Soghomonian : "Je joue par plaisir"
Article de Ouest France (13 mars 2003).
Le capitaine du HC Caen avant le choc contre Lyon, samedi.
Ex-défenseur international, Jean-Marc Soghomonian est depuis la création du Hockey Club de Caen en 2001, le capitaine emblématique des Drakkars. À 48 heures du choc face à Lyon (samedi 20 h), Sogho qui ne vit plus de son sport, mais toujours pour lui, plante le décor et revient sur sa riche carrière.
La venue de Lyon, samedi, vous ramène-t-elle vers les riches heures du club ?
On peut parler en effet de gros match, mais on n'a rien à perdre. Car si on veut aller au bout, c'est-à-dire être champions, il faudra tout gagner. Cela ne signifie pas que samedi, il faut partir à l'attaque et faire n'importe quoi.
À l'aller, Lyon qui présente un peu les mêmes caractéristiques que Caen, s'était imposé 7-3. Quels souvenirs en gardez-vous ?
En fait on perd ce match en six minutes à cause de plusieurs erreurs à la ligne médiane. Le truc, c'est qu'il faut garder un niveau constant et ne pas faire de complexe. Ils présentent la même structure que nous : des jeunes qui patinent bien et quelques anciens, dont un certain Roger Dubé. À l'aller il nous marque trois buts.
Avez-vous joué dans la même équipe ?
Non, j'ai joué contre lui une bonne dizaine d'années. En revanche on a dû faire deux championnats du Monde ensemble. Dubé qui est Canadien a beaucoup bougé. Moi un peu moins depuis mes débuts à Chamonix, où je suis né. Mais maintenant je suis bas-normand.
Est-ce la raison pour laquelle vous êtes resté à Caen il y a deux ans ?
J'avais un boulot quand le Hockey Caen Calvados a déposé le bilan, comme beaucoup de ceux que j'avais connus auparavant. J'en avais marre. Un jour, il faut se fixer. À 30 ans j'avais envie de stabilité. Maintenant je suis commercial dans l'électronique médicale. Pendant ma carrière professionnelle, j'ai passé un BTS par correspondance.
C'était une décision importante de quitter le hockey pro ?
Le hockey professionnel en France n'est pas viable. Après Caen, Reims a déposé le bilan. Cette année, beaucoup de clubs auront des problèmes. Aujourd'hui je suis à Caen, c'est une ville sympa et il y a le challenge de faire monter l'équipe de D3 au haut niveau. Enfin en D1, pas en élite.
Comment expliquez-vous cette faillite quasi-générale et répétée du hockey français ?
Si j'avais la solution... Il n'y a pas une couverture médiatique suffisante et les clubs vivent au-dessus de leurs moyens. Tous les grands ont connu des déficits importants. Les clubs veulent la télé et les journalistes veulent un vrai championnat. C'est le serpent qui se mord la queue.
Et pendant dix ans vous avez vécu dans ce monde ?
Oui. J'ai débuté à Chamonix, joué à Rouen, deux fois, Angers, Caen, une demi-saison en Allemagne... J'ai un peu bougé au gré des clubs qui arrêtaient. J'ai été international, avec une soixantaine de sélections dont trois championnats du Monde, en 1995, 1997 et 2000. La priorité, c'est le boulot.
Arrivez-vous désormais à concilier votre vie professionnelle et le hockey ?
Je vais être un peu ironique. Nous nous entraînons extrêmement peu car nous n'avons pas beaucoup d'heures de glace faute de disponibilité. Trois fois par semaine, je suis pris de 20 h à 23 h. Plus le match le samedi.
Un emploi du temps plutôt chargé ?
Oui, mais je joue pour le plaisir. Et en play-off le niveau de jeu est intéressant. Plus que la première phase où à part Garges et La Roche, c'était souvent de la D3.
Les déplacements en bus, jusqu'à Lyon ou Toulon, vous n'en avez pas marre ?
Non, tant que le plaisir est présent. C'était mon métier avant, c'est une routine maintenant. Même en pro je n'ai jamais pris l'avion. Le hockey n'est pas reconnu.
À quoi marchez-vous alors pour continuer ?
Le hockey est un sport passion. Contre Avignon samedi dernier, les gens ont terminé debout, et ce n'est que de la D2. Le hockey n'est pas encore bouffé par l'argent, il n'y a donc pas de dopage. Si c'est pour gagner 15 000 balles par mois... Et encore, il s'agissait des salaires d'il y a quelques années. Ce qui est intéressant, c'est que le niveau de jeu a baissé par rapport à l'élite, mais les gens sont restés passionnés ici. Les supporters nous suivent.
Comment prépare-t-on un match comme celui de Lyon ?
Comme d'habitude pendant la semaine d'entraînement, mais en plus intense. On en parle plus.
L'équipe de Caen paraît soudée, c'est une réalité ?
Ce n'est vraiment pas pour employer la langue de bois, mais l'équipe est très plaisante. Il y a une très bonne ambiance. Et c'est dans la difficulté qu'on le voit. On parvient à inverser la tendance sans se cracher dessus. C'est un bon groupe.