Allemagne - République Tchèque (31 août 1996)

 

Match comptant pour le groupe Europe de la Coupe du monde 1996.

Les médias nord-américains avaient sévèrement critiqué le choix de George Kingston de ne pas aligner dans les cages Olaf Kölzig, gardien promis à un grand avenir aux Washington Capitals où il est pour l'instant réduit à un rôle de doublure de Jim Carey. Que les Allemands puissent se priver pour ce match décisif d'un de leurs trois joueurs de NHL (avec Krupp et Ustorf) pour un inconnu vu de l'autre côté de l'Atlantique, c'était proprement impensable. Mais l'entraîneur canadien savait ce qu'il faisait. Et franchement, il ne pouvait pas ne pas aligner l'idole "Peppi" Heiss ce soir. Même s'il a gagné sa grande renommée à Cologne, il est né à Garmisch-Partenkirchen et a été formé dans le club local. Il est ici chez lui, il connaît cette patinoire par cœur, et il réussit un grand match.

Dans le même temps, son vis-à-vis Roman Turek, qui a joué la saison passée en Allemagne - à Nuremberg - avant d'être mis sous contrat par les Dallas Stars, vit un véritable calvaire, remplacé après douze minutes de jeu et quatre palets dans ses filets par Petr Briza, qui l'avait déjà suppléé lors du premier match à Stockholm.

Quand Jan Benda - dont le père est un ancien hockeyeur tchèque et qui jouera cette saison au... Sparta Prague - inscrit le troisième but allemand après moins de six minutes de jeu, c'est plus qu'un insolent pied de nez fait à une équipe tchèque trop sûre d'elle. C'est remuer le couteau dans la plaie pour tout un pays qui vit une des journées les plus sombres de l'histoire de son hockey.

C'est l'Allemagne, parfait outsider de ce tournoi où elle a le seul effectif qui ne soit pas blindé de joueurs de NHL, qui se qualifie en quart de finale. Un dénouement que personne n'avait imaginé, puisque les billets d'avion avaient déjà été commandés aux noms des Tchèques. Et c'est avec ces billets qui ne leur étaient pas destinés mais qui leur ont été transmis dès la fin du match que les surprenants Allemands s'envolent pour Montréal.

Champions du monde en titre, les Tchèques n'ont pas seulement connu la défaite, mais carrément une totale humiliation avec cette débâcle historique et ces sept buts encaissés. L'incorporation de quatorze joueurs NHL a fait complètement voler en éclats leur collectif. Si l'autoritaire entraîneur Ludek Bukac a certainement failli dans la gestion de son équipe, c'est une leçon plus profonde que la République tchèque tirera de cette compétition ratée sur toute la ligne.

Le futur sélectionneur tchèque Ivan Hlinka s'en souviendra. Lors d'une conférence de presse décidée à la participation des joueurs de NHL aux JO de Nagano il apostrophera violemment Bob Goodenow, le président de la NHLPA qui a dicté ses conditions dans cette coupe du monde : "si vous n'aviez pas interféré, nous aurions eu une bonne équipe et nous n'aurions pas vécu cette disgrâce." Hlinka choisira alors de ne pas accorder une quelconque primauté aux joueurs de NHL pour forger une vraie sélection olympique...

Étoiles du match : *** Josef Heiss (ALL), ** Jan Benda (ALL), * Michael Heidt (ALL).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

George Kingston (entraîneur de l'Allemagne) : "Je pense que c'est une des plus grandes victoires dans l'histoire de l'Allemagne. Notre mission est de gagner un peu de respect pour le hockey allemand. Les quatre grandes nations européennes veulent se rencontrer entre elles dans les tournois internationaux tout au long de la saison. Si j'avais un souhait pour l'Allemagne, ce serait de continuer à jouer contre les meilleures équipes. Ce serait une grande expérience pour apprendre."

Benoît Doucet (attaquant de l'Allemagne) : "Nous avons regardé les Tchèques jouer contre la Finlande et nous avons vu qu'ils avaient des ennuis. Je connais leur coach, Ludek Bukac. Ses équipes ont toujours des problèmes."

Ludek Bukac (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous n'étions pas préparés. Rien n'a fonctionné. Nous ne sommes pas des Canadiens pour nous rencontrer à l'aéroport et jouer de suite excellemment. Si l'état d'esprit de Jágr et Reichel n'est pas en cause, d'autres joueurs de NHL ont refusé d'être les seconds rôles derrière leurs coéquipiers d'Extraliga, même dans des situations où un but était en jeu. Tout le monde doit se sacrifier sur la glace, mais certains, au lieu de reculer un peu, ont forcé vers l'avant. J'ai été contraint de nommer 14 joueurs de NHL. Si j'avais eu les mains libres, j'aurais composé une toute autre équipe."

Jaromír Jágr (attaquant de la République Tchèque) : "Vingt joueurs offensifs dans une équipe, ce n'est pas possible. Les travailleurs nous ont fait défaut. Certains n'ont pas pu assumer un rôle différent et défendre."

 

Allemagne - République Tchèque 7-1 (4-0, 1-0, 2-1)

Samedi 31 août 1996 à Garmisch-Partenkirchen (ALL). 5000 spectateurs.

Arbitrage de Kerry Fraser (CAN) assisté de Ray Scapinello (CAN) et Dan Schachte (USA).

Pénalités : Allemagne 10' (2', 4', 4'), République Tchèque 14' (4', 4', 6').

Tirs cadrés : Allemagne 34 (15, 9, 10), République Tchèque 32 (12, 11, 9).

Évolution du score :

1-0 à 02'24" : Lüdemann assisté de Doucet (sup. num.)

2-0 à 05'37" : Rumrich assisté d'Ustorf

3-0 à 05'58" : Benda assisté de Goldmann et MacKay

4-0 à 12'07" : Brandl assisté de Lupzig et Stefan

5-0 à 27'10" : Doucet assisté de MacKay et Hegen

5-1 à 49'48" : Jágr assisté de Nedved et Patera

6-1 à 53'39" : Benda assisté de Brandl et Heidt

7-1 à 57'45" : Lupzig assisté de Meyer

 

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