Canada - États-Unis (12 septembre 1996)

 

Finale de la Coupe du monde 1996, deuxième manche.

On n'a pas vu autant de drapeaux canadiens à Montréal depuis le défilé d'octobre dernier contre l'indépendance du Québec, une occasion moins spontanée car largement soutenue par le gouvernement fédéral. Mais cette fois, la politique est mise au rancart, et tout un peuple se retrouve derrière les représentants de ce qui fait plus que toute autre chose l'unité de ce pays, le hockey sur glace, sport national.

En cas de victoire ce soir, le Canada réaffirmerait sa position dominante sur ce sport. Mais il y a un problème. Il doit jouer sans Mark Messier, grippé, pâle, déshydraté, à court de sommeil et sans forces, qui précise que c'est la première fois de sa longue carrière qu'il manque un match pour cause de maladie, mais qu'il sera prêt à jouer un éventuel troisième match. L'incroyable engagement de Messier, dont on dit habituellement qu'il joue comme possédé, exerce une intimidation essentielle sur les adversaires. En plus, Rob Blake a une infection au coude et doit être remplacé par Odelein.

Les Américains reviennent à une base de leur jeu oubliée au premier match, patiner sans relâche, et le match se déroule à un rythme infernal. Ils n'abandonnent pas pour autant leur agressivité, et même le gracile Pat LaFontaine n'hésite pas à jouer des coudes avec la tête d'Eric Lindros ou à se chauffer avec Scott Niedermayer.

C'est justement Niedermayer qui ne parvient pas à contenir la puissance de John LeClair quand celui-ci décide d'approcher du but et de dévier un slap de Suter pendant une pénalité de Coffey. Deux minutes plus tard, c'est au tour de Deadmarsh d'être en prison, et c'est le Canada qui égalise à la faveur d'un dégagement américain raté qui atterrit sur la crosse de Lindros. Le n°88 sert alors Brendan Shanahan pour une reprise parfaite.

Mais en deuxième période, le scénario se répète. John LeClair est si bien installé dans le slot que le vieux Paul Coffey n'a même pas l'idée de le déloger. Cette fois, il dévie un lancer au ras de la glace de Brian Smolinski, le travailleur de l'ombre de sa ligne. En fin de tiers-temps, l'altercation coude contre crosse haute de LaFontaine et Niedermayer amène une situation de quatre contre quatre. Adam Foote tente de lancer le palet au fond, mais Chris Chelios bloque la trajectoire et lance un contre immédiat. Qui d'autre que le renégat Brett Hull, le Canadien de naissance qui a choisi les États-Unis par opportunité de participer aux championnats du monde juniors, pour crucifier définitivement le Canada d'une feinte magistrale devant Curtis Joseph.

Dans les buts américains, Mike Richter réussit une nouvelle performance d'exception et écœure les attaquants adverses. À cinq minutes de la fin, alors que Doug Weight est en prison pour dureté, Joe Sakic redonne espoir aux Canadiens en déviant un tir de Lindros. Mais la sortie de leur gardien en fin de match n'amène que deux buts américains en cage vide.

La même métaphore revient dans les différents journaux canadiens, "Lindros lâche le flambeau", ce flambeau qu'est censé reprendre celui qui est supposé être la prochaine superstar du hockey. Toute la presse n'en avait que pour lui au début du tournoi, dithyrambique à propos de sa force, de sa domination physique, etc. Il devait être le hockeyeur d'un nouveau type, qui ne se démarque pas par son jeu en finesse comme Gretzky, Lemieux et les autres illustres noms de la NHL des années 80, mais qui est simplement plus puissant, ayant une vivacité suffisante et les qualités de base du bon hockeyeur, qu'il met au service d'un gabarit au-dessus de la normale qui fait toute la différence. Mais la différence, il ne l'a pas faite, même aligné quasiment la moitié du temps en deuxième période. Il n'a joué son rôle de patron que pendant quelques fugitives actions ici ou là, sans continuité, et il a perdu du temps et de la concentration à se chamailler avec les frères Hatcher. Et dans le même temps, John LeClair, son coéquipier aux Flyers de Philadelphie, imprimait son empreinte sur le match.

