Finlande 2024 : bilan de la saison et perspective

 

Les résultats du championnat finlandais

Le bilan précédent (2023)

 

Depuis 2014, les qualifications permettant la passerelle de la Mestis à la Liiga sont supprimées. Si certains clubs (Sport, KooKoo et Jukurit) ont pu obtenir une licence sur dossier pour intégrer la Liiga, la Mestis, en dehors de la perte d'intérêt avec une promotion bloquée, n'a eu de cesse de se fragiliser. Certains clubs traditionnels ont sombré, comme SapKo et Peliitat. À l'inverse, les clubs de Liiga sont protégés de toute relégation, ce qui peut paraître aberrant quand on constate la situation de certains clubs, vous le verrez dans ce bilan avec la lointaine dérive de SaiPa.

Les qualifications seront de retour en 2025, mais il faudra que le titre de Mestis se conjugue avec des garanties financières et une situation économiquement viable. En attendant, un 16e club se joindra à la Liiga à la rentrée, Kiekko-Espoo, qui disposera d'un budget de 5,5 millions d'euros. 16 équipes en Liiga, 10 en Mestis à partir de cette saison 2024-25, nombreux sont ceux qui dénoncent la formule bancale.

Sous pression d'Espoo qui menaçait de saisir l'Autorité de la concurrence, la Liiga avait cédé en rétablissant le système de promotion/relégation, mais avec des prix astronomiques : la ligue aurait annoncé aux candidats à la montée que la licence coûterait 3,8 millions (montant évoqué avec les Jokerit) ou 3,6 millions d'euros (montant annoncé à TuTo), soit deux fois plus que le prix payé par les précédents promus Sport, KooKoo et Jukurit entre 2014 et 2016.

Le président de la Liiga, Heikki Hiltunen, s'est défendu en expliquant appliquer une formule de révision sur le budget cumulé des clubs (passé de 19 à 31 millions d'euros depuis 2014/15) mais il est toujours soupçonné de conflit d'intérêts en tant que président du Vaasan Sport. Les gros clubs menés par Tappara se sont rebellés contre ce qu'ils voient comme une position abusive et se sont rapprochés du syndicat des joueurs pour développer l'idée d'une élite à 10 ou 12 clubs (avec une Liiga 2 en dessous).

On apprendra finalement qu'Espoo a négocié un rabais de 40% en payant sa licence 2,2 millions d'euros. Les Jokerit ont dénoncé une iniquité dans un communiqué, car ils avaient fait marche arrière devant les prix initialement annoncés.

Beaucoup de remous durant cette saison alors que le cartographie du hockey finlandais est en passe d'être redéfinie. Une chose ne change pas… La domination de Tappara !

 

Tappara Tampere (1er) : changement de cap réussi

La dynastie se consolide pour Tappara qui a remporté le titre pour la troisième fois de suite. La performance est d'autant plus méritoire que le club avait mis fin à onze ans d'une ère de coaching Jukka Rautakorpi - Jussi Tapola pour faire confiance à l'un des entraîneurs européens les plus en vue, le Suédois Rikard Grönborg. Sans pour autant vouloir révolutionner le jeu, Grönborg a transporté avec lui une culture offensive et de la gagne. "Important d'être actif, avec ou sans palet", "attaquer de manière agressive" avait-il martelé lorsqu'il est arrivé. L'équipe était attendue au tournant, et un doute s'est immiscé en hiver quand Tappara a subi une série de neuf défaites en onze matchs. Le club était au plus mal, et l'inquiétude, pas si courante à Tampere, est apparue. Mais "la hache" a su réagir, ne concédant qu'un temps faible en milieu de saison. Aucune équipe n'a pu réellement les mettre en difficulté, y compris les Pélicans de Lahti qui se sont inclinés en cinq manches en finale.

Christian Heljanko a été royal devant le but, et Petri Kontiola est probablement la plus belle histoire de cette saison de Liiga. Au printemps 2023, Kontiola souhaitait s'éloigner du hockey, la retraite semblait évidente alors qu'il affichait 38 ans au compteur. Dans les faits, il s'était en fait écarté pour prendre à bras-le-corps un problème d'addiction à la drogue. Le projet Grönborg, son profil d'excellent patineur qui intéressait l'entraîneur suédois, et une bataille remporté contre les vieux démons, Petri Kontiola a accepté de revenir pour une dernière danse, et il a obtenu une couronne qui lui manquait et qui a permis une sortie qu'il méritait.

