Chamonix - Berliner SC (30 octobre 1931)

 

Match amical.

Nous avons assisté hier soir, au Palais des Sports, à une rencontre splendide entre l'équipe du Club des Sports de Chamonix et celle du Berliner Schlittschuh de Berlin. On peut sans exagération dire que c'est la première fois que l'on voit sur la nouvelle patinoire parisienne un match de hockey sur glace joué de façon impeccable par les deux équipes en présence : aucune brutalité, une très grande mobilité, une technique parfaite, voilà les bases sur lesquelles s'appuya cette partie.

Le C.S. Chamonix a perdu par trois buts à un, certes, mais on peut dire que jamais il ne fut dominé, et si le gardien de ses buts, Payot, fut par deux fois très malheureux, il faut reconnaître qu'il sauva en de nombreuses occasions les filets qu'il avait mission de défendre. Quant à la ligne d'attaque des champions de France, elle mérite les plus grands éloges. Bien emmenée par Hassler, Simond ou Muntz, elle se montra, en technique pure, supérieure à son adversaire. Enfin la défense joua avec un courage inouï. Nous n'avons pas encore parlé de Léon Quaglia, disons simplement qu'il fut le meilleur joueur sur la piste et que ses offensives personnelles, aussi bien que les attaques qu'il sut amorcer, lui valurent des ovations tout à fait méritées.

Du côté berlinois, le premier homme à féliciter est sans aucun doute le gardien de but, Gerhard Ball. Ses camarades peuvent le remercier, c'est à lui avant tous autres que les Allemands doivent leur belle victoire d'hier. À l'attaque, Rudi Ball et Jaenecke se distinguèrent par leur allant et la précision et la dureté de leurs essais au but. Il y a eu entre eux une énorme qualité que nous devons reconnaître à l'équipe du Berliner, c'est leur science de la défense et la rapidité, en cas de danger, que montrent tous ses joueurs pour se replier près de leurs buts.

La première cause de la défaite de Chamonix, hier, est toute morale puisqu'elle ne relève uniquement que de la malchance. À maintes reprises, par des attaques merveilleusement conduites et des passes d'une très belle conception et d'une exécution parfaite, les champions de France arrivèrent devant les buts berlinois après avoir complètement dérouté leurs adversaires. À plusieurs reprises, leurs essais, bien "tirés", rencontrèrent une crosse, un corps ou passèrent à quelques centimètres des buts. Sur la fin de la partie surtout, les joueurs de Chamonix conduisirent le jeu à leur guise jamais il ne purent réaliser, faute de cet appoint de chance indispensable dans des batailles sportives aussi serrées.

Il est cependant une autre cause, matérielle celle-là, à leur défaite. Devant la fougue des attaquants allemands, les Français ne surent pas toujours organiser leur défense et firent preuve en maintes occasions d'un néfaste énervement. Cela leur coûta une victoire qu'ils eussent pu remporter, car du point de vue technique ils se montrèrent légèrement supérieurs à leurs vis-à-vis.

En résumé, disons que le spectacle fourni par cette lutte ardente, mais d'une extrême loyauté, entre les champions de France et les champions d'Allemagne, a été de toute beauté et que le hockey sur glace de Chamonix s'est montré égal à celui d'Allemagne, c'est-à-dire au meilleur hockey sur glace d'Europe.

Les buts pour Berlin furent marqués par Rudi Ball (1) et Jaenecke (2). Ce fut Muntz qui réalisa le but pour Chamonix.

Article publié dans Le Figaro le 31 octobre 1931

 

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