Allemagne 2019/20 : bilan

 

En deux ans depuis la finale olympique, le hockey sur glace a connu une hausse de 7% de ses licenciés en Allemagne. Ce chiffre global n'est pas spectaculaire, mais celui des moins de 12 ans l'est déjà un peu plus en faisant le compte des nouveaux arrivants qui ont commencé ce sport : de 6334 à 7264 enfants (+15%). Cette croissance dans les petites catégories coïncide avec le signal positif de l'arrivée d'une génération de jeunes dans une DEL qui leur était jusque là interdite.

L'Allemagne est redevenue visible et crédible dans le hockey mondial. La DEL s'est ouverte, avant de se rouvrir à la promotion/relégation l'an prochain. Tout le hockey allemand tire enfin dans le même sens, et s'épargne les conflits et scandales qui avaient fait son quotidien pendant plusieurs décennies. Bref, tous les voyants étaient au vert... avant que survienne la pandémie de Covid-19. Certes, l'Allemagne a plutôt mieux géré la crise sanitaire que les autres pays européens, mais elle sera touchée comme tout le monde par les conséquences économiques.

Pendant que certains regardent le bout de leur nez, la DEL a été très prompte à réagir en négociant des "clauses corona" et en prévoyant des amputations salariales jusqu'à 25% pour le cas où la prochaine saison 2020/21 ne pourrait se dérouler entièrement, par exemple en cas de seconde vague. Trop prompte peut-être ? Les joueurs n'ont pas apprécié que la DEL impose un ultimatum à chaque club sur l'acceptation des clauses contractuelles sans vouloir discuter en direct avec les clubs dans une négociation collective non prévue dans ses statuts. Ils se sont organisés en syndicat. Mais dans un pays où le dialogue social fonctionne traditionnellement bien, ces discussions, même lorsqu'elles trahissent des tensions, sont gérées avec un fort sens de la responsabilité. Elles semblent plutôt traduire un bon sens de l'anticipation. Si maintenant le hockey allemand devient bon dans la gestion de crise, il va devenir vraiment une puissance sur laquelle il faudra compter...

Les résultats du championnat allemand

 

Les clubs de DEL

 

Munich (1er) : une domination impressionnante

C'est une saison régulière parfaite que Munich a réussi : 11 victoires pour commencer la saison ont permis aux Bavarois de prendre les commandes pour ne plus jamais les lâcher. Cette performance est d'autant plus impressionnante quand on connaît les blessures subies. Le gardien Danny aus den Birken - élu meilleur joueur de DEL de la saison précédente - n'a joué que 20 rencontres sur 52. Avec les jeunes Kevin Reich et Daniel Fießinger, ce sont trois portiers qui se seront partagé le travail dans la cage de l'EHC Red Bull en se montrant tout aussi capables.

Recruté à l'intersaison, Derek Roy s'est blessé après seulement 4 matches et n'est revenu qu'en février. Qu'importe, Mark Voakes a pris sa place en première ligne et a été le joueur le plus efficace de la ligue aux engagements (58%). Avec des maîtres passeurs comme Voakes et le meneur de jeu américain Chris Bourque pour l'alimenter en bons palets, Trevor Parkes n'a cette fois jamais fléchi dans son rôle de buteur en finissant meilleur sniper de la ligue (28 buts). Cette ligne n'était pas seule. Le deuxième trio 100% allemand Gogulla-Hager-Ehliz a été fort toute la saison et on aurait pu imaginer le transposer en équipe nationale... si celle-ci avait pu se réunir.

L'homogénéité de l'effectif est impressionnant, entre un Canadien de 38 ans - Jason Jaffray - qui revient comme une fleur après une année de convalescence et des juniors - Justin Schütz et John Jason Peterka - qui ont bien utilisé un temps de jeu correct (11 et 12 minutes de moyenne). Très observé par les recruteurs et peut-être attendu au premier tour de draft, Peterka est un talent offensif insolent de vitesse et de technique, mais il a le seul +/- négatif de l'équipe (-6) et a encore une marge de progression pour devenir un joueur complet.

On aurait vraiment aimé voir à l'œuvre ces jeunes, et plus généralement cette équipe de nouveau complète, dans le vrai défi des play-offs. Munich ne le démentira pas : le représentant du club a de lui-même balayé l'idée d'être sacré champion sans play-offs lors de la conférence téléphonique qui a décidé de la fin anticipée du championnat. Partie remise, donc. L'intersaison est longue et frustrante pour beaucoup... mais pendant ce temps, le chantier de la future aréna - commune avec les basketteurs du Bayern Munich - a débuté.

 

Mannheim (2e) : un Croate en meilleur buteur

La meilleure attaque en saison régulière, c'était bien Mannheim. Plus la saison avançait, et plus Borna Rendulic - que certains supporters considéraient avec scepticisme au début en voyant en lui un individualiste peu investi défensivement - s'imposait comme un joueur aussi spectaculaire qu'incontournable, bénéficiant de la vision du jeu de son partenaire de plus en plus complice Jan Mikael Järvinen. Mais Rendulic ne restera pas. Comme les Adler ont gelé les négociations contractuelles pendant la confinement face à l'incertitude, le Croate n'a pas voulu attendre et a signé en Suède (Örebro).

Le duo Rendulic-Järvinen n'était pas seul. La ligne Wolf-Desjardins-Plachta est toujours aussi percutante physiquement. Et dans l'exceptionnelle génération 2002 allemande, Tim Stützle semble bien le meilleur de tous avec son patinage d'exception : il avait un vrai mentor à ses côtés avec l'homme de métier Ben Smith, qui sait ce que gagner veut dire.

Le revers de la médaille, c'est que Mannheim avait deux gardiens de haute réputation - Dennis Endras et Johan Gustafsson - qui ont fini tous deux avec un piteux pourcentage d'arrêts (89%). Peut-être le signe que leurs coéquipiers les délaissaient un peu et concédaient trop de contre-attaques dangereuses. Y avait-il un relâchement imperceptible ? Ou les Adler auraient-ils été capables de conserver leur titre ? Seuls les play-offs auraient pu délivrer la vérité. Mannheim reste donc champion sortant un an de plus, mais chacun s'y désole que la carrière d'un joueur aussi emblématique que Marcel Goc ait connu une fin si abrupte en étant privé de l'ultime dessert.