 

Lahden Pelicans (2e) : revenus de loin

Toujours tributaire de la formation, le club de Lahti avait nettement augmenté son budget avec une masse salariale atteignant les 2,65 millions d'euros, un record pour les Pélicans. Mais malgré cet investissement sans précédent, l'équipe a frôlé la catastrophe. Le début de saison a été très mauvais, 6 victoires lors des 19 premiers matchs, et plusieurs grosses recrues n'ont pas donné satisfaction, dont le gardien expérimenté Jussi Olkinuora qui a fini par partir en Suisse. Beaucoup réclamaient alors la démission de l'entraîneur Tommi Niemelä, surtout quand les Pélicans ont atteint le fond début novembre. Dans le même temps, la trésorerie était en difficulté, le club était en retard sur des factures même si les joueurs ont toujours pu recevoir leurs salaires. Le patron Lauri Pöyhönen justifiait cela par un retard de paiement d'un gros sponsor.

La direction a néanmoins gardé son sang-froid, notamment pour le cas de Niemelä, à raison. L'équipe de Lahti est parvenue à redresser la tête, atteignant un record de victoires d'équipe en début d'année pour finir finalement troisième de la saison régulière. Le jeune Niklas Kokko a totalement éclipsé le départ d'Olkinuora, et le virtuose Ryan Lasch, qui a peut-être perdu en vitesse avec l'âge, demeure tout de même un attaquant particulièrement efficace, son covid long fait désormais partie du passé. Oublié les débuts cauchemardesques, les Pélicans ont torpillé leurs adversaires jusqu'au summum d'une demi-finale victorieuse contre Kärpät. Le but en prolongation de Konsta Hirvonen permettant d'obtenir une place en finale demeurera le grand moment de la saison. De nouveau finaliste pour la deuxième année consécutive, l'équipe de Lahti n'est pas parvenue à faire vaciller Tapppara qui a maîtrisé son sujet.

 

Oulun Kärpät (3e) : fausses promesses

2023 et une septième place marquaient l'un des plus mauvais résultats de ces dernières années pour le club d'Oulu. Mikko Myllykoski a débuté comme directeur sportif le 1er octobre. Il était attendu avec de grands espoirs par le club le plus riche du pays, qui devait donc se rattraper. L'homme de 51 ans (qui avait passé trois ans à Oulu et remporté un titre pendant sa carrière de joueur) travaillait jusqu'ici comme agent de joueurs au sein de 4Sports (qui a la réputation d'attirer à elle seule les meilleurs hockeyeurs européens), il arrivait donc avec la connaissance d'un certain réseau. Malgré une dernière saison difficile, la direction avait souhaité maintenir au poste d'entraîneur le très contesté Lauri Marjamäki… qui était déjà largement critiqué quand il était à la tête de l'équipe nationale. Le conseil d'administration des Kärpät a préféré le garder… avant de s'en séparer à la mi-décembre ! Marjamäki avait promis du changement dans le style de jeu, avec plus d'énergie, mais les promesses n'ont pas été tenues. Le club était alors cinquième, alors que les attentes à Oulu sont toujours élevées.

Le changement d'entraîneur, avec l'arrivée de Ville Mäntymaa, a finalement été bénéfique avec une équipe plus productive en offensive, permettant aux Kärpät de se qualifier pour les playoffs et d'atteindre le dernier carré. La demi-finale contre les Pélicans s'est cependant révélée assez frustrante, les "Hermines" d'Oulu ne parvenant jamais à prendre le dessus collectivement. Un recrutement loupé avec des renforts discrets lors des moments décisifs n'ont pas permis de faire la différence. Teemu Turunen, meilleur buteur de Liiga et de loin le meilleur joueur de l'équipe tout au long de la saison, a dû se sentir un peu seul, il était absolument partout. Turunen et ses coéquipiers ont tout de même arraché la médaille de bronze.

