Canada - Russie (5 janvier 2003)

 

Finale des Championnats du Monde des moins de 20 ans 2003.

L'équipe canadienne ne récolte que des louanges de la presse locale qui dissèque en long, en large et en travers les mérites de ses favoris, mais elle affronte un sérieux os avec cette formation de Russie qui l'avait déjà battue en finale l'an dernier. Au grand désespoir du public de Halifax, son équipe n'a pas la meilleure entrée en matière et les Russes contrôlent le jeu dans les dix premières minutes, ouvrant logiquement le score par Evgeni Taratukhin qui prend son propre rebond pour battre un très bon Marc-André Fleury. Ce but a le mérite de réveiller les Canadiens qui égalisent une minute plus tard lorsque Pierre-Alexandre Parenteau dévie un lancer de la bleue du spécialiste Ian White.

Andreï Medvedev, a priori pas aussi rapide dans ses réflexes que Fleury, lâche quelques rebonds pendant la première période, mais le Canada ne sait pas en profiter, et le gardien russe compense par un positionnement optimal et une bonne couverture du filet.

Il est clair que l'une des clefs de ce match sera le jeu de puissance des Canadiens, impressionnants dans ce domaine où ils frôlent les 40 % de réussite, alors que la Russie atteint péniblement 13,6 %. Les Russes ont annihilé par deux fois l'arme fatale canadienne en première période, mais ils prennent leur troisième pénalité à cinq minutes de la fin du deuxième tiers-temps sur un cross-check de Kaïgorodov. Les Canadiens ne ratent pas cette occasion et Scottie Upshall suit le rebond d'un lancer de Parenteau pour donner l'avantage au pays organisateur.

La foule extrêmement enthousiaste retrouve également sa propension aux huées lorsqu'un 3 contre 1 canadien est stoppé par l'arbitre car Aleksandr Ovechkin gît sur la glace. Mais, une fois l'action arrêtée, le prodige russe se relève sous les sifflets.

Ceci n'empêche pas le Canada d'avoir l'avantage à vingt minutes du terme. Il a semblé avoir la maîtrise de son adversaire par moments, mais cette impression a toujours volé en éclats sur un débordement russe qui a pris de vitesse la défense locale. L'arbitre suédois Ulf Rädbjer a laissé les Canadiens pratiquer leur jeu physique, et ils ont pu prendre en charge de près la ligne d'Ovechkin, le "nouveau Pavel Bure", à surveiller tout particulièrement. Si l'on ajoute que la troisième ligne Zherdev-Kaîgorodov-Anshakov est toujours transparente, au point d'être laissée sur le banc en dernière période, ce pourrait être inquiétant.

Mais le deuxième trio offensif russe a pris le relais et a posé à son tour énormément de problèmes. Une magnifique combinaison de jeu à l'ancienne met en déroute la défense canadienne et Igor Grigorenko est à la conclusion pour le but égalisateur. C'est un aboutissement logique pour ce joueur du Lada Togliatti qui est une véritable révélation du championnat russe, où il a déjà été élu six fois meilleur homme du match depuis le début de saison, soit plus que n'importe quel senior.

Plus le match avance, et plus le Canada éprouve des difficultés à sortir de sa zone, se contentant de plus en plus de passes hasardeuses et de dégagements au petit bonheur. La Russie se régale et sent que sa vitesse de jeu a plus mis à mal les Canadiens que les mises en échec adverses n'ont pu le faire en sens inverse. On sent que le bloc à la feuille d'érable peut craquer à tout moment, et c'est ce qui se produit à neuf minutes de la fin lorsqu'Aleksandr Polushin décale Yuri Trubachev pour le but vainqueur.

Les Russes se mettent une dernière fois en danger à trois minutes de la sirène quand Fedor Tyutin, trouvant sans doute l'arbitrage un peu clément, croit possible de retenir Scottie Upshall pendant un long moment, ce qui lui vaut d'être envoyé en prison. Le Canada peut donc terminer le match avec un homme de plus, puisque la sortie du gardien Fleury permet de compenser la sortie de geôle de Tyutin. Mais le rythme du match a tourné le dos aux Canadiens qui ne sont plus en mesure d'exploiter cet avantage numérique. La première minute est même à l'avantage des Russes qui se créent deux occasions en infériorité, puis les Canadiens réussissent à s'installer mais sans appliquer la même pression qu'en début de partie sur une défense russe supérieure à ce qu'ils pensaient.