 

Straubing (3e) : saison exceptionnelle, frustration immense

Si la fin de saison prématurée a pu être frustrante pour les grands clubs qui sont candidats au titre chaque année, imaginez ce qu'il a pu en être pour Straubing qui vivait une saison exceptionnelle. C'était peut-être une chance unique qui ne se représentera pas pour le club bavarois qui n'a pas de mécène et est ancré dans l'économie réelle. L'international allemand Stefan Loibl, qui s'était cassé la clavicule droite en décembre et était revenu en pleine forme avant l'arrêt prématuré de la saison, aurait espéré d'autres adieux à sa ville natale avant son départ programmé à Mannheim.

Les Tigers croyaient fermement pouvoir se mêler à la lutte pour le titre, et cet espoir paraissait fondé. Ils avaient les meilleures unités spéciales de la DEL, quatrièmes en supériorité et premiers en infériorité numérique. Le duo offensif Jeremy Williams - Mike Connolly a fini moins haut au classement individuel des marqueurs cette année, mais l'équipe n'en est devenue que plus homogène, avec même un joker de haute volée technique en la personne de Felix Schütz. Mais c'est surtout la défense qui a progressé à l'instar de Sena Acolatse : vegan cuisinant à domicile depuis quatre ans, celui qui fut recordman des pénalités de DEL à sa première saison européenne a choisi de perdre du poids à l'intersaison pour gagner en mobilité sur les grandes glaces et est devenu à la fois plus discipliné, plus offensif et plus utile que l'équipe. À défaut de vivre des play-offs qui s'annonçaient historiques, Straubing a obtenu sa première qualification pour la CHL.

 

Berlin (4e) : le capitaine poussé dehors mais honoré

Exigeant mais ouvert au dialogue sur tous les sujets, l'entraîneur Serge Aubin a motivé ses meilleurs hommes en leur répétant que les grands joueurs doivent beaucoup jouer. Marcel Noebels a bien reçu le message avec 20'42" de temps de jeu moyen par match et a été élu joueur de l'année. Il a passé les 52 matches de saison régulière sur la même ligne, avec Leo Pföderl et James Sheppard. Ce trio a eu une contribution très forte quand l'équipe était diminuée par les blessures, mais on ne le reverra plus. Les Eisbären ne voulaient pas donner de contrat de deux ans à Sheppard, qui est parti rejoindre Uwe Krupp à Cologne.

Le poste de gardien a longtemps fait débat et l'international danois Sebastian Dahm ne levait pas les doutes des supporters. Mais lorsque le joker canadien Justin Pogge a été engagé, la concurrence et l'alternance ont semblé permettre des performances plus régulières. Enfin au complet, Berlin a fini la saison très fort avec quatre lignes très homogènes. Le deuxième trio présentait un dribbleur intenable mais parfois excessif dans ses actions individuelles, Austin Ortega. Sur le troisième trio, Maxim Lapierre apportait tout son métier au jeune talent Lukas Reichel, le troisième Allemand attendu peut-être au premier tour de la prochaine draft NHL.

Enfin, le quatrième trio était emmené par le capitaine André Rankel, le recordman des buts de l'histoire des Eisbären (247) qui n'en a inscrit que 4 cette saison dans un rôle de l'ombre. Il avait rejoint le club à 17 ans en quittant alors les Preussen quand la concurrence avec ce club de Berlin-ouest battait son plein, et pourtant il devra le quitter sans que le club ne se donne la peine de justifier ce départ. Le management berlinois ne fait jamais de sentiment avec les anciens quand il estime qu'ils déclinent (c'était le cas de Baxmann), mais a compensé en annonçant que le numéro 24 de Rankel serait retiré.

 

Düsseldorf (5e) : le meilleur gardien

Après une saison portée par une seule ligne, entre-temps décomposée, Düsseldorf n'a pas eu de véritable leader offensif. Le meilleur marqueur Reid Gardiner n'a inscrit que 35 points, après un déclin en seconde partie de saison, et le meilleur buteur Jerome Flaake a mis 18 buts en étant le joueur le plus tranchant en supériorité numérique. Mais cet allant vers le but a parfois manqué chez ses coéquipiers qui ne lançaient pas toujours en première intention pour chasser les rebonds.

La DEG a donc trouvé un autre équilibre, avec seulement la onzième attaque mais la meilleure défense de la DEL. Elle disposait de joueurs robustes comme le Danois Nicholas B. Jensen, mais aussi de profils plus discrets mais très sûrs et disciplinés comme le jeune Norvégien Johannes Johannesen. Mais c'est surtout le gardien Mathias Niederberger qui a brillé en dominant tous les classements statistiques et en étant évidemment élu comme le meilleur à son poste, pour la seconde fois de sa carrière après son arrivée de Berlin - alors en prêt - en 2015/16. Mais cette fois, il va quitter sa ville natale et retourner dans la capitale. Düsseldorf devra donc trouver encore une nouvelle formule de succès.

 

Bremerhaven (6e) : toujours plus haut

En quatre saisons de DEL, Bremerhaven a réussi l'exploit de ne jamais avoir manqué les play-offs, et même d'avoir amélioré chaque année son classement en saison régulière. Toujours un peu plus haut, cela pourrait être la devise de Jan Urbas. Le Slovène aurait pu être un candidat tout à fait valable au titre de joueur de l'année si les Allemands ne partaient pas avec une petite longueur d'avance dans cette élection. Sur ses 27 buts, il en a inscrit 20 à égalité numérique, record de la ligue. Très courtisé, Urbas se sent si bien au bord de la Mer du Nord avec sa femme et ses deux enfants qu'il a prolongé dans la ville côtière, comme son compatriote et partenaire de ligne Miha Verlic.

