États-Unis - Canada (31 août 1996)

 

Match comptant pour le groupe Amérique de la Coupe du monde 1996.

Entre les deux équipes nord-américaines, sur une patinoire calibrée NHL (le tout nouveau CoreStates Center de Philadelphie, qui remplace le vieux Spectrum et est inauguré ce soir), on se doutait que l'affrontement ne répondrait pas aux canons des tournois internationaux. En vingt secondes, on en a la preuve, avec un coup de Guerin sur Primeau qui provoque parallèlement une seconde bagarre digne de la ligne nord-américaine entre Claude Lemieux et Keith Tkachuk. Ces deux-là ont donc à peine eu le temps de poser le patin sur la glace qu'ils prennent la direction des vestiaires.

Avec la perte du puissant ailier Tkachuk, les Américains semblent avoir fait la mauvaise affaire. Mais il reste encore un bulldozer dans leur équipe, c'est John LeClair, et c'est lui qui ouvre le score après seulement cinq minutes de jeu après un ricochet erratique contre les balustrades neuves. Le ton est donné. Mais lorsque LeClair fait un tour en prison, ce sont des joueurs au jeu plus subtil qui ont l'occasion de s'exprimer. En l'occurrence, il s'agit de Wayne Gretzky. Il n'est plus deux crans au-dessus de tout le monde comme dans sa jeunesse, mais il est encore capable par moments de montrer son génie, et il le prouve en égalisant. Le gardien Mike Richter retarde longtemps l'échéance, mais à la suite d'un travail de sape de la ligne Fleury-Sakic-Brind'Amour, le vétéran Mark Messier donne l'avantage au Canada en fin de période.

Une avance qui se révèle rapidement illusoire. La deuxième période est nettement américaine, et l'équipe locale déborde en vitesse ses voisins du nord, ce qui aboutit à deux buts de Doug Weight sur déviation et Scott Young. Dans la dernière minute de ce deuxième tiers-temps, Wayne Gretzky prend une pénalité qui vaudra cher. Dès le retour sur la glace, Brett Hull ajoute un quatrième but. Comme un coup de poignard dans le dos canadien, c'est le fils de la légende canadienne Bobby Hull, qui a choisi la nationalité américaine, qui est le grand bonhomme de ce match en marquant deux buts - dont le dernier en cage vide - et deux assistances contre le pays de son père. Gretzky a certes ajouté un second but personnel entre-temps, mais il ne peut plus tout faire tout seul.

Certes, les Canadiens auront beau jeu de faire remarquer qu'ils ont été battus avec dans les cages leur second gardien, Martin Brodeur, au lieu du titulaire du poste Curtis Joseph. Mais le simple fait qu'ils aient aligné leur doublure pour se ménager ce genre d'excuses prouve bien qu'ils doutent de leur supériorité. Même s'ils tentent d'en diminuer la portée, ils savent que c'est une défaite historique. Ils n'avaient jamais perdu un match de Coupe Canada contre les Américains - il faut dire que c'est la première fois que ce duel se déroule dans une ville des États-Unis. Et il faut remonter onze ans en arrière pour trouver trace de la dernière victoire américaine contre le Canada dans une compétition internationale, lors du Mondial 1985.

Le Canada a bâti sa sélection sur des guerriers, symbolisés par le gabarit imposant d'Eric Lindros, qui doit devenir son nouveau leader et qui est censé affirmer comme jamais sa domination physique sur ce tournoi condensé de deux semaines. Ses lignes arrières emmenées par Scott Stevens sont symptomatiques d'une NHL qui privilégie les gabarits solides mais n'autorise pas le développement de défenseurs capables de renverser le jeu avec de longues passes. Malgré leurs attaquants défensifs rugueux comme Claude Lemieux, Adam Graves ou Keith Primeau, les Canadiens n'ont pas réussi à prendre le dessus physiquement sur les Américains. Par conséquent, la question de leur manque de talent technique revient sur le tapis. Il n'y a plus le Gretzky d'autrefois, même s'il a de beaux restes. Son pendant Mario Lemieux, aujourd'hui le meilleur joueur du monde, n'est pas là. Il est dans l'expectative même s'il est revenu en NHL après avoir vaincu la maladie de Hodgkin et si son mal de dos semble lui accorder un peu de répit. Et celui qui est considéré comme le successeur des deux génies, le jeune talent Paul Kariya, qui aurait pu apporter sa volonté et son culot et qui a déjà montré son attachement au maillot canadien pendant trois championnats du monde et un tournoi olympique, a dû renoncer à cette première coupe du monde sur blessure.

Étoiles du match : *** Brett Hull (USA), ** Mike Richter (USA), * John LeClair (USA).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "Nous avons prouvé que nous pouvions rivaliser physiquement avec les Canadiens. Nous savons désormais que nous pouvons les battre à l'occasion et non plus seulement l'espérer. Nous voulons gagner la coupe du monde, pas seulement battre les Canadiens."

Chris Chelios (défenseur des États-Unis) : "C'était un gros match pour nous, mais pas LE match. En tout cas, je vais vous dire une chose. Il est beaucoup plus facile de les jouer ici à Chicago plutôt que là-haut à Montréal ou à Hamilton."

Eric Lindros (attaquant du Canada) : "Avant tout, c'est un beau bâtiment. Un grand bâtiment. Je ne suis pas content de quitter ma glace [il joue aux Flyers de Philadelphie] du côté des perdants. Malheureusement notre hockey n'était pas à la hauteur de ce bâtiment ce soir. Mais nous reviendrons. Ce n'est pas la fin du monde. Nous devons juste retrouver notre jeu. Pas d'excuses. Nous avons perdu un match, demain est un autre jour et un match que nous devons gagner. Il n'y a pas de surprise dans ce qui s'est passé ce soir. Nous savions qu'ils seraient agressifs. Nous avons perdu trop de palets en zone neutre et nous n'avons pas pu nous défaire de leur forechecking."

 

États-Unis - Canada 5-3 (1-2, 2-0, 2-1)

Jeudi 29 août 1996 au CoreStates Center de Philadelphie (USA). 19500 spectateurs.

Arbitrage de Terry Gregson (CAN) assisté de Wayne Bonney et Brad Lazarowich (CAN).

Pénalités : États-Unis 30' (2'+5'+5'+10', 6', 2'), Canada 30' (2'+5'+5'+10', 4', 4').

Tirs cadrés : États-Unis 26 (3, 10, 13), Canada 26 (10, 9, 7).

Évolution du score :

1-0 à 05'01" : LeClair assisté d'Amonte et Smolinski

1-1 à 09'53" : Gretzky assisté de Niedermayer et Lindros (sup. num.)

1-2 à 18'38" : Messier assisté de Stevens et Desjardins

2-2 à 23'37" : Weight assisté de Suter et Hull

3-2 à 30'48" : Young assisté de Hull

4-2 à 40'25" : Hull assisté de Chelios (sup. num.)

4-3 à 58'57" : Gretzky assisté de Coffey et Fleury

5-3 à 59'35" : Hull assisté de Weight (cage vide)

 

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