Tchécoslovaquie - URSS (3 septembre 1976)

 

Match comptant pour la première journée de la Coupe Canada 1976.

L'équipe soviétique est un peu l'inconnue du tournoi, car elle a laissé à la maison tous ses meilleurs joueurs, les Vladimir Petrov, Boris Mikhaïlov, Aleksandr Yakushev, Vladimir Shadrin, Yuri Liapkin, Vyacheslav Anissin, Guennadi Tsygankov. Qui plus est, Vladimir Kharlamov s'est cassé les deux chevilles dans un accident de voiture et ce sont les trois membres de la meilleure ligne du hockey mondial qui manquent à l'appel. Quant à Tretiak et Vikulov, sans qui on aurait vraiment pu parler d'équipe B, ils n'ont été intégrés dans la sélection que sur l'intervention d'Anatoli Tarasov, le patriarche du hockey russe toujours écouté.

On dit d'ailleurs que ce sont les luttes d'influence entre les différents pouvoirs qui ont provoqué cette grande lessive dans la sélection. En effet, l'entraîneur du Dynamo Riga, Viktor Tikhonov, a pour la première fois la charge de l'équipe nationale pour ce tournoi, mais ce n'est qu'un intérim car Boris Kulagin la récupèrera pour les championnats du monde. Il se murmure donc que ce dernier n'aurait pas voulu offrir sur un plateau à Tikhonov une équipe aussi forte. Officiellement, toutefois, c'est la fatigue mentale des vedettes qui est à l'origine de leur mise à l'écart. En clair, ces messieurs ont un peu pris la grosse tête, las des exigences de l'entraîneur, et ne se remettent pas assez en question. On a vu le résultat aux championnats du monde avec leur défaite contre la Pologne.

Les Canadiens accusent quant à eux les Soviétiques de faire exprès d'envoyer une équipe expérimentale pour diminuer la portée d'une prévisible victoire canadienne. Il faut dire que l'URSS s'est fixée comme première priorité de reconquérir son titre de championne du monde, que lui a pris justement la Tchécoslovaquie.

Sur la glace neutre de Montréal, le duel Tchécoslovaquie-URSS est beaucoup moins tendu que d'habitude, comme si les réminiscences du printemps de Prague avaient été laissées en Europe. Le public canadien assiste donc à un très beau match, sans provocations inutiles entre joueurs lorsque le jeu est arrêté. Place est faite avant tout à un jeu ouvert, précis, avec très peu de déchet. Le hockey pratiqué est si élégant et artistique que l'on entend des spectateurs crier des "Bravo !" incongrus dans des tribunes de hockey. Le jeu collectif est si pur et parfait qu'on ne comptera que cinq hors-jeu dans cette partie, contre plus de vingt en moyenne pour un match de NHL.

C'est Milan Nový qui ouvre le bal après douze minutes de jeu en prenant son propre rebond à la suite d'un débordement sur la gauche du capitaine František Pospíšil. Celui-ci marque le but qui enfonce les Soviétiques à la dernière minute du premier tiers-temps. Néanmoins, Aleksandr Maltsev exploite un moment de relâchement de la défense tchécoslovaque à la reprise et slalome à travers elle en infériorité numérique. Mais, au deuxième tiers-temps comme au premier, les champions du monde marquent au meilleur moment, à la dernière minute, et reprennent les deux buts d'avance qui traduisent fidèlement leur emprise sur le match.

La troisième période ne permet pas aux Soviétiques de rattraper leur retard, et ils ne se consoleront même pas avec la performance de leur première ligne inédite, formée de deux joueurs individualistes, les patineurs virtuoses Balderis et Maltsev, avec Viktor Shalimov à l'aile droite. Ce trio a montré des perspectives intéressantes, mais il a été tué dans l'śuf avant même d'avoir été formé, car Shalimov s'est blessé à l'épaule droite au cours du troisième tiers-temps. Son tournoi s'arrête ici, et une bonne partie des illusions de l'équipe soviétique aussi.

Élus meilleurs joueurs du match : Milan Nový pour la Tchécoslovaquie et Aleksandr Maltsev pour l'URSS.

Commentaires d'après-match

Viktor Tikhonov (entraîneur de l'URSS) : "Notre équipe a eu les opportunités de prendre le match à son compte ce soir. Si les joueurs avaient suivi mes instructions, le résultat aurait été différent. [...] En nous mettant contre les Tchécoslovaques d'entrée, le calendrier conçu par Alan Eagleson et les organisateurs nous a délibérément désavantagés."

 

Tchécoslovaquie - URSS 5-3 (2-0, 1-1, 2-2)
Vendredi 3 septembre 1976 au Forum de Montréal (CAN). 16193 spectateurs.
Arbitrage de Bruce Hood (CAN).
Pénalités : Tchécoslovaquie 12' (6', 4', 2'), URSS 12' (8', 2', 2').
Tirs cadrés : Tchécoslovaquie 30 (12, 14, 4), URSS 18 (9, 3, 6).

Évolution du score :
1-0 à 12'09" : Nový assisté de Pospíšil
2-0 à 19'21" : Pospíšil assisté d'Augusta et Nový
2-1 à 21'07" : Maltsev (inf. num.)
3-1 à 39'38" : Nový assisté de P. Štastný et Machac
4-1 à 44'00" : Balderis assisté de Shalimov
4-2 à 44'33" : B. Štastný assisté de Martinec et Novák
5-2 à 53'06" : Martinec assisté de Bubla
5-3 à 53'59" : Kovin assisté de Skvortsov et Gusev

 

Tchécoslovaquie

Attaquants :
Bohuslav Štastný (4') - Jirí Novák - Vladimír Martinec
Jirí Holík - Ivan Hlinka - Marian Štastný (2')
Josef Augusta (2') - Milan Nový - František Cerník
Peter Štastny

Défenseurs :
František Pospíšil - Oldrich Machac
Milan Kajkl - Jirí Bubla
Miroslav Dvorák - Milan Chalupa (4')

Gardien :
Jirí Holecek

Remplaçants : Vladimír Dzurilla (G), Bohuslav Ebermann, František Kaberle.

URSS

Attaquants :
Viktor Shalimov - Aleksandr Maltsev - Helmut Balderis
Boris Aleksandrov - Viktor Zhlutkov - Vladimir Vikulov
Sergueï Kapustin - Vladimir Repnev (6') - Yuri Lebedev
Valeri Belousov - Vladimir Kovin - Aleksandr Skvortsov

Défenseurs :
Zinetula Bilyaletdinov - Valeri Vassiliev
Aleksandr Gusev - Vladimir Lutchenko (2')
Vladimir Krikunov - Sergueï Babinov (4')

Gardien :
Vladislav Tretiak

Remplaçant : Viktor Zinger (G).

 

Retour à la Coupe Canada