Suisse - Canada (20 décembre 1997)

 

Match comptant pour la Suisse Cup.

La "frivolité" face à la "sauvagerie"

Quand la Tribune de Genève lui avait demandé avant ce tournoi quelle était la faiblesse du hockey suisse, Ralph Krueger avait répondu sans embages : "Physique ! Au niveau des duels ou du jeu sans puck, il accuse des faiblesses qui parfois, se reflètent dans le mental. On doit être plus fort dans la tête, montrer davantage de hargne au contact. Quant aux robustes gabarits, je dois convenir qu'ils sont plutôt rares. Il est important de bien définir les rôles. Par exemple, je n'attends pas d'un Micheli qu'il fasse le ménage, ou d'un Grogg qu'il dribble toute la patinoire. En revanche, j'insiste sur la nécessité d'apprendre à se faire mal. Mon but est de former une ossature de 30-35 joueurs que je connaisse sur le bout du doigt. Ceux qui ont peur, ou rechignent à prendre des coups, n'en feront pas partie."

Ces principes se sont ressentis dans sa sélection. Il a choisi des défenseurs rugueux comme Martin Steinegger et surtout comme Edgar Salis, joueur extrêmement controversé depuis la mise en échec qu'il vient d'infliger à Slava Bykov et qui pourrait avoir hypothéqué la poursuite de la carrière de la légende de Fribourg-Gottéron. Il a fallu que Krueger se défende sur le cas Salis en conférence de presseé : "Il s'agit d'un sujet délicat qui n est pas traité, à mon avis, avec calme et neutralité, il y a beaucoup de passion. Je n'ai personnellement pas vu la charge dont il est question, mais on me l'a décrite. Ce genre de charges se produisent des dizaines de fois par match en Autriche ou en Allemagne. Je suis totalement contre un cross-check donné avec l'intention de blesser. Par contre, je suis sûr que Salis n'a jamais voulu blesser Bykov. Pour ma part, j'ai dit à Salis qu'il ne devait pas avoir peur de continuer à jouer de façon physique. Je pense qu'on a fait beaucoup plus de bruit autour de cet évènement qu'il ne le mérite. Je ne parle pas de la personnalité du joueur concerné, Bykov, mais de l'action incriminée. Le hockey est un sport où les blessures peuvent survenir en raison des contacts physiques inhérents au jeu. Il demeure que je ne suis pas un adepte de la violence et prêt à condamner un geste où il y a l'intention de blesser." [PS : Salis sera suspendu pour 4 matches quelques jours plus tard]

Devinez qui montre la voie face aux Canadiens, eux-mêmes pas avares de rudesse ? Nul autre que l'homme au centre de la polémique, Edgar Salis. Le défenseur ouvre la marque à la dixième minute. Mais l'égalisation ne prend qu'une minute pour Craig MacDonald. La Suisse se fait renverser au deuxième tiers. Pendant que son coéquipier Stefan Grogg est en prison, le malheureux Seger marque contre son camp un but qui sera attribué à Devin Edgerton, le meneur de jeu canadien du promu de LNA suisse Herisau. Une minute et demie plus tard, Trevor Gallant enfonce le clou.

La Nati réagit par une très belle troisième période. Dès le début, Gian Marco Crameri profite d'une punition de Simonton pour réduire l'écart. Part la suite, les Suisses poussent et poussent pour égaliser. Le coach canadien Andy Murray appelle même son temps mort six minutes plus tard. Mais il manque l'efficacité à l'équipe locale pour concrétiser sa nette domination. Elle ressort perdante de ce test malgré sa volonté accrue - et assez inédite - au combat.

Marc Branchu

Commentaires d'après-match (dans la Tribune de Genève) :

Ralph Krueger (entraîneur de la Suisse) : "Les gars ont prouvé qu'ils n'ont pas peur. Un bon début. Maintenant, j'ai planifié quatre autres parties contre les Canadiens. Pour aguerrir mes joueurs à un jeu qu'ils n'ont pas l'habitude de rencontrer."

Frédéric Rothen (attaquant de la Suisse) : "Je n'aime pas trop ces batailles rangées. Le jeu dur, d'accord. Mais là, pour moi, c'était de la sauvagerie idiote. Cela dit, je partage l'avis de Ralph : le joueur suisse est un brin frivole. En LNA, il m'arrive de ne recevoir aucun check en soixante minutes. Imaginez cela ailleurs. On doit nous prendre pour des fillettes..."

 

Suisse - Canada 2-3 (1-1, 0-2, 1-0)
Samedi 20 décembre 1997 à 16h00 au Schluefweg de Kloten. 2746 spectateurs.
Arbitres : Wilhelm Schimm assisté de Didier Völker et Aris D'Ambrogio
Pénalités : Suisse 18' ; Canada 26'.
Tirs cadrés : Suisse 31 (13, 7, 11) ; Canada 21 (8, 11, 2).

Évolution du score :
1-0 à 09'58" : Salis assisté de Kessler et Crameri
1-1 à 10'45" : C. MacDonald assisté de Plavsic
1-2 à 24'30" : Edgerton (sup. num.)
1-3 à 25'59" : Gallant assisté de C. MacDonald
 

Suisse

Attaquants :
30 Marcel Jenni - 17 Gian-Marco Crameri - 13 Misko Antisin
10 Patrick Howald - 15 Reto von Arx - 12 Frédéric Rothen
9 Mattia Baldi - 18 Martin Plüss - 11 Stefan Grogg
8 Claudio Micheli - 24 Michel Zeiter - 21 Patrick Fischer

Défenseurs :
6 Dino Kessler - 27 Edgar Salis
2 Martin Steinegger - 31 Mathias Seger
5 Patrick Sutter - 26 Olivier Keller
34 Martin Rauch

Gardien :
28 Renato Tosio [sorti à 58'50"]

Remplaçant : 20 Reto Pavoni (G). Blessé : Patrice Brasey (D, pouce droit)

Canada

Attaquants :
Sean Selmser - Pat Conacher - Curtis Bowen
Chris Herperger - Brad Chartrand - Jason MacDonald
Trevor Gallant - Craig MacDonald - Chris Szysky
Devin Edgerton - Dean Evason - Gaétan Royer
Rod Stevens

Défenseurs :
Mickey Elick - Evan Marble
Randy Perry - Reid Simonton
Shane Johnson - Kevin Bolibruck
Adrien Plavsic

Gardien :
Dominic Roussel

Remplaçant : Christian Bronsard (G). En réserve : Drew Schoneck (D), Mark Kaufman, Jason Young (A).

 

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