Auparavant, les meilleurs marqueurs du club (nord-américains) se vendaient au plus offrant, et la fidélité d'Urbas est une clé de la progression continue. L'équipe réputée travailleuse a aussi été disciplinée au moins d'être la moins pénalisée de la ligue. Où s'arrêteront les hommes de Thomas Popiesch et Martin Jiranek, l'entraîneur et son adjoint ont vu leurs contrats prolongés de deux ans ? La continuité semble de mise, à une exception près dans les cages. Quand il a été engagé le 2 décembre pour pallier la blessure de Tomas Pöpperle, l'international letton Kristers Gudlevskis a ramené Bremerhaven sur le chemin de la victoire alors que l'équipe connaissait sa seule petite crise. Mais il était sans doute trop gourmand pour que le club le garde en cette période troublée.

 

Ingolstadt (7e) : une stratégie à risque

L'ERC Ingolstadt a connu une saison assez typique de son entraîneur Doug Shedden : spectaculaire, turbulente, haute en couleurs. Jamais à court d'une bonne formule, le coach a un jour surnommé son attaquant insaisissable Wayne Simpson "Houdini", du nom du célèbre magicien : après un temps d'adaptation très court à l'Europe, l'ailier venu d'AHL a excellé par son intelligence de jeu et sa grande maîtrise, devenant le meilleur marqueur de DEL. Recrue "à risques" après des années polluées par les blessures, Kris Foucault a fait d'Ingolstadt le meilleur powerplay de la ligue grâce à son one-timer du cercle droit. Maury Edwards a été élu défenseur de l'année et a rendu son équipe redoutable dans le jeu de transition par ses superbes relances ou ses montées de palet.

Néanmoins, Ingolstadt a aussi eu la 11e défense sur 14 et les craintes exprimées avant la saison sur le vieillissement de ses défenseurs encore sous contrat se sont avérées. Le capitaine Dustin Friesen n'a plus assez de vitesse ni de force pour gagner ses duels. Porté à nues à son arrivée deux ans plus tôt, le Finlandais Ville Koistinen a carrément été mis dehors en janvier dans une séparation "d'un commun accord"... ou plutôt d'un commun désaccord au vu des reproches mutuels formulés après coup.

La séparation la plus éclatante a néanmoins eu lieu plus tard, en avril avec le renvoi de Claus Gröbner, directeur du club depuis six ans, sans motif officiel. On lui reprocherait un manque de présence (il habite près de Munich) et un développement insuffisant du sponsoring. Il avait modernisé les infrastructures du club mais maintenait un budget serré pour la masse salariale de l'équipe, ce qui pouvait créer des tensions avec le directeur sportif canadien Larry Mitchell, un recruteur dans l'âme. Son successeur sera Claus Liedy, un ancien directeur de filiales de l'entreprise d'électronique MediaSaturn (un des deux sponsors majeurs du club avec Audi) qui cultive ses réseaux commerciaux sur les parcours de golf. On peut s'interroger sur le moment de ce choix, car la tendance de Gröbner à serrer les cordons de la bourse semble finalement plus cohérent avec la période d'incertitude actuelle du Covid-19...

 

Nuremberg (8e) : la révélation Fischbuch

C'est LA mutation de l'année. Daniel Fischbuch avait été poussé dehors de Berlin malgré un contrat en cours. Le désormais ex-espoir de 25 ans semblait s'être résigné à signer un contrat en division inférieure, quand le directeur sportif André Dietzsch l'a convaincu de venir à Nuremberg. Le coach Kurt Kleinendorst s'y est très vite montré surpris que les Eisbären aient pu laisser partir un joueur si doué avec le palet, tant par ses qualités techniques que par ses bonnes décisions. Il l'a utilisé comme son organisateur à la ligne bleue en powerplay. De 6 points à Berlin, Fischbuch en a inscrit... 48 à Nuremberg ! À l'avant-dernier match à domicile, il a poussé le vice jusqu'à inscrire son premier hat-trick en DEL... contre les Eisbären !

Malgré une phase très difficile en décembre qui a coïncidé avec la mort tragique de son frère, Kurt Kleinendorst a peu à peu imposé son système de jeu nécessitant plus de forechecking et de patinage. Il a aussi mis sa patte sur l'effectif en faisant venir le vétéran de NHL au tir puissant Jack Skille, dont la femme est une amie de sa fille et avec qui il était en contact régulier. Kleinendorst a stabilisé Nuremberg en milieu de tableau. Le club a ainsi assuré son avenir avec un budget en baisse. Nuremberg, qui reprendra son nom originel en faisant disparaître toute trace de sponsor (seul Red Bull apparaît encore dans un nom d'équipe en DEL), a donc parfaitement géré le retrait annoncé du président-sponsor Thomas Sabo, qui restera tout de même présent de manière plus discrète.

 

Wolfsburg (9e) : Anthony Rech en figure de proue

Après une saison catastrophique, Wolfsburg a retrouvé une place honnête en milieu de tableau. Par rapport à la décennie précédente sous l'égide de Pavel Gross, c'est moins bien, mais l'objectif minimal a été atteint en accédant aux (pré-)playoffs : leur suppression ne permet pas de savoir ce que l'équipe aurait fait ensuite. Pat Cortina a eu du mal à convaincre tous les supporters qu'il était l'homme de la situation sur un banc où l'ombre de Gross plane toujours, mais il a bien tenu son groupe après un mois d'octobre difficile.

Les deux joueurs que Cortina avait connus à Schwenningen ont aussi été les meilleures recrues. Dominik Bittner s'est vite rendu indispensable en défense et a été digne de son ambition de passer un cap pour s'imposer en équipe nationale. Surtout, Anthony Rech s'est imposé avec une nette marge comme le meilleur marqueur de l'équipe - et le meilleur buteur de la ligue à l'extérieur avec 15 buts en déplacement. Si au début le Français figurait sur une ligne de parade avec le talentueux Mathis Olimb et le buteur Brent Aubin, la réorganisation offensive a ensuite démontré que ce n'est pas lui qui dépendant le plus de ses partenaires. Rech a prolongé dès le mois de décembre jusqu'en 2022.

Rech et Bittner pourraient bien devenir les nouvelles figures de proue de Wolfsburg dans les prochaines années. Le travailleur de l'ombre Christoph Höhenleitner a pris sa retraite après 13 ans au club pour devenir responsable du hockey mineur, et le capitaine Sebastian Furchner - qui a reculé en quatrième ligne cette saison après une blessure musculaire - devrait en faire autant l'an prochain. Le seul autre visage qui incarnait le club, c'est le gardien Felix Brückmann, qui a réussi son retour au jeu après une longue convalescence, mais il a choisi de retourner à Mannheim.

