République Tchèque - Slovaquie (14 mai 2000)

 

Finale des Championnats du Monde A 2000 à Saint-Pétersbourg.

Les Slovaques ne sont pas intimidés par leurs grands frères tchèques, qu'ils n'ont jamais battus, et qui les avaient déjà renvoyés à leurs études (6-2) plus tôt dans le tournoi. Durant les dix premières minutes, ils exercent une domination constante, aidés par deux pénalités de Buzek, mais les Tchèques parviennent à parfaitement exploiter leurs contre-attaques. C'est en effet Michal Sýkora qui ouvre le score, puis, après que Buzek a récupéré le palet en sortant de prison, Vlasák double la mise. Les statistiques sont éloquentes : les Tchèques ont marqué deux buts en trois tirs tentés. Mais cette réussite insolente ne s'arrête pas là, et le duo magique tchèque se rappelle à notre bon souvenir. Patera attire les défenseurs slovaques et laisse passer le palet jusqu'à Procházka, qui porte le score à 3-0. La République Tchèque ne pouvait pas rêver scénario plus idéal.

Meurtrie par le sort contraire en première période, la Slovaquie essaie de faire tourner le vent, et y parvient en supériorité numérique par un slap de Martin Štrbak. Il faut dire que les Tchèques leur facilitent l'affaire : alors que les équipes sont à 4 contre 4, Sýkora se fait remarquer par un coup de crosse, puis, tandis qu'il rejoint le banc (2'+2'), Buzek, qui a déjà visiter la prison par trois fois, se porte candidat à un aller simple en pénétrant sur la glace pour aller dire son fait à Šatan. Il peut s'estimer heureux de n'écoper que de dix minutes, mais il n'est pas rassasié et donne un grand coup dans la porte de la prison, manifestant à nouveau son énervement, dont même les plus lents à la détente avaient pris note depuis longtemps. Mais le jeu de puissance slovaque, qui détient le meilleur pourcentage de réussite de la compétition, est annihilé par la boîte tchèque et ne modifie pas la donne, malgré une minute à quatre contre trois et quatre minutes à cinq contre quatre. Ce sont donc les Tchèques qui ont le plus de raisons de se montrer satisfaits au sortir de ce deuxième tiers, car ils ont réussi à préserver, en dépit de leur abonnement au banc des pénalités, une marge confortable.

Ils la rendent plus substantielle encore en début de troisième période : lors d'une passe de Jirí Dopita, qui parvient à se retourner dans le coin, Suchy tarde à marquer Jan Tomajko, suffisamment libre de ses mouvements pour tromper Lašák. Alors que le moral des Slovaques semble décliner, Hlinka leur redonne espoir en exploitant un rebond. Il reste alors moins de cinq minutes à jouer et la Slovaquie se rue à l'offensive. À 2'24" du terme, le meilleur buteur de la compétition, Miroslav Šatan, ramène la marque à 4-3. Il y a le feu à la maison tchèque, qui demande un temps mort pour couper l'élan des Slovaques déchaînés. Cechmánek, qui paraît électrique tellement il a les nerfs à vif, doit s'interposer sur un tir dévié par Bartecko. Il a le malheur de relâcher le palet un instant, et immédiatement s'agglutinent devant la cage une bonne demi-douzaine de joueurs. La pression est à son comble, mais le soufflé retombe lors d'un nouveau contre tchèque. Kapuš, unique défenseur, commet l'erreur d'aller disputer le palet dans le coin à Prospal. Celui-ci centre pour Robert Reichel, tout seul devant le but, qui fusille le pauvre Lašák et offre sa deuxième médaille d'or d'affilée à la République Tchèque.

Les Slovaques peuvent nourrir des regrets dans ce match trop vite plié en première période contre le cours du jeu. Leur formidable rush final aura pimenté la rencontre mais aura été trop tardif. La clef de cette finale résidait dans les supériorités numériques, que les Slovaques, confrontés à forte partie, ont eu beaucoup plus de mal qu'habituellement à convertir, et dans l'inexpérience défensive des perdants, durement révélée par des Tchèques à l'affût de la moindre erreur et maniant à merveille l'art de la contre-attaque.

Compte-rendu signé Marc Branchu

 

Commentaires d'après-match

Josef Augusta (entraîneur de la République Tchèque) : "Les Slovaques sont des adversaires difficiles pour nous, leur motivation et leur faim de victoire sont plus grandes que les nôtres. Nous avons bien entamé la rencontre. Cette année, nous avons pris treize nouveaux joueurs qui ont beaucoup d'envie, et c'est un facteur-clé de notre victoire."

