Avangard Omsk - Lada Togliatti (29 mars 2004)

 

Demi-finale de la Superliga russe, troisième manche.

Après les deux défaites à domicile de Togliatti, certains s'attendent à ce que Piotr Vorobiev, dos au mur, sorte une surprise de son chapeau ce soir, par exemple en alignant le second gardien Koshechkin. Mais l'effectif présenté est en fin de compte de facture assez classique, avec Trvaj dans les buts. Seuls les postes de centre sont modifiés du fait de la rentrée de Gutov, alors que le vétéran Nesterov a été laissé à la maison.

Première constatation, on retrouve du Togliatti pur jus. Quasiment pas la moindre offensive en première période, au point que Maksim Sokolov aurait presque pu installer un hamac dans ses cages. En revanche, le système défensif est blindé, et l'Avangard n'a guère plus d'occasions de montrer son talent. Dans ce match ultra-cloisonné, on comprend vite que la moindre erreur sera fatale et que le premier but sera déterminant.

Il y a tout de même quelque chose qui vaut plus que toute la discipline défensive du monde, et Vorobiev l'a lui-même reconnu récemment, c'est le talent. Et Omsk en est plus richement doté. Avec l'attaquant tchèque Pavel Patera par exemple, mais il échoue par deux fois bien placé dans l'enclave. Avec Maksim Sushinsky, surtout, le plus à même de placer une accélération décisive pour prendre de vitesse le bloc défensif de Togliatti. Et c'est lui qui inscrit ce but si important après une superbe combinaison de la première ligne.

Togliatti est alors obligé de passer à l'attaque et de forcer son destin. Mais celui-ci incline à la défaite, car le tir de Sergueï Sevostyanov échoue sur le poteau après six minutes de jeu en troisième période. Le Lada doit tout tenter par égaliser, et Piotr Vorobiev est décidé pour cela à utiliser tous les moyens. Il attend l'instant propice, à trois minutes de la fin, pour demander à mesurer la courbure de la crosse de Sergueï Krivokrasov. Ce "truc", les Russes le connaissent pour l'avoir vu pratiqué par les Canadiens, mais ils s'y sont toujours refusé, se considérant au-dessus de telles bidouilles. Même en finale du championnat du monde 2002 face à la Slovaquie, dont plusieurs stars de NHL avaient des crosses sans doute illégales, ils n'avaient rien dit. Vorobiev brise donc un tabou.

Mais les arbitres accèdent avec un peu de retard à la requête des visiteurs, après que Krivokrasov est passé par son banc... La crosse qu'il présente pour la mesure à l'inspecteur du match Viktor Yakushev est donc parfaitement dans les normes, mais Togliatti (qui se voit alors infliger une pénalité pour retard de jeu !) le soupçonne très très fortement d'avoir procédé à une substitution. Alors, Vorobiev exige que ses joueurs quittent la glace, devant un public chauffé à blanc, qui venait de lancer une ola, et qui ne comprend plus rien à ce qui se passe.

Au bout d'une très longue demi-heure de latence, le speaker annonce finalement qu'Omsk est qualifié pour la finale, ce qui aurait dû être officialisé depuis longtemps car Togliatti a largement dépassé les délais de grâce prévus pour revenir sur la glace, qui sont de deux minutes selon le règlement IIHF. Les spectateurs accueillent la nouvelle par une ovation et scandent "Belousov", en l'honneur de leur entraîneur, dont le contrat a été prolongé de deux ans un peu plus tôt dans la journée.

Mais cette demi-finale restera dans l'histoire pour un scandale retentissant. Il est déjà arrivé qu'une équipe russe rentre aux vestiaires, mais à chaque fois les boudeurs sont revenus terminer le match. Pour cette triste première, la ligue a entrériné le résultat et a infligé au Lada Togliatti, qui n'a pas amélioré son image ce soir, une amende de 30000 roubles. Piotr Vorobiev a écopé pour sa part de 10000 roubles pour ne s'être pas présenté en conférence de presse. Quant au trio arbitral qui s'est laissé abuser par Krivokrasov, il a été suspendu pour la suite des play-offs.

 

Commentaires d'après-match

Valeri Belousov (entraîneur d'Omsk) : "Je remercie mes joueurs pour ce qu'ils ont fait. Je leur avais dit que Togliatti ne céderait pas si facilement et qu'il fallait s'attendre à un sérieux combat. Ce qui s'est passé à la fin du match est indigne d'un match d'un tel niveau, mais je pense que notre qualification en finale n'est que justice. Avant que la série ne commence, j'avais convenu avec Vorobiev, comme je l'avais fait en quart de finale avec Bilyaletdinov du Dynamo, que nous ne mesurerions pas les crosses. Mais Piotr Ilitch n'a pas tenu sa parole. Je ne trouve même pas les mots pour commenter cela. Quel déshonneur."

Leonid Weisfeld (manager général de Togliatti) : "Nous avons demandé de mesurer la crosse de Krivokrasov, mais Omsk a montré celle d'un autre joueur. C'est évident sur les images, sa crosse était noire, et comme par hasard elle a ensuite changé de couleur. Quand les arbitres nous ont sanctionnés de deux minutes de prison, nous avons décidé de rentrer aux vestiaires. Nous attendions que soit précise la décision juste, c'est-à-dire punir Omsk de 2'+10' pour leur refus de montrer la vraie crosse. L'arbitre et l'inspecteur du match ont proposé un compromis, où l'Avangard serait effectivement sanctionné, mais où notre propre pénalité pour retard de jeu aurait été maintenue. De quel droit ? Si l'arbitre reconnaît sa faute, il doit pénaliser Krivokrasov et lui seul."

 

Avangard Omsk - Lada Togliatti 1-0 (0-0, 1-0, 0-0)

Lundi 29 mars 2004 à la patinoire Viktor-Blinov. 5500 spectateurs (guichets fermés).

Arbitrage de M. Gusev (Serov).

Pénalités : Omsk 18', Togliatti 10'.

Tirs : Omsk 14 (6, 6, 2), Togliatti 20 (4, 8, 8).

Évolution du score :

1-0 à 26'45" : Sushinsky assisté de Prokopiev et Zatonsky

 

Lada Togliatti

Gardien : Jirí Trvaj (TCH).

Défenseurs : Ladislav Cierny (SVK) - Mikhaïl Balandin ; Aleksandr Titov - Maksim Semenov (KAZ) ; Maksim Kondratiev - Filip Metlyuk ; Aleksandr Seluyanov - Vladimir Malenkikh.

Attaquants : Aleksandr Buturlin - Aleksandr Gutov - Aleksandr Boïkov (c) ; Ilia Vorobiev - Aleksandr Skugarev - Oleg Belkin ; Yuri Butsaïev - Sergueï Sevostianov - Igor Grigorenko ; Ruslan Bernikov - Dmitri Kazionov - Anatoli Ustyugov.

Avangard Omsk

Gardien : Maksim Sokolov.

Défenseurs : Yuri Panov - Dmitri Ryabykin ; Oleg Tverdovsky (c) - Igor Nikitin (KAZ) ; Vladimir Antipin (KAZ) - Oleg Orekhovsky.

Attaquants : Maksim Sushinsky - Aleksandr Prokopiev - Dmitri Zatonsky ; Jaroslav Bednar (TCH) - Pavel Patera (TCH) - Tomá Vlasák (TCH) ; Sergueï Krivokrasov - Anton Kurianov - Dmitri Subbotin ; Konstantin Baranov - Evgueni Khatseï - Vitali Semenenko (UKR).

 

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