 

Augsbourg (10e) : enthousiasme européen, déception locale

Pendant qu'elle suscitait l'enthousiasme en CHL avec ses supporters passionnés, l'équipe d'Augsbourg est celle qui a le plus régressé au classement de DEL. Elle n'avait pourtant déploré qu'un seul départ notable (Matt White) mais son remplaçant Mitch Callahan a été un ratage sur toute la ligne. Il avait inscrit 3 buts au premier match de pré-saison, mais après ce feu de paille, il a attendu 21 matches pour trouver le chemin des filets en DEL. Il a ensuite provoqué un accident en état d'ivresse sur un scooter électrique... Pardonné et réintégré dans l'effectif, il s'est alors blessé et a dû être opéré du genou.

À l'exception de ceux qui vivent sur leur qualité de lancer - Daniel Schmölz et le défenseur-canonnier du powerplay Simon Sezemsky qui ont inscrit 15 buts chacun - les joueurs allemands ont tous connu une année difficile. La pire fut certainement celle du plus célèbre d'entre eux, Christoph Ullmann (156 sélections, 117 points) : il a inscrit à peine 1 but et 2 assists, et il a suivi 8 rencontres suivies depuis la tribune comme joueur surnuméraire. À 300 kilomètres de sa famille restée à Mannheim depuis deux ans, cela n'en valait plus la peine. Il a annoncé sa retraite avant Noël, et sa fin de carrière a été brutale avec une blessure au genou contre Straubing fin janvier. Le coronavirus a douché ses derniers espoirs de retour au jeu en play-offs.

Il est tentant dans ces conditions d'espérer que l'entraîneur Mike Stewart - après s'être brûlé les ailes à Cologne - revienne pour recréer les saisons précédentes à succès. L'hypothèse est exclue : les dirigeants ont convenu avec lui qu'il aurait tout à perdre car il serait mesuré à l'aune de la troisième place déjà atteinte. En revanche, son licenciement a eu une conséquence très positive pour le club. Drew LeBlanc avait en effet signé à Cologne avant tout pour le rejoindre. Moins motivé à l'idée d'y aller si son ancien coach n'y était plus, il a annulé son contrat et reste finalement. Augsbourg garde donc son meilleur joueur, qui est aussi celui qui le plus vite et le plus longtemps dans l'équipe, preuves à l'appui (les joueurs sont tracés par des capteurs à chaque match).

 

Cologne (11e) : une série de défaites impensable

Début décembre, le soleil brillait au-dessus de Cologne. Le capitaine Marcel Müller venait de réussir son retour au jeu après treize mois de convalescence. La blessure du gardien titulaire Gustaf Wesslau avait été bien palliée par sa jeune doublure Hannibal Weitzmann. En marquant des points pendant dix rencontres consécutives, le KEC remontait en cinquième position et faisait oublier son début de saison raté. Rien ne préparait à ce qui allait suivre.

17 défaites de suite pour un aussi grand club, c'est tout simplement impensable. Ce n'est tout simplement jamais arrivé dans l'histoire du hockey sur glace, dans quelque championnat que ce soit, pour une équipe qui a tout pour être performante et qui a pignon sur rue. Le paradoxe, c'est en effet que Cologne est redevenu le club avec la plus grande affluence : 13 333 spectateurs de moyenne, soit 1 760 de plus que la saison précédente. On s'est bousculé pour être témoin du désastre. La série était tellement inexplicable que les dirigeants se sont refusé à admettre l'intérêt de licencier d'entraîneur Mike Stewart. Ils ont d'abord démis le directeur sportif Mark Mahon - on en était déjà à 13 défaites - avant de sacrifier le coach. Nous étions alors en pleine période carnaval de Cologne - un carnaval qui aura été le principal foyer de contamination de Covid-19 dans la région rhénane.

Il faut dire qu'entre temps Uwe Krupp avait été démis de ses fonctions par le Sparta Prague et était sur le marché. Le renvoi de Krupp il y a six ans avait été le début de la période trouble de Cologne, qui n'a cessé de changer d'entraîneur sans jamais trouver son bonheur. Son retour inaugurera-t-il une période plus calme ? En tout cas, le fameux "effet psychologique" fut presque magique. L'équipe a évité d'égaler le record négatif de DEL (18 défaites par Fribourg et Schwenningen) et a aussitôt renoué avec le succès en enchaînant cinq victoires. Pourquoi ? Va comprendre...

 

Krefeld (12e) : le sauveteur pire que le mal ?

Krefeld est sans doute le seul club de hockey sur glace au monde à avoir été rassuré sur son avenir pendant la période de confinement généralisé ! La pandémie est en effet survenue après plusieurs années de doutes sur la pérennité du club - et six derniers mois de très grosse tempête. Face aux voies d'eau dans le budget, le directeur sportif Mathias Roos a appelé fin septembre le co-actionnaire Mikhail Ponomarev à ses responsabilités en dénonçant publiquement ses promesses non tenues. Du point de vue du Russe, ce fut une déclaration de guerre : il ne parlerait plus à cet ennemi. Et il disait qu'on ne pouvait rien lui reprocher puisque sa société avait entre-temps changé de mains.

Les arriérés de paiement de sponsoring mettaient donc Krefeld dans le mur. Dès lors, il n'y avait plus que deux solutions à la situation de blocage. 1 - La société de Ponomarev (ou de ses amis) revendait ses parts. 2 - Il prenait directement ou indirectement le contrôle du club. Même si un acheteur avait été trouvé, le Russe refusait de négocier ou même de recevoir les convocations en assemblée générale, ce qui a fait abandonner les personnes intéressées. Restait donc le second cas, qui se heurtait à un écueil très important. Absolument personne n'avait confiance en Ponomarev ou en toute entité qui lui serait liée. Même les joueurs - allemands ou étrangers - dont les numéros avaient été retirés par le club ont fait savoir qu'ils demanderaient que leur maillot soit descendu du toit dans ce cas !

