Metallurg Magnitogorsk - Salavat Yulaev Ufa (10 décembre 2008)

 

Ligue des Champions, demi-finale aller.

Maîtrise tactique

Petit duel entre amis russes pour cette demi-finale mettant aux prises le Metallurg, leader de sa division en KHL, et Ufa, qui n'est ni plus ni moins que le leader de cette même compétition. Les deux équipes n'ont guère tremblé durant la première phase de la compétition, et tout le monde s'attend à un match serré, où la défensive risque de prendre le pas sur les attaquants.

Effectivement, l'entame de match n'est guère mouvementée. Les deux équipes semblent s'observer et ce n'est pas le tir de Leos Cermak, complètement excentré sur la droite peu avant la fin de la première minute, qui va réveiller la foule. Le constat est simple : les deux équipes se neutralisent au niveau de la ligne bleue. La première solution envisagée pour tenter de passer et d'envoyer le palet au fond, chose que tente le Metallurg. Mais, une fois la bleue franchie, les attaquants se retrouvent confronté à un mur de trois voire quatre joueurs... Infranchissable ! Du coup, peut être vaut-il mieux tenter sa chance par des tirs lointains. Jan Marek est le premier à s'essayer mais Eremenko capte le palet en deux temps. Dans la foulée, c'est Vladimir Antipov qui réplique, mais le portier de Magnitogorsk veille.

Les joueurs des deux équipes ne prennent que peu de risque et il est difficile d'espérer une erreur de l'adversaire dans ces conditions. Pourtant, à la sixième minute, un défenseur local tente de pivoter sur une pièce de 5 centimes (à moins que ça ne soit des roubles, difficile à dire) et laisse échapper le palet. Aleksandr Radulov, l'ailier droit d'Ufa, récupère le palet, efface Varlamov en le prenant à contrepied, et tente de loger le palet dans la lucarne opposée, mais Ilya Proskuryakov repousse du bouclier. On assiste ensuite à une énième percée d'Aleksei Tereshchenko, qui envoie au fond... On pense que le portier local va s'emparer tranquillement de la rondelle mais celle-ci rebondit juste avant sa palette ! Du coup, Tereshchenko et Proskuryakov se retrouvent à la lutte, crosse contre crosse, pour la possession du puck, remportée finalement par le gardien.

La première indiscipline est sifflée peu après la mi-tiers et frappe Cermak pour faire trébucher. Le jeu de puissance de Magnitogorsk s'installe mais aucun tir ne vient perturber le gardien adverse. Ufa parvient même à se dégager et les bleus doivent repartir de l'arrière. Jan Marek récupère le palet dans sa zone, accélère, se débarrasse de trois joueurs et place le palet à mi-hauteur, sur la droite d'Eremenko ! But ? Non, car un des coéquipiers de Marek se trouvait hors jeu pour quelques millimètres, voire moins (11'32")... Magnitogorsk aura encore la chance de montrer ses compétences en power-play puisque Proshkin s'en va en prison, offrant ainsi un 5 contre 3. Mais les locaux ont du mal, beaucoup de mal, à trouver la faille au travers des trois défenseurs acculés devant leur but. Le tiers se conclut sans grandes animations, tout juste retiendra-t-on le petit récital de Grigorenko pour Ufa, qui parvient à se retourner pour prendre un joli shoot. Un premier tiers sans grande saveur et qui se termine sur un score nul et vierge...

La deuxième période commence avec la première supériorité numérique des visiteurs, puisque Malenkikh s'est fait attraper par la patrouille sur la sonnerie finale, mais Aleksei Tereshchenko rate une occasion en or : Vladimir Vorobiev, s'infiltre, attire à lui le dernier défenseur et le gardien et sert au second poteau un Tereshchenko qui manque la cage grande ouverte devant lui (22'16") !

