Des filles chez les garçons
Article des Dernières Nouvelles d'Alsace (11 mars 2001).
Pas assez nombreuses pour former des équipes 100 % féminines, les hockeyeuses du HC Mulhouse évoluent avec les garçons. Témoignages de pionnières. Derrière la grille, on peut être surpris de découvrir un visage aux traits plus fins que d'habitude. Et, même si le casque ne quitte jamais la tête, on devine des lèvres peintes et des yeux maquillés. Sur la glace, une mèche dépasse. Depuis huit ans, Florine Heintz joue au hockey, au HC Mulhouse. A 14 ans, elle est la seule de sa catégorie. Et a dû se mêler aux benjamins, elle qui est une minime.
Avec les garçons
"Quand j'ai débuté - il y a six ans -, Mulhouse avait une équipe de filles chez les minimes. On me demandait d'attendre avant de les rejoindre." Aujourd'hui, c'est à Colmar qu'elle doit aller pour tâter le palet entre filles. "Je vais m'y entraîner de temps en temps." La saison prochaine, elle ira rejoindre le groupe pour de bon. Elle ne sera plus autorisée à évoluer avec les garçons. "Au hockey féminin, les contacts sont interdits, explique son entraîneur, Patrick Pommier. Comme chez les benjamins. On peut encore mélanger. Après, cela risque d'être plus compliqué. Quoique..." Car, même si elle pratique par ailleurs la danse - moderne -, le patinage de Florine n'a rien d'artistique. "Quand il faut rentrer dedans, elle n'hésite pas."
"Mes frères..."
"S'il faut donner une baffe, elle y va aussi", complimente le coach. Défenseur, lui aussi, de l'équipe première depuis des lustres, il y a de l'admiration dans ces paroles. "J'avoue ne pas être un adepte du hockey féminin. Sans mise en échec, il reste quoi ? Pour moi, ce n'est pas du hockey. C'est un autre sport. Florine serait plutôt du genre rentre-dedans. [...] Elle risque d'avoir quelques difficultés d'adaptation." Par contre, elle aura un avantage sur la qualité de son patinage. "C'est la meilleure, complimente Pommier. En plus, comme elles est plus âgée et souvent plus mûre, elle possède un ascendant sur certains. Vous voyez, ça se passe très bien. (sourire)". "Le hockey, j'y suis venue à cause de mes frères, raconte Florine. Ils en faisaient tous les deux." Gilles Heintz évolue en Une. En début de saison, sa sœur fut contactée par l'équipe de France. "Je n'ai pas de nouvelles..." En attendant, elle aimerait attirer quelques copines dans son sillage : "Elles pensent que le hockey est violent. C'est pas vrai !"
Côté "microbes"
Le hockey sport de garçons ? Au HCM, on n'est pas de cet avis. Pour preuve, trois jeunes filles font partie de l'effectif des "microbes" des Scorpions. Jade Hitzner (5 ans), Mathilde Bopp (7 ans) et Solène Douissan (9 ans) pratiquent le hockey par plaisir. Sans se soucier de savoir si, oui ou non, leur présence peut choquer certaines personnes. A leur âge, c'est normal. Les trois jeunes filles sont arrivées au hockey par des biais similaires : "J'ai commencé à faire du hockey car mon grand frère en fait aussi", commente Jade. Pour Mathilde : "Le docteur du club est mon pédiatre. C'est lui qui m'a donné envie de venir à la patinoire." Pour Solène : "C'est mon papa kiné du club qui l'a entraîné sur la glace."
"Images préconçues"
Pas question pour autant de laisser les garçons prendre le dessus : "Moi, je joue pour gagner, sans faire attention aux garçons. Mais en général, ils sont gentils avec nous", précise Jade. Mathilde, elle, a déjà connu quelques galères : "Un garçon m'a tapé sur le casque avec sa crosse. Ils sont plus excités que nous sur la glace. Ce n'est pas forcément un sport de garçons, nous sommes plus calmes qu'eux." "Ils se moquent souvent de nous. Mais sans jamais nous dire que ce n'est pas un sport de filles." Solène estime aussi que le hockey peut être jouer par des filles : "Je n'ai jamais eu peur. J'ai déjà pris des coups. Ça fait mal. Mais on ne se laisse pas faire. Les filles ont le droit de jouer au hockey !"
Comme le judo ?
Une maman donne son avis sur l'image de sport viril : "Ce sont beaucoup d'images préconçues qui font que le hockey est un sport masculin. J'ai connu cela avec le judo, il y a vingt ans. A l'époque, les filles n'étaient pas totalement intégrées à ce sport de combat. Puis les mentalités ont évolué. Avec le recul, je m'aperçois que les filles sont ancrées dans la mentalité du judo. J'espère que l'évolution sera la même."
Serge Bastide et Marc Calogero