 

Kalevan Pallo (4e) : dernier carré inattendu

Si KalPa a gardé une certaine continuité dans ses rangs, cette saison 2023-24 marquait les débuts en tant qu'entraîneur en chef de Petri Karjalainen. Les performances de son équipe ont été plutôt timides. En saison régulière, KalPa a alterné le chaud et le froid, peinant à aligner plusieurs victoires consécutives. L'équipe de Kuopio a toutefois trouvé une certaine régularité en décembre avant de terminer septième, ce qui lui a permis d'éviter l'ogre Tappara en quart de finale. Karjalainen était finalement à la baguette d'un mélange réussi de plusieurs générations, alors que le style de jeu paraissait adapté aux playoffs.

Après avoir écarté Vaasa, KalPa a réalisé une série spectaculaire en quart en écartant les Ilves, deuxièmes de saison régulière. Ce fut clairement la grande sensation printanière. Le gardien Juha Jatkola, ennuyé par un début de saison difficile puis par les blessures, a su répondre présent dans les moments clefs. Juuso Mäenpää a réalisé une percée spectaculaire avec un pointage régulier tout au long de la saison, tout comme Oliver Kapanen... qui avait perdu plusieurs dents et saigné de la lèvre pendant la série contre Ilves, mais qui est rapidement revenu au jeu. Tout un symbole. Kapanen et Mäenpää ont l'un et l'autre inscrit 14 points en playoffs, et le Tchèque Matyáš Kantner a été une très bonne recrue. Quant au défenseur français Hugo Gallet, il a réussi à conserver une place régulière au sein de cette équipe de dernier carré.

 

Tampereen Ilves (5e) : pétard mouillé

Les Lynx de Tampere avaient tout pour réussir. Antti Pennanen est considéré comme l'un des meilleurs entraîneurs du pays, il avait pris le train en marche la saison dernière et avait mené l'équipe à la médaille de bronze. Ilves a réalisé une saison régulière impressionnante en battant son propre record de points, et a également obtenu le meilleur bilan de l'histoire du championnat à l'extérieur. Comme la recrue américaine Adam Clendening le rôle de défenseur numéro 1 en powerplay, c'est son compatriote qui en a pâti : meilleur marqueur des arrières de Liiga la saison précédente, Les Lancaster a vu ses statistiques s'amenuiser à 9 petits points (et une fiche de -6) en 33 rencontres. Le staff a négocié avec son agent son départ en février, vers Munich.

Les attaquants ont été plus productifs puisque cinq d'entre eux ont marqué plus de 20 buts. Oula Palve a été couronné meilleur marqueur de Liiga. Le troisième compteur du championnat fut son ailier Eemeli Suomi, qui a paru libéré en étant déchargé du capitanat (au profit du défenseur Niklas Friman recruté pour son métier). Deuxièmes de la saison régulière, Ilves a remporté un dernier derby contre Tappara qui a marqué les esprits, Palve marquant le but gagnant… à 2.7 secondes de la fin dans une Nokia Arena bouillante. À l'amorce des playoffs, la séquence d'Ilves était de sept victoires consécutives.

Et puis, tout s'est effondré. KalPa a totalement déverrouillé le piège. La machine infernale s'est enrayée, et la force psychologique s'est brisée. Les Lynx de Tampere se sont inclinés en cinq manches durant une série où plusieurs forces de la saison régulière se sont faites discrètes. En premier lieu, le joker qui a remplacé Lancaster en janvier, Sami Niku, censé faire la différence en avantage numérique mais dont le contrat a rapidement été résilié au lendemain de cette élimination aussi rapide que frustrante.

 

Mikkelin Jukurit (6e) : manque de carburant

Olli Jokinen a fait ses adieux derrière le banc des Jukurit. À la rentrée 2023, il disposait d'une formation globalement proche de la saison précédente, une saison 2022-23 qui avait tout de même marqué un coup de frein dans son mandat. Et pourtant, son équipe a corrigé le tir et retrouvé le devant de la scène avec un rendement qui s'est accentué pendant l'hiver, jusqu'à atteindre une série de neuf victoires consécutives. Un anomalie pour un club à la masse salariale de 2 millions d'euros, quand ses plus proches concurrents sont au-dessus de la barre des trois millions.