Une fois revenus à égalité, ce sont les locaux qui sont les plus prompts à se ruer à l'attaque. Jan Marek, une fois de plus, perce la défensive adverse, mais Proshkin ne le laisse pas tranquille et lui assène un coup de crosse dans le dos, envoyant l'attaquant contre la balustrade. S'ensuit une période d'échange d'amabilités où Steven McCarthy pourra faire admirer ses facultés pugilistiques... Le temps que l'arbitre distribue les pénalités et voilà Ufa en double infériorité numérique. Une chance pour les bleus ? Même pas, tant ils seront de nouveau fébriles devant le filet. Le meilleur exemple sera ce tir à mi-distance de Malenkikh que le portier adverse repousse dans la crosse de Kaigorodov, mais celui-ci se troue et envoie le palet dans les airs... Magnitogorsk s'épuise à chercher une brèche dans le système mis en place par Ufa. Marek n'a donc pas d'autre solution que de continuer à allumer Eremenko sitôt la ligne bleue franchie. La défense en triangle des visiteurs est étouffante pour les attaquants adverses qui ne peuvent s'approcher au plus près du but... Du coup, une fois piégé, Magnitogorsk perd le palet et s'expose aux contres des blancs et bleus.

C'est tout d'abord Nurtdinov qui s'infiltre, tente de lever le palet pour passer par-dessus la jambière du gardien, mais Proskuryakov s'est suffisamment avancé pour empêcher le déclenchement du mouvement final. Deux minutes plus tard, c'est Sidyakin qui intercepte le palet, et fonce dans la zone adverse. Il est accroché mais ne tombe pas, offrant l'opportunité à Eremenko de sortir. Le défenseur Miroslav Blatak se précipite sur la glace, récupère le centre de Sidyakin, et d'un joli revers, envoie le palet dans la lucarne opposée (0-1, 35'34"). Enfin, le score est ouvert, obligeant Magnitogorsk a se ressaisir. Mirnov fait le tour de la cage, sert Platonov qui shoot de près. Eremenko détourne le palet sur la transversale et le rebond vient heurter l'arrière de sa mitaine pour un sauvetage pour le moins peu académique.

La pression s'accentue sur le but d'Ufa mais Eremenko reste solide. C'est une fois de plus en contre que les visiteurs vont faire mouche : Tereshchenko transperce la défense à plat de Magnitogorsk, remet en retrait plein axe pour le lancer surpuissant de Perezhogin qui trompe Proskuryakov (0-2, 37'42"). Les locaux ne savent plus trop comment réagir puisqu'à chaque fois qu'ils parviennent à s'installer dans la zone adverse, ils s'exposent aux contres comme celui de Nurtdinov qui tente de copier le but précédent en servant dans son dos Sidyakin, mais le portier des bleus capte enfin le palet. Le Metallurg devra mettre à profit la dernière pause pour tenter de mettre au point un schéma offensif ne laissant plus la place aux contres de plus en plus efficaces de l'adversaire.

Un dernier vingt qui commence avec le seul homme qui semble pouvoir faire la différence du côté du Metallurg : l'international tchèque Jan Marek, complètement excentré sur la gauche, qui envoie un missile capté par Eremenko. C'est ensuite aux visiteurs de réagir... en contre bien sûr ! Tereshchenko remet une fois de plus en retrait, et plein axe toujours, pour Perezhogin qui lance au but, Radulov récupère le rebond mais la défense bleue est là pour repousser.

La défense d'Ufa se porte toujours aussi bien, merci pour elle. Elle se retrouve pour la troisième fois du match en double infériorité mais ça n'est pas pour autant qu'elle va craquer. Côté Magnitogorsk, personne ne semble vouloir prendre la responsabilité de tirer et c'est comme ça que leurs interminables séances de passes croisées se terminent toujours par une déviation de la crosse d'un défenseur adverse. Tout juste Mirnov aura-t-il l'occasion de se signaler en parvenant à se retourner et à tirer pour la seule et unique fois de cette double supériorité.

Par la suite, le jeu semble un peu s'endormir tant la domination défensive d'Ufa étouffe les locaux. Bien sûr, ces mêmes visiteurs restent dangereux en contre, une première fois par le duo Tereshchenko-Radulov, puis par un joli jeu en triangle Taratukhin-Vorobyev-Grigorenko, mais ils semblent surtout vouloir tenir le score. Peu avant l'entame de la dernière minute, petite altercation entre Grigorenko et Rolinek qui finissent tout deux le match en prison. Cette situation de quatre contre quatre est à l'avantage de Magnitogorsk. L'inévitable Marek rentre en zone offensive, remet derrière lui à Platonov qui lui rend aussitôt la rondelle ; Marek contrôle et effectue une passe latérale qui tombe au millimètre sur la palette de Kaigorodov qui crucifie de ce one-timer le pauvre Eremenko...