La crise perpétuelle influait évidemment sur la situation sportive. La précarité financière de Krefeld semblait la meilleure garantie pour Brandon Reid parce qu'un licenciement coûte cher, mais l'entraîneur canadien a été viré à mi-championnat. On lui reprochait depuis longtemps son incapacité apparente à transmettre de la motivation sur le banc. Son adjoint Pierre Beaulieu a pris sa place sur le banc et a un peu stabilisé la situation sans faire de miracles. Les supporters ont salué jusqu'à la fin l'engagement des joueurs qui faisaient avec leurs moyens.

Krefeld semblait condamné. Et puis, en pleine récession mondiale annoncée, on apprenait qu'un investisseur suisse dans lien avec le hockey - la société Save's AG de Lugano - avait finalement racheté la majorité des parts du club. Cette société familiale avait été introduite par un ancien professionnel américain reconverti comme conseiller de sponsors souhaitant investir dans le sport, Roger Nicholas. Celui-ci ne tardait pas à faire des siennes. D'abord, Nicholas démettait Roos pour prendre lui-même la fonction de directeur sportif en plus de celle de directeur général, ce qui ressemble à une nette surestimation de ses propres capacités au vu de son inexpérience. Ensuite, il annonçait que le club voulait se séparer du très gros salaire Daniel Pietta, joueur formé au club qui en est aussi le symbole absolu et le pilier (c'était encore le seul joueur au bilan positif cette année). Autant dire que les supporters sont révulsés, et qu'une crise en remplace une autre.

 

Iserlohn (13e) : une course de poneys

Ce n'est pas la première fois qu'Iserlohn est mal classé, mais ses 51 points sont le plus bas total de son histoire. Alors que son équipe était tombée à l'avant-dernière position à mi-championnat (une position qu'elle ne quitterait presque plus), l'entraîneur Jason O'Leary eut cette phrase lapidaire : "les joueurs pensent être des chevaux de course mais ils jouent comme des poneys."

Le manager Christian Hommel renchérissait et assumait : "Nous avons trop peu de qualité. J'en prends la responsabilité. J'ai pensé que, quand deux joueurs avaient marqué 90 points dans une ligue, ils pouvaient aussi le faire en DEL, puisqu'ils avaient montré un haut niveau ailleurs. Ils ne l'ont pas fait. Je réfléchis fortement sur les critères de recherche, sur les championnats de provenance." Précisons que les deux joueurs clairement visés étaient Alex Petan et Brett Findlay, qui avaient brillé à Bolzano dans la ligue autrichienne. On comptait sur eux pour mener l'équipe, non seulement leur ligne a peu marqué mais elle a beaucoup encaissé. Le joker d'octobre Alex Grenier fut la meilleure recrue, mais un peu tard. Iserlohn l'a prêté à Lausanne en fin de saison, mais en annonçant en même temps qu'il avait signé pour la saison prochaine, l'occasion de rebâtir l'équipe autour de lui.

 

Schwenningen (14e) : à nettoyer et désinfecter

Pour la quatrième fois en cinq ans, Schwenningen a terminé dernier de DEL. La bonne nouvelle, c'est que c'est en 2021 que la relégation est rétablie. C'est donc l'an prochain qu'il faudra impérativement mieux. Une tâche qui sera à entreprendre par un nouveau directeur sportif (Christoph Kreutzer). Critiqué depuis des années par les supporters au vu du bilan sportif catastrophique, Jürgen Rumrich a en effet annoncé dès la fin octobre qu'il quitterait ses fonctions en fin de saison. Une manière peut-être de faire retomber la pression et de déminer une situation déjà explosive. Avec un budget en nette hausse, Schwenningen attendait beaucoup mieux de cette saison.

La crise n'a fait au contraire que s'approfondir. Mi-novembre, Jamie McQueen a été suspendu de l'équipe alors qu'il était deuxième buteur de toute la DEL (11 buts). Son sens du but ne rattrapait pas son faible investissement collectif, et c'était déjà la raison pour laquelle Berlin s'en était séparé. Le salaire de McQueen a été épargné à partir de mi-décembre quand Iserlohn l'a engagé pour quelques mois, mais il est encore sous contrat la saison prochaine, ce qui promet des retrouvailles compliquées... En décembre, c'est l'entraîneur britannique Paul Thompson qui a été viré, remplacé par Niklas Sundblad (qui avait conduit Ingolstadt au titre en 2014). Le jeu s'est amélioré... pendant à peu près un mois. La litanie de défaites a alors repris et Schwenningen a laissé partir plusieurs joueurs en février pour faire des économies (ce que Rumrich avait critiqué il y a deux ans quand le concurrent Krefeld l'avait fait). Jusqu'ici patients, les supporters ont laissé éclater leur agacement par cette banderole au dernier match : "Ce furent 8 mois de pisse de singe. Pas besoin d'en dire plus." Une allusion aux "60 minutes de pisse de singe" par lesquelles Alexander Weiß avait qualifié le premier match de la saison. En cette période de forte utilisation de désinfectants en tout genre, les futurs dirigeants vont avoir du travail pour nettoyer...

 

 

Les clubs de DEL2

 

Premier : Francfort. C'est un printemps particulièrement actif pour les dirigeants des Löwen. Ils préparent à la fois un dossier d'inscription pour la DEL2 (comme tout le monde), le pré-dossier pour la DEL 2021/22 (comme Kassel et Bietigheim), plus le dossier pour la DEL 2020/21, qu'ils ont été les seuls à déposer comme l'an passé au cas où une place se libèrerait (hypothèse qui paraît de nouveau moins probable puisque Krefeld survit encore).

Francfort reste le candidat numéro 1 à la montée - dans un an - mais la première place en saison régulière a été tout sauf une évidence. Le club était en milieu de tableau à mi-championnat alors qu'on savait déjà que l'entraîneur finlandais Matti Tiilikainen ne serait pas reconduit. Ce n'est qu'à deux journées de la fin qu'il s'est emparé de la tête grâce à une bonne série dont on n'a pas pu voir le prolongement en play-offs.

