Dynamo Moscou - Avangard Omsk (20 mars 2004)

 

Quart de finale de la Superliga russe, troisième manche.

Menés deux manches à zéro par l'Avangard Omsk (1-0, puis 1-0 en mort subite), le Dynamo de Moscou n'a plus le choix. Si les Bleus et Blancs veulent continuer leur route dans ces play-offs de Superliga, il leurs faut impérativement s'imposer en cette fin d'après midi sur leur glace de Loujniki. Les supporters l'ont bien compris, ils sont venus nombreux et ont déployés dans les tribunes un immense maillot bleu du club sur lequel est inscrit "Ensemble pour la victoire". Il est vrai que le club s'est payé cette semaine une campagne de pub en ville avec des 4 par 3 où il est inscrit : "Et voilà les play-offs...". De leur côté, à leur habitude (même en saison régulière), les supporters de l'Avangard sont venus à Moscou en nombre depuis leur lointaine Sibérie...

Dans les cages on devrait également assister à un beau match de gardien avec pour le Dynamo en titulaire, Alexandre Eremenko, à qui Zinetoula Bilialetdinov fait confiance en cette fin de saison, et surtout pour l'Avangard, l'homme en forme du moment : Maxime Sokolov, qui n'a pas encore pris un but depuis le début de cette série. Il joue tellement bien que cette semaine après son deuxième blanchissage, le quotidien Sport Express a titré à la une "Dommage, Tikhonov n'a pas vu jouer Sokolov..." Toujours aussi difficile d'être entraîneur de la Sbornaïa, la sélection russe. Chacun de vos choix est constamment critiqué, même si vous vous appelez Viktor Tikhonov et que vous portez des chandails datant de Brejnev...

Le match débute très fort, pas de période d'observation et la première attaque notable est pour l'Ukrainien du Dynamo, Vadim Chakraïtchouk, mais Sokolov est à la parade (0'58). Maxime Sokolov qui arbore sur son casque une magnifique tête de rapace, doublement normal, en russe "sokol" signifie faucon et l'équipe d'Omsk est surnommée les "faucons". Le Dynamo peut bien installer sa domination car une minute et demi plus tard, Sergueï Krivokrassov, arrivé en cours de saison de l'Amour Khabarovsk, part deux minutes en prison pour retenir. Cette supériorité permet au Dynamo de mettre la pression sur la défense sibérienne avec par exemple deux beaux tirs, l'un lointain du défenseur Alexandre Jdan et l'autre de près de Vladimir Vorobiev. La fin de la prison n'empêche pas les Moscovites de poursuivrent leur domination avec à 3'51 un beau raid de l'attaquant Alexandre Kharitonov. Ça joue vraiment vite et bien dans ce début de rencontre, de quoi vous réconcilier avec les play-offs russes...

L'Avangard pointe également le nez en attaque avec cette tentative du Tchèque Tomas Vlasak, mais l'indispensable Alexandre Jdan le bloque au moment où il allait armer son tir, juste en face d'Alexandre Eremenko (4'33). Le ton monte à 9'25 avec une échauffourée devant la cage moscovite entre le défenseur-capitaine kazakhstanais du Dynamo Alexeï Troshchinsky et l'attaquant d'Omsk Konstantin Baranov pas vraiment doux comme un agneau ! ("baran" signifiant "mouton"...) Deux minutes chacun. L'Avangard profite des espaces avec le danger porté devant la cage par le meilleur buteur de la Superliga, Maxime Souchinsky.

Et le danger continue à aller d'une cage à l'autre. Vladimir Vorobiev, l'attaquant moscovite tente sa chance en coin, mais Maxime Sokolov avait fermé son angle (13'27), réplique de Dimitri Soubbotine (qui avait débuté la saison au CSKA Moscou) avec un beau slalom après un "petit pont" sur Sergueï Vychedkevitch. Il finit sa course en heurtant Alexeï Tereshchenko (14'50). La dernière action chaude du premier tiers est à l'actif du capitaine et "vedette" de l'Avangard Omsk, Oleg Tverdovsky. L'ancien joueur des Krylia Sovietov (né en Ukraine, encore un !) centre sur le Tchèque Tomas Vlasak, mais il est poussé dans le dos par l'Ukrainien (qui n'a pas changé de passeport...) Vadim Chakhraïtchouk qui part donc deux minutes sur le banc des pénalités. Malgré une forte pression sibérienne, en particulier sur les trente dernières secondes de supériorité, le premier tiers d'achève sur ce score de 0-0. Certes pas de but, mais plus d'actions intéressantes que dans trois matches complets du Lada...

