Metallurg Magnitogorsk - Avangard Omsk (5 avril 2004)

 

Finale de la Superliga russe, deuxième manche.

Vainqueur la veille 3-1 de la première manche de cette finale de la Superliga, le Metallurg Magnitogorsk veut démontrer qu'il est pratiquement invincible dans son antre Ivan Romazane. Un palais des sports archi-comble (4 000 spectateurs pour 3 500 places assises) où pratiquement personne ne vient gagner. À signaler que Magnitogorsk étant traversé par la rivière Oural (la rivière et non les monts du même nom qui sont plus au nord) qui sépare l'Europe de l'Asie, cette patinoire (et la ville d'ailleurs) est en Europe alors que le combinat métallurgique qui finance le club est en Asie.

Une finale qui sent bon la nostalgie puisque l'entraîneur de l'Avangard, arrivé en cours de saison et prolongé pour deux saisons, Valeri Beloussov, était l'entraîneur mythique du Metallurg, celui qui l'avait amené au plus haut niveau national et européen à la fin des années 90.

Ajoutons, pour l'anecdote que les Tchèques et Slovaques du match (les Slovaques Vaic et Nedorost pour Magnitka et le trio tchèque d'Omsk, Bednar-Patera-Vlasak) se sont teints les cheveux en rouge pour cette finale... Comme ça, pour le fun. En revanche, je vous rassure, l'entraîneur tchèque du Metallurg, Marek Sykora, est resté sage...

La rencontre débute sur les mêmes bases que la veille, c'est-à-dire que la vitesse de patinage et l'esprit offensif des deux équipes font merveille. Le jeu va d'une cage à l'autre avec cependant une domination des locaux qui sont les plus présents en zone offensive. Très peu de pénalités dans ce premier tiers, juste deux pour les visiteurs pour l'ancien joueur du CSKA en début de saison Dimitri Soubbotine à la sixième et pour Konstantin Baranov à la dix-septième. Magnitka est certes plus dangereux, mais Maxime Sokolov, le gardien international d'Omsk, ferme bien la boîte. Tout comme son homologue canadien Norm Maracle d'ailleurs.

S'il n'y a pas eu beaucoup de pénalités au premier tiers, elles sont nombreuses et décisives dans la deuxième période. Le turbulent attaquant visiteur Konstantin Baranov et le défenseur local Vitali Atiouchov partent au même moment sur leur banc respectif d'infamie... rejoints quelques instants plus tard (23 secondes) par le capitaine ouralien Valeri Karpov. À 4 contre 3, l'Avangard en profite immédiatement, puisque vingt-deux secondes plus tard, les Sibériens ouvrent la marque par leur première ligne : Alexandre Prokopiev exploite une passe de l'attaquant vedette du championnat russe Maxime Souchinsky. Nous sommes presque à la mi-match et les locaux doivent désormais courir après le score.

C'est une nouvelle prison qui va faire basculer la rencontre. L'ancien joueur du Metallurg de la grande époque, le défenseur kazakhstanais (Magnitogorsk mais également Omsk sont "presque" frontaliers avec le Kazakhstan, d'où la présence de nombreux joueurs de ce pays dans les deux équipes) Vladimir Antipine, se fait sanctionner à la trente-quatrième minute. Ses anciens coéquipiers en profitent pour égaliser par Ravil Gousmanov (encore un joueur formé au Traktor Chelyabinsk et fidèle au Metallurg depuis six ans). Le même Gousmanov qui part à son tour en prison juste après, mais sans conséquence pour son équipe, Norm Maracle veille...

Du coup, comme les prisons ont été décisives durant la deuxième période, les entraîneurs ont dû donner des consignes de modération pour l'ultime période, où Valeri Karpov, le capitaine de Magnitogorsk, est revenu en civil car blessé au cours de la période précédente. Le jeu devient de plus en plus rapide, mais très propre. Chaque équipe tente le KO, mais dans les cages, franchement, c'est du (très) haut de gamme. Ravil Gousmanov retourne en prison, mais en compagnie du Sibérien Anton Kourianov à la cinquantième minute, cela ne donne donc rien, en revanche l'ultime pénalité du temps réglementaire aurait pu avoir des graves conséquences pour le Metallurg. En effet, le défenseur kazakhstanais Andreï Sokolov, héros du premier match, se retrouve en prison à une minute trente de la fin de la rencontre ! L'Avangard en profite pour mettre la marche avant et le faucon d'Omsk (le surnom du club) fonce vers la cage de Maracle. Le trio magique Zatonsky-Prokopiev-Souchinsky a des occasions rêvées, mais le gardien canadien est incroyable de dextérité.

Il faut donc en passer par la mort subite. Une prolongation qui, au lieu de paralyser les deux équipes, les libèrent totalement. Les joueurs trouvent les ressources d'accélérer encore et encore. Il n'y a plus de retenue (enfin, les défenseurs sont toujours vigilants, et je ne parle pas des gardiens...) comme si personne ne souhaitait aller jusqu'à la terrible épreuve des tirs aux buts. Cette prolongation est un réel plaisir pour le (télé)spectateur. On en frémit même à la pensée "Et si le Lada s'était qualifié...", mais non, le cauchemar s'est éloigné en demi-finale, et là, cela patine à cent à l'heure.

Rien n'y fait cependant, toujours 1-1, et tirs au but. C'est l'un des frangins Kourechkov, Alexandre, qui s'y colle en premier. L'international kazakhstanais réussit à tromper Maxime Sokolov : 1-0 pour Magnitka. C'est au tour de Dimitri Zatonsky de s'élancer : il tire sur Norm Maracle. On change de Korechkov au Metallurg, mais Evgueni n'imite pas son frère aîné et manque la cible.

