Suède - Slovaquie (13 février 1994)

 

Jeux olympiques 1994, groupe B, première journée.

Obligée de repartir du bas de l'échelle mondiale, la Slovaquie a pu bénéficier d'une qualification olympique pour avoir le droit à ce voyage en Norvège. Ce premier match dans une compétition sportive d'élite est donc un évènement majeur pour tout un pays. Le staff slovaque rêvait même de disposer de ses vedettes Ciger et Bondra pour ce tournoi olympique, avant de se rendre à l'évidence que leurs contrats NHL rendaient cette hypothèse impossible. Si les tournois internationaux sont une inconnue pour les Slovaques, l'inverse est aussi vrai : "l'invité mystère" commence à être craint après une préparation convaincante auréolée de 14 victoires pour une seule défaite (contre la Finlande).

Le face-à-face au coup d'envoi entre les deux Peter peut être trompeur : l'idole slovaque Stastny (37 ans) y fait face au grand espoir Forsberg (20 ans) qui est censé marcher dans les pas de son vis-à-vis en devenant le futur meneur offensif des Nordiques de Québec. Malgré cette différence d'âge, c'est bien une équipe slovaque béotienne à ce niveau qui affronte une Suède de métier, et rompue aux grands rendez-vous. Les expérimentés Scandinaves ne veulent pas laisser l'enthousiasme slovaque se libérer et prennent tout de suite leurs adversaires à la gorge. Eduard Hartmann, le gardien de Trencín, annihile les premières attaques avec de beaux réflexes.

Deux fautes, une charge avec la crosse de Baca et un accrocher de Janos, laissent la Slovaquie avec 42 secondes à 3 contre 5. Le lancer de la ligne bleue de Tomas Jonsson frappe le poteau extérieur au moment où s'achève la première pénalité. Mais le jeu de puissance suédois continue de faire circuler le palet à 5 contre 4, et comme les Slovaques montent face au danger des tirs de défenseurs, Jonsson trouve cette fois Håkan Loob excentré tout seul à gauche pour un tir en angle sous la botte de Hartmann. Quatre minutes plus tard, Zigmund Pálffy parvient à déborder la défense suédoise et à servir Branislav Janos pour le premier but de la Slovaquie dans une grande compétition internationale. La Suède ne met toutefois que 23 secondes à reprendre l'avantage par Patrik Juhlin.

La deuxième période commence par un coup de théâtre : Kenny Jönsson ne parvient pas à intercepter une bonne passe croisée en zone neutre de Jergus Baca pour Miroslav Šatan et le jeune talent diabolique fusille le gardien entre les jambes. La Slovaquie prend même l'avantage pour la première fois quand un slap côté gauche de Peter Stastny laisse le gardien Håkan Algotsson sans réaction. Prévu comme gardien titulaire pour ce tournoi, Algotsson semble relativement peu convaincant. Et son équipe est menée au score à la surprise générale. Un quatrième but slovaque est toutefois refusé par l'arbitre canadien M. Muench.

C'est Roger Hansson - auteur du but décisif du championnat du monde il y a deux ans - qui renverse le match en troisième période. Tout d'abord, il prend son propre rebond, en angle. Hartmann s'en veut d'avoir laissé passer celui-là... Deux minutes plus tard, Hansson prend de vitesse Sekeráš sur l'aile gauche et centre le palet fort à la cage. Suffisant pour qu'un rebond traîne et que le défenseur Kenny Jönsson arrive devant la cage pour marquer. Il danse en sautillant sur place dans les bras de ses coéquipiers après ce qui pourrait être le but décisif. Mais à six minutes de la fin, Oto Hašcák - qui est un des meilleurs joueurs de l'Elitserien avec Frölunda et a persuadé ses équipiers slovaques qu'ils pouvaient rivaliser avec ces joueurs suédois - effectue une passe croisée pour la reprise dans le cercle droit de Roman Kontšek. L'euphorie slovaque ne connaît plus de limites et les Suédois sont obligés de défendre le match nul dans les dernières secondes. La Slovaquie a fait une entrée tonitruante parmi les grands.

