Allemagne - Italie (11 mai 1998)
Championnats du monde 1998, poule de maintien.
Kingston meurt avec ses idées et l'Allemagne dit adieu
Selon une rumeur, les Américains renonceraient au tournoi de qualification en novembre et descendraient dans le Mondial B... mais se verraient attribuer l'organisation du championnat du monde 2001 ! Il est vrai qu'ils ont posé leur candidature pour accueillir la compétition. Le problème, c'est que les Allemands ont exactement le même projet, et qu'ils apportent plus de sponsors, plus de garanties que le tournoi soit une réussite aussi. L'IIHF ne pourra pas repêcher à la fois l'un et l'autre comme un pays-hôte. On peut donc se dire que les deux pays, figurant aux deux dernières places de la poule de relégation au matin de cette dernière journée, ont lié leur destin. Les Américains ont-ils intérêt à voir l'Allemagne se maintenir pour favoriser leurs desseins ? C'est plus compliqué que ça. Si l'Allemagne gagne ce match, les États-Unis devraient ensuite battre les Lettons par quatre buts d'écart. Ils ont donc intérêt à ce qu'elle trébuche face à l'Italie.
Ce duel oppose des joueurs qui se croisent souvent, et on ne parle pas seulement du match de préparation avant le Mondial. L'Italie compte 11 joueurs de DEL, et peut-être bientôt 12 car Lucio Topatigh aurait lui aussi reçu des offres de Cologne, Kassel et Krefeld. Mais le meilleur des Azzurri est trop cher pour les clubs allemands, c'est Gates Orlando, de Berne et bientôt de Lugano : ce joueur incroyable ouvre le score après... 23 secondes ! Encore moins de temps qu'il avait mis à se blesser il y a trois jours, lui qui a maintenant le genou dans une attelle. Deux minutes de jeu, et ça fait déjà 0-2 avec un but en avantage numérique de Maurizio Mansi au poteau gauche (photo de gauche).
En prison (pour retenir) lors de ce but, Andreas Lupzig a quelque chose à se faire pardonner... et le fait doublement avec deux buts, le second après une pénalité pour cinglage de Rucchin. La même faute est commise par Margoni et le lancer puissant de Sascha Goc (junior mais seul joueur convaincant à la ligne bleue du powerplay dans cette équipe allemande lors de ce tournoi) renverse totalement le score à 3-2. Jusqu'ici très bon dans cette poule de maintien, le gardien Mike Rosati a encaissé deux mauvais buts, et soudain l'Italie vacille.
Présent sur la glace sur les trois buts encaissés (dont deux en infériorité), Mario Chitarroni égalise au deuxième tiers-temps. En troisième période, Peter Draisaitl redonne l'avantage à l'Allemagne, récompense de son travail complet dans toutes les situations de jeu. Et c'est à deux minutes de la fin que Chitarroni, l'idole au jeu rugueux des Eisbären de Berlin, expédie l'Allemagne en tournoi de qualification et en dehors du top-10, son pire résultat depuis sa remontée dans l'élite il y a 23 ans. L'Italie obtient son billet pour le Mondial 1999 en Norvège et le duel entre Lettons et Américains sera direct pour l'autre place qualificative, sans que le goal-average n'entre en jeu.
George Kingston n'a pas sorti son gardien Marc Seliger avant une mise au jeu en zone offensive à 63 secondes de la fin. Un choix qui agacera le capitaine Didi Hegen... L'entraîneur canadien refuse clairement d'écouter les conseils de ses cadres et est resté têtu jusqu'au bout. Il sera en quelque sorte mort avec ses idées. On l'entend dans les propos d'après-match, Reindl ne mâche plus ses mots et ne soutient clairement plus personne dans le staff. Va-t-on vers un cumul entre sélectionneur et entraîneur de club pour soulager les finances de la fédération ? Le favori pour reprendre en mains l'équipe d'Allemagne est Hans Zach.
Étoiles du match Hockey Archives : *** Mario Chitarroni
/ ** Andreas Lupzig
/ * Maurizio Mansi ![]()
Marc Branchu
Commentaires d'après-match
Adolf Insam (entraîneur de l'Allemagne) : "J'espère qu'Orlando jouera jusqu'à ses 40 ans."
Dieter Hegen (capitaine de l'Allemagne) : "Si nous avions pris plus de risques dans le domaine tactique, une victoire aurait été possible. On ne peut pas juste jouer aux échecs sur la glace."
Andreas Lupzig (attaquant de l'Allemagne) : "Cela ne sert pas à grand chose de chercher de coupables. Les joueurs qui étaient ici ont tout donné, mais étaient tout simplement dépassés."
George Kingston (entraîneur de l'Allemagne) : "Après le tournoi je parlerai à Franz Reindl. Une décision sera prise dans les deux prochaines semaines."