Roulant à un rythme effréné, les Jukurit étaient même en mesure de remporter la saison régulière. Mais l'exercice 2023-24 a finalement pris la même tournure qu'il y a deux ans: une cadence impressionnante, jusqu'à un essoufflement qui a ralenti la vitesse peu avant la fin de la saison régulière. Le club de Mikkeli n'a gagné que 3 de ses 11 derniers matchs dans les 60 minutes avant les playoffs. Les Jukurit ont perdu l'avantage de la glace qui leur était promis, et ils ont montré de gros signes de fatigue contre les Kärpät qui ont mené 3 manches à 0, avant une réaction des Jukurit qui n'a été que temporaire.

Cependant, le passage d'Olli Jokinen à Mikkeli restera dans les mémoires. Durant son mandat, il a proposé un jeu physique et rapide, il a partagé une culture du travail et permis un fonctionnement de premier de plan à l'un des plus petits budgets de la Liiga. Il est parvenu à attirer de futures stars (Niko Huuhtanen et Konsta Helenius en tête), et redonner pleinement confiance à des internationaux comme Patrik Puistola et Pekka Jormakka mais aussi un ancien joueur d'Anglet. Le Letton Oskars Batņa, qui est resté une grosse année dans le Pays Basque, n'est plus un simple colosse, mais il est également devenu très habile dans la conservation du puck et redoutable devant le slot, il sort de la meilleure saison de sa carrière. Le club a recruté pour la prochaine saison un autre ex-international devenu entraîneur, Marko Tuomainen, qui a été champion de Mestis avec IPK, il emmène dans ses valises ses deux meilleurs marqueurs, le jeune Suédois Ludvig Persson... et l'Américain et ex-Mulhousien Alex Berardinelli.

 

IFK Helsinki (7e) : immense déception

Les objectifs sont habituellement élevés à Helsinki, mais l'entraîneur et ancienne gloire Ville Peltonen jouait gros. D'importants investissements ayant été effectués, le HIFK était grand favori sur le papier. Au printemps 2023, le manque d'efficacité en supériorité numérique avait sorti le HIFK en demi-finale. Le staff avait recruté Jori Lehterä, le meilleur joueur offensif de Liiga, pour gommer ce point noir, et cette équipe semblait taillée pour le titre. Mais le club de la capitale a dû rapidement se passer de Leo Komarov, revenu à la maison mais blessé dès la pré-saison, il n'est revenu qu'en janvier. Une absence qui pendant un temps n'a pas eu de réelle incidence, le HIFK offrant son meilleur visage lors des premières journées.

Mais à l'automne, les performances ont commencé à devenir très inégales, et Peltonen n'a jamais réussi à trouver les clefs alors que l'équipe pratiquait un jeu ennuyeux en dépit de disposer de nombreux talents. La colère des fans est montée d'un cran en playoffs, d'autant plus lorsque les Pélicans ont mené 3 manches à 0 en quart de finale. Le but gagnant en troisième prolongation de Jori Lehterä a ravivé la flamme, HIFK parvenant à égaliser à 3-3 dans la série. Et puis rideau, le but à 63 secondes de la fin de Lars Bryggman qui a permis une qualification des Pélicans à l'issue du match 7 a provoqué un déchirement. Pour autant, tous s'attendaient à voir HIFK bien plus haut.

 

Turun Palloseura (8e) : espoirs minés par les dettes

Neuvième en 2023, la direction du TPS a réagi en délogeant Jussi Ahokas du poste d'entraîneur au profit de Tommi Miettinen. Les changements ne se sont pas arrêtés là puisqu'ils ont été nombreux dans l'alignement. Un groupe rajeuni a vu le retour des vieilles connaissances Markus Nurmi et Petrus Palmu. Le club a littéralement fait peau neuve pour repartir sur des bases saines. Pour autant, le TPS Turku n'a pas été régulier dans les performances en saison régulière, il est resté enlisé en seconde moitié de tableau. Les deux grosses recrues n'ont pas donné totale satisfaction, Palmu a certes été très bon au début mais il a connu une panne sèche à mi-saison.