Étoiles du match : *** Mike Richter (USA), ** John LeClair (USA), * Joe Sakic (CAN).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Glen Sather (entraîneur du Canada) : "La perte de Messier fait mal, aucun doute là-dessus. Il est certainement le leader émotionnel de notre équipe. Je ne pense pas que chacun ait joué au maximum de ses possibilités. Les joueurs dominants ont été Theoren Fleury et Steve Yzerman. Nous avons bien joué par moments et nous avons frappé cinq fois le poteau. Mais nous avons eu des défaillances mentales durant le match, en jouant comme des individualités et non selon le concept collectif. En deuxième période, nous n'avons pas pris les joueurs devant la cage, il y a eu trop de déviations devant CuJo. Il a dû faire dix ou douze grands arrêts sur des déviations. Cela ne devrait pas se produire. Nous devons être plus durs devant notre but."

Theoren Fleury (attaquant du Canada) : "Il y a beaucoup de fierté en jeu. Quand nous avons perdu contre les Américains en poule, tout le monde a commencé à douter de nous. Mais quand nous avons eu besoin de gagner, nous l'avons fait. Ça sera pareil après-demain. Il ne fait aucun doute qu'ils ont bâti leur équipe pour nous battre. C'est sûr qu'il y a beaucoup de pression sur nous, mais nous avons tous été dans ces situations auparavant. Toute votre vie vous rêvez de moments comme ça. Tout le monde dans cette équipe a déjà joué ce match. Dans ses rêves. C'est la prolongation du match décisif. Vous pensez que vous êtes Guy Lafleur, ou Rocket Richard, ou Wayne Gretzky, ou Mark Messier, et que vous marquez le but gagnant. La pression est énorme, mais c'est le meilleur moment d'un hockeyeur. Il n'y a rien de mieux. C'est ça, être un Canadien."

Ron Wilson (entraîneur des États-Unis) : "C'est très important de contrôler Lindros. Nous l'avons toujours fait jusqu'ici. Nous initions le contact plutôt que de répliquer. Nous faisons juste en sorte que sa trajectoire soit plus longue et fasse douze mètres au lieu de dix. LeClair a été incroyable, il a prouvé à tout le monde qu'il n'a pas besoin de Lindros à ses côtés pour être un grand joueur. Je me demande ce que le Canada va faire. La seule chose qui le maintient est son jeu de puissance, qui a marqué trois buts. À égalité numérique, on les domine. Vont-ils venir sur nous avec deux ou trois hommes ? C'est ce que je veux vois. Nous aurons à nous adapter."

 

Canada - États-Unis 2-5 (1-1, 0-2, 1-2)

Jeudi 12 septembre 1996 au Forum de Montréal (CAN). 21273 spectateurs.

Arbitrage de Kerry Fraser (CAN) assisté de Gord Broseker (USA) et Ray Scapinello (CAN).

Pénalités : Canada 12' (4', 6', 2'), États-Unis 16' (6', 4', 6').

Tirs cadrés : Canada 37 (11, 8, 18), États-Unis 35 (14, 13, 8).

Évolution du score :

0-1 à 07'06" : LeClair assisté de Suter et Modano (sup. num.)

1-1 à 09'23" : Shanahan assisté de Lindros (sup. num.)

1-2 à 21'20" : LeClair assisté de Smolinski et Amonte

1-3 à 35'24" : Hull assisté de Chelios

2-3 à 44'48" : Sakic assisté de Lindros et Shanahan (sup. num.)

2-4 à 58'52" : Tkachuk assisté de D. Hatcher (cage vide)

2-5 à 59'44" : Young (cage vide)

 

Canada

Gardien : Curtis Joseph (sorti de sa cage de 58'14" à 59'44").

Défenseurs : Scott Stevens - Lyle Odelein ; Scott Niedermayer - Éric Desjardins ; Paul Coffey - Adam Foote.

Attaquants : Vincent Damphousse - Wayne Gretzky - Trevor Linden ; Brendan Shanahan - Joe Sakic - Eric Lindros ; Rod Brind'Amour - Steve Yzerman - Theoren Fleury ; Adam Graves - Keith Primeau - Claude Lemieux.

États-Unis

Gardien : Mike Richter.

Défenseurs : Chris Chelios - Gary Suter ; Kevin Hatcher - Derian Hatcher ; Brian Leetch - Mathieu Schneider.

Attaquants : Keith Tkachuk - Mike Modano - Bill Guerin ; Scott Young - Doug Weight - Brett Hull ; John LeClair - Bryan Smolinski - Tony Amonte ; Adam Deadmarsh - Joel Otto - Pat LaFontaine.

 

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