États-Unis - Russie (2 septembre 1996)

 

Match comptant pour le groupe Amérique de la Coupe du monde 1996.

Cette rencontre est suivie depuis les tribunes par Jeremy Roenick, le grand absent de l'équipe américaine, l'homme qui avait choqué le Canada en prédisant une victoire des États-Unis dans cette compétition. Il a été échangé il y a quinze jours par Chicago à Phoenix contre Alekseï Zhamnov (présent ce soir dans l'équipe russe), Craig Mills et un premier tour de draft, et n'arrive toujours pas à s'entendre avec les Coyotes au sujet de son salaire. Il demande 4,5 millions de dollars annuels, on lui en propose trois. Son agent Neil Abbott avait fait publiquement savoir qu'il ne "laisserait pas la coupe du monde exercer la moindre pression" sur la négociation. En clair, Roenick ferait son deuil de la compétition. En position de spectateur, il explique qu'il voudrait jouer mais que "parfois il faut faire passer le business avant le coeur". S'il venait à se blesser, ses espoirs de décrocher un juteux contrat s'aminciraient d'autant.

Pat LaFontaine, une des grandes stars de la NHL avant que des blessures ne viennent gêner sa carrière depuis trois ans, avait manqué le premier match à cause d'une douleur persistante à l'aine. Mais son retour dans ce deuxième match est pour le moins remarqué. Le natif de Saint Louis ne met que vingt-six secondes à offrir un palet de but à Adam Deadmarsh. Sept minutes plus tard, il libère bien le palet dans le coin avec l'appui de Modano et centrer pour sa seconde assistance de la soirée. Khabibulin a pourtant touché le palet mais John LeClair le récupère en déséquilibre.

Sonnés par la rapide ouverture du score, les Russes ont déjà deux buts de retard, et cela pourrait ne pas s'arrêter là car ils ne sont pas à leur hockey. Le festival américain se poursuit en deuxième période dans un Madison Square Garden aux anges. Keith Tkachuk parvient à passer le palet malgré une mise en échec de Yushkevich et élimine ainsi le défenseur russe, ce qui laisse Modano et Guerin à deux contre un face à Zhitnik. Les deux compères le négocient à la perfection, si ce n'est que le tir de Bill Guerin frappe la transversale. Mais Tkachuk a suivi et c'est lui qui conclut cette action qu'il a initiée. Cinq minutes plus tard, Pat Lafontaine endosse le rôle du buteur, en infériorité numérique qui plus est. Lancé par Chelios, il se démarque de Malakhov et feinte magnifiquement Khabibulin pour devenir définitivement l'homme du match.

La Russie marque enfin par un revers d'Oleg Tverdovsky entre les jambes de Richter, mais en seulement trente secondes Doug Weight redonne trois buts d'avance aux Américains. Nikolaï Khabibulin, qui avait été désigné comme le meilleur gardien russe depuis Tretiak, passe une très mauvaise soirée. Il est en train de perdre son statut de n°1 pour cette compétition et est remplacé au troisième tiers-temps par Andreï Trefilov, qui n'encaisse aucun but. Le match est néanmoins perdu, et le but d'Andreï Kovalenko à la dernière minute ne fait qu'adoucir le score.

Les États-Unis ont confirmé leur victoire sur le Canada, alors que les Russes ont montré d'inquiétantes faiblesses défensives, à l'image d'un Vladimir Malakhov souvent transpercé. Ils ont accordé beaucoup trop de breakaways aux rapides Américains. Leur manque de jeu collectif est criant en attaque, et le centre Sergueï Fedorov est étrangement individualiste dans son jeu. Lui répond qu'il ne peut pas produire son meilleur hockey début septembre.