Les images finales sont donc les mêmes que celles de l'an passé à Pardubice avec les joueurs et staff russe qui forment une mêlée joyeuse sur la glace. La seule différence est que les visages ont changé, ceux de la plupart des joueurs mais aussi celui de l'entraîneur, Rafael Ishmatov ayant entre-temps remplacé Vladimir Plyushchev promu sélectionneur national.

Les médias canadiens ne se trompaient pas : leur équipe était effectivement de haut niveau et au-dessus des autres nations participantes... sauf une. Elle a en effet été dominée par meilleure qu'elle, avec cette escouade de talents qui prouve encore le renouveau de la Russie. Le gardien Medvedev a résisté psychologiquement, Ovechkin a été digne de sa réputation déjà naissante, la deuxième ligne a été décisive, et Koltsov mérite également une mention pour sa bonne prestation en défense lors de cette finale. Seul Nikolaï Zherdev, annoncé comme la deuxième attraction avec Ovechkin, n'a pas fait l'effort de s'adapter à une petite glace et n'a pas pu balader ses adversaires comme il en a pris l'habitude en championnat.

Le Canada peut se consoler avec un nouveau record des championnats du monde juniors : 242 173 personnes se sont déplacées au total pour assister aux matches à Halifax et à Sydney. Un fort joli score pour le public de Nouvelle-Écosse qui a prouvé sa passion du hockey en garnissant les tribunes quelle que soit l'heure de la rencontre et pas uniquement pendant les soirs où le Canada jouait. Le moins qu'on puisse dire est que ce n'est pas toujours le cas dans les compétitions de l'IIHF, y compris dans des pays de hockey supposés.

Meilleurs joueurs canadiens du tournoi : Marc-André Fleury, Jordin Tootoo et Carlo Colaiacovo.

Meilleurs joueurs russes du tournoi : Aleksandr Perezhogin, Yuri Trubachev et Andreï Medvedev.

 

Commentaires d'après-match :

Marc Habscheid (entraîneur du Canada) : "Avec l'égalisation à 2-2, l'élan est passé du côté russe. Les deux équipes ont eu de bonnes occasions et auraient pu gagner ce match. Leur gardien a été exceptionnel. Je n'ai rien à reprocher à mes joueurs, ils ont fait énormément d'efforts, mais cela n'a malheureusement pas suffi."

Marc-André Fleury (gardien du Canada) : "Je suis content d'avoir été élu meilleur gardien du tournoi, mais ce n'est pas ce que je cherchais, et j'échangerais bien ce prix contre une médaille d'or. Je la voulais et je l'ai manquée. Les Russes sont tous très doués et je devais être prêt sur chaque tir. Pour ce qui est de mes plans d'avenir, j'aimerais jouer n'importe où du moment que c'est au Canada. N'importe où."

Joffrey Lupul (attaquant du Canada) : "Nous n'avons pas apprécié qu'Ovechkin nargue le public [Il aurait en fait répondu à un spectateur canadien qui avait lancé un ballon de baudruche rempli d'eau]. Ce genre de railleries peut se produire au cours d'un match, mais quand un tournoi est fini, je pense que l'on doit se tenir dignement et faire de preuve de classe. [...] Je suis le joueur qui a le plus tiré au but dans ce tournoi et je n'ai pas inscrit le moindre but. Mais Habby [Marc Habscheid] m'a pris à part après un entraînement et m'a dit de ne pas m'en faire pour ça. Il m'a dit que je créais des occasions et que je faisais du bon travail défensivement."

