France - Lettonie (9 novembre 2002)

 

Match comptant pour l'Euro Hockey Challenge 2002/2003 (trophée Olivier-Lesieur 2002).

C'est sans doute une équipe de Lettonie B qu'ont rencontré les Français. En effet si les absences des joueurs lettons d'Amérique étaient prévisibles, celles de leurs attaquants vedettes européens sont plus surprenantes. Curt Lindström, le coach de la Lettonie, semble utiliser ce challenge pour faire une revue d'effectif. Résultat, pour la manche française, il a fait appel à quatorze nouveaux joueurs qui n'ont pas participé au tournoi de Riga fin août début septembre. Il s'appuie tout de même sur quelques grandes pointures comme le gardien qui joue en Russie, Sergejs Naumovs, d'autres "Russes" comme l'arrière Rodrigo Lavins et l'attaquant Gregorijs Pantelejevs, sinon sur quelques fidèles des championnats du monde ; le pilier évoluant lui aussi en Russie Viktors Ignatjevs, les avants Viktors Blinovs, Aleksandrs Macijevskis du club danois d'Odense, Janis Sprukts (Vaasa, Finlande) et Sergejs Senins encadrant des plus jeunes espoirs lettons comme les défenseurs Mikails Bogdanovs et Sergejs Durdins et les offensifs Juris Stals, Vadims Romanovskis, Vitalijs Galuzo, Romans Nikitins et Andrejs Smirnovs.

Pour affronter cet excellent sparring-partner, Hekki Leime alignait Christophe Burnet devant le but et dut se priver de Maurice Rozenthal remplacé par Géraud Marechal. Les débuts du gardien angevin furent difficiles. Dès le deuxième lancer letton, le gardien devait s'incliner. Déjà buteur la veille contre le Danemark, Romans Nikitins ouvrait la marque (0-1 à 4'19). Ensuite, les Bleus n'allaient pas fortement exploiter un jeu de puissance, puisqu'en dépit d'un tir cadré, ils allaient fournir une occasion de faire le break aux Lettons. Cependant, Romans Nikitins, encore lui, ne pu prendre en défaut Christophe Burnet une première fois bien remis d'aplomb (5'01). Pourtant, le jeune gardien s'inclinait de nouveau quand son équipe jouait en infériorité numérique (0-2 à 7'43). Pas aidé par sa défensive, le portier céda une troisième fois sur le sixième coup letton (0-3 à 10'02) ! Heureusement, cinquante-quatre secondes plus tard, Vadims Romanovskis ne trouvait pas le filet, évitant à Heikki Leime un changement de gardien rendu sans doute nécessaire (10'56). Tout comme fort heureusement, les Bleus trouvaient la faille en power-play à la faveur d'un bon placement de Jonathan Zwikel (1-3 à 12'10). Puis, profitant d'une négligence lettone, Anthony Mortas partait seul face à Sergejs Naumovs, mais le joueur de centre ne parvint pas à battre le cerbère de Saint-Pétersbourg (13'16). Un peu remis en selle par la réduction du score, les Français, encore dominé en vitesse d'exécution, s'accrochaient et résistaient jusqu'à la fin du premier tiers, notamment sur deux nouvelles infériorités, permettant à Christophe Burnet de reprendre ses marques et de stopper quatre tentatives des coéquipiers de Sergejs Durdins.

La défensive des Bleus allait souffrir en ce début de tiers médian. Commettant des fautes mais solidaires, elle refusait de subir de nouveau but sous la menace d'une longue période d'infériorité de presque quatre minutes dont deux en double infériorité. Les quatre tirs cadrés lettons étaient tous déviés par Christophe Burnet impérial et bien soutenu par sa garde rapprochée (26'25). Les joueurs de l'Est allaient regretter leur improductivité dans les jeux spéciaux car l'équipe de France, une fois n'est pas coutume, était très performante dans cet exercice. Laurent Gras était à la conclusion du mouvement français (2-3 à 31'00). On avait à peine eu le temps de savourer le rapprochement à la marque des coéquipiers d'Arnaud Briand que ceux-ci encaissaient leur quatrième but (2-4 à 33'11) ! Mais la réaction bleue fut aussi immédiate. Arnaud Briand, d'un coup d'éclat, pivotait sur lui-même à la droite du slot, décochait un envoi surprenant jusqu'au gardien letton (3-4 à 35'50). Une infériorité française cassait le rythme de la partie et les bleus généreux retournaient aux vestiaires avec un seul but d'écart à refaire.