Les joueurs allemands continuent de croire au projet - en particulier le défenseur offensif Maximilian Faber qui joue un rôle-clé - et Francfort a la réputation méritée de club le plus structuré, mais si sa patinoire est une des rares à correspondre aux critères élevés de capacité de la DEL, elle y serait aussi l'une des plus anciennes. Le projet mené par la ville depuis quatre ans et demi vient en effet d'être enterré : l'investisseur français Langano (filiale du groupe Lagardère très investi en Allemagne dans le football), qui restait seul en lice, n'a pas remis d'offre finale. Le seul espoir d'une nouvelle aréna repose donc sur le projet Dome de 23 000 places près de l'aéroport, mais ce méga-projet du groupe Katz (propriétaire des Oilers) est-il bien pertinent dans le "monde d'après" ?

 

Deuxième : Kassel. Les Huskies ont donc fait la course en tête toute la saison pour se faire devancer au dernier moment par leur grand rival. L'absence de play-offs n'a pas permis d'effacer la mauvaise impression laissée en fin de saison (4 victoires dans le temps réglementaire sur les 16 dernières journées), mais après plusieurs saisons déclinantes, ce retour en haut de tableau a fait beaucoup de bien. De toute façon, le vrai enjeu, c'est dans un an. Les derbys de Hesse promettent d'être plus passionnés que jamais tant les deux grands clubs de Hesse semblent les principaux rivaux pour la montée en DEL.

Comparativement à Francfort, Kassel a posé moins de fondations et a peu de joueurs sous contrat (la révélation de la saison Alexander Karachun avec ses 25 buts en a aussitôt profité pour retenter sa chance en DEL), hormis son gardien Jerry Kuhn. Mais le fait de ne pas avoir de contrats à long terme peut aussi être un avantage dans cette période de grande incertitude économique où les recettes - et donc les salaires - devront être revus à la baisse. Aucune négociation globale de clauses contractuelles n'est en effet prévue en DEL2, où les clubs pourraient être plus fragiles.

 

Troisième : Fribourg-en-Brisgau. Depuis des années, l'EHC Freiburg se traîne et échappé parfois de peu à la relégation parce qu'il a une base de joueurs locaux correcte mais qu'il les complète par des étrangers médiocres. Une telle constance dans l'échec du recrutement était étonnante. Même avec peu de moyens, n'y avait-il vraiment aucun moyen de dégoter une bonne affaire dans un marché mondial ? Le directeur sportif Daniel Heinrizi a répondu à cette question. Dès son arrivée, il a engagé Ben Meisner, gardien qui avait courageusement dévoilé sa lutte contre la dépression. Bad Tölz ne l'avait pas conservé malgré de bonnes performances, le jugeant un peu compliqué. Tant mieux pour Fribourg : Meisner a été élu meilleur gardien de DEL2 avec 58% des voix.

Quant aux quatre autres étrangers engagés (Cam Spiro, Luke Pither, Scott Allen et le défenseur offensif Nick Pageau), ils ont été les quatre meilleurs marqueurs de l'équipe et en ont marqué plus de la moitié des buts. La différence entre un bon et un mauvais étranger ? Le mauvais étranger, il tire... Mais le bon étranger, il tire... et il marque ! Plus sérieusement, la différence, c'est la transformation d'une équipe au bord de la relégation en un troisième du championnat. Cette transformation doit aussi beaucoup à l'entraîneur écossais Peter Russell, qui a su donner confiance à son groupe comme il l'avait fait avec l'équipe nationale de Grande-Bretagne qu'il a emmenée puis maintenue dans l'élite mondiale. Quelle est la part respective du recrutement du directeur sportif et du travail quotidien du coach dans ce succès ? On le saura bien vite car Heinrizi ne sera resté qu'un an, n'ayant pas trouvé d'entente ave ses dirigeants !

 

Quatrième : Heilbronn. Les Falken avaient eux aussi connu des saisons très difficiles en bas de classement. Après tant de galères, quel plaisir de goûter à la première place fin octobre, même si c'était parce que Kassel avait alors un match en moins ! Le directeur général Attila Eren avait connu le pire et subissait alors les foudres des rares supporters encore présents. Aujourd'hui, il cède la main en laissant une équipe à une excellente position au classement. Ici aussi, le recrutement estival fut une complète réussite. Canado-allemand qui n'avait jamais confirmé son excellente première saison en DEL, Dylan Wruck s'est relancé en terminant meilleur marqueur de DEL2 avec une large avance et en étant couronné sans contestation joueur de l'année. Arrivé du Danemark, Ian Brady a devancé de peu Pageau au titre de défenseur de l'année.

Le redressement de Heilbronn a été accompli en faisant confiance à de jeunes entraîneurs autrichiens, Gerhard Unterluggauer puis depuis deux ans Alexander Mellitzer, mais à chaque fois, ce sont eux qui ont décidé de partir pour des choix de vie. Mellitzer veut de nouveau s'occuper de formation des jeunes et entraînera les juniors de Langnau. C'est justement de Suisse que viendra le prochain coach, Michel Zeiter, ex-international qui a dirigé Winterthur pendant quatre ans. Le club continue donc d'explorer des filières d'encadrement toujours germanophones mais assez inédites et originales...

 

Cinquième : Bad Tölz. Autre équipe pas habituée à de telles hauteurs au classement, l'ECT s'est installé dès le début de saison dans le top-6. Si tous les joueurs allemands descendus de DEL l'été dernier (pour laisser la place au nouveau quota de jeunes) n'ont pas réussi, Marco Pfleger s'est immédiatement imposé : sa supériorité tant technique que physique était si insolente qu'il paraissait dominer sans effort. Il a inscrit 31 buts (et 69 points) à lui seul. L'entraîneur Kevin Gaudet a mis en place un très bon powerplay, sa signature, et un meilleur jeu offensif. Mais dans un excellent club formateur, il a été rappelé à d'autres priorités sur l'intégration des jeunes et on lui a demandé d'adapter ses méthodes à l'avenir.

Malgré cette réussite sportive, on a craint que la foudre se soit abattue sur Bad Tölz lorsque Cengiz Ehliz - élu entrepreneur de l'année de la région munichoise en 2018 - a été condamné à 40 mois de prison pour escroquerie par la justice belge après une plainte collective de commerçants. Il se défend cependant en son appel et en son nom propre, puisque c'est sa précédente société qui est mis en cause. Il s'est retiré de l'entreprise de paiement mobile Wee qu'il a fondée, et qui n'est donc pas concernée même si son modèle économique est fondé sur des principes proches (un moyen de paiement ne pouvant être utilisé qu'auprès des commerces locaux partenaires). Et elle a même annoncé qu'elle prolongeait son contrat de sponsoring avec Bad Tölz, dont elle est le sponsor majeur.