La morosité a gagné Turku mais en mars, les Noirs et Blancs ont mis un coup d'accélérateur pour s'assurer d'une place en playoffs. Après avoir écarté Lukko en play-in, TPS a livré une furieuse bataille face à Tappara, les hommes de Miettinen étaient en passe de forcer un septième match… avant qu'Anton Levtchi n'égalise à 45 secondes de la fin, Kristian Tanus marquant ensuite le but en prolongation pour Tappara. Pas de dernier carré mais ces performances ont ramené de la joie et redonné foi à des fans qui n'avaient plus de quoi se réjouir depuis les deux finales en 2021 et 2022. L'espoir semble de mise, d'autant plus avec les talents qui ont émergé, notamment Viljami Marjala qui a réalisé une percée spectaculaire en attaque. Mais les pertes accumulées, qui étaient déjà à hauteur de 2,9 millions d'euros en 2023, n'ont été que partiellement résorbées et limiteront les ambitions.

 

Rauman Lukko (9e) : loin de l'objectif

À Rauma, on ne voulait pas revivre la saison précédente, lorsque Lukko menait nettement le classement, jusqu'à dix points d'avance, avant de vivre un cauchemar au printemps 2023. Marko Virtanen, qui a entraîné l'équipe pendant deux ans, a cédé sa place à Tomi Lämsä, peu connu du grand public et que beaucoup n'imaginaient pas à ce poste. Pour autant, l'objectif était clair : retrouver le chemin de la médaille. Certes l'équipe a réalisé un superbe parcours en CHL, échouant de peu pour une place en finale. Des performances toutefois à l'opposé de celles en Liiga puisque Lukko a obtenu le pire bilan de ces six dernières années.

Lämsä a échoué, ses joueurs ont atteint péniblement les playoffs et n'ont pas été en mesure de renverser TPS en play-in. La saison a été décevante, au niveau du classement comme des performances individuelles. Sebastian Repo a peut-être réalisé la meilleure performance de sa carrière mais les recrues ont déçu comme les gardiens. Le portier canadien Samuel Harvey avait réalisé des performances très satisfaisantes mais il a quitté l'équipe en décembre pour des raisons familiales. Et le duo Christopher Gibson / Daniel Lebedeff n'a pas vraiment fait l'affaire aux moments clefs de la saison.

 

Vaasan Sport (10e) : un bel et dernier effort

L'arrivée d'un nouveau directeur sportif (Herkko Koski) a déclenché un bouleversement au sein de l'équipe de Vaasa, pour un nouveau départ, même si les supporteurs ne s'attendaient pas à un coup d'éclat. Il y avait tout de même un potentiel intéressant pour une équipe menée par la "mafia suédoise", comme elle a été surnommée avec pas moins d'une dizaine de joueurs provenant de Suède. Malheureusement, les blessures de Jens Lööke et surtout Simon Hjalmarsson ont été fortement préjudiciables. Sans Hjalmarsson, 41 points en 44 matchs, meilleur joueur d'octobre, casque d'or la majorité de la saison et absent quasiment deux mois, l'équipe n'a pas joué au même niveau.

En retard au classement, certains des poursuivants, jugeant qu'ils n'avaient plus aucun espoir de playoffs, avaient commencé la fameuse braderie, mais Vaasa n'a pas abdiqué. À l'approche de la fin de la saison régulière, les Aigles ont accéléré en récoltant 17 points lors des 10 derniers matchs. Le dernier match décisif contre les Ässät a basculé en faveur du Vaasan Sport, ponctuant un superbe effort dans les dernières journées et permettant une qualification en playoffs. Certes, la joie s'est estompée en play-in avec une élimination contre KalPa. Mais en dépit de cette fin amère, Vaasa a connu de beaux moments, permettant une belle sortie à l'entraîneur Risto Dufva et au joueur emblématique Erik Riska qui ont mis fin l'un et l'autre à leur carrière respective.

