Le discret

 

Article de L'Alsace (17 mars 2001).

Depuis huit ans, Jean-Daniel Benzinger, responsable matériel du Hockey club de Mulhouse qui joue aujourd'hui à Dijon (20 h 30), déambule dans les travées de la patinoire. Grâce à son fils.

Avant que son fils ne prenne une licence, Jean-Daniel Benzinger ne connaissait pas le hockey sur glace. Aujourd'hui, le Mulhousien pure souche ne peut plus s'en passer. Dès que la saison se termine, le responsable matériel du HCM depuis trois saisons vient régulièrement faire un tour à la patinoire, ne serait-ce que pour prendre un café.

Cet intermède terminé, patins, équipements, crosses, maillots, boissons, etc, Jean-Daniel supervise tout quand il ne peut pas mettre la main à la pâte lui-même comme pour l'affûtage. "J'ai vite appris grâce à un ancien senior parce que cela me plaisait". Et il faut voir ce chauffagiste de métier s'appliquer. Après avoir enfilé ses lunettes, il donne un coup de marqueur sur la lame afin passer celle-ci sur la meule qui dégage des étincelles. A l'aide d'une clé alène posée à plusieurs endroits sur le tranchant de la lame, il vérifie si l'affûtage est rectiligne avant d'ébavurer. "Pour Cyril (David) ou Roman (Trebaticky), je le fais tous les vendredis avant le match alors que pour Martin (Roh) ou Arnaud (Vaillant) ce n'est qu'au cas où la lame a reçu un pet'". Pour le reste de l'équipement des joueurs, Jean-Daniel Benzinger délègue, comme pour les maillots qu'il confit à Isabelle Perrin, la maman d'un jeune du hockey mineur. Autrement, il recense les besoins afin que le président Claude Bauer passe les commandes. "Par exemple, les joueurs utilisent en moyenne 40 crosses chacun par saison". Avec son barda, les déplacements comme celui d'aujourd'hui à Dijon (20 h 30) représentent sa plus pénible charge de travail, d'autant qu'il est marqué à un genou suite un accident de mobylette à l'âge de 16 ans. "Une voiture m'a renversé et je suis allé d'opération en opération ce qui m'a conduit à une invalidité". Qu'à cela ne tienne, il canalise son énergie pour l'équipe. "Je vis le match encore plus que les joueurs. A la fin, je suis ratatiné".

"Je les laisse tranquille"

Il faut dire que Jean-Daniel déambule sans cesse derrière le banc des hockeyeurs. "Je veille à ce qu'ils ne se déplacent pas trop en leur donnant des serviettes pour essuyer les plexiglas de leur casque ou leur gourde. Chacun en a une perso et comme il change de place sur le banc..." Loin d'être rassasié de hockey après la journée de championnat du samedi soir, il n'est par rare de voir Jean-Daniel aller voir les jeunes jouer le dimanche. D'ailleurs, le virus est venu par les jeunes, les siens : son fils a pris une licence voilà huit ans, avant que sa fille ne lui emboîte le pas. Sa femme vient voir tous les matches des Scorpions à Mulhouse. Ce dévouement pour le HCM, les Scorpions l'ont récompensé. "Pour mes 50 ans cette saison, les joueurs m'ont fait très plaisir. Ils ont ramené des bières et préparé une table avec des amuse-gueule dans les vestiaires, soi-disant pour l'anniversaire de Roman. A la fin de l'entraînement, ils m'ont dit qu'il fallait que j'entre. Les lumières étaient éteintes avec un gâteau et des bougies allumées. Ils m'ont dit de les souffler". En plus du souvenir, Jean-Daniel garde de ce moment un maillot avec son surnom dessus "Gitanes" (Ndlr : prononcer le s). "Quand Ahokas et Tommy (Flinck) sont arrivés à Mulhouse en 1998, ils m'ont donné ce nom à cause de mes cigarettes". Aussi discret que lorsqu'il s'efface derrière la fumée bleue, "Gitanes" ne s'immisce pas dans les affaires du club. "Quand il y a discussion dans les vestiaires, je m'en vais. Je les laisse tranquille". En revanche il tend volontiers l'oreille lorsque les conversations vont bon train en ville. "Plus en plus de monde parle du HCM. Je connais même des personnes âgées qui viennent voir les matches à Mulhouse". D'ailleurs, Jean-Daniel Benzinger est convaincu que Mulhouse "peut aller de plus en plus haut".

Gilles Legeard

 

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