Mais heureusement pour le Metallurg, Norm Maracle arrête la tentative de Sergueï Krivokrassov, arrivé à Omsk en cours de saison en provenance de Khabarovsk. Le Slovaque Lubomir Vaic échoue également sur Sokolov, mais comme le Tchèque Jaroslav Bednar en fait de même sur Maracle, Magnitogorsk mène toujours 1-0. Evgueni Gladskikh, qui avait raté un breakaway durant la prolongation, se retrouve dans la même position pour cette séance de tirs au but, mais cette fois-ci l'attaquant ouralien trompe Maxime Sokolov, en le contournant par la gauche. Magnitka mène 2-0. Si Pavel Patera manque son tir, 2-0 sera également le score dans cette finale... et c'est le cas.

Le Metallurg n'est donc plus qu'à une victoire du titre de champion de Russie de hockey sur glace. Mais le déplacement à Omsk ne sera pas de tout repos pour les joueurs des bords de l'Oural. En attendant, le quotidien Sport Express peut donc titrer avec ce jeu de mot : Un but, la "norme" Maracle. Le gardien canadien du Metallurg est en train de devenir une idole à Magnitogorsk et un phénomène en Russie.

Compte-rendu signé Bruno Cadène

 

Commentaires d'après-match

Marek Sikora (entraîneur de Magnitogorsk) : "Nous avons conduit un de nos meilleurs matches de la saison. Nous avons perdu Karpov et Kaïgorodov en cours de rencontre, mais leurs coéquipiers ont excellemment travaillé. Je connais bien les joueurs tchèques de l'Avangard, ce sont de vrais champions, y compris dans la réalisation des tirs de pénalité. Mais Maracle a montré son adaptation au style européen, il nous a encore été d'un grand secours au moment décisif."

Valeri Belousov (entraîneur d'Omsk) : "Nous avons bien joué, mieux qu'hier, même. Et j'en suis reconnaissant envers les joueurs qui ont su se remotiver pour repartir au combat après la défaite pas entièrement méritée d'hier. Il y a encore eu beaucoup mais le palet, comme ensorcelé, n'est pas rentré. Quel match de Maracle ! Dire qu'il est excellent est un euphémisme. Aux tirs au but, c'est l'adresse technique qui compte, et il faut croire que le Metallurg en a un peu plus. Bien sûr que j'avais réfléchi à l'avance aux tireurs, sinon à quoi servirais-je ?"

 

Metallurg Magnitogorsk - Avangard Omsk 1-1 (0-0, 1-1, 0-0, 0-0) / 2-0 aux tirs au but

Lundi 5 avril 2004 au palais des sports de glace Ivan-Romazan. 4000 spectateurs.

Arbitrage de M. Antropov (Ekaterinbourg).

Pénalités : Magnitogorsk 14' (0', 10', 4', 0'), Omsk 14' (4', 6', 2', 2').

Tirs : Magnitogorsk 41 (10, 11, 12, 8), Omsk 19 (6, 5, 6, 2).

Évolution du score :

0-1 à 27'13" : Prokopiev assisté de Sushinsky (sup. num.)

1-1 à 35'55" : Gusmanov assisté d'Ignatov et Nedorost

Tirs aux buts :

Magnitogorsk : A. Koreshkov (1-0), E. Koreshkov (arrêté), Vaic (arrêté), Gladskikh (2-0).

Omsk : Zatonsky (arrêté), Krivokrasov (arrêté), Bednar (arrêté), Patera (manqué).

 

Metallurg Magnitogorsk

Gardien : Norm Maracle (8).

Défenseurs : Sergueï Klimentiev (6) - Andreï Sokolov (6) ; Nikolaï Ignatov (6,5) - Oleg Davydov (6) ; Evgueni Varlamov (5,5) - Vitali Atyushov (5,5) ; Aleksandr Boïkov (6).

Attaquants : Valeri Karpov (5,5) - Lubomír Vaic (6) - Eduard Kudermetov (6,5) ; Ravil Gusmanov (7) - Evgueni Koreshkov (6,5) - Aleksandr Koreshkov (6,5) ; Andrej Nedorost (6,5) - Dmitri Pestunov (6) - Aleksei Tertyshny (6) ; Sergueï Ossipov (5) - Aleksei Kaïgorodov (5,5) - Evgueni Gladskikh (6).

Gardien remplaçant : Igor Karpenko. Absents : Martin Cech (étranger surnuméraire), Evgueni Malkin (blessé).

Avangard Omsk

Gardien : Maksim Sokolov (8).

Défenseurs : Dmitri Ryabykin (5,5) - Yuri Panov (5,5) ; Igor Nikitin (5,5) - Oleg Tverdovsky (5,5) ; Oleg Orekhovsky (5,5) - Vladimir Antipin (5,5).

Attaquants : Dmitri Zatonsky (5) - Aleksandr Prokopiev (6,5) - Maksim Sushinsky (6) ; Tomá Vlasák (5,5) - Pavel Patera (5,5) - Jaroslav Bednar (6) ; Dmitri Subbotin (5,5) - Anton Kurianov (5) - Sergueï Krivokrasov (6) ; Aleksandr Popov (5) - Evgueni Khatseï (5,5) - Konstantin Baranov (5).

Gardien remplaçant : Alekseï Kuznetsov.

NB : Les notes entre parenthèses (sur 10) sont celles attribuées par le quotidien russe Sport-Express.

 

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