Chamonix - Saint-Gervais (29 avril 1979)
Championnat de France 1978/79, poule finale, dixième et dernière journée.
Ce match décisif pour l'attribution du titre de champion de France a été repoussé au dimanche soir pour se jouer en même temps que Viry-Tours car les Tourangeaux peuvent eux aussi croire au titre si ce derby haut-savoyard s'achève par un match nul. Ce décalage d'un jour permet à tout le hockey alpin de se donner rendez-vous dans la patinoire. On aperçoit en tribunes les joueurs du troisième club local de Nationale A, Megève, mais aussi des hockeyeurs venus de plus loin comme Daniel Germani (Villard), Bernard Combe et Dominique Pelloux (Gap). Ils sont loin d'être seuls.
La queue a débuté deux heures avant le match, et des tribunes supplémentaires ont été installées. Le Chamonix Hockey Club comptera plus de 70 000 francs de recettes et battra un record avec 3000 spectateurs (alors qu'on se souvient qu'ils n'étaient que 300 en début de saison !). La chaleur est telle que l'évaporation crée un brouillard. On voit à peine d'une tribune latérale à l'autre au coup d'envoi, donné après une minute de silence en cette journée nationale de la déportation. Ensuite, place au bruit assourdissant, assurée par les voix, les trompettes ou les cloches à vaches.
Saint-Gervais débute fort pendant les cinq premières minutes mais Chamonix se montre plus réaliste et ouvre le score sur un une-deux entre Luc Tardif et Jacques Vouillamoz. Sur la lancée, les rouges dominent et exploitent à merveille les erreurs adverses par deux buts de Philippe Rey. L'enjeu a peut-être un peu plus paralysé Saint-Gervais et le score de 3-0 après vingt minutes est inattendu même pour les supporters chamoniards.
Le jeu s'équilibre en deuxième période. Saint-Gervais arrive enfin à déployer son jeu et les jeunes Patrick Alotto et Jean-Loup Perroud donnent tout avec un talent déjà affirmé. Laurent Bibier est toutefois trop individuel dans ses tentatives de passer la défense locale. C'est Alex Dick qui conclut une belle action collective pour venir enfin à bout du gardien Bernard Deschamps. Néanmoins Ranzoni rétablit l'écart sur une belle passe de Philippe Rey. Le score reste à 4-1 jusqu'à la pause car un beau duel de gardiens s'est engagé entre Bernard Deschamps et Daniel Durr.
L'écart semble rédhibitoire et le titre déjà joué. Mais le jeu a tout juste repris que le vétéran Jean-Claude Guennelon marque contre son camp en voulant arrêter le palet avec son gant (4-2). Pas dans un grand jour, le buteur-phare des visiteurs Jean-Michel Boissonnier est crédité de ce but, mais il en manque un autre huit minutes plus tard quand il s'échappe seul face à Deschamps mais perd son face-à-face. Saint-Gervais a quand même le vent en poupe. Son entraîneur-joueur canadien Alex Dick, qui n'a cessé d'organiser le jeu tout au long de la soirée, en donnant de la voix même depuis le banc des pénalités, inscrit deux buts qui ramènent son équipe à hauteur (4-4).
Le champion à cet instant est... Tours, grand profiteur en cas de match nul s'il a gagné de son côté (ce que tout le monde cherche à savoir sans obtenir l'information). Mais il était dit que Philippe Rey serait l'homme du match. Alors qu'il s'est blessé et ne voit plus d'un œil, le capitaine fait preuve d'une grande aisance technique et marque le but du titre (5-4). Pendant la dernière minute, Durr quitte sa cage pour jouer le tout pour le tout mais Saint-Gervais - qui aurait besoin de deux buts pour être champion - n'y croit plus tellement face à un Deschamps vigilant et à des joueurs bien décidés à remporter ce titre qui leur tend les bras. Tardif marque dans la cage vide, mais après la sirène.
Les supporters de Saint-Gervais ont passé le match à invectiver Luc Tardif mais à la fin du match ils se montrent fair-play en saluant le titre de Chamonix par un "hourra". Ils préfèrent que le championnat reste dans les Alpes, même chez le grand rival, plutôt qu'il parte en plaine à Tours
Un des titres les plus disputés de l'histoire du championnat de France sera suivi d'une des plus belles fêtes de titre : le champagne coule à flots, les joueurs chamoniards portent en triomphe le président Joseph Cochet avant d'être eux-mêmes portés l'un après l'autre par les supporters. Michel Caux, quant à lui, prendra sa douche et fera son shampooing avec un bonnet de skieur !

Chamonix HC - HC Saint-Gervais 5-4 (3-0, 1-1, 1-3)
Dimanche 29 avril 1979 à 21h00. Plus de 3000 spectateurs (dont 2569 entrées payantes).
Arbitre : Armand Demma assisté de Daniel Saporito et Robert Mégy.
Pénalités : Chamonix 14' (2', 6', 6'), Saint-Gervais 18' (0', 14', 4').
Évolution du score :
1-0 à 05'30" : Tardif assisté de J. Vouillamoz
2-0 à 16'45" : Rey assisté de Guennelon
3-0 à 19'00" : Rey assisté de Ranzoni et Caux
3-1 à 28'25" : Dick assisté de Boissonnier et Blanchard
4-1 à 31'00" : Ranzoni assisté de Rey
4-2 à 40'30" : Boissonnier
4-3 à 49'50" : Dick assisté d'Alotto
4-4 à 53'20" : Dick
5-4 à 58'20" : Rey assisté de Tardif et J. Vouillamoz
Chamonix
Attaquants :
Michel Caux - Philippe Rey (C) - Patrick Ranzoni
Jacques Vouillamoz - Luc Tardif (CAN) - Alain Mazza
Christian Brighenti - Christophe Cailler - Michel Pastore
Défenseurs :
Jean-Claude Guennelon - Pierre Cheilan
Christian Vouillamoz - Marcel Claret-Tournier
Gardien :
Bernard Deschamps
Remplaçants : Jean-Pierre Ronco (G), Georges Orset, Michel Colin, Olivier Druz, Jean-Yves Audibert.
Saint-Gervais
Attaquants :
Alex Dick (CAN) - Laurent Bibier - Jean-Loup Perroud
Patrick Alotto - Jean-Michel Boissonnier - Jocelyn Delachat
Défenseurs :
Joël Godeau (C) - René Blanchard
Thierry Delachat - Hervé Romand
Gardien :
Daniel Durr [sorti à 59']
Remplaçants : Lucien Gianesini (G), Michel Petitjean, Laurent Mollard.