Lettonie - États-Unis (11 mai 1998)
Championnats du monde 1998, poule de maintien.
Les Américains dans les limbes
L'égalisation de Chitarroni dans l'après-midi a simplifié les paramètres de ce match décisif. Les États-Unis ont "juste" besoin d'une victoire, quel que soit le score, pour se maintenir dans l'élite mondiale. La Lettonie peut, elle, se contenter d'un match nul. Le pays qui échouera devra repasser par une qualification. Après les performances médiocres des deux gardiens de NHL, Garth Snow (86,4% d'arrêts) et le joker Mike Dunham (66,7%), le staff américain a finalement décidé de jouer sa dernière carte en titularisant devant le filet Tim Thomas, meilleur gardien de SM-liiga avec le HIFK Helsinki.
En début de match, les Américains patinent et pressent une équipe de Lettonie aux jambes pesantes qui peine à franchir les deux lignes bleues. Ted Drury intercepte ainsi coup sur coup deux dégagements de Čudinovs et Kerčs pour maintenir le jeu dans la zone balte. Son frère Chris Drury finit alors l'action en reprenant du revers, à bout portant, la passe de derrière la cage de Matt Cullen (0-1).
La Lettonie retrouve peu à peu le fil de son jeu. Ted Drury percute violemment le gardien Irbe - toujours aussi spectaculaire qu'un cascadeur - et se fait châtier par Beļavskis. Les deux joueurs partent en prison. À 4 contre 4, la qualité technique des Baltes contrôle le palet... sans rien en faire. Au contraire, en dix secondes de possession, Crowley puis Cullen préparent en zone neutre l'accélération de Bates Battaglia dans l'axe, mais son tir est cueilli par la mitaine d'Irbe. Les Américains sont plus efficaces dans leur gestion du palet. Le contre-exemple opposé est Olegs Znaroks, qui hérite d'une situation providentielle de contre-attaque, feinte un lancer puis attend une éternité avant de chercher une ouverture entre les jambes de Tim Thomas, qui y a bien placé la palette de sa crosse.
Tout va bien pour les États-Unis... jusqu'à ce que Chris Drury accroche Herberts Vasiljevs en zone neutre. Une pénalité inutile mais très lourde de conséquences. Profitant de cette première supériorité numérique du match, Harijs Vītoliņš réussit cette fois à remonter seul le palet, puis il laisse ses coéquipiers installer la possession et sert une passe en or de derrière le but pour son compère Olegs Znaroks, arrivé opportunément entre Luongo et Chorske (1-1). Tom Chorske essaie de de rattraper mais ses deux tirs en bonne position - le second sur belle passe en retrait de Podein - sont repoussés par Irbe. La quatrième ligne de la Lettonie - qui a déjà décroché la pénalité-clé - tire toujours le maximum de son temps de jeu. Aleksandrs Ņiživijs va récupérer un palet dans le coin et centre pour Vasiljevs qui reprend... sur le poteau de la cage largement ouverte !
Les blancs gèrent ce résultat nul favorable sans trop s'exposer. Bien lancé par Al Iafrate sur un engagement en zone défensive, Shjon Podein place une accélération qui force Ozoliņš à l'accrocher à deux minutes de la pause, mais ce premier powerplay américain est rendu caduc par les efforts de récupération des défenseurs Sergejs Čudinovs puis Andrejs Maticins (la mobilité de ce dernier est pourtant handicapée par une blessure au genou qu'il traîne depuis quelques jours.
Au tout début de la troisième période, Al Iafrate perd un palet dans la bande en zone neutre face à Semjonovs, qui lance aussitôt un 2 contre 1 de Kercs et Beļavskis. Ce dernier reçoit la passe, effectue sa "célèbre" pause - qui fonctionne moeuc que celle de Znaroks - pendant que Tim Thomas se tortille dans tous les sens. Beļavskis attend le moment juste pour lui placer un tir implacable entre les jambes (2-1). Beļavskis contribue aussi à dégager son camp pendant que Vasiljevs est en prison pour crosse haute. En quatre minutes d'avantage numérique, les États-Unis n'ont pas eu une seule tentative ni même une position de tir...
Les Américains ont encore de la hargne dans les duels. Des pénalités simultanées entraînent une séquence à 4 contre 4. Podein feinte le slap, déborde Maticins et tire par-dessus le poke-check d'Irbe... sur le montant gauche ! Un poteau partout dans ce match. Chris Drury prend une pénalité pire que celle de son frère alors que Laviņš l'a chargé avec le coude, il lui attrape la cheville avec la main en se relevant dans un vilain geste d'anti-jeu puis le frappe au sol. Au lieu d'un potentiel 5 contre 4, c'est donc un 4 contre 4... qui peut toutefois être rendu similaire en sortant le gardien. Jeff Jackson le fait avant une mise au jeu offensive gagnée par Cullen devant Znarok et, après un tir de Burt, Bryan Smolinski a un rebond en or mais ne fait que pousser le puck dans les bottes d'Irbe. Nouvel engagement, lancer lointain de Iafrate sur le poteau ! La chance est-elle passée ? Non, Matt Cullen égalise en tour de cage entre les jambières d'Irbe (2-2).