Pas le temps de souffler à la reprise puisque dès la 48ème seconde, Omsk ouvre la marque. Maxime Souchinsky centre d'un tir très sec pour Alexandre Prokopiev qui coupe la trajectoire du palet et reprend sans contrôle pour ouvrir la marque. Eremenko n'a pas pratiquement pas bougé sur cette action. Un petit moment de doute et le Dynamo reprend bien vite sa marche en avant. Alexandre Jdan puis son capitaine Alexeï Troshchinsky montrent l'exemple à la 22eme, mais Maxime Sokolov vieille. Moscou pense avoir une bonne occasion de recoller au score lorsque l'arbitre envoie Dimitri Zatonsky en prison (23'39), mais juste après (24'14) Alexeï Choupine est à son tour sanctionné. L'Avangard profite alors des espaces et sur un très beau contre, Dimitri Soubbotine file sur l'aile puis centre en retrait pour Sergueï Krivokrassov étrangement seul pour fusiller Eremenko (25'07).

À 0-2, il faut faire quelque chose. Zinetoula Bilialetdinov change de gardien. C'est le retour du Kazakhstanais Vitali Eremeïev, si brillant en début de saison, titulaire indiscutable au cur de l'hiver lorsque le Dynamo était leader. En tout cas, à chaque fois que je l'ai vu évoluer, il a été toujours parfait. Il se met d'ailleurs en évidence à 34'26 avec un superbe arrêt en grand écart sur un tir lointain, puis à 35'39 après une magnifique action en triangle des trois Tchèques issus de la LNH : Jaroslav Bednar pour Tomas Vlasak et Pavel Patera.

Le Dynamo pousse, mais ne passe pas. On craint alors le pire dans les travées de Sokoloniki, lorsque Vladimir Vorobiev est envoyé pour deux minutes en prison à 36'29. Si les Sibériens marquent, juste avant la pause, le match est plié. Mais Vitali Eremeïev ferme bien son angle sur un tir puissant de Dimitri Riabykine. La prison s'achève sans dommage et le Dynamo reprend sa domination avec un Alexandre Ovetchkine qui met le feu à 38'50. Son raid déstabilise la défense d'Omsk et son tir force Maxime Sokolov a sortir de sa cage. Pour éviter le pire, la défense sibérienne préfère créer une "mêlée ouverte" devant son but vide... Sirène, 0-2.

Dès le tout début du dernier tiers, le Dynamo a l'occasion de revenir dans le match. Maxime Souchinsky lève le coude un peu trop haut et heurte le visage de Vladislav Bouline. Ce dernier, en sang, cherche immédiatement des explications auprès de l'auteur de ce geste, qui lui en fournit. Résultat des courses, l'attaquant sibérien prend deux minutes pour son premier geste, plus deux minutes pour ses "explications" et le défenseur moscovite écope lui de deux minutes pour sa "demande" d'explication...

C'est le moment "choisi" par les Moscovites pour revenir au score. Et de quelle manière ! Un but splendide ! Un jeu de passes en triangle, sans contrôle, achevé dans la cage vide (tellement la défense d'Omsk avait le tournis...) par Alexandre Stépanov. La première ligne du Dynamo est passée par là, Maxime Sokolov encaisse son premier but depuis le début des quarts de finale !

