Canada - États-Unis (14 septembre 1996)

 

Finale de la Coupe du monde 1996, troisième manche.

Chacune des deux équipes a sa propre façon de se motiver avant la rencontre. Les Canadiens, attachés à leur histoire et leur tradition, aiment passer des séquences montrant les meilleurs moments des différentes Coupes Canada (excepté bien sûr la finale de 1981). Ils ont cette fois choisi un souvenir plus récent, datant de seulement quelques semaines : la victoire du relais 4 x 100 mètres canadien aux JO d'Atlanta, au milieu de la foule hurlant les "USA USA" impersonnels qui ont agacé le monde entier et les Canadiens en particulier pendant toute la quinzaine olympique. C'est l'entraîneur-adjoint Andy Murray qui a préparé la cassette, et qui a même invité le premier relayeur Robert Esmie dans le vestiaire. De son côté, l'entraîneur Ron Wilson utilise un background culturel un peu différent. Il montre à ses joueurs des scènes de Rocky II, où Sylvester Stallone se relève évidemment après avoir été presque mort, entrecoupées des buts américains au cours du tournoi.

Mais c'est un Canadien qui transforme la patinoire en ring. Après cinq minutes en deuxième période, Eric Lindros est à la lutte avec Keith Tkachuk le long des bandes quand il entoure de sa crosse le cou de l'Américain, qui s'effondre. Cette action engendrera une escalade de représailles. En revenant sur la glace à la recherche d'une revanche, Tkachuk brisera sa crosse sur Adam Foote, qui enverra la sienne au visage du premier adversaire qui lui passera sur la main, Mike Modano. Le match devient de plus en plus rude et vicieux, mais la domination ne change pas de camp.

Pendant quarante minutes et surtout dans ce deuxième tiers-temps, les Canadiens mettent en effet une pression incroyable... et pourtant ils sont menés 0-1, qui plus est sur un but de leur cauchemar, l'ex-Canadien Brett Hull. C'est que les cages américaines sont gardées par un Mike Richter en état de grâce, qui fait barrage de sa crosse sur un breakaway pourtant bien exécuté par Vincent Damphousse, et qui attrape une reprise à bout portant d'Eric Lindros qui avait déjà levé sa crosse en croyant le but fait. La seule chance de battre un portier aussi chaud, c'est un tir masqué. Et à la dernière minute de la deuxième période, c'est ce qui se produit sur un tir au ras de la glace de Lindros qui passe entre les jambières de Suter.

À un peu plus de sept minutes de la fin, Richter ne voit pas non plus le tir du poignet d'Adam Foote, qui a intercepté un dégagement américain trop poussif. Le Canada a enfin franchi l'improbable muraille et pris la tête, il croit donc être au bout de ses peines. Grave, très grave erreur. Car en reculant en défense au lieu de continuer à dominer les Américains, il donne un second souffle à ses adversaires qui jouent désormais avec l'énergie du désespoir. Et une nouvelle fois, c'est Brett Hull qui enfonce un poignard dans les cœurs canadiens en déviant dans les airs un tir de Leetch. Tellement dans les airs que les Canadiens réclament qu'il soit annulé pour une crosse trop haute, mais l'appel à la vidéo ne permet pas de trancher en ce sens.

Le match a complètement changé d'âme, le Canada ne peut plus repartir de l'avant comme il l'a fait si longtemps, et ce sont les États-Unis qui continuent à se ruer à l'attaque. Tony Amonte, que Ron Wilson avait désigné le matin même dans les vestiaires comme celui qui serait le buteur décisif, est fidèle au rendez-vous. Il lève le palet au-dessus de CuJo et se jette dans les bras de Derian Hatcher, même si encore une fois le match est interrompu pour demander le ralenti vidéo. C'est un jour historique pour le hockey américain. Dans ce temple qu'est le Forum de Montréal, les Canadiens sont désormais assommés et encaissent deux autres buts. Le pouvoir a changé de mains... Les États-Unis espèrent que ce sera pour longtemps

Cette fin de rencontre mal gérée après le second but coûtera une partie de sa réputation au coach Glen Sather, l'entraîneur et manager qui avait forgé sa légende dans les années quatre-vingts avec les Edmonton Oilers. En tirant un peu sur la corde de cette époque avec son équipe de vétérans, il a malgré lui tourné une page avec cette défaite. Son assistant Marc Crawford a su gagner quant à lui la confiance des joueurs les plus jeunes, la nouvelle génération qui défendra les couleurs canadiennes lors des prochaines compétitions internationales. Avant le tournoi, Sather paraissait devoir être automatiquement désigné comme l'entraîneur canadien pour l'entrée olympique des stars de NHL à Nagano. Mais maintenant, Crawford l'a supplanté.