Le début du dernier tiers, comme celui du précédent, était haché de prisons et les joueurs de Curt Lindström allaient cette fois en profiter. A la faveur d'une double supériorité, ils reprenaient un avantage de deux buts (3-5 à 46'49). Les Français, après une bonne opportunité de Richard Aimonetto (53'00), allaient de nouveau réduire l'avance lettone par l'ailier mulhousien (4-5 à 54'10). Ensuite, nous allions revivre le même final que la veille. En effet, retirant son gardien au profit d'un attaquant, Heikki Leime profitait d'une pénalité lettone pour jouer un double avantage numérique. Ce nouveau coup de poker réussi grâce aux vertus françaises pleines de courage et de labeur, si bien illustrées par l'égalisation de Jonathan Zwikel (5-5 à 59'40).

La prolongation de mort subite aurait dû voir un but letton sur un jeu de puissance, mais soit Gregorijs Pantelejevs seul au second poteau manquait la cage désertée (62'39), soit Jean-François Bonnard réalisait un exploit défensif hors du commun quand il plongeait sur un lancer dans la cage vide, déviant, à l'aide de sa crosse en extension, la rondelle qui prenait le chemin du but (62'50). Cette action, tout comme le dernier but égalisateur, le match nul obtenu après avoir été mené de trois buts face à une équipe du groupe A et le rajustement de Christophe Burnet auteur d'une grande prestation (92%) après le troisième but encaissé prouvent toutes les qualités d'une équipe qui doit encore trouver, la rigueur, la concentration et la discipline nécessaire à ses ambitions naturelles.

Compte-rendu signé Thierry Frechon

 

Interviews d'après-match :

Quelle analyse peut-on faire du match contre la Lettonie par rapport à celui contre l'Italie ?

Jean-François Bonnard : C'etait un jeu plus ouvert qu'hier contre les Italiens qui jouaient beaucoup plus dur, libérant beaucoup moins d'espaces nous empêchant de nous exprimer. Le jeu letton nous convient un petit peu mieux car c'est un jeu plus rapide et plus ouvert. La Lettonie est une ancienne nation de l'ex-URSS qui ne fait pas dans la fioriture. Elle évolue dans le groupe A mondial. Ce match nul est une bonne performance pour l'équipe de France qui est très jeune et à laquelle il manque quelques joueurs clés. Nous démarrons très mal le match. Nous encaissons trois buts en dix minutes, c'est le point très négatif de ce match. Le point positif, par contre, c'est d'être revenu très rapidement au score. Nous n'avons pas du tout lâcher le match. Malheureusement, nous avons pêché sur les infériorités et supériorités numériques, même si ce soir nous avons été plus performants sur les supériorités, nous commettons encore beaucoup de fautes qui nous mettent en difficulté. A ce niveau-là, lorsque l'on joue à trois contre quatre ou à trois contre cinq, on paie cash.

Justement, comment trouve-t-on les ressources nécessaires en fin de match pour jouer une infériorité de mort subite ?

Jean-François Bonnard : Nous sommes en équipe nationale pour représenter notre pays, nous sommes là pour donner plus que 100%. Si on n'est pas capable de se surpasser, il me semble qu'on a rien à faire en équipe nationale. La qualité de l'équipe de France c'est d'avoir un gros cur, et aujourd'hui nous l'avons énormément démontré en grande partie sur la fin du match en tuant cette pénalité en mort subite.

Pouvez-vous nous raconter comment s'est passé votre sauvetage miraculeux pendant cette pénalité ?

Jean-François Bonnard : On ne réfléchit pas de trop, c'est du hourra-hockey... On y va parce qu'on n'a pas envie de perdre, pour montrer qu'on n'a pas volé notre sélection et aussi montrer aux jeunes que ça ne fait pas mal, qu'il faut y aller et si un jour les 25 gars tirent de l'avant ensemble, ça paiera !

Est-ce ennuyeux de changer de gardien, la défense doit elle s'adapter au gardien titularisé ?

Jean-François Bonnard : Non, pas à notre niveau. Nous avons totalement confiance dans nos gardiens de but. De toute façon, nous n'avons pas le temps de réfléchir si le gardien va laisser passer le palet à coté ou au contraire le prendre. Il faut faire confiance à notre gardien. La seule bonne façon de le préparer c'est l'échauffement d'avant match. C'est à nous de lui donner de bons lancers et de communiquer pour le mettre en confiance.

 

Est-ce difficile de jouer contre cette équipe lettone ?

Christophe Burnet : Nous avons très mal commencé. D'entré de jeu, les trois premiers tirs pratiquement rentrent... C'était vraiment difficile face à une équipe de grande qualité de commencer ainsi.

Comment êtes-vous parvenu à revenir dans le match après ces trois buts en six tirs, pense t'on au changement de gardien ?

Christophe Burnet : J'y ai pensé, je ne pensais pas revenir aussi bien. J'ai travaillé mentalement. Je suis resté concentré. Je ne me suis pas démotivé. Tout ça n'est pas très évident, mais c'est passé...