La réaction de l'Avangard est très forte avec un break (42'31) de Sergueï Krivokrassov, mais Vitali Eremeïev est toujours impérial et il met en échec cette tentative venue de Sibérie. Malheureusement pour le Dynamo, il prend une pénalité bête sur cette action, le défenseur Ilia Nikouline revenu (trop tard) bougeant la cage alors que son gardien avait déjà renvoyé le palet. Il part donc logiquement en prison. Mais cela n'empêche pas les Moscovites d'être encore dangereux, même en infériorité, grâce à un contre d'Alexeï Tereshchenko (43'50). Le Dynamo qui pousse encore plus fort lorsque à 45'39, le défenseur d'Omsk Oleg Orekhovsky prend deux minutes à son tour. Alexeï Tereschchenko, encore lui, est dangereux. Mais le Dynamo veut tellement pousser que dans l'enthousiasme, il commet des fautes, c'est le cas à 49'11 pour Alexandre Ovetchkine qui appuie un peu trop une charge et qui part sur le banc des pénalités.

De toute façon, cet après-midi, Vitali Eremeïev est parfait, il bloque deux tentatives consécutives du capitaine sibérien Oleg Tverdovsky (53'30) puis annihile un contre sibérien une minute plus tard. Une nouvelle fois, pris dans leur envie de (trop) bien faire, les Moscovites sont pénalisés. C'est l'excellent Alexeï Tereshchenko qui est pénalisé au plus mauvais moment (56'29). L'Avangard joue évidemment la montre et attend que cela se passe. Mais à 59'04, les Sibériens ont chauds (et oui, cela arrive, même en mars...) puisque le défenseur kazakhstanais Vladimir Antipine part en prison. Zinetoula Bilialetdinov demande un temps mort, mais, surprise, ne sort pas tout de suite son gardien alors que le temps presse et que l'engagement a lieu à l'entrée de la zone offensive du Dynamo. Le gardien moscovite finit par sortir pour les toutes dernières secondes, mais cela ne change rien, l'Avangard Omsk se qualifie pour les demi-finales.

Pour le Dynamo, le coup est rude. Les Moscovites ont fait une saison magnifique étant longtemps leaders, avant de faiblir nettement à la sortie de l'hiver. Le parcours inverse de l'Avangard, totalement "à la rue" en début de saison et qui s'est remis en selle lorsque le magicien de l'Oural, Valeri Beloussov (ex-Chelyabinsk et ex-Magnitogorsk), est venu mettre de l'ordre dans l'équipe au plus gros budget de la ligue (financement made in Sibneft, la compagnie pétrolière de Roman Abramovitch, l'oligarque patron de Chelsea). En fait, les Moscovites ont eu la malchance de tomber sur Omsk...

Pour le hockey moscovite, c'est un peu une saison en queue de poisson. Le CSKA ne s'est pas qualifié pour les play-offs, en terminant dixième de la saison régulière. Le Dynamo est donc éliminé d'entrée de play-offs trois manches à zéro, même s'il s'agit de trois défaites d'un but. En Vyschaya Liga, les Krylia Sovietov ont été battues trois manches à une en huitièmes de finale par l'ancien club de Beloussov, le Traktor Chelyabinsk. Il ne reste dans cette division que le favori pour la montée, le Spartak, pour défendre les couleurs moscovites. Après avoir éliminé en huitièmes le Zaouralié Kourgan, les Rouges et Blancs affronteront en quart de finale le Spoutnik de Nijni-Taguil, difficile vainqueur de l'Ijstal Ijevsk trois manches à deux.

Mais comme le dit le proverbe (et titre d'un beau film soviétique des années 80), Moscou ne croit pas aux larmes. En clair, cette ville est tellement en effervescence permanente, en ébullition totale, qu'elle n'a pas le temps de s'appesantir sur les malheurs...

Quant à l'Avangard, j'espère de tout cur que cette équipe au style offensif (la meilleure attaque de la ligue) va barrer la route du Lada. Il faut impérativement que l'Avangard ou encore plus le Metallurg Magnitogorsk arrivent à faire sauter le coffre-fort vorobievien, il en va de l'avenir de notre sport (taratata...), car franchement, si le Lada est champion, cela va donner de très mauvaises idées à tous les entraîneurs du monde. Si ce n'est déjà fait...

