États-Unis - Canada (10 septembre 1996)

 

Finale de la Coupe du monde 1996, première manche.

"Canada contre États-Unis. Ce match aura la grâce de deux rhinocéros faisant l'amour." La phrase de Chris Stevenson, du Ottawa Sun, résume le sentiment général à l'approche de cette finale qui se jouera dans la tradition ancestrale nord-américaine et n'aura plus rien à voir avec du hockey international. "Ce ne sera pas une Coupe Canada, ajoute Wayne Gretzky. Cela sera une finale de Coupe Stanley, où l'on va beaucoup retenir, hacher, agripper." Pendant que Glen Sather promettait le retour à un hockey des temps anciens, son vis-à-vis américain Ron Wilson avait feint l'innocence lors de la conférence de presse qui avait suivi la demi-finale en calmant le jeu face aux journalistes canadiens et en expliquant que ce serait un match comme un autre. Mais, bien que né dans l'Ontario, Wilson avait plus que tout autre envie de "botter le cul des Canadiens", comme il l'avouait off the record à ses compatriotes.

Le parti pris anti-américain du public canadien en demi-finale a déclenché une riposte. On ne fait plus de sentiments désormais. Même Eric Lindros, la star canadienne des Flyers de Philadelphie, est hué par ses habituels supporters lors de la présentation des équipes, contrairement à ce qui s'était passé au premier tour. Quant à l'hymne canadien, il est allègrement sifflé.

Aujourd'hui, tous les moyens sont bons. À l'issue d'une première période fermée où personne ne veut prendre de risques, Lindros plonge "tel un footballeur européen", comme l'on dit ici, lorsque Chelios lui donne un coup de crosse à l'arrière de la jambe. Et tant pis si un Canadien n'est jamais censé tomber et ne fait jamais ça, selon les orateurs de l'exaltation patriotique comme le funeste Don Cherry, qui fera semblant de ne pas avoir vu l'action de toute manière. Sur la supériorité numérique, Eric Lindros dévie un tir de Blake pour venir enfin à bout du gardien américain Mike Richter, toujours en grande forme.

Le match change de physionomie en deuxième période et les Canadiens sont maintenant dominés. Derian Hatcher se soustrait aux consignes données aux défenseurs américains pour venir se joindre à l'offensive et égaliser sur un rebond. Dans le camp canadien, Joe Sakic passe à côté de ce tiers-temps. Non content d'avoir déjà pris deux pénalités pour retenir, il rate un dégagement à la fin d'une nouvelle infériorité numérique. Plutôt que de dégager contre la bande pour sortir enfin le palet de la zone défensive, il l'envoie vers le centre de la glace dans le but d'envoyer Fleury s'échapper. Mais celui-ci est pris dans la trappe américaine, et pendant ce temps, Derian Hatcher intercepte le palet et marque après un une-deux parfait avec Tony Amonte. Mais le Canada sauve la parité juste avant la pause quand Mark Messier déborde Schneider pour voir son tir ricocher sur la crosse de Claude Lemieux fonçant vers la cage.

Déjà décisif en demi-finale, le petit Theoren Fleury semble devoir être à nouveau un parfait héros national, lui qui était jugé trop petit pour la NHL avant que ses prestations comme capitaine de l'équipe nationale junior du Canada ne forcent la main des recruteurs. Il prend de vitesse Gary Suter, son ex-coéquipier à Calgary, et est le plus patient devant Mike Richter pour laisser le gardien faire le premier mouvement et lui marquer un but qui semble devoir être le dernier. Tout proches de la victoire, les Canadiens passent le temps par des dégagements interdits en fin de match. Après tout, ils n'ont pas grand-chose à craindre avec Mark Messier pour prendre les engagements en zone défensive...

Mais, à dix secondes de la fin, un Canadien rentre dans le cercle d'engagement et le juge de ligne exclut Messier de la mise au jeu. C'est Adam Graves qui doit se retrouver face au spécialiste Joel Otto, mais le centre américain gagne l'engagement et le tir du poignet de Brian Leetch obtient le rebond qu'il cherchait. Sentant le souffle des rhinocéros Tkachuk et LeClair en pleine charge derrière lui, Éric Desjardins a l'impulsion de ramener le palet vers son gardien... qui ne s'y attend pas et voit la rondelle lui passer dessous. Ce but contre son camp rappelle pour beaucoup celui de Steve Smith qui avait arrêté à quatre le nombre de Coupes Stanley consécutives des Edmonton Oilers. Pour beaucoup, mais pas pour l'entraîneur d'Edmonton, Glen Sather, qui s'avouera surpris à la fin du match de ne même pas y avoir pensé.