Comment avez-vous géré la mort subite ?

Christophe Burnet : On ne se pose pas de question, on essaie de ne pas craquer. Mais jouer une mort subite c'est du bonus. Il n'y a plus de calcul, on joue sur nos sensations, paradoxalement c'est plus simple.

Vous apprenez toujours aux cotés de Fabrice Lhenry ?

Christophe Burnet : Oui, bien sûr. J'ai appris avec lui à Chamonix et je continue en équipe de France. Je le regarde beaucoup évoluer. Je retiens tout le bon de son jeu et j'essaie de le ressortir sur la glace.

Quels sont vos ambitions, une participation aux championnats du monde, aux J.O. ?

Christophe Burnet : Oui, pourquoi pas participer aux championnats du monde, on verra bien en temps voulu. Pour les J.O., Cristobal Huet est au dessus, mais après, si j'apprend bien, pourquoi pas y participer, en tous les cas je travaille pour. Sinon, avec Angers, c'est d'abord se qualifier pour la coupe Magnus et pourquoi pas dans les quatre premiers après ?

 

Thierry Frechon

 

France - Lettonie 5-5 a.p. (1-3, 2-1, 2-1, 0-0).

Le samedi 9 novembre 2002 à 17h30 à la patinoire de l'Illberg, à Mulhouse. 911 spectateurs.

Arbitres : M. Grumsen assisté de MM. Bouguin et Bliek.

Pénalités : France 24' (6', 8', 6', 4') ; Lettonie 16' (4', 2', 8', 2').

Tirs : France 23 (8, 7, 7, 1) ; Lettonie 30 (13, 11, 2, 3).

Supériorités : France 4/8 (50%) ; Lettonie 2/11 (18%).

Arrêts : Burnet 25/30 (83%) ; Naumovs 18/23 (78%).

Évolution du score :

0-1 à 04'19" : Nikitins assisté de Sprukts et Ignatjevs.

0-2 à 07'43" : Beresnevs assisté de Macijevskis et Senins (sup. num.).

0-3 à 10'02" : Stals assisté de Mamonovs.

1-3 à 12'10" : Zwikel assisté de Rozenthal et Aimonetto (sup. num.).

2-3 à 31'00" : Gras assisté de Bonnard et Mille (sup. num.).

2-4 à 33'11" : Galuzo assisté de Mamonovs.

3-4 à 35'50" : Briand assisté de Pousset.

3-5 à 46'49" : Macijevskis (double sup. num.).

4-5 à 54'10" : Aimonetto assisté de Bonnard (sup. num.).

5-5 à 59'40" : Zwikel assisté de Gras (sup. num.).

 

France :

Gardien : Christophe Burnet (21ans / 0 sélection officielle).

Défenseurs : Jean-François Bonnard (31/7) - Mathieu Mille (21/0) ; Sébastien Dermigny (21/5) - Vincent Bachet (24/20) ; Allan Carriou (26/9) - Nicolas Pousset (23/10) ; Lilian Prunet (24/0) - Simon Bachelet (25/5).

Attaquants : Brice Chauvel (23/0) - Laurent Gras (26/29) - Richard Aimonetto (29/30) ; François Rozenthal (27/37) - Jonathan Zwikel (27/30) - Benoît Paillet (21/0) ; Guillaume Chassard (25/0) - Olivier Coqueux (29/0) - Arnaud Briand (32/61) ; Géraud Marechal (22/0) - Anthony Mortas (28/33) - Yven Sadoun (23/10).

Remplaçant : Fabrice Lhenry (30/13) (G). Absent : Maurice Rozenthal (27/45)

Lettonie :

Gardien : Sergejs Naumovs (33/29).

Défenseurs : Rodrigo Lavins (28/27) - Martins Beresnevs (-/-) ; Viktors Ignatjevs (32/13) - Sergejs Durdins (22/0) ; Aigars Miranovics (26/0) - Aleksandrs Siskovics (30/0) ; Mihails Bogdanovs (26/6) - Kaspars Vitkovskis (-/-).

Attaquants : Aleksandrs Macijevskis (27/24) - Sergejs Senins (30/40) - Grigorijs Pantelejevs (30/13) ; Romans Nikitins (25/0) - Janis Sprukts (20/12) - Juris Stals (20/5) ; Vadims Romanovskis (24/0) - Vitalijs Galuzo (24/0) - Vladimirs Mamonovs (22/0) ; Andrejs Smirnovs (19/0) - Janis Vegners (25/0) - Viktors Blinovs (21/6).

Remplaçant : Imants Legzda (19/0) (G).

 

Retour aux matches internationaux