 

Porin Ässät (11e) : toujours peu efficace

Quarts de finaliste en 2023, les Ässät s'étaient hissés à ce stade de la compétition essentiellement grâce à un excellent gardien (Niklas Rubin) et une défense solidaire. Pour la saison 2023-24, l'objectif était, sans négliger le jeu défensif, de faire du jeu et de marquer des buts, une tâche confiée notamment aux frères Marcus et Jonathan Davidsson qui devaient jouer un rôle de premier plan. Entre blessures et difficultés à s'intégrer, le duo suédois n'a pas bouleversé l'offensive et s'est montré assez discret. Pour autant, le club de Pori a très bien débuté la saison en remportant 7 des 10 premiers matchs, puis en récoltant 30 points en 17 matchs, ce qui lui avait permis de se positionner au troisième rang.

Puis la cadence a ralenti mais une absence en playoffs semblait inenvisageable, surtout à la faveur d'une fin de calendrier plutôt favorable. Et la machine a encore plus ralenti, jusqu'à perdre un dernier match décisif pour une qualification. Au final, l'équipe a souffert, comme l'année dernière, d'un manque d'efficacité devant le but malgré des coups d'éclat de Lenni Hämeenaho et Jan-Mikael Järvinen. Le jeune Français Dylan Fabre, qui disputait sa première saison à l'étranger, était étonnamment l'une des rares satisfactions offensives comme l'a évoqué le journaliste spécialiste des Ässät Veeti Välimäki, précisant "qu'il a encore une marge de progression notamment en termes de finition". Poursuivre son développement, c'est tout ce qu'on lui souhaite.

 

KooKoo Kouvola (12e) : flop de la meilleure équipe de Kouvola

Également quart de finaliste en 2023, KooKoo performait très bien en jeu à cinq contre cinq, avec le deuxième total de tirs lancés au but. Il n'y avait finalement que les unités spéciales à corriger pour progresser. Cela ne s'arrête pas là puisque, aux yeux des spécialistes, le club de Kouvola présentait la meilleure équipe de son histoire, une place en playoffs ne semblait faire aucun doute. Et pourtant, l'équipe est restée la majeure partie de la saison sous le seuil des places qualificatives. L'arrivée en novembre du Canadien Seth Barton a permis d'améliorer la défense, mais cela a demeuré insuffisant.

Blessé, Barton est d'ailleurs resté sur la touche le dernier mois de la saison. Hormis Barton, et malgré un trio suédois Linus Andersson – Axel Ottosson – Emil Molin très décevant, KooKoo a connu de très bonnes performances individuelles : Ben Tardif et Arttu Ilomäki ont respectivement atteint 50 et 44 points, Radek Koblížek a marqué 19 buts. Quant à Charles-Édouard D'Astous, ses 46 points lui ont permis d'obtenir un record d'équipe pour un défenseur. Des difficultés dès le début et l'impossibilité d'obtenir des résultats réguliers n'ont pas permis de capitaliser sur ces grandes performances individuelles.

 

JYP Jyväskylä (13e) : triste centenaire

La saison 2023-24 était particulière pour JYP puisque le club de Jyväskylä fêtait son 100e anniversaire. Et pour ce centenaire, l'organisation avait de grandes attentes, elle a investi massivement dans de nouveaux renforts, et le message était clair : JYP devait absolument retrouver les playoffs après cinq ans d'absence en séries. Dans un premier temps, cela a très bien fonctionné, avec notamment Reid Gardiner, Jerry Turkulainen et Sami Niku qui ont régalé offensivement, ils occupaient à l'automne trois des quatre premières places des meilleurs marqueurs. Niku avait un rythme impressionnant, marquant notamment 26 points à ses 19 premiers matchs, il était en passe de battre le record de points marqué par un défenseur, partagé par Pekka Rautakallio et Brian Rafalski. Niku échouera à quelques points, mais ce n'est pas le plus grave.

En décembre, JYP était dixième au classement, mais sixième au regard de la moyenne de points. Rien d'alarmant mais la direction a licencié le duo d'entraîneurs Jukka Rautakorpi / Ville Nieminen au motif que "la vitesse de développement n'était pas suffisante pour atteindre les objectifs". Une décision qui n'a en tout cas pas du tout ravi les supporteurs, furieux. On leur donnera raison puisque le nouveau coach Mikko Heiskanen a dû essuyer, dès le début de son mandat, neuf revers consécutifs... On apprendra par la suite que le jeu proposé par Rautakorpi n'était pas au goût du président Jukka Seppänen, qui s'est aussi disputé avec le joueur star Sami Niku, parti vers Ilves en cours de saison, tandis que l'Estonien Robert Rooba a lui refusé le capitanat de la "nouvelle" équipe. Ambiance délétère, et le château de cartes s'est littéralement effondré.