Tomáš Vlasák (attaquant de la République Tchèque) : "Nous avons fait une grande première période, mais nous n'avons pas joué aussi bien dans la deuxième. Les Slovaques nous ont pressés dans les cinq dernières minutes mais nous avons été un peu chanceux d'inscrire ce cinquième but. Ils voulaient vraiment nous battre, mais nous avions aussi un gros cśur et nous étions prêts à lutter jusqu'à la fin."

Ján Filc (entraîneur de la Slovaquie) : "Nos systèmes ont vraiment divergé en sept ans. Les Tchèques sont meilleurs techniquement, nous jouons avec plus de cśur. Mais il est difficile de jouer son meilleur hockey en finale, et ils ont mieux joué d'un point de vue technique. C'est nous qui avons commis toutes les erreurs individuelles. On est seulement en train d'apprendre comment jouer ce genre de tournoi. Le problème n'était pas de vouloir trop en faire, mais plutôt qu'aucun de nous joueurs n'avait participé à une demi-finale ou une finale. Ils étaient nerveux et n'ont pas l'habitude de jouer avec un tel stress."

Zdeno Chára (défenseur de la Slovaquie) : "Nous sommes une équipe très jeune, et il est dur de revenir au score. Nous pensions devoir mettre l'accent sur la défense, mais quand nous avons été menée 3-0 il a bien fallu ouvrir le jeu. Nous avons travaillé dur et montré un bel esprit, et nous avons réduit l'écart à un but. C'était trop tard, nous aurions eu besoin de dix ou quinze minutes supplémentaires, et après, qui sait ? Ce qui a probablement fait la différence, c'est qu'ils ont plus d'expérience que nous."

Michal Handzuš (attaquant de la Slovaquie) : "Sur l'instant, je suis déçu du résultat. Je resterai déçu pendant un ou deux jours. Après, je serai fier parce que nous étions menés 4-1 à cinq minutes de la fin et que nous nous battions toujurs. C'est incroyable, le caractère dont nous avons fait preuve. Nous n'avons jamais lâché, nous avons joué du grand hockey. Si nous n'avons pas pu égaliser, c'est parce qu'ils ont un grand gardien."

 

République Tchèque - Slovaquie 5-3 (3-0, 0-1, 2-2)

Dimanche 14 mai à 18h30 au Dvorets Sporta de Saint-Pétersbourg. 12350 spectateurs.

Arbitrage de Kevin Acheson (CAN) assisté de Serge Carpentier (CAN) et John Costello (USA).

Pénalités : République Tchèque 18'+10' (8', 20', 0'), Slovaquie 10' (4', 2', 4').

Tirs : République Tchèque 15 (7, 4, 4), Slovaquie 33 (10, 12, 11).

Évolution du score :

1-0 à 06'04" : Sýkora assisté de Procházka et Varada

2-0 à 09'34" : Vlasák assisté de Buzek

3-0 à 12'25" : Procházka assisté de Vlasák et Reichel

3-1 à 27'43" : Štrbak assisté de Suchy et Pucher (sup. num.)

4-1 à 43'35" : Tomajko assisté de Dopita et Výborný

4-2 à 55'22" : Hlinka

4-3 à 57'28" : Šatan assisté de Bartecko

5-3 à 58'58" : Reichel assisté de Sýkora et Prospal

 

République Tchèque

Gardien : Roman Cechmánek.

Défenseurs : František Kucera - Michal Sýkora ; Ladislav Benýšek - Martin Štepánek ; Petr Buzek - Radek Martínek

Attaquants : Jan Tomajko - Jirí Dopita - David Výborný ; Tomáš Vlasák - Robert Reichel - Václav Prospal ; Martin Procházka - Pavel Patera - Václav Varada ; Petr Cajánek - Ludek Broš - Martin Havlát ; Martin Španhel.

Slovaquie

Gardien : Ján Lašák.

Défenseurs : Martin Štrbak - Radoslav Suchy ; Zdeno Chara - Lubomír Višnovský ; Ivan Droppa - Peter Podhradsky ; Lubomír Sekeráš - Stanislav Jasecko.

Attaquants : Lubomír Bartecko - Michal Handzuš - Miroslav Šatan ; Lubomír Vaic - Richard Kapuš - Vlastimil Plavucha ; Miroslav Hlinka - Lubomír Hurtaj - Jan Pardavy ; Peter Bartos - Michal Hreus - Peter Pucher.

 

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