Erich Kühnhackl (assistant-coach de l'Allemagne) : "Bien sûr que j'aimerais bien me voir confier la tâche [de sélectionneur], mais le dernier mot n'est pas encore dit. Peut-être que nous tomberons encore dans un trou plus profond, il est possible que la descente en groupe B nous menace. Mais je suis certain qu'on peut reconstruire quelque chose de raisonnable sur le long terme. À l'avenir on recrutera la moitié de l'équipe nationale en Bundesliga [NDLR : la deuxième division sous la DEL]. Là, les pros allemands ont un temps de jeu suffisant."
Franz Reindl (directeur sportif de la fédération allemande) : "Nous avons manqué notre objectif, la qualification directe pour le Mondial 1999. Maintenant nous devons espérer que nous nous maintiendrons lors du tour de qualification en novembre. Si George Kingston démissionne, je le comprendrais. Son contrat se termine de toute manière [NDLR : en août]. Nous devons vite nous réunir pour discuter du sujet de l'entraîneur. Lors de ce Mondial sont apparus des problèmes que les entraîneurs n'ont visiblement pas pu résoudre. L'assistant ne devient pas automatiquement le chef, il y a d'autres solutions. Mais il est clair que nous n'embaucherons plus d'entraîneur étranger, cela ne nous rendait pas crédible alors que nous exigeons plus de joueurs allemands dans les équipes. Nous allons opérer un bouleversement complet, tant dans le staff que chez les joueurs, même si certains vétérans restent indispensables pour le tournoi de qualification. Je ne veux plus entendre de jérémiades. La DEL est un morceau de la mosaïque, pas plus. On ne peut pas lutter contre la tendance européenne et mondiale avec des quotas. La formation des joueurs et entraîneurs allemands doit s'améliorer. Les joueurs allemands doivent démontrer qu'ils sont au moins aussi bons que les étrangers."
Allemagne -
Italie 4-4 (3-2, 0-1, 1-1)
Dimanche 11 mai 1998 à 16h00 au Hallenstadion de Zurich. 900 spectateurs.
Arbitrage de Vladimír Mihálik
assisté de Daniel Nater
et Marc Mendlowictz
Pénalités :
Allemagne 12' (4', 2', 6') ;
Italie 26' (4', 8', 4'+10').
Tirs cadrés :
Allemagne 18 (8, 5, 5) ;
Italie 36 (11, 10, 15).
Évolution du score :
0-1 à 00'23" : Orlando assisté de Zarrillo et Topatigh
0-2 à 02'03" : Mansi assisté de Busillo et Chitarroni (sup. num.)
1-2 à 04'38" : Lupzig assisté de Draisaitl
2-2 à 07'56" : Lupzig assisté de Nowak et Draisaitl (sup. num.)
3-2 à 17'15" : Goc assisté de Felski (sup. num.)
3-3 à 34'23" : Chitarroni assisté de Mansi
4-3 à 47'10" : Draisaitl assisté de Lupzig
4-4 à 58'10" : Chitarroni assisté de Mansi et Insam
Allemagne
Attaquants :
23 Dieter Hegen (C, -1) - 81 Mark MacKay (-1, 2') - 20 Jürgen Rumrich (A, -1)
22 Andreas Lupzig (4') - 17 Peter Draisaitl (A, +1) - 13 Leo Stefan
10 Reemt Pyka - 28 Rainer Zerwesz - 19 Christopher Straube
91 Florian Keller (+1) - 29 Jochen Hecht (-1) - 11 Sven Felski (-1)
88 Christoph Sandner
Défenseurs :
25 Daniel Nowak (-2) - 24 Sascha Goc (-1, 2')
2 Michael Bresagk (-1) - 36 Erich Goldmann (-1)
12 Klaus Micheller (+2) - 32 Stefan Mayer (+1, 2')
21 Lars Brüggemann (2')
Gardien :
40 Marc Seliger [sorti à 59'43"]
Remplaçant : 1 Kai Fischer (G). Absent : 30 Joseph Heiss (G, adducteurs).
Italie
Attaquants :
16 Bruno Zarrillo (2') - 17 Gaetano Orlando (A, +1) - 27 Lucio Topatigh (A)
12 Maurizio Mansi (+1) - 24 Mario Chitarroni (+1) - 21 Joe Busillo (+1)
71 Anthony Iob (4'+10') - 8 Armando Chelodi (-1) - 11 Roland Ramoser (C)
18 Alexander Gschliesser - 77 Markus Brunner - 22 Stefano Margoni (2')
Défenseurs :
25 Chad Biafore (+1, 2') - 29 Christopher Bartolone
6 Michele Strazzabosco - 26 Lawrence Rucchin (2')
5 Leo Insam (+1, 4') - 4 Robert Oberrauch (C)
23 Giovanni Marchetti (en supériorité numérique)
Gardien :
34 Mike Rosati
Remplaçant : 1 Mario Brunetta (G). En réserve : 33 Andrea Carpano (G). Exclu pour dopage : 37 Michael De Angelis (D).