Le moral en berne en rentrant aux vestiaires, les Canadiens reviennent pourtant sur la glace pleinement motivés pour la prolongation, qui repart avec un nouvel arbitre, M. Faucette ayant été coupé à la lèvre. Il est logique que le Canada finit par marquer, mais le but est controversé. Kevin Collins, le juge de ligne - américain - qui avait déjà été celui qui avait renvoyé Messier, ne voit pas cette fois un hors-jeu de ligne bleue probable de Rod Brind'Amour. Or, celui-ci envoie Steve Yzerman en un contre un sur l'aile gauche face à Kevin Hatcher. Alors, Yzerman se sert du défenseur américain comme d'un écran pour mieux tromper d'un tir du poignet un Mike Richter qui ne fait que l'effleurer en voyant mal sa trajectoire. Le palet rebondit derrière lui et franchit la ligne malgré un retour désespéré d'Amonte.

Étoiles du match : *** Steve Yzerman (CAN), ** Derian Hatcher (USA), * Theoren Fleury (CAN).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "C'est comme un combat poids lourds. Ils sont les champions sortants et ils sont peut-être un peu vieillissants, mais ils ont l'air satisfaits d'essayer de gagner par décision au lieu de mettre leur adversaire KO. Le but décisif était hors-jeu de moins d'un mètre. Il y a des ralentis pour le prouver, même si l'émission télé Hockey Night in Canada n'a pas pu en trouver un jusqu'à ce qu'ils aient rendu l'antenne. Sur le but de Claude Lemieux, il y a un homme dans la zone du gardien, aussi. Mais ce sont des excuses. Nous nous sommes mis dans une position où ça pouvait arriver. Nous travaillerons plus dur pour être que ça ne se joue pas à ce genre de choses. Le Canada jouera le même jeu parce que ça a fonctionné. Ils essaieront de boucher la zone neutre. Ils nous ont témoigné du respect en faisant cela, plus que dans les autres rencontres où on nous laissait plus d'espaces. C'est pourquoi il nous faudra montrer plus de détermination en passant outre leurs mises en échec."

Steve Yzerman (buteur décisif du Canada) : "Je pense que mon tir n'était pas cadré avant que Richter ne le touche."

 

États-Unis - Canada 3-4 a.p. (0-1, 2-1, 1-1, 0-1)

Mardi 10 septembre 1996 au CoreStates Center de Philadelphie (USA). 18577 spectateurs.

Arbitrage de Mark Faucette (USA) - puis de Kerry Fraser (CAN) à 60'00" - assisté de Ray Scapinello (CAN) et Kevin Collins (USA).

Pénalités : États-Unis 16' (8', 4', 2', 2'), Canada 18' (8', 8', 2', 0').

Tirs cadrés : États-Unis 26 (5, 11, 9, 1), Canada 35 (11, 8, 9, 7).

Évolution du score :

0-1 à 16'50" : Lindros assisté de Gretzky et Amonte

1-1 à 22'03" : D. Hatcher assisté de LeClair et Smolinski

1-2 à 33'51" : D Hatcher assisté d'Amonte et Leetch

2-2 à 39'21" : Lemieux assisté de Messier et Graves

2-3 à 49'58" : Fleury assisté de Brind'Amour

3-3 à 59'53" : LeClair assisté de Leetch et Otto

3-4 à 70'37" : Yzerman assisté de Brind'Amour

 

États-Unis

Gardien : Mike Richter.

Défenseurs : Chris Chelios - Gary Suter ; Kevin Hatcher - Derian Hatcher ; Brian Leetch - Mathieu Schneider.

Attaquants : Keith Tkachuk - Mike Modano - Bill Guerin ; Scott Young - Doug Weight - Brett Hull ; John LeClair - Bryan Smolinski - Tony Amonte ; Adam Deadmarsh - Joel Otto - Pat LaFontaine.

Canada

Gardien : Curtis Joseph.

Défenseurs : Scott Stevens - Rob Blake ; Scott Niedermayer - Éric Desjardins ; Paul Coffey - Adam Foote.

Attaquants : Vincent Damphousse - Wayne Gretzky - Trevor Linden ; Brendan Shanahan - Joe Sakic - Eric Lindros ; Rod Brind'Amour - Steve Yzerman - Theoren Fleury ; Adam Graves - Mark Messier - Claude Lemieux.

 

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