Un but sans incidence puisque la différence de buts ne compte pas au retour. Une victoire du Metallurg au retour, quel que soit le score, provoquerait des tirs au but. Mais peut-il gagner à Ufa, qui a dominé tactiquement et physiquement ? Magnitogorsk, impuissant, aura tiré plus souvent au but que son adversaire mais sans jamais de manière à faire trembler le solide édifice mis en place par Sergeï Mikhalev... sauf, bien sûr, sur ce dernier but tardif.

Compte-rendu signé Alex Mondin

 

Commentaires d'après-match

Valeri Belousov (entraîneur de Magnitogorsk) : "Nous avons mal joué en supériorité numérique. En deuxième période, les joueurs se sont précipités, leur actions manquaient de fraîcheur. Sur le premier but, Simakov n'a pas tenu son marquage jusqu'à la fin. Sur le deuxième but, c'est Chistov qui a lâché le sien. C'est ce que je dis toujours : le principal danger n'est pas le joueur qui a le palet, mais ceux qui ne l'ont pas. À mon avis, Ilya [Proskuryakov] a fait un bon match. Je n'ai pas de reproches à lui formuler."

Sergei Mikhalev (entraîneur d'Ufa) : "Notre principale tâche était de jouer de façon sûre en défense. Notre adversaire a fait une très bonne première période. Nous avons pris beaucoup de pénalités, mais je suis content pour les gars, ils ont tenu. Nous avons su exploiter les erreurs adverses. C'est une victoire très importante. Au retour, tout dépendra de la condition physique des joueurs. Nous avons un calendrier serré, jouant presque tous les deux jours."

 

Metallurg Magnitogorsk (RUS) - Salavat Yulaev Ufa (RUS) 1-2 (0-0, 0-2, 1-0)

Mercredi 10 décembre 2008 à 20h00 à l'Arena-Metallurg. 7750 spectateurs.

Arbitrage d'Ole Stian Hansen (NOR) et Danny Kurmann (SUI) assistés de Milan Masik et Miroslav Valach (SVK).

Pénalités : Magnitogorsk 14' (2', 8', 4'), Ufa 22' (4', 12', 6').

Tirs : Magnitogorsk 37 (12, 12, 13), Ufa 25 (8, 10, 7).

Évolution du score :

0-1 à 35'34" : Blatak assisté de Sidyakin et Medvedev

0-2 à 37'42" : Perezhogin assisté de Tereshchenko

1-2 à 59'41" : Kaigorodov assisté de Marek et Platonov

 

Metallurg Magnitogorsk

Gardien : Ilya Proskuryakov.

Défenseurs : Vitali Atyushov (C) - Evgeni Varlamov ; Vladimir Malenkikh - Evgeni Biryukov ; Vladislav Bulin (A) - Aleksandr Seluyanov.

Attaquants : Tomas Rolinek - Jan Marek - Jaroslav Kudrna ; Denis Platonov - Aleksei Kaigorodov (A) - Igor Mirnov ; Stanislav Chistov - Nikolai Zavarukhin - Aleksei Simakov ; Evgeni Fedorov - Denis Khlystov - Konstantin Pushkarev.

Remplaçant : Andrei Mezin (G), Rinat Ibrahimov, Karel Pilar. Absents : Anton Glovatsky, Mikhaïl Churlyaev (blessés), Ravil Gusmanov (échangé cette semaine au Traktor Chelyabinsk contre Vadim Shakhraïchuk, non qualifié en CHL).

Salavat Yulaev Ufa

Gardien : Aleksandr Eremenko.

Défenseurs : Vitali Proshkin - Steven McCarthy ; Miroslav Blatak - Andrei Kuteykin ; Kirill Koltsov - Oleg Tverdovsky.

Attaquants : Aleksandr Perezhogin - Alekseï Tereshchenko (A) - Aleksandr Radulov ; Leos Cermak - Michal Mikeska - Vladimir Antipov (C) ; Igor Grigorenko - Andreï Taratukhin (A) - Vladimir Vorobiev ; Andrei Sidyakin - Aleksei Medvedev - Ruslan Nurtdinov.

Remplaçants : Vadim Tarasov (G), Egor Kuptsov, Artem Gordeev. Absents : Aleksei Shkotov (convalescent), Konstantin Koltsov (genou), Petr Vampola (non qualifié en CHL), Igor Shchadilov (opéré de l'œil), Mikhaïl Chernov (blessé), Sergei Klimentiev (recruté cette semaine, trop tard pour être qualifié en CHL).

 

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