Rafael Ishmatov (entraîneur de la Russie) : "La discipline sur la glace et la psychologie de l'équipe ont été les facteurs déterminants dans ce tournoi. Après la deuxième période, nous n'avons pas paniqué, nous croyions en nos forces et en la victoire. La déception a été terrible pour nos adversaires, à la hauteur de la pression qui pesait sur tout le monde, joueurs et arbitre, lors de cette finale, et je me souviendrai longtemps des larmes de Tootoo, Fleury et White. J'ai été agréablement surpris par les supporters canadiens qui nous ont respecté malgré leur amertume. Et je suis content que le jeu offensif ait été à l'honneur dans ce tournoi alors que le hockey défensif fait la loi de nos jours."

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : "L'atmosphère ici au Canada est vraiment épatante, mais une fois que nous sommes sur la glace, nous ne pensons pas aux spectateurs, même s'ils supportent l'équipe adverse. Nous essayons de nous concentrer uniquement sur notre propre jeu, même si le début de ce match a sans doute été le moment le plus difficile de ce championnat. Nous avons toujours cru à la victoire, je pense que ça se voyait même à la télévision. Je suis content d'avoir marqué six buts dans ce tournoi, mais mes partenaires m'ont des passes qu'il aurait été criminel de ne pas mettre au fond. L'essentiel, néanmoins, c'est la médaille d'or."

Igor Grigorenko (élu meilleur attaquant du tournoi) : "Sans vouloir diminuer les mérites de nos adversaires, car les Canadiens, les Finlandais et les Américains avaient de bonnes équipes, personne ne pouvait nous empêcher de gagner ce tournoi. En tout cas, je ne pensais qu'il n'existait pas meilleure ambiance qu'à Togliatti, Omsk, Cherepovets, Magnitogorsk et Kazan, mais je sais maintenant ce que signifie l'expression 'pays du hockey'. Ce matin, tout le monde avait des blousons aux couleurs de l'équipe, des drapeaux canadiens... Et pas dans la patinoire, dans les rues de Halifax !"

 

Canada - Russie 2-3 (1-1, 1-0, 0-2)

Dimanche 5 janvier 2003 à 20h10 au Metro Center de Halifax. 10594 spectateurs (guichets fermés).

Arbitrage d'Ulf Rädbjer (SUE) assisté de Peter Feola (USA) et Leo Takula (SUE).

Pénalités : Canada 6' (2', 2', 2'), Russie 10' (6', 2', 2').

Tirs : Canada 24 (12, 8, 4), Russie 31 (14, 10, 7).

Évolution du score :

0-1 à 11'17" : Taratukhin assisté de Grigorenko et Perezhogin

1-1 à 12'01" : Parenteau assisté de White et Laich

2-1 à 36'22" : Upshall assisté de Parenteau et Laich (sup. num.)

2-2 à 44'22" : Grigorenko assisté de Koltsov et Perezhogin

2-3 à 51'09" : Trubachev assisté de Polushin et Tyutin

 

Canada

Gardien : Marc-André Fleury (sorti de sa cage à 58'48").

Défenseurs : Brendan Bell - Steve Eminger ; Nathan Paetsch - Alexandre Rouleau ; Carlo Colaiacovo - Jeff Woywitka ; Ian White - Matthew Stajan.

Attaquants : Jordin Tootoo - Jay McClement - Daniel Paille ; Pierre-Alexandre Parenteau - Pierre-Marc Bouchard - Brooks Laich ; Joffrey Lupul - Derek Roy - Gregory Campbell ; Boyd Gordon - Kyle Wellwood - Scottie Upshall.

Russie

Gardien : Andreï Medvedev.

Défenseurs : Fedor Tyutin - Denis Grebeshkov ; Kirill Koltsov - Konstantin Korneïev ; Mikhaïl Lyubushin - Maksim Kondratiev ; Denis Ezhov - Dmitri Fakhrutdinov.

Attaquants : Aleksandr Ovechkin - Yuri Trubachev - Aleksandr Polushin ; Igor Grigorenko - Andrei Taratukhin - Aleksandr Perezhogin ; Nikolaï Zherdev - Aleksei Kaïgorodov - Sergueï Anshakov ; Timofei Shishkanov - Dimitri Pestunov - Evgeni Artyukhin.

 

 

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