Après avoir vu la NHL se transformer en une institution américaine dirigée par un Américain et préoccupée uniquement par son développement aux États-Unis, voilà que les Canadiens se réveillent avec la gueule de bois : leur a-t-on volé "leur" sport ?

Quant aux Américains, ils ne se voient pas autre chose que n°1. Occuper le leadership est leur leitmotiv dans quelque domaine que ce soit. Le hockey sur glace ne fait pas exception à la règle, et c'est cet objectif qu'ils recherchaient après avoir été longtemps dans l'ombre des Canadiens. Maintenant, la prochaine étape pour eux est de confirmer lors des Jeux Olympiques de Nagano, un évènement qui pourra avoir un tout autre retentissement pour le grand public américain.

Étoiles du match : *** Mike Richter (USA), ** Tony Amonte (USA), * Brett Hull (USA).

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Curtis Joseph (gardien du Canada) : "C'est le changement de règles. Amonte n'a pas donné de coup de pied dans le palet mais l'a redirigé, et ce qu'il a fait est conforme aux nouvelles règles. En tout cas, c'est ce que l'arbitre m'a dit. C'était involontaire. [À propos du titre de meilleur joueur du tournoi remis à Mike Richter - alors qu'il aurait pu être pour lui en cas de victoire canadienne - et dont le prix est une Harley Davidson] Tant mieux, je me serais probablement tué sur cette moto."

Joel Otto (attaquant des États-Unis) : "Nous n'aurions pas gagné ce match sans Mike Richter. Il a été sensationnel ce soir. Avant-hier. Au premier match à Philadelphie. Contre les Russes. Je ne sais pas comment il a pu atteindre un tel rythme en si peu de temps. Le hockey, c'est la vie au Canada. Je le sais, j'ai vécu là-bas plusieurs années. Je comprends l'importance qu'y a ce sport, et cela n'est pas près de changer. C'est sa beauté. Je souhaite qu'il puisse devenir un peu plus important aux États-Unis. Peut-être que cette victoire, avec l'expansion de la NHL, pourra aider un peu. Je ne pense pas qu'elle aura le même impact qu'en 1980, quand les États-Unis ont remporté la médaille d'or olympique à Lake Placid. Mais pour nous, c'est comme la Coupe Stanley. C'est incroyable."

 

Canada - États-Unis 2-5 (0-1, 1-0, 1-4)

Samedi 14 septembre 1996 au Forum de Montréal (CAN). 21273 spectateurs.

Arbitrage de Terry Gregson (CAN) assisté de Gord Broseker (USA) et Ray Scapinello (CAN).

Pénalités : Canada 18' (4', 12', 2'), États-Unis 29' (2', 10'+5'+10', 2').

Tirs cadrés : Canada 37 (10, 22, 5), États-Unis 25 (5, 9, 11).

Évolution du score :

0-1 à 11'18" : Hull assisté de Leetch et Weight (sup. num.)

1-1 à 39'54" : Lindros assisté de Coffey et Gretzky (sup. num.)

2-1 à 52'50" : Foote

2-2 à 56'42" : Hull assisté de Leetch

2-3 à 57'25" : Amonte assisté de D. Hatcher et Smolinski

2-4 à 59'18" : D. Hatcher (cage vide)

2-5 à 59'42" : Deadmarsh

 

Canada

Gardien : Curtis Joseph (remplacé pendant 26 secondes par Martin Brodeur et sorti de sa cage de 58'52" à 59'18").

Défenseurs : Scott Stevens - Lyle Odelein ; Scott Niedermayer - Éric Desjardins ; Paul Coffey - Adam Foote.

Attaquants : Vincent Damphousse - Wayne Gretzky - Trevor Linden ; Brendan Shanahan - Joe Sakic - Eric Lindros ; Rod Brind'Amour - Steve Yzerman - Theoren Fleury ; Adam Graves - Mark Messier - Claude Lemieux.

États-Unis

Gardien : Mike Richter.

Défenseurs : Chris Chelios - Gary Suter ; Kevin Hatcher - Derian Hatcher ; Brian Leetch - Mathieu Schneider.

Attaquants : Keith Tkachuk - Mike Modano - Bill Guerin ; Scott Young - Doug Weight - Brett Hull ; John LeClair - Bryan Smolinski - Tony Amonte ; Adam Deadmarsh - Joel Otto - Pat LaFontaine.

 

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