dimitri Melechko (Bélarussien qui jouait l'an passé... à Oufa !) écope de deux minutes de prison. Une seule suffit à Vladimir Antipov pour clouer le cercueil (1-6). L'entraîneur tchèque du Spartak, Milos Riha, sort alors son gardien Evgueni Lobanov (pas chanceux, et souvent abandonné par sa défense) et fait entrer Alexandre Poloukeiev, l'an passé à Belgorod en Vyschaïa Liga.

Le Spartak ne veut cependant pas s'écrouler. Dans la minute suivante, profitant d'une supériorité, "l'équipe du peuple" revient au score grâce à l'autre "club populaire", les Krylia Sovietov évidemment ! Un but signé KSM ! Le défenseur Léonid Kanareïkine (formé aux KSM et l'an passé à Oufa !) lance Ilia Dokchine (l'an passé aux KSM) pour un but de près qui permet au Spartak de "revenir" à 2-6. Et même à 3-6, cinq minutes plus tard, une fois encore en supériorité avec un tir contré du capitaine spartakiste Viatcheslav Belov (lui aussi à Oufa l'an passé !) sur une belle action de Jamie Rivers que je préfère comme cela !

Le Salavat Ioulaiev sent alors qu'il doit mettre le pied sur le ballon (pour que les supporters de foot du Spartak "comprennent"). Le leader de la Superliga calme le jeu, contrôle la rondelle et attend sagement la seconde pause qui s'achève comme la première avec trois buts d'avance pour les visiteurs.

Une maîtrise des évènements qui va se poursuivre durant le dernier tiers. Comme si chacun était content de son sort ou au moins résigné face à lui. Le Salavat Ioulaiev car il se dirige vers la victoire et le Spartak car il a "prouvé" en revenant de 1-6 à 3-6 qu'il avait du cur.

L'ultime période ne donne donc pas grand-chose. Le Spartak tente bien de secouer le bananier bachkire (euh, dans le bassin de la Volga, des bananes...), mais le leader contre et attend sagement la fin. Oufa fait même mieux que cela. Une échappée de Rouslan Nourtdinov à la moitié du tiers (sic) donne encore plus d'ampleur à la victoire bachkire (3-7). Tout est dit, il ne s'agit plus que d'attendre la sirène, qui arrive comme d'hab' à 60'00 !

Les choses sont redevenues normales. Le Spartak n'a pas réédité son exploit face à une équipe du haut du classement et le leader Oufa a prouvé que sa défaite contre le Vitiaz était un accident. Quant aux supporters du Spartak foot, n'ayant pas de rivaux à Oufa, ils ont chanté tout le match...

Étoiles du match Sport-Express : *** Alexandre Péréjoguine (Salavat), ** Nikolaï Zavaroukhine (Salavat), * Rouslan Nourtdinov (Salavat).

Compte-rendu signé Bruno Cadene

 

Commentaires d'après-match

Milos Riha (entraîneur du Spartak) : "Le Salavat Yulaev a joué les contre-attaques avec talent, notamment en première période. On a parfois l'impression de voir une équipe monter sur la glace une journée puis une toute autre équipe lors de la journée suivante. À Saint-Pétersbourg, nous avons joué en défense de façon extrêmement stricte, en appliquant les consignes. Cette fois, les joueurs ont cru qu'ils étaient très doués et que c'était eux les leaders du championnat."

Sergei Mikhalev (entraîneur du Salavat Yulaev) : "À notre surprise, les buts ont été donnés facilement. J'ai eu comme la sensation que tous les palets qui n'ont pas voulu rentrer contre le Vityaz au match précédent sont rentrés contre le Spartak. Le suspense était mort à 1-6 au début de la deuxième période. Notre équipe a toutefois trop facilement rendu l'initiative aux locaux."

 

Spartak Moscou - Salavat Yulaev Ufa 3-7 (1-4, 2-2, 0-1)

Vendredi 11 janvier 2008 à 19h00 au palais de glace Sokolniki. 3200 spectateurs.

Arbitrage de Sergei Semionov (Moscou) assisté de Dmitri Nesterov (Kazan) et Piotr Alioshin (Saint-Pétersbourg).

Pénalités : Spartak 10', Salavat Yulaev 18'.

Tirs : Spartak 38 (13, 14, 11), Salavat Yulaev 32 (10, 13, 9).

Évolution du score :

0-1 à 06'06" : V. Vorobiev assisté de Perezhogin

1-1 à 06'41" : Kukhtinov assisté de P. Vorobiev

1-2 à 08'57" : Perezhogin

1-3 à 10'15" : Zavarukhin assisté de Nurtdinov

1-4 à 18'38" : Antipov assisté de Blatak (inf. num.)

1-5 à 21'39" : Sidiakin assisté de Zavarukhin

1-6 à 23'15" : Antipov assisté de Blatak et Tverdovsky (sup. num.)

2-6 à 24'40" : Dokshin assisté de Kanareïkin et Siomin (sup. num.)

3-6 à 31'36" : Belov assisté de Mialeshka et Rivers (sup. num.)

3-7 à 50'31" : Nourtdinov

 

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