Étoiles du match : *** Pat LaFontaine (USA), ** Brett Hull (USA), * Chris Chelios (USA).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "C'était deux des plus grandes victoires de notre histoire. Nous avons battu coup sur coup les deux meilleurs pays en contrôlant le rythme du match. Ils ont eu droit à notre meilleur hockey. Je ne veux pas entendre parler, comme sur la télévision canadienne, de ce qui ne va pas chez le Canada ou de ce qui ne va pas chez la Russie. Parlons de ce qui va dans cette équipe américaine. Nous n'avons peut-être pas le plus de talent, mais nous avons la meilleure équipe. Je crois que nous sommes l'équipe la mieux préparée du tournoi. Nos gars ont quelque chose à prouver. Nous voulons le respect du Canada et celui de la Russie."

Pat LaFontaine (meilleur joueur du match, États-Unis) : "Je n'aurais jamais imaginé que viendrait le jour où je serais acclamé au Madison Square Garden [il a passé sept saisons aux New York Islanders, ennemis jurés des Rangers qui sont ici chez eux... et dont il ne sait pas encore qu'il les rejoindra dans un an]. [...] Peut-être que la mystique entourant la Russie a disparu. Ce sont toujours de grands joueurs, mais nous ne les craignons plus comme avant, quand nous les rencontrions tous les quatre ans. Maintenant, nous jouons avec ou contre eux en NHL. Nous sommes familiers avec eux et c'est ce qui fait la différence."

Boris Mikhaïlov (entraîneur de la Russie) : "Je dois féliciter les États-Unis, ils méritent cette victoire. Pour parler franchement, la défaite contre le Canada n'est pas comparable à celle-ci. Avant-hier à Vancouver, nous avions fait un bon match. Ce soir, je dois reconnaître que notre adversaire était meilleur que nous."

Darius Kasparaitis (défenseur - lituanien - de la Russie) : "Ils ont une grande équipe. Ils ont d'excellents patineurs et la meilleure défense. On a pu voir la qualité de leurs passes. [...] Il y a eu beaucoup de changements en Russie ces cinq dernières années. C'est difficile, vous savez. C'était l'URSS et maintenant c'est la Russie. Peut-être n'avons-nous pas la même fierté dans notre pays que les Canadiens et Américains."

 

États-Unis - Russie 5-2 (2-0, 3-1, 0-1)

Lundi 2 septembre 1996 au Madison Square Garden de New York. 18200 spectateurs.

Arbitrage de Mark Faucette (USA) assisté de Brad Lazarowich et Wayne Bonney (CAN).

Pénalités : États-Unis 22' (6', 6', 10'), Russie 24' (8', 4', 12').

Tirs cadrés : États-Unis 32 (7, 15, 10), Russie 34 (9, 10, 15).

Évolution du score :

1-0 à 00'26" : Deadmarsh assisté de LaFontaine et Leetch

2-0 à 07'08" : LeClair assisté de LaFontaine et Modano

3-0 à 24'46" : Tkachuk assisté de Guerin et Modano

4-0 à 29'32" : LaFontaine assisté de Chelios (inf. num.)

4-1 à 32'33" : Tverdovsky assisté de Larionov et Kozlov

5-1 à 33'03" : Weight assisté de Hull et K. Hatcher

5-2 à 59'32" : Kovalenko assisté de Zhamnov

 

États-Unis

Gardien : Mike Richter.

Défenseurs : Chris Chelios - Gary Suter ; Kevin Hatcher - Derian Hatcher ; Brian Leetch - Mathieu Schneider.

Attaquants : Keith Tkachuk - Mike Modano - Bill Guerin ; Adam Deadmarsh - Joel Otto - Pat LaFontaine ; Scott Young - Doug Weight - Brett Hull ; John LeClair - Bryan Smolinski - Tony Amonte.

Russie

Gardien : Nikolaï Khabibulin.

Défenseurs : Darius Kasparaitis - Sergueï Gonchar ; Dmitri Yushkevich - Alekseï Zhitnik ; Vladimir Malakhov - Oleg Tverdovsky ; Sergueï Zubov.

Attaquants : Sergueï Nemchinov - Sergueï Fedorov - Aleksandr Mogilny ; Valeri Zelepukin - Alekseï Yashin - Alekseï Kovalev ; Vyacheslav Kozlov - Igor Larionov - Alekseï Zhamnov ; Andreï Nikolishin - Andreï Kovalenko.

 

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