Canada - Allemagne (5 septembre 1996)

 

Quart de finale de la Coupe du monde 1996.

Personne n'attendait que l'Allemagne se qualifie, et l'IIHF avait même déjà réservé les billets d'avion au nom des joueurs tchèques ! Les joueurs allemands ont donc eu de gros problèmes à l'embarquement à Paris, avec leurs billets ne correspondant pas à leur identié. Ils se sont disputé les noms sur les billets (Benda a ainsi obtenu celui de Jagr !) et les ont agrafés sur la poitrine pour rire lors du dîner qui a suivi à Montréal.

Les Canadiens attendent que leur équipe montre enfin de quoi elle est capable face à cet adversaire considéré comme très abordable. Le joueur le plus connu ici dans l'effectif germanique, c'est Olaf Kölzig, et il ne jouera pas car "Peppi" Heiss sera titularisé dans les cages sur la lancée de sa performance contre les Tchèques. Quant à la star allemande Uwe Krupp, héros de la Coupe Stanley il y a quelques mois par son but en prolongation qui a donné le titre au Colorado, il est forfait pour ce tournoi, et suivant les versions, c'est soit parce qu'il est occupé avec l'administration américaine au sujet de sa carte verte, soit parce qu'il veut reposer son genou, lui qui était seulement revenu à l'orée des play-offs NHL après une opération des ligaments. Le staff allemand ne s'étend pas sur le sujet, Krupp peut faire ce qu'il veut si ça le chante. Ce n'est pourtant pas la saison des courses de chiens de traîneau - son exercice favori pendant sa convalescence.

Certes, l'Allemagne avait battu le Canada 5-1 aux derniers championnats du monde, mais il n'y avait pas alors les Gretzky, Messier et Lindros. Le gardien titulaire était Martin Brodeur et sa doublure Curtis Joseph, alors que ce soir c'est l'inverse. Le Forum n'est même pas rempli et le public ne considère pas cette rencontre comme un vrai challenge. Il n'y a un signe qui ne trompe pas sur la valeur toute relative de cette équipe allemande, c'est qu'elle compte dans ses rangs cinq Canadiens naturalisés. L'un d'eux est d'ailleurs né ici même à Montréal. Il s'agit de Benoît Doucet, qui a obtenu la nationalité allemande en se mariant avec la fille de l'arbitre international Josef Kompalla, très controversé au Canada depuis sa prestation douteuse à la série du siècle. Les stars canadiennes n'ont donc pas le droit de plier face à ces expatriés qui n'avaient pas réussi autrefois à se faire une place en NHL - à l'exception de Michael Heidt, le défenseur de Calgary qui avait joué en tout et pour tout six matches avec les Los Angeles Kings.

Le match ne saurait d'ailleurs mieux commencer. Lüdemann prend la première pénalité après deux minutes de jeu pour une crosse haute sur Lindros, et un slap de Wayne Gretzky lui-même provoque la première exultation dans le forum. Seulement, les Allemands n'ont pas l'intention de se conformer au scénario prévu. Au lieu de se recroqueviller en défense, les voilà qui envoient deux hommes - et même trois sur certaines séquences - au forechecking. Les Canadiens sont gênés, ils n'arrivent pas à développer leur jeu comme ils le voudraient, et le score ne bouge plus.

C'est un Canadien qui débloque la situation après seulement seize secondes en deuxième période, mais il évolue sous le maillot allemand. Mark MacKay teste l'effet de sa crosse sur Foote et part en prison pour obstruction, permettant au jeu de puissance canadien d'inscrire son second but du match, un revers de Brendan Shanahan. À égalité numérique, l'équipe locale est pourtant moins fringante, et Peter Draisaitl réduit même le score à 2-1 sur un palet perdu par le très décevant Scott Stevens, qui n'avait pas joué la fin de la première période, sonné par une mise en échec du vétéran Dieter Hegen (!). La qualité de la défense canadienne est toujours aussi sujette à caution.

Les critiques du public et de la presse ne risquent pas de s'atténuer après une prestation peu convaincante et sans envie. Le Canada ne creuse l'écart que sur un but chanceux : le dégagement du gardien Josef Heiss, sorti derrière ses buts, ricoche sur le patin d'un coéquipier et atterrit sur la crosse de Linden qui n'a plus qu'à pousser le palet dans les filets. Le quatrième et dernier but est signé par Rod Brind'Amour et la quatrième ligne, qui a reçu ce soir le renfort de Keith Primeau. Celui-ci était associé jusqu'ici à Lindros et Shanahan sur une ligne extrêmement puissante physique, mais il a été remplacé par Joe Sakic.

L'entraîneur Glen Sather a en effet modifié ses alignements pour ce match afin d'insuffler une nouvelle dynamique, mais cela ne règle toujours pas le cas Lindros. Avec une seule assist et une fiche de -1, celui qui était censé tout exploser a perdu son auréole médiatique, et un journal local le qualifiera même de "brute" après son cross-check sur Brandl à l'avant-dernière minute.

Malgré la défaite attendue, l'Allemagne est légitimement satisfaite de l'opposition qu'elle a livré face aux favoris canadiens. Le gardien "Peppi" Heiss citera même cette rencontre dans le mythique Forum de Montréal comme le plus grand souvenir de sa carrière.

Étoiles du match : *** Wayne Gretzky (CAN), ** Brendan Shanahan (CAN), * Josef Heiss (ALL).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Glen Sather (entraîneur du Canada) : "Je pense que ceux qui ne jouent pas bien en sont certainement conscients. Mais il n'y a pas grand-chose que l'on puisse y faire. [...] Eric travaille dur. Il garde ses buts en réserve pour le prochain match. De la façon dont il a commencé le camp d'entraînement, on aurait pu croire qu'il dominerait le tournoi. Mais il a juste à dominer trois matches et ce sont les trois qui restent."

Mark Messier (attaquant du Canada) : "J'ai aggravé une blessure latente à l'aine. Elle me gêne depuis le début du camp. La douleur surgit puis s'en va. C'est pourquoi j'ai continué à jouer en la ressentant en première période. Si cela reste en l'état, je jouerai la demi-finale malgré la douleur. Nous avons gagné contre la Slovaquie et contre l'Allemagne, donc nous avons fait ce qu'il fallait. Nous sommes en demi-finale contre une bonne équipe suédoise. Maintenant, il n'y a plus d'excuses. Nous devons jouer avec discipline et beaucoup de patience. [...] Nous n'avons pas besoin de Lindros pour marquer car il fait plein d'autres choses sur la glace. Ce n'est pas comme en NHL où il doit porter son équipe offensivement. Nous avons toutes sortes de joueurs qui peuvent mettre le palet dans le filet. Dans ce genre de tournoi, on peut se contenter de jouer un rôle assigné."

 

Canada - Allemagne 4-1 (1-0, 2-1, 1-0)

Jeudi 5 septembre 1996 au Forum de Montréal (CAN). 13422 spectateurs.

Arbitrage de Dan Marouelli (CAN) assisté de Wayne Bonney et Brad Lazarowich (CAN).

Pénalités : Canada 8' (0', 2', 6'), Allemagne 8' (4', 2', 2').

Tirs cadrés : Canada 43 (17, 14, 12), Allemagne 16 (5, 6, 5).

Évolution du score :

1-0 à 03'09" : Gretzky assisté de Shanahan et Coffey (sup. num.)

2-0 à 21'53" : Shanahan assisté de Messier et Desjardins (sup. num.)

2-1 à 28'34" : Draisaitl

3-1 à 36'41" : Linden

4-1 à 43'05" : Brind'Amour assisté de Coté et C. Lemieux

 

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