Finlande - Russie (6 septembre 1996)

 

Quart de finale de la Coupe du monde 1996.

Si la position en retrait des Russes dans ce tournoi désole évidemment leurs compatriotes, elle semble frustrer aussi les Nord-Américains qui regrettent les grands duels de la guerre froide. Rien n'est plus pareil maintenant que les adversaires autrefois honnis se sont "embourgeoisés". Avec le journaliste Vsevolod Kukushkin comme traducteur, l'entraîneur russe Boris Mikhaïlov a tenu un point presse à l'attention des médias nord-américains avant que ne débute la phase finale. Et il s'est taillé un petit succès en faisant preuve d'un humour que nul ne lui connaît ici, où l'on retient surtout l'image de l'ancien joueur qu'il n'était jamais drôle d'avoir contre soi. Lorsqu'un journaliste local lui demande si le peu d'enthousiasme dans le jeu russe n'est pas dû à des difficultés de motivation des millionnaires qui composent maintenant l'équipe, Mikhaïlov réplique, les yeux bleus plein de malice : "Vous feriez peut-être mieux de demander ça aux millionnaires. Quand j'aurai un million de dollars, vous serez le bienvenu pour me poser cette question."

Dans ce tournoi aux déplacements permanents, le vainqueur de ce match aura un privilège, celui de rester ici à Ottawa jusqu'à la demi-finale après-demain. Et s'il y a un point sur lequel les deux adversaires de ce soir sont d'accord, c'est qu'ils ont bien l'intention d'en jouir. Ils ont suffisamment voyagé jusqu'ici qu'ils sont bien contents de rester sur place. Certaines voix nord-américaines s'étaient en effet élevées pour demander l'inversion des demi-finales. Le calendrier avait en effet été conçu en prévoyant que le Canada sortirait premier de son groupe, mais sa défaite contre les États-Unis a bouleversé la donne. Du coup, les Canadiens vont devoir jouer leur demi-finale à Philadelphie, alors que les Américains se produiront dans la capitale canadienne Ottawa. Assurément dommage. Mais en cas d'inversion, le gagnant de ce match devrait jouer dès demain contre des Canadiens reposés, ce qui ne serait certainement pas la même chose. Alekseï Yashin a sa façon bien à lui de couper court au débat. Pourquoi ne pas aller jouer à Moscou, suggère-t-il dans un sourire.

Le match se décide dès les premières minutes. Après un poteau de Teemu Selänne, les Russes prennent vite l'avantage sur un revers en lucarne d'Alekseï Kovalev. Dominés, les Finlandais se trouvent en position délicate avec une obstruction de Sami Kapanen et un faire trébucher de Christian Ruuttu. Ils résistent pendant une minute et neuf secondes en double infériorité numérique, mais alors qu'ils ont repris confiance et qu'il ne leur reste plus que quatre secondes à jouer à quatre contre cinq, Jarmo Myllys est masqué par Nemchinov et se fait surprendre par un tir de Sergueï Gonchar.

La tâche devient extrêmement compliquée pour la Finlande. Pendant que les Russes enchaînaient les séquences collectives en petit périmètre, elle avait en effet pris le parti de chercher les longues passes pour éviter le forechecking et lancer des contre-attaques. Or, maintenant qu'elle est menée au score, elle est obligée de faire le jeu face à des adversaires qui attendent la moindre erreur. Par exemple une passe transversale hasardeuse de Janne Ojanen en zone neutre. Vyacheslav Kozlov intercepte le palet et part en deux contre un avec Andreï Nikolishin pour une conclusion parfaite.

Cette première moitié du match est si parfaite pour la Russie, en particulier défensivement, qu'elle n'y a pas pris la moindre pénalité. Ce n'est plus le cas ensuite, mais le jeu de puissance finlandais est maîtrisé par le duo Yashin-Kovalev, très présent en infériorité. Au troisième tiers-temps, les Russes ajoutent deux buts à trente secondes d'intervalle, un tir du poignet de Dmitri Yushkevich et une lucarne d'Andreï Kovalenko servi à pleine vitesse par Larionov.

La structure du tournoi ayant visiblement été concoctée par des compagnies aériennes, le perdant de ce soir, la Finlande, n'aura traversé l'océan que pour un match. Elle n'a pas su faire la transition après des matches de poule trop faciles, qui l'ont vite qualifiés face à des Tchèques complètement à côté de leurs patins et des Allemands pas au niveau. La défaite face à la Suède avait été une première alerte, confirmée ce soir où elle a trop vite lâché mentalement.

La Russie, au contraire, a complètement refait surface. Mais elle se méfie de ses prochains adversaires, les Américains, qui viennent de la surclasser et jouent beaucoup plus physique, alors que la Finlande ne s'est pas du tout essayée à ce registre. Après vingt bonnes minutes, les Russes n'ont pas montré grand-chose malgré le score et ont surtout exploité les failles adverses. Ils ont inscrit cinq buts en vingt tirs au pauvre Myllys, pendant qu'Andreï Trefilov, qui s'est imposé comme titulaire aux dépens de Khabibulin, a confirmé son nouveau statut avec un blanchissage.

Étoiles du match : *** Andreï Trefilov (RUS), ** Aleksandr Mogilny (RUS), * Andreï Nikolishin (RUS).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Vyacheslav Fetisov (défenseur de la Russie) : "Il y avait beaucoup de frustration après le match à New York. Nous nous sommes réunis entre joueurs et nous avons discuté de beaucoup de choses. Nous sommes revenus ce soir pour une excellente prestation. Mais nous savons que le match sera différent après-demain. Les États-Unis jouent un style NHL."

Sergueï Fedorov (attaquant de la Russie) : "Après notre match au Madison Square Garden, tout le monde se sentait mal. Il y a eu beaucoup de franchise entre nous. Je ne dis pas que chacun s'en prenait à son voisin, mais tout le monde a dit des choses assez dures. À la fin, il y avait beaucoup d'encouragements. [...] L'argent n'a jamais été en question. Nous sommes ici parce que nous sommes nés en Russie et que nous respectons ce pays et nos supporters. Nous ne sommes pas ici pour les dirigeants. Chacun ici est une personne indépendante. C'est la plus grande différence entre nous et les anciens joueurs de l'équipe nationale. Ils étaient surpassés par les gens au pouvoir et n'avait pas de quoi penser ou voir les choses différemment."

 

Finlande - Russie 0-5 (0-2, 0-1, 0-2)

Vendredi 6 septembre 1996 au Corel Centre d'Ottawa (CAN). 15347 spectateurs.

Arbitrage de Kerry Fraser (CAN) assisté de Gord Broseker (USA) et Shane Heyer (CAN).

Pénalités : Finlande 6' (4', 0', 2'), Russie 14'+10' (0', 4', 20').

Tirs cadrés : Finlande 27 (11, 8, 8), Russie 20 (11, 4, 5).

Évolution du score :

0-1 à 06'36" : Kovalev assisté de Yashin et Zubov

0-2 à 15'00" : Gonchar assisté de Fedorov et Mogilny (sup. num.)

0-3 à 27'36" : Nikolishin assisté de Kozlov

0-4 à 45'40" : Yushkevich assisté de Mogilny et Nemchinov

0-5 à 46'09" : Kovalenko assisté de Larionov et Nikolishin

 

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