 

Hämeenlinnan Pallokerho (14e) : plus de moins bon que de bon

Continuellement dans l'impasse depuis le titre inattendu en 2019, le HPK avait besoin de plus de continuité et de persévérer dans le développement. Le recrutement semblait cohérent puisque les renforts étaient surtout des joueurs rapatriés, mais certains observateurs pointaient du doigt le manque de profondeur. Quant au poste d'entraîneur, l'expérimenté Jarno Pikkarainen avait cédé sa place à Matias Lehtonen qui n'avait jamais pris en charge une équipe de ce niveau même s'il avait de bonnes références en Mestis.

HPK a finalement alterné le bon et surtout le moins bon. Après sept défaites consécutives en tout début de saison, le club de Hämeenlinna a ensuite obtenu 15 points sur 18 possibles, avant de rentrer dans le rang… puis de connaître une nouvelle bonne séquence en décembre. A tel point que le nom de Lehtonen commençait à être évoqué comme meilleur entraîneur de la saison. Trop vite en besogne. Car en début d'année, HPK a concédé 13 revers consécutifs, lâchant totalement prise. L'équipe a sombré et ne pouvait s'en remettre aux deux stars Miro Karjalainen et Joel Janatuinen qui ont manqué la grande majorité de la saison. L'équipe noire et orange a revendu ses joueurs phares avant la date limite des transferts, sa saison se terminant à l'avant-dernière place. Et cela aurait pu être bien pire si Sami Rajaniemi, devenu l'un des meilleurs gardiens de la Liiga, ne s'était pas efforcer à garder l'équipe à flots.

 

Saimaan Pallo (15e) : désastre sportif et financier

Il y avait une volonté pour SaiPa de retrouver les playoffs. Malgré une attaque qui semblait tenir la route, des doutes entouraient une défense assez inexpérimentée. Il est devenu évident, rapidement, que l'équipe ne serait pas en mesure de performer cette saison. Si le club a vu les percées des jeunes Santeri Ariola et Janne Naukkarinen, il n'a jamais décollé au classement. L'équipe a atteint un triste record : le 13 janvier, SaiPa est devenu l'équipe qui a connu la plus longue série de l'histoire sans victoire dans les 60 minutes, 23 matchs de suite sans atteindre les 3 points. 12e en 2020, 13e en 2021, 14e en 2022, 15e en 2023 et 15e en 2024, beaucoup en sont venus à cette conclusion : SaiPa a-t-il encore sa place en élite ? De quoi légitimiser le système promotion-relégation.

Le désespoir sportif s'est conjugué à une situation financière catastrophique, malgré une quatrième braderie de joueurs consécutive en fin de saison. L'affluence du Lappeenrannan jäähalli était au plus bas (2300 personnes en moyenne) et les dettes n'ont cessé de s'accumuler en dépit du changement de PDG à l'été dernier, Jussi Markkanen cédant la présidence à Jani Valkeapää. L'image du club en a pris un coup quand Iltalehti a révélé que l'ancien gardien Markkanen avait rencontré à Milan, à plusieurs reprises, des partenaires turcs pour une opération de marketing, alors qu'il s'agissait d'escrocs. Trois transferts, dont un premier de 100 000 euros, ont été réalisés du compte de SaiPa vers un compte britannique. Markkanen a (tardivement) reconnu la supercherie, il a dû rembourser de sa poche. Qu'il soit devenu directeur sportif de la Liiga depuis septembre et qu'il ait encore des actions dans le club, cela nuit forcément à l'image de SaiPa, qui avait déjà subi ces dernières années une action en justice pour licenciement abusif. De nouveaux propriétaires, via la société Lätkä Lentää, sont toutefois en passe de sauver le club.

 

Nicolas Jacquet

 

 

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