Commentaires d'après-match (dans La Presse)

Peter Stastny (attaquant de la Slovaquie) : "Tous mes rêves se réalisent. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est. La Slovaquie, à part quelques années pendant la Seconde guerre mondiale, a été privée de son indépendance pendant 1000 ans. Moi-même, j'ai passé dix ans en exil sans pouvoir remettre les pieds dans mon pays. Et enfin, après tant d'efforts, je peux jouer pour la Slovaquie, je suis le capitaine de l'équipe et j'ai porté le drapeau de mon pays à la cérémonie d'ouverture. Je suis un homme comblé, je suis un homme béni, je ne peux demander plus et mieux. Ce que j'ai vécu n'a pas de prix. C'est la plus belle expérience de vie qu'on puisse imaginer. J'ai joué avec mon frère Anton et mon neveu Michal, que demander de plus ? Si le pays avait obtenu son indépendance quelques années plus tard, je n'aurais pu vivre cette expérience. Tout est arrivé à point. J'avais des frissons quand je suis entré dans le stade. J'étais heureux, c'est extraordinaire de vivre pareil moment. Nous formons une bonne équipe, inventive et intense. Nous participons à toutes sortes de premières. Premiers Jeux, premier match pour la Slovaquie. Le président de la république était tellement fier qu'il est encore dans le vestiaire."

Peter Forsberg (attaquant de la Suède) : "Je ne joue pas bien depuis quelque temps. Je ne sais pas pourquoi. L'équipe était tendue pour ce premier match mais nous pouvons faire beaucoup mieux. Si je joue comme je l'ai fait aujourd'hui, je ne serai pas d'une grande aide pour les Nordiques. Si Peter Stastny représentait le passé et moi l'avenir, bien le passé a mieux joué. Peter Stastny a été meilleur que moi."

 

Suède - Slovaquie 4-4 (2-1, 0-2, 2-1)
Dimanche 13 février 1994 à 15h00 au Håkons Hall de Lillehammer. 9213 spectateurs.
Arbitrage de Kevin Muench (CAN) assisté de Jouni Lojander (FIN) et Helmuth Mair (ITA).
Pénalités : Suède 10' (0', 8', 2'), Slovaquie 16' (6', 8', 2').
Tirs cadrés : Suède 28 (8, 4, 16), Slovaquie 21 (4, 7, 10).
Tirs totaux : Suède 48 (18, 10, 20), Slovaquie 40 (13, 10, 17).
Engagements : Suède 33 (10, 12, 11), Slovaquie 39 (9, 16, 14).

Évolution du score :
1-0 à 07'42" : Loob assisté de Jonsson et Stillman (sup. num.)
1-1 à 11'51" : Janos assisté de Pálffy
2-1 à 12'14" : Juhlin assisté de Näslund
2-2 à 20'11" : Šatan assisté de Baca
2-3 à 23'29" : Štastný assisté de Dano
3-3 à 46'39" : Hansson
4-3 à 48'57" : K. Jönsson
4-4 à 54'12" : Kontšek assisté de Hašcák et Kolník
 

Suède (2' de banc mineur)

Attaquants :
16 Niklas Eriksson (-3) puis 11 Roger Hansson (+1) - 21 Peter Forsberg (-2) - 18 Jonas Bergkvist (A, -2, 2')
26 Mats Näslund (+1) - 22 Charles Berglund (+1, 2') - 5 Patrik Juhlin (+1)
27 Patric Kjellberg - 15 Stefan Örnskog - 12 Håkan Loob
17 Daniel Rydmark (2'), 24 Andreas Dackell

Défenseurs :
19 Kenny Jönsson - 2 Tomas Jonsson
3 Christian Due-Boje (-2, 2') - 34 Roger Johansson (-2)
14 Fredrik Stillman (+1) - 7 Leif Rohlin (+1)

Gardien :
1 Håkan Algotsson

Remplaçants : Mikael Sundlöv (G), Magnus Svensson (D), Jörgen Jonsson (A). En réserve : Tommy Salo (G).

Slovaquie

Attaquants :
29 Jozef Dano - 26 Peter Štastný (C) - 14 Dusan Pohorelec (+1)
22 Roman Kontšek (+1) - 10 Oto Hašcák (+1) - 28 Lubomír Kolník (+1, 2')
21 Branislav Jánoš (+1, 2') - 39 Robert Petrovický (+1, 2') - 68 Zigmund Pálffy (+1)
15 René Pucher (-1) - 18 Miroslav Šatan (-2) - 9 Vlastimil Plavucha (-1)

Défenseurs :
3 Jergus Baca (2') - 6 Miroslav Marcinko (A)
25 Stanislav Medrík (+1, 2') - 7 Lubomír Sekeráš (+1, 2')
5 Marian Smerciak (+1, 2') - 44 Robert Švehla (+1, 2')
11 Vladimír Búril (-1) - 27 Jan Varholík (-1)

Gardien :
1 Eduard Hartmann

Remplaçant : Jaromir Dragan (G). En réserve : Miroslav Michalek (G).

 

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