Chamonix - Droit au but (29 janvier 1932)

 

Match international féminin comptant pour le Challenge Guérard.

Est-il tâche plus ingrate, pour un chroniqueur sportif, que de rendre compte d'un match entre équipes féminines ? La galanterie voudrait que l'on ne distribue que des fleurs et, pourtant, une saine critique étant plus utile que beaucoup de louanges, il m'apparaît nécessaire de faire ici une critique sévère de la rencontre.

Disons, tout d'abord, que l'on attendait ce match avec impatience. Et nos jeunes patineuses chamoniardies se présentèrent sur la glace avec une petite pointe d'émotion bien compréhensible, à l'idée d'affronter les D. A. B. - lisez Droit au But — la belle équipe parisienne, dirigée par une jeune sportive, véritable ténor féminin du hockey sur glace, Mlle Jacqueline Mautin. La sévère leçon infligée par Paris aux Anglaises, la veille, n'était pas faite non plus pour rassurer les Edelweiss.

Le public, mis en goût par la rencontre d'hier, était venu encore plus nombreux ; la grande tribune était pleine, comme lors des grandes rencontres internationales. Léon Quaglia voulut bien accepter la difficile tâche d'arbitrer le match ; il le fit avec beaucoup de tact et beaucoup d'intelligence.

La formation des D. A. B. était la suivante : Jacqueline Mautin, capitaine ; Claudie Baumgarten, Nicole Andrée, Christiane Daumont, Simone Foix, Jacqueline Pouquet, Francette Boutelle et Jeanne Vassal.

Chamonix mettait en ligne : Ida Claret, capitaine ; Suzanne Trappier, Mme Guérard, Berthe Claret, Alice Quaglia, Lucette Tollin, Jacqueline Picaud, Jeanne Weissen, Andrée Clément-Bayard et Jeanne Taberlet.

Dès la première manche, on eut l'impression très nette que Paris ne dominerait pas aussi facilement Chamonix qu'il avait triomphé de Londres. En outre, le jeu fut mené à très vive allure, chose que l'on n'avait jamais vue dans les rencontres féminines. À aucun moment, la partie ne manqua d'intérêt. Paris se montra, dans l'ensemble, nettement supérieur, mais Chamonix, qui a fait de très gros progrès depuis l'an passé, ne se laissa pas dominer. Le D. A. B. usa d'une tactique excellente : les ailes passèrent le palet continuellement à Jacqueline Mautin, virtuose des dribblings et de beaucoup plus rapide que ses adversaires ; inlassable, cette belle joueuse menaça continuellement nos buts. Mais applaudissons de tout cœur à la belle partie de la gardienne de but de Chamonix, qui arrêta de nombreux et difficiles shoots avec une précision étonnante.

La première manche, malgré de belles attaques de l'avant-centre chamoniard, Ida Claret, pilier de l'équipe locale, se termina sans résultat de part et d'autre. La deuxième manche devait être encore plus animée que la première. Du côté de Paris, Jacqueline Mautin et la toute jeune Francette Boutelle firent des étincelles. Ida Claret essaya, mais en vain, de forcer la bonne défense parisienne. Chamonix ne joua pas assez en formation et surtout ne se replia pas assez rapidement après les attaques, laissant le champ libre à Mlle Mautin. Les joueuses manquèrent un peu de discipline et ne restèrent pas assez à leur place. Après tant d'autres, une admirable descente de Mlle Mautin devait avoir un résultat ; un puissant shoot, trompa notre gardienne de but et entra aisément dans les filets de Chamonix. La deuxième manche se termina donc sur le score de un à zéro en faveur de Paris.

Troisième manche aussi animée queles précédentes ; mais les deux capitaines des équipes sentirent un peu de fatigue après les beaux efforts faits des deux côtés. Par moment, les arrières de Paris firent de belles et rapides descentes. Jacqueline Mautin réussit encore à placer un but ; le palet, bien arrêté par le goal chamoniard, rebondit au-dessus de la crosse et pénétra dans les filets. La fin de la partie devait être sifflée peu après, sans que Chamonix ait réussi à marquer. Le public applaudit sans partialité les exploits des deux camps et les prouesses de Mlle Mautin.

Compte-rendu de Roger Frison-Roche dans le Petit Dauphinois

 

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