Cela ne suffit pas car les États-Unis doivent gagner. Tim Thomas ressort donc de sa cage au plus vite. Les Américains confondent vitesse et précipitation, se faisant prendre nettement hors-jeu à la ligne bleue. Olegs Znaroks remporte l'engagement qui suit et part seul au but. Distancé, le capitaine américain Eric Weinrich jette sa crosse et dévie le palet juste à côté des filets déserts. Un geste désespéré que l'arbitre sanctionne d'un but automatique (3-2). Voilà les Américains dans les limbes d'un "tournoi de rattrapage"...
Étoiles du match Hockey Archives : *** Sergejs Čudinovs
/ ** Shojn Podein
/ * Aleksandrs Beļavskis ![]()
Marc Branchu
Commentaires d'après-match
Jeff Jackson (entraîneur des États-Unis, à droite sur la photo) : "Disputer les qualifications en novembre pour le prochain championnat du monde ? Avec quels joueurs ? Nous serons en plein championnat, aussi bien en NHL qu'en IHL, en AHL ou en ECHL. Même en cherchant du côté universitaire, nous allons avoir du mal à rassembler et préparer une équipe. Pour nous, c'est vraisemblablement impossible. Il n'y a absolument aucun respect pour cet évènement aux États-Unis. Si la NHL ne veut pas y prendre part, alors nous devrons changer notre façon d'approcher ces tournois. "
Lettonie -
États-Unis 3-2 (0-1, 1-0, 2-1)
Lundi 11 mai 1998 à 20h00 au Hallenstadion de Zurich. 1043 spectateurs.
Arbitres : Arto Järvelä
assisté de Christian Oswald
et Sergei Serdyuk
Pénalités :
Lettonie 10' (2', 2', 6') ;
États-Unis 8' (2', 2', 4').
Tirs cadrés :
Lettonie 12 (4, 6, 2) ;
États-Unis 22 (10, 4, 8).
Évolution du score :
0-1 à 08'44" : C. Drury assisté de Cullen et Iafrate
1-1 à 23'34" : Znaroks assisté de Vītoliņš et Ozoliņš Pavlovs (sup. num.)
2-1 à 43'45" : Beļavskis assisté de Kercs et Semjonovs
2-2 à 58'22" : Cullen assisté de T. Drury et Weinrich
3-2 à 59'59" : Znarok (but automatique, cage vide)
Lettonie
Attaquants :
11 Olegs Znaroks (C, +1) - 20 Harijs Vītoliņš (A) - 18 Igors Pavlovs (-1)
21 Aleksandrs Kerčs (-1) - 27 Aleksandrs Semjonovs - 9 Aleksandrs Beļavskis (+1, 2')
24 Andrejs Ignatovičs - 29 Aigars Cipruss - 14 Leonids Tambijevs (+1)
23 Juris Opulskis - 26 Herberts Vasiljevs (2') - 71 Aleksandrs Ņiživijs
Défenseurs :
5 Igors Bondarevs - 17 Sergejs Čudinovs
2 Rodrigo Laviņš (+1, 4') - 28 Andrejs Maticins (A)
7 Karlis Skrastiņš (-1) - 8 Sandis Ozoliņš (+1+2, 2')
Gardiens :
1 Artūrs Irbe
Remplaçants : 30 Juris Klodāns (G), 6 Atvars Tribunčovs (D). Absent : 4 Normunds Sējējs (D, ligaments du genou).
États-Unis
Attaquants :
25 Shojn Podein - 7 Darby Hendrickson - 22 Tom Chorske (A)
33 Bates Battaglia (-1, 2') - 20 Bryan Smolinski - 17 Kevin Miller (-1)
13 Ted Drury (+1, 2') - 45 Matt Cullen - 9 Chris Drury (4')
8 Donald Brashear - 21 Mark Parrish - 38 Michael Crowley
Défenseurs :
6 Adam Burt (A) - 23 Chris Luongo
34 Al Iafrate - 2 Eric Weinrich (C)
28 Kevin Dean - 19 Greg Brown
Gardien :
32 Tim Thomas
Remplaçants : 30 Garth Snow (G), 27 Dan Trebil, 11 Paul Stanton (D). En réserve : 1 Mike Dunham (G).
en noir, la feuille de match officielle ; en rouge, les corrections de Hockey Archives