 

Sixième : Ravensburg. C'est une habitude en DEL2 que le champion sortant connaisse ensuite une saison difficile. Comme les autres, les Towerstars ont vécu une saison chaotique après la célébration du trophée. Le cap est passé même s'ils restent les tenants du titre... Partir avec un nouvel entraîneur n'a pas permis de partir d'un nouveau pied, au contraire. Tomek Valtonen, le sélectionneur de la Pologne, a été viré lors de la trêve de novembre pour divergence de points de vue.

La stratégie suivie depuis ce moment est limpide : rapatrier tous les hommes du titre ! Tout d'abord le coach Rich Chernomaz qui a remplacé Valtonen à l'automne. Et, la saison prochaine, le gardien du titre - Jonas Langmann qui s'est frustré à rester sur le banc en DEL - et le duo offensif majeur composé de Robbie Czarnik et de Mathieu Pompei qui reviendra de Landshut. Un Czarnik qui a poussé un cri du cœur pendant le confinement en s'inquiétant de son effet dévastateur avec la fermeture des structures de type Alcoooliques Anonymes : il a expliqué à cette occasion son problème d'alcoolisme né en ECHL et poursuivi dans sa première saison allemande, mais aussi la cure de sevrage qu'il suit depuis le 14 avril 2018, et à laquelle il s'était tenue même pendant les fêtes après le titre qui l'inquiétaient de ce point de vue.

 

Septième : Kaufbeuren. Les équipes classées de la septième à la dixième place sont les seules à avoir - un peu - prolongé leur saison par les pré-playoffs. Le classement de la saison régulière s'y est inversé dans les deux séries terminées en deux manches. En battant deux fois Bietigheim, l'ESVK a donc fini à une place honnête après un championnat en dents de scie : l'équipe était dernière fin octobre, elle est remontée cinquième fin janvier, elle a failli tout perdre en février (8 défaites en 9 rencontres) et elle s'est sauvée au dernier match de saison régulière en mars.

Le bilan global reste acceptable dans une DEL2 extrêmement serrée où l'écart entre la réussite et l'échec est minime. Il l'est encore plus quand on l'élargit aux quatre ans de mandat de l'entraîneur Andreas Brockmann : trois demi-finales puis cette saison en demi-teinte. Son seul tort est-il d'avoir placé la barre très haut les trois premières années ? A-t-on oublié un peu vite qu'auparavant Kaufbeuren jouait le maintien ? En tout cas le club a fait le choix de se séparer de lui pour "prendre un nouveau départ". Un pari peut-être un peu risqué, même si ces nouvelles ambitions naissent aussi de possibilités structurelles supérieures car l'emménagement dans la nouvelle patinoire a eu lieu dans l'intervalle.

 

Huitième : Dresde. Tout comme Kaufbeuren, Dresde a joué en dessous des attentes mais est finalement revenu de loin. Les Eislöwen étaient derniers au quart du championnat avant de remonter doucement pour s'établir à la dixième place. La série de play-offs nettement remportée contre Bad Nauheim (5-4 et 8-3) a permis ensuite de finir sur une bonne note. Encaisser 4 buts par match - pire défense de la DEL2 - ne peut toutefois satisfaire aucun entraîneur, Rico Rossi en a convenu lui-même après sa prolongation de contrat. Le recrutement des arrières de DEL Alexander Dotzler et Kévin Lavallée n'a pas eu les effets attendus sur la stabilisation défensive car ils ont mis une moitié de saison à s'habituer à leur nouveau rôle.

Au moins Dresde est-il synonyme de spectacle. Les 3811 spectateurs - deuxième affluence de la ligue - en ont eu pour leur argent. Mais si les Eislöwen font partie des quatre clubs dont la patinoire remplit dès à présent les conditions d'infrastructures de la DEL, ils sont le seul des quatre à ne pas avoir déposé sa candidature, ce qui économise quelques milliers d'euros importants qui correspondent aux coûts de fourniture de la garantie bancaire exigée (de 816 000 euros). Ils gardent l'objectif de montée à moyen terme mais se montrent prudents dans un premier temps dans un contexte sanitaire et économique incertain. Il s'agit là aussi de consolider d'abord des arrières. Le hourra-hockey a ses bons côtés, le hourra-budget en a moins.

 

Neuvième : Bad Nauheim. Après une formidable série automnale (28 points sur 30 possibles), les Rote Teufel ont atteint une deuxième place inespérée. Ils sont restés sur le podium jusqu'en fin d'année mais ont commencé à vivre des péripéties moins heureuses comme les blessures de trois attaquants étrangers la même semaine. Le "Winter-Derby" organisé en plein air, qui aurait dû être une apothéose, fut une relative déception, à cause de la défaite mais surtout à cause du public : seulement 15 000 spectateurs s'étaient déplacés à cause du boycott des supporters adverses de Francfort qui n'aimaient pas le stade choisi (et l'équipe de football qui l'occupe habituellement).

Bad Nauheim pensait au moins sauver sa place dans le top-6 qui aurait garanti une place en quart de finale (cela aurait été la quatrième en cinq ans), mais 1 seule victoire dans le temps réglementaire sur les 16 dernières journées a fait glisser l'équipe en septième position, à la merci d'une équipe de Dresde plus en forme. Au lieu d'être une belle consolidation, la saison s'achève donc sur un petit déclin. La défense a tenu au même niveau que l'an passé grâce au gardien Felix Bick mais l'attaque - la plus faible de DEL2 - n'a trop souvent tenu que par Andrej Bires.

 

Dixième : Bietigheim-Bissingen. Les Steelers sont le troisième club à avoir déposé leur dossier et donc à être éligibles à la montée dans un an. La vérité oblige à dire que la perspective - qui passerait par un titre au printemps prochain - semble assez lointaine. Mais ne pas le faire n'aurait sans doute pas été compris par les supporters qui ont du mal à s'habituer à la médiocrité. Ce club qui a connu ses grandes années au moment où la porte de l'élite était fermée a du mal à accepter le retour à l'ordinaire, contrecoup forcé d'une fuite en avant financière.