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Commentaires d'après-match (dans Sport-Express)

Valeri Belousov (entraîneur d'Omsk) : "Ce qui me réjouit le plus, c'est qu'il n'y a personne à distinguer dans mon équipe, en mal ou en bien. Tout le monde, de la première à la quatrième ligne, a joué comme il le fallait. Quel que soit l'adversaire ou le jeu pratiqué en saison régulière, les play-offs sont une toute autre histoire. Un autre enjeu, un autre hockey. On peut difficilement s'attendre à ce stade à du jeu ouvert, le risque est trop grand. Il n'y a donc pas à être surpris de notre tactique moins offensive qu'à l'accoutumée."

Aleksandr Prokopiev (Omsk, meilleur joueur du match) : "Je dois avouer que je ne m'attendais pas à ce que nous soyons débarrassés aussi vite du Dynamo. Je pensais qu'il faudrait aller jusqu'au cinquième match. Je considère que nous devons notre réussite au fait d'avoir marqué les premiers à chaque match, et bien sûr à un Maksim Sokolov très sûr. Que notre ligne ait marqué trois des quatre buts d'Omsk s'explique par notre gros temps de jeu, notamment en jeu de puissance."

Zinetula Bilyaletdinov (entraîneur de Dynamo) : "L'équipe a fait tout ce qu'elle a pu, je n'ai rien à lui reprocher. Avant ce troisième match, nous avons travaillé à l'entraînement le passage de la zone neutre - car c'est précisément dans ce domaine que nous avons perdu. Mais les changements réalisés ont été insuffisants pour gagner. Eremenko a bien joué dans les trois rencontres, son remplacement était juste destiné à secouer l'équipe. Cela a partiellement réussi, nous avons remonté un but, mais pas plus. Par rapport à l'Avangard d'Ivan Hlinka, l'équipe d'Omsk actuelle est plus puissante et plus flexible, surtout tactiquement. La comparaison des résultats en quarts de finale parle d'elle-même."

 

Dynamo Moscou - Avangard Omsk 1-2 (0-0, 0-2, 1-0)

Samedi 20 mars 2004 à 17h00 à la Malaya Arena Luzhniki. 5000 spectateurs.

Arbitrage de M. Sidorov (Chelyabinsk) assisté de MM. Serdyuk et Belov (Yaroslavl).

Pénalités : Dynamo 18', Omsk 12'.

Tirs : Dynamo 18 (7, 4, 7), Omsk 20 (8, 6, 6).

Évolution du score :

0-1 à 20'48" : Prokopiev assisté de Zatonsky et Sushinsky

0-2 à 25'07" : Krivokrasov assisté de Subbotin

1-2 à 41'11" : Stepanov assisté de Shchadilov et Troshchinsky

 

Dynamo Moscou

Gardien : Alekseï Eremenko puis à 28'49" Vitali Eremeïev (KAZ), sorti de sa cage à 59'43".

Défenseurs : Sergueï Vyshedkevich - Igor Shchadilov ; Ilya Nikulin - Andrei Skopintsev ; Tomas Harant (TCH) - Aleksandr Zhdan ; Vladislav Bulin - Alekseï Troshchinsky (KAZ) (c).

Attaquants : Aleksandr Stepanov - Alekseï Tereshchenko - Vladimir Vorobiev ; Igor Mirnov - Vadim Shakhraïchuk (UKR) - Aleksandr Kharitonov ; Aleksandr Kuvaldin - Alekseï Chupin - Aleksandr Ovechkin ; Ruslan Zaïnullin - Denis Kartsev - Aleksandr Savchenkov.

Avangard Omsk

Gardien : Maksim Sokolov.

Défenseurs : Yuri Panov - Dmitri Riabykin ; Oleg Tverdovsky (c) - Igor Nikitin (KAZ) ; Vladimir Antipin (KAZ) - Oleg Orekhovsky.

Attaquants : Maksim Sushinsky - Aleksandr Prokopiev - Dmitri Zatonsky ; Jaroslav Bednar (TCH) - Pavel Patera (TCH) - Tomá Vlasák (TCH) ; Dmitri Subbotin - Anton Kurianov - Sergueï Krivokrasov ; Vitali Semenchenko (UKR) - Evgueni Khartseï - Konstantin Baranov.

Remplaçant : Oleg Grachev (G).

 

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