Ce nouveau recul éloigne encore plus Bietigheim de ses ambitions. L'entraîneur Hugo Boisvert a tenu quinze mois mais a fini par sauter. Son adjoint Marc Saint-Jean lui a succédé mais n'a pas changé ma physionomie d'une équipe trop peu percutante. La reconstruction sera presque complète au niveau des postes d'étrangers. Après des débuts éclatants lors de son essai en décembre, l'international français Guiillaume Leclerc ne sera donc pas non plus conservé, même s'il était apprécié d'un public exigeant.

 

Onzième : Weißwasser. Le danger de se voir trop beau trop vite peut frapper tout le monde dans un championnat trop resserré pour faire croire que les acquis peuvent être conservés. L'effet de surprise ne fonctionnait plus pour une équipe attendue au tournant après une bonne saison. L'effectif restait de bon niveau et les recrues étrangères n'ont pas déçu, mais il a suffi que les Eisbären prêtent un peu moins de joueurs à leur partenaire pour que la profondeur de banc s'en ressente. Le gardien américain Mac Carruth - celui qui a essuyé le plus de tirs dans la ligue - a certes été performant avec 92% d'arrêts, mais il a fallu pour cela sacrifier un poste d'étranger.

L'arrêt prématuré de la saison a été un rude coup : l'ex-Allemagne de l'Est, à l'économie plus fragile, est aussi la plus exposée aux effets secondaires du confinement. Mais les supporters se sont montrés solidaires. 650 d'entre eux qui avaient déjà leur billet pour les play-down n'ont pas demandé à être remboursés. 2000 personnes ont même acheté un ticket pour un match fictif du 15 avril contre "Corona", destiné à renflouer les caisses du club. La trajectoire budgétaire a toutefois été annoncée très vite : -25% pour la masse salariale des joueurs, -10% à -15% pour celle du staff.

 

Douzième : Bayreuth. Pendant la première moitié de la saison, les Tigers ont déçu et sont tombés en dernière position. Mais petit à petit, les ingrédients ont commencé à s'assembler. Le joker Drew Melanson était la pièce manquante sur la première ligne aux côtés de Rajala pour rendre vraiment performant Tyler Gron. Après avoir été numéro 2 dans un premier temps, Timo Herden s'est peu à peu amélioré jusqu'à garder les cages pendant une série de sept victoires de suite en février qui ont donné à Bayreuth l'avantage de la glace pour les barrages de relégation... qui n'ont pas pu avoir lieu.

Herden a au moins gagné sa place de titulaire et obtenu qu'on compte sur lui commune numéro 1 pour la suite. Bayreuth commence à remplir son objectif de devenir un club paisible et mise sur la stabilité. L'entraîneur finlandais Petri Kujala reste avec son compatriote et meilleur marqueur Juuso Rajala, son joueur fétiche qui l'a suivi depuis Bad Nauheim.

 

Treizième : Crimmitschau. Le coronavirus a-t-il sauvé le club en évitant une relégation qui devenait tout à fait possible ? Ou va-t-il le précipiter dans la tourmente financière ? Peut-être les deux. Après deux années en quart de finale, Crimmitschau est retombé à un niveau qui correspond malheureusement plus avec ses moyens. L'arrivée des jokers Mitch Wahl et Ty Wishart en novembre a provoqué une bonne phase (7 victoires en 10 rencontres), mais elle n'a duré qu'un mois. Une série de neuf défaites a ensuite fait retomber le club à la dernière place, dont il ne s'est extirpé qu'à la dernière journée en gagnant à Bayreuth qui aurait dû être son futur adversaire.

L'entraîneur Danny Naud a gardé la confiance des joueurs et son poste jusqu'à la fin de saison, mais il ne faisait guère de doute que l'on rechercherait un nouvel entraîneur. Il s'agira de Mario Richer, après la fin programmée de son bail réussi à Amiens. Si sa philosophie passe bien avec celle de son nouvel environnement, qui demandera de l'engagement et du forechecking, mais sa mission s'annonce très difficile. S'il dit avoir l'habitude de faire avec peu de moyens, il a plutôt connu des équipes de milieu de tableau que de vrais petits clubs. Sa maîtrise limitée de l'allemand malgré un passage antérieur en Autriche pourrait être un handicap dans un club qui comptait jusqu'ici sur des entraîneurs établis depuis longtemps dans le pays.

 

Quatorzième : Landshut. Annoncé avec fanfare comme le promu le plus fort de ces dernières années, l'EVL n'a jamais pu être digne de ces attentes. Les deux recrues de haute volée qui avaient attiré encore plus d'attention sur Landshut ont pourtant été performantes : difficile de critiquer Mathieu Pompei et Robbie Czarnik qui ont maintenu chacun une moyenne élevée de 1,3 points par match, mais s'ils ont été toujours aussi complices entre eux sur la glace, ils n'ont pas pu ou su entraîner le reste de l'équipe avec eux. Le handicap de n'avoir sa patinoire à disposition qu'un mois après le début du championnat a peut-être été sous-estimé.

Le club va donc se réorienter, mais le départ de deux gardiens internationaux juniors formés au club de 22 ans et 19 ans a fait des vagues. Landshut se retrouve avec deux gardiens de 37 ans, Jaroslav Hübl et le joker de fin de saison Dmitri Pätzold, ce qui fait un peu tache pour un club formateur. En fait l'EVL veut embaucher Pätzold mais pas vraiment garder Hübl. Le hic est qu'il est toujours sous contrat...

L'arrêt prématuré de toute activité a par ailleurs eu un avantage : la longue intersaison a permis de commencer la deuxième phase des travaux dès le 30 mars. Le système de réfrigération sera remplacé par des installations neuves avec une meilleure efficacité énergétique. L'ancienne tribune de places debout sera démolie. La nouvelle tribune ouest - qui permettra une capacité réduite dès la saison prochaine - comportera 1800 places debout dans sa partie inférieure et 1200 places assises sur la partie supérieure. La tribune est attendra la saison suivante

 

Marc Branchu

 

 

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